Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/11/2022

Cioran, Syllogismes de l'amertume

                               images.jpeg

Nos tristesses prolongent le mystère qu’ébauche le sourire des momies.

 

Quelqu’un emploie-t-il à tout propos le mot vie ? — sachez que c’est un malade.

 

Tôt ou tard chaque désir doit rencontrer sa lassitude, sa vérité...

 

Entre l’Ennui et l’Extase se déroule toute notre expérience du temps.

 

Cioran, Syllogismes de l’amertume, dans Œuvres, Pléiade/Gallimard, 2011, p. 194, 195, 196, 199.

22/02/2022

Joseph Joubert, Carnets, II

                                 438.jpg

Ils se tiennent aux portes et ne voient que les barreaux.

 

La grande affaire de l’homme c’est la vie, et la grande affaire de la vie c’est la mort.

 

La vie entière est employée à s »’occuper des autres ; nous en passons une moitié à les aimer, l’autre moitié à en médire.

 

Qui est-ce qui pense pour le seul plaisir de penser ? qui est-ce qui examine pour le seul plaisir de savoir ?

 

Tous ceux enfin pour qui le style n’est pas un jeu, mais un travail.

 

 

Joseph Joubert, Carnets, II, Gallimard, 1994, p. 95, 100, 100, 117, 118.

07/02/2022

Charles Pennequin, Dehors Jésus

                          charles_pennequin.jpg

Petit Jésus est nostalgique des premiers instants qu’il vit mais qu’il ne connaît pas. Il st nostalgique de la vie qui pousse sans s’arrêter. La vie pousse devant lui et autour de lui, partout la vie elle pousse et elle ne s’arrête jamais et pourtant il lui semble qu’elle n’est que mort. La vie elle ne s’arrête jamais pour échapper à la mort, mais en réalité c’est parce qu’elle continue qu’elle est dans la mort, c’est ce que petit Jésus pense, car petit Jésus pense que la vie c’est la nostalgie, c’est-à-dire le moment où tout s’arrête. La vie, c’est le moment où l’on voudrait tout noter de la vie et qu’on ne peut pas, on ne peut pas noter la vie qu’on vit pense alors petit Jésus, et petit Jésus voudrait accrocher la vie pour pouvoir tout goûter des moments qu’il est en train de vivre, ce qu’il vit file à toute allure, elle file de partout tout autour du petit Jésus la vie.

 

Charles Pennequin, Dehors Jésus, P. O. L, 2022, p. 113-114.

28/02/2020

Béatrice Bonhomme, Les boxeurs de l'absurde

béatrice bonhomme,les boxeurs de l'absurde,chef-d'œuvre,sens,vie

                   Chef-d’œuvre

 

Il dit tu as accompli un chef-d’œuvre de nos vies

Un trésor où passe le vent

Et où rien n’est à personne

Il est fait de bric et de broc

D’instants de vie et de sourires

D’instants de larmes

Et de souffrance

Il est fait de tout et de rien

Il est construit de non-sens

Et donne un sens à ma vie

 

Il dit plus tard j’élèverai un château de cartes

Une architecture improbable

De terre et de limon

De branches et d’échappées

De nuit et de terre

Il sera comme un puzzle abandonné

Un sable qui n’a pas d’empreintes

Un paréo prêté au vent

Une figure sans dessin

Le temps baroque d’un passage.

 

Béatrice Bonhomme, Les boxeurs de l’absurde,

L’étoile des limites, 2019, p. 117.

17/02/2020

Michel Leiris, À cor et à cri

LEIRISGONDARD0001.jpg

Où que je sois

quoi que je fasse

je passe toute ma vie

à regarder couler ma vie 

 

note unique qui ne suffit pas

à créer une mélodie

 

Michel Leiris, À cor et à cri,

Gallimard,1988, p. 111.

24/11/2019

Ludovic Degroote, Si décousu

               degroote.jpg

                               Dans la vie

 

il n’y a aucune désolation qui ne tienne quelque chose de vous debout

 

car ce qui reste est la matière durable de ce que nous avons été

 

et quand bien même cela tournerait vert-de-gris

 

sous quoi le vert-de-gris

 

nous, semblables et indistincts

 

et constamment issus de tout ce qui ne nous détruit pas encore

 

prenons les allures fantômes que laissent

 

nos pieds embourbés

 

dans la vie

 

Ludovic Degroote, Si décousu, éditions Unes, 2019, p. 74-75.

04/11/2019

Marina Tsvétaïéva, Le ciel brûle

1479906881.gif

Les nuits sans celui qu’on aime

Avec celui qu’on n’aime pas , et les grandes étoiles

Au-dessus de la tête en feu et les mains

Qui se tendent vers Celui —

Qui n’est pas — qui ne sera jamais,

Qui ne peut être — et celui qui le doit...

Et l’enfant qui pleure le héros

Et le héros qui pleure l’enfant,

Et les grandes montagnes de pierre

Sur la poitrine de celui qui doit — en bas.

 

Je sais tout ce qui fut, tout ce qui sera,

Je connais ce mystère sourd-muet

Que dans la langue menteuse et noire

Des humains — on appelle la vie.

 

Marina Tsvétaïéva, Le ciel brûle, traduction

Pierre Léon et Ève Malleret, Poésie/Gallimard,

1999, p. 79.

