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29/06/2018

Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune

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Août-septembre 1944

[...]

Un chat s'approche, hésitant, m'adresse un regard timide, accompagné d'un petit rire gêné : je lui coup une de mes trois rondelles de saucisson que je pose sur un bout de papier gras : — — Une vieille femme, perchée sur un vélo, zigzague dangereusement au milieu des gosses qui sortent de l'école.

Un chœur d'enfants  ânonnait avec conviction : « Brossons nos quenottes. Zoignons nos menottes. Avant de faire dodo. Pensons saque soir au Fuhrère. Il nous donne notre lolo.   Il nous protèze comme un père ! » Je n'ai pas pu me retenir d'aller jusqu'à la haie pour regarder ces mioches de cinq ans , en barboteuses, bib and tucker, sagement assis sur leurs bancs de bois. La sœur (qui venait de leur faire répéter cette monstrueuse litanie) était en train de distribuer des bonbons vitreux ; ils les mettaient alors dans un petit pot de fer blanc et touillaient avec application, jouant à les <faire cuire> : le régime capable d'inventer des choses pareilles ?! Mais je me suis alors rappelé que la première chanson qu'on m'avait apprise à l'école maternelle était : « L'Empereur est un brave homme (sic): il habite à Berlin. » C'est sans doute ainsi qu'on enseigne partout les premiers rudiments d'<instruction civique> ! : Tous des salauds ! Oser pomper ce purin fétide dans des réceptacles innocents et sans défense ! Ou l'absurde rengaine du « Sang du Christ »! : Jusqu'à l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, les enfants devraient grandit dans une parfaite neutralité philosophique. Après, quelques cours sérieux suffiraient ! On pourrait alors leur conter alternativement l'histoire à dormir debout de la « Sainte Trinité » et la vaste blague du « brave homme de Berlin » et, à titre de comparaison, leur enseigner la filosofie et es sciences naturelle. Alors, les obscurantistes pourraient s'inscrire au chômage !

 

Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune, traduit de l'allemand par Jean-Claude Hémery avec la collaboration de Martine Vallette, 1991 [1962, Julliard], Christian Bourgois, p. 157-158.

Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune

179391.jpg

Août-septembre 1944

[...]

Un chat s'approche, hésitant, m'adresse un regard timide, accompagné d'un petit rire gêné : je lui coup une de mes trois rondelles de saucisson que je pose sur un bout de papier gras : — — Une vieille femme, perchée sur un vélo, zigzague dangereusement au milieu des gosses qui sortent de l'école.

Un chœur d'enfants  ânonnait avec conviction : « Brossons nos quenottes. Zoignons nos menottes. Avant de faire dodo. Pensons saque soir au Fuhrère. Il nous donne notre lolo.   Il nous protèze comme un père ! » Je n'ai pas pu me retenir d'aller jusqu'à la haie pour regarder ces mioches de cinq ans , en barboteuses, bib and tucker, sagement assis sur leurs bancs de bois. La sœur (qui venait de leur faire répéter cette monstrueuse litanie) était en train de distribuer des bonbons vitreux ; ils les mettaient alors dans un petit pot de fer blanc et touillaient avec application, jouant à les <faire cuire> : le régime capable d'inventer des choses pareilles ?! Mais je me suis alors rappelé que la première chanson qu'on m'avait apprise à l'école maternelle était : « L'Empereur est un brave homme (sic): il habite à Berlin. » C'est sans doute ainsi qu'on enseigne partout les premiers rudiments d'<instruction civique> ! : Tous des salauds ! Oser pomper ce purin fétide dans des réceptacles innocents et sans défense ! Ou l'absurde rengaine du « Sang du Christ »! : Jusqu'à l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, les enfants devraient grandit dans une parfaite neutralité philosophique. Après, quelques cours sérieux suffiraient ! On pourrait alors leur conter alternativement l'histoire à dormir debout de la « Sainte Trinité » et la vaste blague du « brave homme de Berlin » et, à titre de comparaison, leur enseigner la filosofie et es sciences naturelle. Alors, les obscurantistes pourraient s'inscrire au chômage !

 

Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune, traduit de l'allemand par Jean-Claude Hémery avec la collaboration de Martine Vallette, 1991 [1962, Julliard], Christian Bourgois, p. 157-158.

21/06/2018

Jules Renard, Journal

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                                            Éloge funèbre. La moitié de ça lui aurait suffi de son vivant.

