Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/09/2017

Anne de Staël, Le cahier océanique

 

                                    Anne de Staël.jpeg

Temps de pierre

Tout le mouvement du monde 

« reçu » et sur le coup « renvoyé »

Pierre d’exactitude

Elle atteint la minute à la tête

Et contre elle s’aiguise le dard

Son ombre l’entrecoupe de Présent

La tient entrouverte comme un boîtier

 

Anne de Staël, Le cahier océanique, La Lettre

volée, 2015, p. 117.

25/09/2017

Louis-René des Forêts, Poèmes de Samuel Wood

                  Des Forêts.jpg

Une ombre peut-être, rien qu’une ombre inventée

Et nommée pour les besoins de la cause

Tout lien rompu avec sa propre figure.

Se faire entendre une voix venue d’ailleurs

Inaccessible au temps et à l’usure

Se révèle non moins illusoire qu’un rêve

Il y a pourtant en elle quelque chose qui dure

Même après que s’en est perdu le sens

Son timbre vibre encore au loin comme un orage

Dont on ne sait s’il se rapproche ou s’en va.

 

Louis-René des Forêts, Poèmes de Samuel Wood,

Fata Morgana, 1988, p. 44.

07/09/2017

Esther Tellermann, Carnets à bruire

               Tellermann.jpeg

Ne m’effleurait

votre

incise     théâtre

de pierres     linges

recouvraient

     les paumes

j’induisais votre

     souffle

     à l’intérieur

de mes sillons

     je

respire

vos aurores de

papier comme si

l’ombre

         prenait

         feu

 

Esthet Tellermann, Carnets

à bruire, La lettre volée, 2014, p. 74.

19/04/2017

Renée Vivien, La Vénus des aveugles

           Renée Vivien.JPG

Chanson pour mon ombre

 

Droite et longue comme un cyprès,

Mon ombre suit, à pas de louve,

Mes pas que l’aube désapprouve.

Mon ombre marche à pas de louve,

Droite et longue comme un cyprès,

 

Elle me suit, comme un reproche,

Dans la lumière du matin.

Je vois en elle mon destin

Qui se resserre et se rapproche.

À travers champs, par les matins,

Mon ombre me suit comme un reproche.

 

Mon ombre suit, comme un remords,

La trace de mes pas sur l’herbe

Lorsque je vais, portant ma gerbe,

Vers l’allée où gîtent les morts.

Mon ombre suit mes pas sur l’herbe

Implacable comme un remords.

 

Renée VivienLa Vénus des aveugles, dans Poésies complètes, 

Librairie Alphonse Lemerre, 1944, p. 204-205.

 

15/03/2017

Cécile A. Holdban, Mobiles

                                               1177184096.jpg

                           Photographie Frédéric Tison (blog Les Lettres Blanches)

 

Les feuilles pendues aux arbres rappellent les oiseaux morts

 

une petite fille marche le soleil est mûr

le chemin bien droit

les pas légers dans la poussière

elle déjoue d’une tresse qui saute la pesanteur

sous les arbres

elle si petite l’ombre l’avalera

l’araignée approche

 

les cœurs seront jetés

les fragments rassemblés

dans la nuit d’une toile

 

Cécile A. Holdban, Mobiles, dans Europe,

janvier-février 2016, p. 265-266.

 

 

 

06/02/2017

Louis Dubost, Fin de saison

                 le-de-bleu-la-fabrique-poemes-du-militant-louis.jpg

Au lever du jour

la nuit se vide d’un coup

chaque matin

c’est comme ça

 

la bouche sèche

dès que le corps

petit à petit consent

à se mettre à jour

 

à remplir le temps

comme une brouette

puis le verser en vrac

encore plus loin

 

l’ombre l’accompagne

en peau de chagrin

un peu plus recroquevillée

sous le soleil toujours plus haut.

 

Louis Dubost, Fin de saison,

le phare du cousseix, 2017, p. 8.

05/01/2017

Marcel Bénabou, Un poème à votre façon

                     marcel-benabou-by-c-pfrunner-__img_6937.jpg

Un poème à votre façon

 

Tout est rêve et la vie et l’amour et la mort

On entre en souriant dans le berceau de l’ombre

Quel cadavre la nuit ne reprend son essor

Pour retrouver l’enfant survivant aux décombres

Je débarque parfois dans ma ville déserte

Le feu du ciel alors s’est éteint brusquement

Encore enveloppé des ruses du printemps

Au-dessus de la craie qui poudre les fleurs vertes

Les rues muettes me regardent sans me voir

La vie s’est réfugiée au profond des miroirs.

 

Marcel Bénabou, dans La Bibliothèque Oulipienne,

Slatkine, 1981, p. 55.

 

21/09/2016

Paul Celan, Renverse du souffle

                                                          celanphoto1.jpg

L’Écrit se creuse, le

Parlé, vert marin,

brûle dans les baies,

 

dans les noms,

liquéfiés

les marsouins fusent,

 

dans le nulle part éternisé, ici,

dans la mémoire des cloches

trop bruyantes à — mais où donc ?,

 

qui,

dans ce

rectangle d’ombres,

s’ébroue, qui

sous lui

scintille un peu, scintille, scintille ?

 

Paul Celan, Renverse du souffle, traduit

de l’allemand et annoté par Jean-Pierre

Lefebvre, Seuil, 2003, p. 83.

