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10/09/2017

Buson, Le parfum de la lune

 

     buson (1716-1783),le parfum de la lune,nuit,lune,pluie,printemps

les journées lentes

s'accumulent

si loin autrefois

 

le poirier en fleurs

sous la lune

une femme lit une lettre

 

je marche, je marche

songeant à des choses et à d'autres

le printemps s'en va

 

au bord du chemin

des jacinthes d'eau arrachées fleurissent

la pluie du soir

 

la nuit, des voix d'hommes

irriguant les champs

la lune d'été

 

la nuit voilée

les grenouilles brouillent

l'eau et le ciel

 

Buson (1716-1783), Le parfum de la lune,

traduction Cheng Wing fun et Hervé

Collet, Moundarren, 1992, p. 55, 59,

68, 80, 90, 93.

21/03/2017

Bashô Seigneur ermite

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Froide, la couverture ouatée

où vous vous glissez —

Nuit de solitude

 

Dans le vent qui souffle

les poissons sautent —

Ablutions rituelles

 

Curiosité —

un papillon posé

sur une herbe sans parfum

 

Le soleil splendide

entre chien et loup —

Soir de printemps

 

Puces, poux

et un cheval qui pisse

à mon chevet !

 

Bashô Seigneur ermite, édition bilingue

par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot,

La Table ronde, 2012, p. 193, 194, 197, 203, 214.

05/01/2017

Marcel Bénabou, Un poème à votre façon

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Un poème à votre façon

 

Tout est rêve et la vie et l’amour et la mort

On entre en souriant dans le berceau de l’ombre

Quel cadavre la nuit ne reprend son essor

Pour retrouver l’enfant survivant aux décombres

Je débarque parfois dans ma ville déserte

Le feu du ciel alors s’est éteint brusquement

Encore enveloppé des ruses du printemps

Au-dessus de la craie qui poudre les fleurs vertes

Les rues muettes me regardent sans me voir

La vie s’est réfugiée au profond des miroirs.

 

Marcel Bénabou, dans La Bibliothèque Oulipienne,

Slatkine, 1981, p. 55.

 

28/10/2016

Maurice Scève, Délie

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CCXXI

 

Sur le printemps que les aloses montent,

Ma Dame et moi sautons dans le bateau,

Où les Pêcheurs entre eux leurs prises comptent,

Et une en prend, qui, sentant l’air nouveau,

Tant se débat qu’enfin se sauve en l’eau,

Dont ma Maîtresse pleure et se tourmente.

— Cesse, lui dis-je, il faut que je lamente

L’heur du poisson que n’as su attraper,

Car il est hors de prison véhémente,

Où de tes mains ne peux onc échapper.

 

Maurice Scève, Délie, édition François Charpentier,

Poésie / Gallimard, 1984, p. 174.

19/09/2016

Bashô, Le Faucon impatient

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Ne vous cognez pas la tête

est-il écrit sur la porte

 

À perte de vue le ciel

est une nuée d’azur

 

Dans cette terre

qui ne convient aux radis

ils sont tout tordus

 

À peine les poules

ont-elles gagné le juchoir

lune de crépuscule

 

Dans la montagne un portail

et lune du point du jour

 

Du printemps peu à peu

complètent la figure

lune et prunier

 

Bashô, Le Faucon impatient, traduit du

Japonais par René Sieffert, POF, 1994,

  1. 19, 21, 39, 51, 55, 87.

09/06/2016

Claude Dourguin, Points de feu

Mars sur sa fin : l’orge est sorti de terre, la grande parcelle a changé de couleur imperceptiblement (je l’ai sous les yeux, au sens propre puisqu’elle s’étend à quelques mètres en contrebas, chaque jour), brun roux puis strié à peine, irrégulièrement selon le sol, de vert pâle, puis quadrillé de franches bandes vertes. Les tiges ont à peine quelques centimètres mais cela suffit : désormais chaque matin une bande de chevreuils — deux adultes et trois jeunes — prennent leur petit déjeuner en même temps que moi. Souvent ils renouvellent l’opération le soir, tôt vers six heures, six heures et demie. Ils broutent en tranquillité, nonchalants comme s’ils savouraient les jeunes pousses succulentes, tendres à coup sûr, et, sans doute, le font-ils — quelle raison de les croire dénués de goût ?

 

Claude Dourguin, Points de feu, Corti, 2016, p. 25.

               

08/06/2016

Bashô, Seigneur ermite

Basha, Seigneur ermite, saisons, printemps, hiver, automne, vent

Espérant le chant du coucou,

j’entends les cris

du marchand de légumes verts

 

L’automne est venu —

sur l’oreiller

le vent me salue

 

Sous une couverture de gelée,

un enfant abandonné

sur un matelas de vent

 

Ah ! le printemps, le printemps,

que le printemps est grand !

et ainsi de suite

 

Les pierres semblent fanées

et même l’eau s’est tarie —

l’hiver à son comble

 

Bashô, Seigneur ermite, édition bilingue

par Makoto Kemmoku et Dominique

Chipot, La Table ronde, 2012, p. 64,

66, 69, 77, 82.