On se fait des ennemis. Avait-on des amis ?

Le monde serait heureux s'il était renversé.

 Un homme qui aurait absolument nettela vision du néant se tuerait tout de suite. 

À considérer les appétits bourgeois, je me sens capable de me passer de tout.

Je ne tiens pas plus à la qualité qu'à la quantité des lecteurs. 

Les  hommes naissent égaux. Dès le lendemain, ils ne le sont plus.

Écrire pour quelqu'un, c'est comme écrire à quelqu'un : on se croit tout de suite obligé de mentir.

 Il faut vivre pour écrire, et non pas écrire pour vivre.

 Mon ignorance et l'aveu de mon ignorance, voilà le plus clair de mon originalité.

 

 Jules Renard, Journal, édition Léon Guichard et Gilbert Sigaux,  Pléiade / Gallimard, 1965, p. 1094, 1114, 1118, 1119, 1124, 1128, 1132, 1151, 1164.

17/05/2018

Jacques Roubaud, Traduire, journal

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   En 1980, paraissait sous la direction de Michel Deguy et Jacques Roubaud un volume imposant de traductions, Vingt poètes américains ; une partie d’entre eux était alors inconnue en France, notamment les poètes objectivistes dont Roubaud avait quelques années auparavant proposé un choix dans  Europe (juin-juillet 1977). On ne suivra pas l’ensemble de ses traductions, ni de ses réflexions (voir notamment Description du projet, NOUS, 2013) mais, pour lire avec profit Traduire, journal, le lecteur pourrait reprendre, paru en 1981, Dors, précisément les réflexions qui précèdent les quatre parties de poèmes ; référence y est faite à William Carlos Williams pour la métrique retenue dans le premier ensemble (Dors). Roubaud rompt avec le vers libre "classique" pour ces poèmes qui doivent être dits, poèmes définis comme « des moments de contemplation de peu de mots, vers courts, lignes presque blanches, silences de la voix plus longs que tous les mots » [souligné par moi]. Pour lui, la traduction est une activité critique, elle nourrit l’écriture, permettant par exemple d’expérimenter une métrique.

   Si le livre n’avait que cette vertu, il faudrait en conseiller la lecture : il offre une anthologie de la poésie américaine, personnelle certes, qui donne à lire des poètes aujourd’hui connus en France (Gertrude Stein, Keith Waldrop, Louis Zukofsky, Paul Blackburn, Jerome Rothenberg, David Antin, etc.), mais d’autres beaucoup moins, comme Jackson Mac Low, Carl Rakosi (notamment grâce à Philippe Blanchon) ou Christopher Middleton (ce dernier grâce à Auxeméry), ou pas du tout comme Armand Schwerner — avec ici quelques extraits de The Tablet, qui n’a pas trouvé son traducteur —, Clark Coolidge ou Ted Berrigan. La plupart de ces poètes ont, pour le dire vite, transformé dans leur langue la relation à la poésie et c’est aussi le cas du poète de langue allemande Oskar Pastior, dont on lira deux traductions.

En 1981, Roubaud (avec Alix Cléo Roubaud) traduit un texte métapoétique de Gerard Manley Hopkins qui interroge la relation entre vers et poésie, affirmant « La poésie est en fait parole employée seulement pour porter l’inscape(l’intérieur) de la parole, pour le seul compte de l’inscape » et « Le vers est donc parole qui répète en tout ou en partie la même figure sonore » (p. 247 et 248). Les poèmes choisis par Roubaud peuvent l’être pour leur intérêt métrique et, également, pour le fait qu’ils présentent des propositions sur la poésie ; ce n’est pas un hasard si le premier, d’Octavio Paz, donne à lire ceci :

