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30/11/2020

Robert Desnos,

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                            Le sursaut

 

Sur la route en revenant des sommets rencontré par les

corbeaux et les châtaignes

Salué la jalousie et la pâle flatteuse

Le désastre enfin le désastre annoncé

Pourquoi pâlir pourquoi frémir ?

Salué la jalousie et le règne animal avec la fatigue avec le

désordre avec la jalousie

Un voile qui se déploie au-dessus des têtes nues

Je n’ai jamais parlé de mon rêve de paille

Mais où sont partis les arbres solitaires du théâtre

Je ne sais où je vais j’ai des feuilles dans les mains j’ai des feuilles

dans la bouche

Je ne sais si mes yeux se sont clos cette nuit sur les ténèbres

précieuses ou sur un fleuve d’or et de flamme

Est-il le jour des rencontres et des poursuites

J’ai des feuilles dans les mains j’ai des feuilles dans la bouche

 

Robert Desnos, Les ténèbres, dans Domaine public, "Le Point du jour", Gallimard, 1953, p. 150.

23/05/2020

Robert Desnos, Domaine public

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                     Le paysage

 

J’avais rêvé d’aimer. J’aime encore mais l’amour

Ce n’est plus ce bouquet de lilas et de roses

Chargeant de leurs parfums la forêt où repose

Une flamme à l’issue de sentiers sans détours.

 

J’avais rêvé d’aimer. J’aime encore mais l’amour

Ce n’est plus cet orage où l’éclair superpose

Ses bûchers aux châteaux, déroute, superpose,

Illumine en fuyant l’adieu du carrefour,

 

C’est le silex en feu sous mon pas dans la nuit,

Le mot qu’aucun lexique au monde n’a traduit,

L’écume sur la mer, dans le ciel ce nuage.

 

A vieillir tout devient rigide et lumineux,

Des boulevards sans noms et des cordes sans nœuds.

Je me sens me roidir avec le paysage.

 

Robert Desnos, Domaine public, Gallimard, 1953, p. 391.

05/12/2019

Robert Desnos, À la mystérieuse

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                           À la faveur de la nuit

 

Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit

Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre,

Cette ombre à la fenêtre, c’est toi, ce n’est pas une autre, c’est toi.

N’ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle tu bouges.

Ferme les yeux.

Je voudrais les fermer avec mes lèvres.

Mais la fenêtre s’ouvre et le vent, le vent qui balance bizarrement la flamme et le drapeau entoure ma fuite de son manteau.

La fenêtre s’ouvre : ce n’est pas toi.

Je le savais bien.

 

Robert Desnos, À la mystérieuse, dans Domaine public, Gallimard, 1953, p. 105.

18/09/2019

Robert Desnos, Domaine public

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Au mocassin le verbe

 

Tu me suicides, si docilement.

Je te mourrai pourtant un jour.

Je conaîtrons cette femme idéale.

Et justement je neigerai sur sa bouche.

Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard, même si je fais beau  temps.

Nous aimez si peu nos yeux

et s’écroulerai cette larme sans

raison bien entendu et sans tristesse.

Sans.

 

Robert Desnos, Domaine public, Gallimard, 1953, p. 83.