 

13/04/2016

Italo Svevo (1861-1928), Court voyage sentimental

 

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                                                La mère

 

   En une vallée close par des collines boisées, souriante, sous les couleurs du printemps, deux vastes maisons à l’aspect sévère, pierre et chaux, se dressaient l’une à côté de l’autre. On les eût dites bâties de la même main, et les jardins mêmes, enclos par des haies vives, situés devant chacune d’elle, présentaient une dimension et une forme identiques. Pourtant, qui les habitait n’avait pas le même destin.

   Dans l’un des jardins, tandis que le chien enchaîné dormait et que la paysan s’affairait au verger, en un recoin, à l’écart, des poussins parlaient de leurs grandes expériences. Il s’en trouvait d’autres dans le jardin, leurs aînés, mais les plus petits, dont le corps gardait encore la forme de l’œuf d’où ils étaient sortis, se plaisaient à examiner entre eux la vie qui leur était échue : ils n’en avaient pas une telle habitude qu’ils ne pussent la voir. Ils avaient déjà éprouvé joies et souffrances car la vie de quelques jours est plus longue qu’elle ne paraît à ceux qui la subirent des années durant ; et ils en savaient long, vu qu’une part de cette grande expérience, ils l’apportaient avec eux au sortir de l’œuf. En effet, à peine avaient-ils ouvert les yeux à la lumière qu’ils avaient su qu’on devait examiner attentivement les choses, d’abord avec un œil, puis avec l’autre pour voir si on pouvait les manger ou si l’on devait s’en méfier.

[...]

 Italo Svevo, Court voyage sentimental et autres récits, traduction de l’italien par Jean-Noël Schifano pour cette nouvelle, Gallimard, 1978, p. 83-84.

06/12/2015

Rainer Maria Rilke, Pour te fêter (Pour Lou Andreas Salomé)

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 Rilke avec Lou Andreas Salomé en Russie, 1897

 

                                           Pour Lou Andreas Salomé

Lorsque parfois dans mon souvenir

je compare une rencontre à l’autre :

tu es toujours la femme riche qui donne

tandis que je suis le mendiant indigent.

Lorsque tu viens à ma rencontre doucement,

et, à peine souriante, lèves soudain,

de tes vêtements, ta main,

belle, brillante, fine... ;

dans la sébile tendue de mes mains,

tu la déposes gracieusement

comme un présent.

 

                                   *

 

Je continue de marcher, solitaire. Au-dessus de moi,

je sens le printemps frémir dans les branches.

Un jour, je viendrai, avec des sandales sans poussière,

attendre aux grilles du jardin.

 

Et tu viendras quand j’aurai besoin de toi,

et tu prendras mon hésitation pour un signe,

et silencieusement tu me tendras les roses épanouies de l’été

des tout derniers buissons.

 

Rainer Maria Rilke, Pour te fêter, traduction Marc de Launay, dans Œuvres poétiques et théâtrales, sous la direction de Gérald Stieg, Pléiade / Gallimard, 1997, p. 647-648, 650.

21/11/2015

Marie Cosnay, Sanza lettere (road movie)

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on avait perdu un mot dans les sous-sols, impossible de traverser, le couloir retient toute une généalogie, les uns piétinent les autres dans un espace qui ne s’élargit pas sous la pression des corps, prenant appui sur les genoux et les fesses on cherche l’air en surface cogne au plafond et de corps en corps va jusqu’à ma mort Elle est venue ma mort je ne dis pas ça à cause d’un printemps mais d’un trop plein de printemps, de saisons, après une impression sordide, un changement de genre et de cap Transformons les corps entassés dans le hall en lettres Évaporons-nous en récits disais-je Passons par le trou de la serrure mais personne n’y arrivait

 

d’autant que le désir de liberté lui-même mourait ; m’agrippant je cherchais dans le hall une idée pour survivre ; il semblait plus que tout autre chose dégueulasse mon élan de survivre ; je m’agrippais à la dégueulasserie c’est-à-dire que malgré la mort qui me fonçait dessus je tenais les rênes

 

Marie Cosnay, Sanza lettere (road movie), éditions de l’Attente, 2015, p. 86.