l’écriture poétique c’est

apprendre à lire

le creux dans l’écriture

de l’écriture

   Mais sans doute aussi importants que ce genre de textes, de nombreux poèmes permettent de mettre en œuvre dans les traductions des choix métriques. Par exemple, dans un poème de Percy Bysshe Shelley, Roubaud introduit des blancs qui ne sont pas dans l’original : « Ensemble     succession de rideaux /      que le soleil     la lune     les vents / Tirent     et l’île alors     les vents » [etc.] (p. 241). Dans un poème de Cid Corman, c’est l’unité vers-syntaxe et l’identité du mot qui sont mises en cause : « Une fourmi un / instant a / ttentive à / une ombre » (p. 229). Le rôle critique de la traduction joue en même un rôle créatif ; Roubaud "traduit" — transforme — des poèmes de Mallarmé et Hugo pour obtenir de nouveaux poèmes et l’expérimentation le conduit à questionner la langue anglaise en traduisant ses propres poèmes. On retiendra encore la mise en pratique de la proposition de Hopkins — le vers comme reprise de la même figure sonore — avec un long poème dont chaque mot contient le son [a], y compris le titre que l’on voit mal être autrement qu’en anglais (« Wahat a map ! »). Cet exercice oulipien par excellence est en accord avec l’extrait traduit  de Palomard’Italo Calvino : le personnage entend regarder le monde « avec un regard qui vient du dehors et non du dedans de lui » (p. 259) ; cette proposition devient vite plus complexe et ne pouvait qu’attirer l’attention de Roubaud : « le dehors regardant du dehors ne suffit pas, c’est du dehors regardé que doit partir le regard qui atteint l’œil du dehors qui regarde. »

   La postface d’Abigail Lang, dont il faut rappeler son étude de la poésie de Zukofsky et son activité de traductrice (Lorine Niedeker, Rosmarie Waldrop, David Antin, Elizabeth Willis, Gertrude Stein, etc.), décrit et analyse précisément les principes sur lesquels repose le travail de traduction de Roubaud. Elle retrace ce qu’a été le cercle Polivanov, groupe de recherche fondé par Léon Robel (traducteur de Gorki, Soljenitsyne, Aïgui, etc.) et Roubaud, la réflexion sur les pratiques de Pound et Chklovski. J’extrais de cette excellente synthèse sur Roubaud traducteur les derniers mots de sa conclusion : « Traduire [pour Roubaud] participe du travail de poésie, est pris  dans un continuum d’activités de lecture et d’écriture, qui ne sépare pas comparaison et critique, appréhension et réflexion : « J’imagine, je lis, je compose, j’apprends, je recopie, je traduis, je plagie, j’écris de la poésie depuis près de 40 ans. Il m’arrive d’en publier ? » (Description du projet) ».

 

Jacques Roubaud, Traduire, journal, postface d’Abigail Lang, NOUS, 2018, 368 p., 25 €. Cette recension a été publiée sur Sitaudis le 28 mars 2018.

 

 

26/04/2018

Charles Olson, dans Jacques Roubaud, Traduire, journal

       3160194098_ae7a2599da.jpg        

     Le printemps

 

Le cornouiller

éclaire le jour

 

La lune d’avril

fait la nuit flocons

 

Les oiseaux soudain

sont multitude

 

Les fleurs ravinées

par les abeilles, les fleurs à fruit

 

jetées au sol, le vent

la pluie bousculant tout. Bruit —

 

sur la nuit même le tambour

de l’engoulevent, nous sommes aussi

 

occupés, nous labourons, nous bougeons,

jaillissons, aimons Le secret

 

qui s’était perdu ne se cache

plus, ne se révèle, dévoile

 

des signes. Nous nous précipitons

pour tout saisir Le corps

 

fouette l’âme. En grand désir

exige l’élixir

 

au grondement du printemps,

transmutations. L’envie

 

se perd qui se traîne. Le défaut du corps et de l’âme

— qui ne sont un —

 

le coq matinal résonne

et la séparation : nous te saluons

 

saison de nul gâchis

 

Charles Olson, dans Jacques Roubaud,

Traduire, journal , NOUS, 2018, p. 86.

25/04/2018

Oskar Pastior, Bac à sable, dans Jacques Roubaud, Traduire, journal

pastior-portrait-foto2.jpg

                Bac à sable

 

Mon contraire est si dur à cuire que, si

j’étais son contraire, je ne serai pas. au cont-

raire : il est si indéracinable et coriace que, si

 

moi, je n’existais pas, il y serait encore, je ne

suis même pas son contraire. Lui au contraire : tellement

plus contraire que je ne le serai jamais. alors me

 

voilà et j’imagine avec jalousie qu’il est

mon contraire. Comme ça serait bon d’avoir un contraire

qui ne serait pas comme ça. dans mon bac à sable il

 

y a un personnage qui ne me plaît pas du tout, mais

qui est le contraire. mon bac à sable est ainsi

fait que mes personnages y sont, et jouent,

 

moi et mon contraire. même si un contraire

fait marcher les personnages, c’est dans le bas

à sable que nous sommes, et pas ailleurs, je suis un

 

personnage de sa epnsée et je pourrais bien, à mon avis, être aussi

mon contraire, supposons, que je suis si coriace et in-

déracinable, que je puisse être mon contraire,

 

supposons, que lui soit mon contraire ; supposons

que je ne sois pas le sien, ça serait si beau d’avoir

pour uune fois un contraire un petit moins dur à cuire.