02/11/2019

Juan Gelman, Vers le sud, précédé de Notes

    gelman_juan.jpg

Note XIX

 

homme / la vie est une chose

misérable / immortelle / ouvreuse

de blessures et douleurs / mais homme véritable /

regarde-la défaire

les tourments comme un bœuf humain

qui labourerait de l’autre côté de l’ombre /

ou qui te m’aimerait la transparence

pour souffrir pareillement

 

                                                  à jorge cedron

 

Juan Gelman, Vers le sud, précédé de Notes, traduction

de l’espagnol (Argentine) Jacques Ancet, Poésie /

Gallimard, 2014, p. 57.

08/02/2019

Georges Perros Poèmes bleus

Perros.jpg

Ce n’est pas cela que j’attends

De la vie à l’odeur forte

Couleur de lilas veuve morte

Tu m’indiffères printemps.

 

L’algue marine et les vents

Qui viennent frapper à ma porte

L’amour que le diable l’emporte

Me sont plus émoustillants

 

Homme qu’un désastre habite

Mes vœux de nulle saison

Ne se soucient. Ma prison

 

Ce corps qu’un feu noir excite

Rien n’en peut changer le sort

Sinon toi, mort de ma mort.

 

Georges Perros, Poèmes bleus,

Gallimard, 1962, p. 43.

25/11/2018

Jules Supervielle, Le Forçat innocent

                    Supervieilleeg.jpeg

                        Le miroir

 

Qu’on lui donne un miroir au milieu du chemin,

Elle y verra la vie échapper à ses mains,

Une étoile briller comme un cœur inégal

Qui tantôt va trop vite et tantôt bat si mal.

 

Quand ils approcheront, ses oiseaux favoris,

Elle regardera mais sans avoir compris,

Voudra, prise de peur, voir sa propre figure,

Le miroir se taira, d’un silence qui dure.

 

Jules Supervielle, Le Forçat innocent, dans Œuvres complètes,

édition Michel Collot, Pléiade / Gallimard, 1996, p. 280.

 

 

25/10/2018

Édith Azam, Le temps si long

                  Edith.jpg

Parfois ça nous reprend

ce drôle de sanglot

tout bas

qui nous secoue la cage.

On n’y cède pas

non

ce serait déjà

beaucoup trop

beaucoup trop

être soi-même.

Ce serait beaucoup trop

accepter d’écouter

ce que nous dit la vie

du vide tout autour.

Alors alors…

On ferme à double tour

le corps

sa tentative.

On devrait lâcher prise

on se crispe

le mou !

 

Édith Azam, Le temps si long,

Atelier de l’agneau, 2018, p. 46.

                                                                           ©Photo Chantal Tanet

 

 

 

21/04/2018

Malcolm Lowry, Pour l'amour de mourir

                                           malcolm-lowry.jpg

Des hommes dont le vent fait claquer le pardessus

 

Nos vies — mais nous n’en pleurons pas —

Sont comme ces cigarettes au hasard

Que, par les journées de tempêtes,

Les hommes allument en les protégeant du vent

D’un geste adroit de la main qui fait écran ;

Puis elles brûlent toutes seules aussi vite

Que s’aggravent les dettes qu’on ne peut pas payer,

Elles se fument si vite toutes seules

Qu’on a  à peine le temps d’allumer

La vie suivante, qu’on espère mieux roulée

Que la première, et sans arrière-goût+

Au fond, elles n’ont pas de goût —

Et la plupart, on les jette au rebut..

 

Malcolm Lowry, Pour l’amour de mourir, traduction

J.-M. Lucchioni, préface Bernard Noël, La Différence,

1976, p. 81.

10/01/2018

Samuel Beckett, Poèmes, suivi de mirlitonnades

                                                    Beckett.JPG

je suis ce cours de sable qui glisse

entre le galet et la dune

la pluie d’été pleut sur ma vie

sur moi ma vie qui me fuit me poursuit

et finira le jour de son commencement

 

cher instant je te vois

dans ce rideau de brume qui recule

où je n’aurai plus à fouler ces longs seuils mouvants

et vivrai le temps d’une porte

qui s’ouvre et se referme

 

Samuel Beckett, Poèmes , suivi de mirlitonnades,

Editions de Minuit, 1978, p. 22.

02/12/2017

Valérie Rouzeau, Va où

                                      Rouzeau.jpg

Il faut m’arracher allumer d’une autre étoile de chance pas bêcheuse

Quitter ce jardin de palabres où pour un peu me serais crue sans savoir

     ni quand ni comment ni bien quoi semer à tout vent

Croquemorte de moi-même quelle idée ici je rends mon tablier mon  

     houx ma haie ma mauvaise pioche

Je m’en vais trouver de la vie par tous les temps

Cela commence à présent je change lalalère change d’air là

 

Valérie Rouzeau, Va où, Le temps qu’il fait, 2002, p. 85.  

 

23/06/2017

Henri Thomas, La joie de cette vie

                                              Henri Thomas.JPG

J’écris, comme si écrire était mon unique moyen de vieillir sans douleur, et sans jouer un rôle dans les rouages.

 

J’ai l’impression d’appartenir à ma vie plus que ma vie ne m’appartienne, qu’il lui reste peu de choses à faire pour m’avoir tout à fait. Je ne lui échapperai pas — mais ce ne sera pas moi, cette vie qui m’a eu.

 

Si la mort est la solution du problème appelé la vie, nous ne comprenons pas plus le problème que la solution, et si nous pouvons constater cela, c’est grâce au langage, que nous ne comprenons pas davantage.

 

Henri Thomas, La joie de cette vie, Gallimard, 1992, p. 22, 25, 29.