24/10/2015

E. E. Cummings, 95 poèmes

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         93

 

mai oui ! printemps

partout arrive ici

(avec un bas haut bas

et l’oiseau sur la branche)

comment ? pourquoi

— nous jamais nous savoir

(alors un baiser) timide ardemment douce

ma chérie entre toutes

 

(meure ! vive)

le neuf est le vrai

et perdre est avoir

— nous jamais nous savoir

hardi ! hardi

(le ciel et la terre

font un aujourd’hui) mon tellement très réjoui

jeune amour

 

Comment ? pourquoi

nous jamais nous savoir —

(avec un haut bas haut

dans le mai le printemps

vive ! meure

(toujours c’est à présent)

et danse toi l’arbre soudain en fleur

  je chanterai

 

E. E. Cummings, 95 poèmes, traduit et présenté

par Jacques Demarcq, Points/Seuil, 2006, p. 128.

07/09/2015

Denis Roche (11/1937-3/09/2015), Les idées centésimales de Miss Élanize

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Et au printemps, l’honneur de la porte

Qui s’ouvre à l’expérience réaliste, la

Pomme la plus remplie de jus roule à la rencontre

Des salles de dessins (et c’est l’exacte

Rencontre avec l’image des personnage de

Livres, ceux qui n’ont pas fini de pécher par

Exaltation, et qui n’ont de cesse de me conseil-

Ler la honte, les premiers qui défilent

Devant les fresque de la salle de lecture

Désormais cette autre personne s’attache

À l’entretien de ma demeure). Comme le

Rat enfin, il faut inscrire le nom de

Celles qui ont pour principale distraction

De s’émouvoir à la lumière matinale

Objets de ma réussite et de mon arrivée

À la gare et de ma compagnie

 

Denis Roche, Les idées centésimales de Miss

Elanize, Seuil, 1964, p. 61.

15/08/2015

Murasaki-Shikibu, Poèmes

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   D’un homme qui, las d’avoir frappé  ma porte, s’en était retourné, le lendemain, au matin :

Fût-ce sur les bords

de la mer occidentale

balayée des vents

a-t-on jamais vu la grève

aux vagues inaccessibles ?

 

   En réponse à ces reproches :

Retournée chez elle

peut-être comprendra-t-elle

qu’elle s’est lancée

à l’assaut d’un rude écueil

la frivole vaguelette

 

   Au retour de l’an, comme l’on me demandait si ma porte était désormais ouverte :

De qui rossignol

a-t-il donc en ce printemps

hanté la demeure

pour ainsi se présenter

au logis voilé de brume

 

Murasaki-Shikibu, Poèmes, traduction du japonais par René Sieffert, P. O. F, 1986, p. 47.

 

 

05/12/2014

Conversations de Gœthe avec Eckermann

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                                  Gœthe par Josef Stieler

 

Francfort, samedi 24 avril 1830

 

   Vers onze heures, j'ai fait une promenade autour de la ville et par les jardins, du côté du mont Taunus. Je me suis délecté à la vue de ce beau pays et de cette superbe végétation. Avant-hier, à Weimar, les arbres étaient encore en plein bourgeonnement ; ici, j'ai trouvé les pousses des châtaigniers longues d'un pied, et d'un quart de coudée celles des tilleuls ; la frondaison des bouleaux était d'un vert sombre, les chênes avaient tous leurs bourgeons éclatés. J'ai vu l'herbe déjà haute d'un pied ; aux portes de la ville, je rencontrai des jeunes filles qui rapportaient de lourds paniers remplis d'herbe.

   J'ai marché à travers les jardins pour jouir d'une vue plus libre sur le Taunus. Il soufflait un vent plutôt vif, les nuages, venant du sud-ouest, filaient dans la direction du nord-ouest et projetaient leurs ombres sur la montagne. Entre les jardins, j'ai vu des cigognes se poser et repartir, ce qui, éclairé par les rayons du soleil entre les nuages blancs et le ciel bleu, offrait un bel aspect et complétaient le caractère du paysage. À mon retour, j'ai croisé en passant sous la Porte un troupeau de belles vaches, noires, brunes, blanches, tachetées, au poil lisse et brillant.

 

Conversations de Gœthe avec Eckermann, traduction de Jean Chuzeville, préface de Claude Roëls, Gallimard, 1983 [1949], p. 346-347.

25/05/2014

Buson (1716-1783), Le parfum de la lune

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les journées lentes

s'accumulent

si loin autrefois

 

le poirier en fleurs

sous la lune

une femme lit une lettre

 

je marche, je marche

songeant à des choses et à d'autres

le printemps s'en va

 

au bord du chemin

des jacinthes d'eau arrachées fleurissent

la pluie du soir

 

la nuit, des voix d'hommes

irriguant les champs

la lune d'été

 

la nuit voilée

les grenouilles brouillent

l'eau et le ciel

 

Buson (1716-1783), Le parfum de la lune,

traduction Cheng Wing fun et Hervé

Collet, Moundarren, 1992, p. 55, 59,

68, 80, 90, 93.