 

Oskar Pastior, dans Jacques Roubaud, Traduire, journal,

NOUS, 2018, p. 256.

24/04/2018

William Bronk (1918-1999), dans Jacques Roubaud, Traduire, journal

 Bronk.jpg

Life supports. 9. Été : airs

 

Et même avant cela l y eut quelqu’un

et il fit ça et ça.

 

Ça n’était pas très différent. Une profonde

 concentration nécessaire, plusieurs mains.

 

Il pensait que si jamais ils laissaient échapper

cela, ce serait perdu. Et cela se perdit.

 

Cela fut perdu. Il se passa beaucoup de temps.

Avant lui aussi il y eut quelqu’un.

 

Qi peut se souvenir de la         perte finale ?

La terre rend vagues les plus durs os enterrés.

 

Regarde, là, où nous sommes encore

dans l’espace particulier, pas le moment

 

où l’été les airs dépassent, et surpassent

comme les congrégations en l’air des oiseaux.

 

William Bronk, dans Jacques Roubaud, Traduire,

journal, NOUS, 2018, p. 221.

01/04/2018

Gertrude Stein, Stanzas in meditation, traduction Jacques Roubaud

              Stein Gertrude.jpeg 

Stanzas in meditation

 

deuxième partie, strophe quatorze

 

ce n’est pas seulement tôt qu’ils ne font aucune faute

le rouge-gorge et le rossignol

ou plutôt ce qui peut ce qui

peut ce qu’il ce qu’ils peuvent choisir ce qu’

ils savent ou n’aiment pas qu’

ils fassent cela une seul e fois ou pas pareil

et non seulement à ce moment où il leur plaît

d’avoir été absorbés entièrement

et ainsi le trouvent-ils

et ainsi sont-ils

là qui n’est pas seulement ici mais ici aussi bien que là.

ils aiment tout ce que j’aime.

 

Gertrude Stein, traduction de Jacques Roubaud, dans son

Traduire, journal, nous, 2018, p. 70.

26/02/2018

Italo Svevo, Écrits intimes

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Décembre 1902

   Je note le journal de ma vie de ces dernières années sans me proposer aucunement de la publier. Pour moi, à cette heure, et de façon définitive, ‘ai éliminé de ma vie cette chose ridicule et néfaste qui s’appelle littérature. À travers es pages, je veux seulement arriver à mieux me comprendre. Mon habitude qi est celle de tous les impuissants, de ne savoir penser qu’avec une plume à la main (comme si la pensée n’était pas plus utile et nécessaire au moment d’agir) me contraint à ce sacrifice. Donc, une fois encore, instrument grossier et rigide, la plume m’aidera à parvenir jusqu’au fond si complexe de mon être. Puis je la jetterai pour toujours, et je veux savoir m’habituer à penser dans l’attitude même de l’action : en courant, fuyant un ennemi en le poursuivant, le poing levé pour frapper ou esquiver un coup.

 

Italo Svevo, Écrits intimes, traduction de l’italien Marco Fusco, Gallimard, 1973, p. 89.

13/01/2018

Fabienne Raphoz, Parce que l'oiseau

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   Le journal fausse le passé, au moment de sa lecture, il force le souvenir. C’est un paradoxe temporel : écrit dans l’instant pour ne pas perdre l’instant, il laisse perdre tous les instants qu’il n’a pas consignés. Parfois, le journal fonctionne à la manière du carnet, comme un déictique, un propulseur, la note lacunaire ouvre un champ que le poème, même condensé, saura, ou ne saura pas, exprimer, mais s’il est trop rédigé, le fragment se suffit à soi-même.

 

Fabienne Raphoz, Parce que l’oiseau, collection Biophilia, Corti, 2018, p. 26.

                                *   *   *

La dernière livraison (n° 27, 12 €) de la revue Phœnix est en partie consacrée à l’écrivain Étienne Faure. À lire !