02/04/2016

Sarah Plimpton, extrait de Single Skies

                French-American-Foundation-GALL07 (1).jpg

Extraits de Single Skies

 

ombre brusque du soleil

froissée derrière l’arbre

le bleu du ciel

qui mène le vent

hors de la nuit

la porte

claque

le ciel

au sein de l’orage

 

a sudden shadow from the sun

upset behind the tree

the blue of the sky

driving the wind

off the night

the door

slams

the sky

inside the storm

 

Sarah Plimpton, traduit par Mathieu

Nuss, dans L’Étrangère, n° 40-41, p. 239 et 238.

05/11/2015

Jean-Luc Sarré, Les journées immobiles

                     Sarre.jpg

c’est ailleurs on dirait

loin du ciel

loin du bleu tumulte qui interdit

il y a de la terre dans les masses bruissantes

dans les cernes

les volumes

dans les ombres devenues fragiles

il y a du mauve dans ces ombres

c’est l’été

dans une autre lumière

l’odeur est celle des pierres avant la pluie

 

                     *

 

on ne sait rien de l’été

rien de ces quelques mots qu’il dénoue

trop lourds souvent

pareils à ces branches basses

vautrées dans la poussière

au milieu de l’allée

ou à ces fleurs encore

écloses parmi les pierres

isolées rouges

fragiles au cœur du ruissellement

 

Jean-Luc Sarré, Les journées immobiles, 1990 ;

Flammarion, p. 72 et 84.

05/05/2015

André du Bouchet, Qui n'est pas tourné vers nous

                           duBouchet.jpg

                Sur le foyer des dessins d’Alberto Giacometti

 

                                             Dessins d’Alberto Giacometti —

par blocs froids détachés de quelque glacier à facettes qui tranchent. La dureté de ce crayon sans ombre qui, à proximité, plus qu’à raison d’une distance, se volatilise. Et, dans l’agrégat rectiligne, ouvertes d’un coup de gomme, avenues par lesquelles l’espace inentamé rapidement afflue. Jusqu’à ce que le trait, repris toujours, et en quête de la dernière surface, toile, air, papier, qui l’en sépare, s’étant interrompu, touche à son objet immatériel. Dessins blancs dans une pièce nue.

 

Quel est cet objet sur lequel sans cesse il revient, objet qui, croirait-on, ne prend corps qu’à l’issue d’un atermoiement prolongé coûte que coûte au point où nous risquerions de le voir se fondre, et perdre dans la haute paroi ?

 

[...]

 

André du Bouchet, Qui n’est pas tourné vers nous, Mercure de France, 1972, p. 9-10. ©Photo Jean-François Bauret.

14/02/2015

Tristan Tzara, Où boivent les loups

tzara.jpg

 

à  l’horizon planent toujours les oraisons

de vie en désordre

le liège est cerf le cerf est feuille

un matin à bijoux une robe de mains

palpitantes qui fuient la terre

 

un visage qui se hâte à la nuit

les soucis au rivage

une lumière qui erre sans se connaître

 

une femme qui l’habite à regret

la neige la couvre sur les cimes interdites

une seule ombre la trouve

une seule qui la cherche qui ne doute

de la naissance des ombres

 

Tristan Tzara, Où boivent les loups, dans Œuvres

complètes, II, édition établie, présentée et annotée par

Henri Béhar, Flammarion, 1977, p. 245.

 

 

12/07/2014

Guy Goffette, Éloge pour une cuisine de province

imgres-5.jpg

La visite de Rembrandt

 

 

La nuit a volé

son unique lampe à la cuisine

piégé dans la vitre

celui qui se tait

debout dans la tourbe des mots

Il brûle à feu très doux

l'obscure enveloppe du silence

(comme ces collines sous la cendre

réchauffent l'aube de leur mufle)

et pour la première fois peut-être

son visage d'ombre est toute la lumière

et parle pour lui seul

 

Guy Goffette, Éloge pour une cuisine de province,

postface de Jacques Borel, Champ Vallon, 1988, p. 25.

17/04/2014

Myrto Gondicas, dans Les Carnets d'eucharis

images.jpg

Et l'on veut vivre encore, les vieilles, et l'on

tourne le coin des rues avec au bord

des lèvres l'ombre d'un rire éclos sous

la frange peinte, acajou mauve ou noir vainqueur

des doutes des ans : si, sur

l'arête d'un trottoir, on bronche

bec ouvert sous le ciel clément, la fesse

ivre un peu, balancée rétive

(et la cheville, avec, se tord),

tel vieux souvenir alors émerge

et mord l'âme amollie : cassoulet, amour,

écho de voix pépiant au fond des cours où

dans une odeur de cèdre et de sésame

chaud, avec les cris du loto populaire,

pulse le cœur oublié d'un monde.

 

Myrto Gondicas, dans Les Carnets d'eucharis, n° 41, en ligne

(<http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/archive/2014/04/13/les-carnets-d-eucharis-n-41-printemps-2014-5345803.html>

 

07/04/2014

Bashô (2), Jours d'hiver, traduction de René Sieffert,

imgres.jpg

Une ombre noire

dans le petit matin blême

attise la flamme

 

Jusqu'aux fleurs des champs

butine le papillon

aux ailes froissées

 

Sortie de sa manche

il ouvre son écritoire

à l'ombre des monts

 

Joyeusement

gazouille l'alouette

tire-lire-li

 

Lune de trois jours

dans le ciel noir du levant

la voix de la cloche

 

On pleure les fleurs

qui du cerisier ne sont

que la moisissure

 

Soleil d'un matin d'hiver

tout n'est que mélancolie

 

Bashô, Jours d'hiver, traduction de René Sieffert, Presses orientalistes de France, 1987, p. 17, 25, 35, 41, 45, 53, 61.