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Étienne Faure publie ce mois-ci aux éditions le phare de cousseix, Écrits cellulaires, que l’on peut commander directement (7 € + 1 € frais de port):

Editions le phare de cousseix

Le Cousseix, n° 7
23500 Croze

Par ailleurs, la revue Phœnix invite Étienne Faure le 18 janvier, avec Stéphane Bouquet, Jean-Pierre Chevais et Marie de Quatrebarbes. Pour plus de précisions :

https://www.entrevues.org/actualites/phoenix-etienne-faure/

10/12/2017

Franz Kafka, Journal (traduction Marthe Robert)

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18 novembre [1913]

 

Je vais recommencer à écrire, mas que de doutes, entre temps, sur ma création littéraire ! Au fond, je suis une être incapable et ignorant qui, s’il n’avait été mis de force à l’école — je n’y allais que contraint, sans aucun mérite personnel, sentant à peine la contrainte — serait tout juste bon à rester blotti, dans une niche à chien, à sauter dehors quand on lui apporte sa pâtée et à rentrer d’un bond quand il l’a engloutie.

 

Franz Kafka, Journal, traduction Marthe Robert, Grasset, 1954, p. 297-298.

22/09/2017

Jules Renard, Journal, 1887-1910

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Elle avait une peur ridicule du ridicule.

 

On place des éloges comme on place de l’argent, pour qu’ils nous soient rendus avec les intérêts.

 

Il jouait du piano d’une façon remarquable avec un seul doigt.

 

La psychologie. Quand on se sert de ce mot-là, on a l’air de siffler des chiens.

 

Tout est beau. Il faut parler d’un cochon comme d’une fleur.

 

Jules Renard, Journal, 1887-1910, Pléiade / Gallimard, 1965, p. 55, 59, 64, 75, 92.

01/09/2017

Paul Klee, Journal, traduction Pierre Klossowski

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Mardi, 7 avril [1914] (…) Dans l’après-midi apparaît la côte africaine. Plus tard, nettement discernable, la première cité arabe, Sidi-bou-Saïd, le dos d’une montagne, sur laquelle n voit poindre, selon un rythme rigoureux, de blanches formes de maisons. La fable se matérialise, impalpable et assez lointaine encore, et toutefois nettement visible. Notre paquebot quitte la haute mer. Le port et la ville de Tunis s’étendent en retrait, un peu dissimulés. On arrive par un long chenal. Sur la rive, tout proches, les premiers Arabes. Le soleil, d’une sombre force. La clarté nuancée sur le pays, pleine de promesses. Macke l’éprouve aussi. D’avance nous savons tous deux qu’ici nous ferons du bon travail.

 

Paul Klee, Journal, traduction Pierre Klossowski, Grasset, 1959, p. 269.

18/08/2017

Paul Klee, Journal

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Mardi, 7 avril [1914] (…) Dans l’après-midi apparaît la côte africaine. Plus tard, nettement discernable, la première cité arabe, Sidi-bou-Saïd, le dos d’une montagne, sur laquelle n voit poindre, selon un rythme rigoureux, de blanches formes de maisons. La fable se matérialise, impalpable et assez lointaine encore, et toutefois nettement visible. Notre paquebot quitte la haute mer. Le port et la ville de Tunis s’étendent en retrait, un peu dissimulés. On arrive par un long chenal. Sur la rive, tout proches, les premiers Arabes. Le soleil, d’une sombre force. La clarté nuancée sur le pays, pleine de promesses. Macke l’éprouve aussi. D’avance nous savons tous deux qu’ici nous ferons du bon travail.

 

Paul Klee, Journal, traduction Pierre Klossowski, Grasset, 1959, p. 269.

30/07/2017

Jules Renard, Journal, 1887-1910

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Elle avait une peur ridicule du ridicule.

 

Malgré l’ininterrompue continuité de nos vices, nous trouvons toujours un petit moment pour mépriser les autres.

 

On place ses éloges comme on place de l’argent, pour qu’ils nous soient rendus avec des intérêts.

 

Faire tous les frais de la conversation, c’est encore le meilleur moyen de ne pas s’apercevoir que les autres sont des imbéciles.

 

La psychologie. Quand on se sert de ce mot-là, on a l ‘air de siffler des chiens.

 

Jules Renard, Journal, 1887-1910, Pléiade / Gallimard, 1965, p. 55, 57, 59, 60, 71.