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17/04/2017

Anna Akhmatova, Requiem

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                           Dédicace

 

Devant ce malheur les montagnes se courbent

Et le grand fleuve cesse de couler.

Puissants sont les verrous des geôles,

Et derrière, il y a les trous du bagne

Et la tristesse mortelle.

C'est pour les autres que souffle la brise fraîche,

C'est pour les autres que s'attendrit le crépuscule _

Nous n'en savons rien, nous sommes partout les mêmes,

Nous n'entendrons plus rien

Hormis l'odieux grincement des clefs

Et les pas lourds des soldats.

Nous nous levions comme pour les matines,

Dans la Capitale ensauvagée nous marchions,

Pour nous retrouver plus inanimées que les morts.

Voici le soleil plus bas, la Néva plus brumeuse

Et l'espoir nous chante au loin, au loin.

Le verdict... D'un coup jaillissent des larmes.

Déjà elle est retranchée du monde,

Comme si de son cœur on avait arraché la vie,

Ou comme si elle était tombée à la renverse.

Pourtant elle marche... titube... solitaire

Où sont à présent les compagnes d'infortune

De mes deux années d'épouvante ?

Que voient-elles dans la bourrasque sibérienne,

À quoi rêvent-elles sous le cercle lunaire ?

Je leur envoie mon dernier salut.

                                                                                Mars 1940

 

Anna Akhmatova, Requiem, traduit du russe par Paul Valet,

éditions de Minuit, 1966, p. 17.

 

06/08/2016

Anna Akhmatova, Poème sans héros

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                   Un soir

 

La musique résonnait dans le jardin

D’in si indicible chagrin.

Sur un plat des huîtres glacées

Sentaient la fraicheur âcre de la mer.

 

Il m’a dit : « Je suis un ami fidèle ! »

Et il effleura ma robe.

Combien peu ressemble à une étreinte

Le frôlement de ces mains-là.

 

Ainsi caresse-t-on les chats et les oiseaux,

Ainsi regarde-t-on les sveltes écuyères…

Le rire seul anime ses yeux calmes

Sous l’or léger des cils.

 

Mais les voix déchirantes des violons

Chantent derrière une brume qui s’étire :

« Bénis donc le Cel :

Pour la première fois tu es seule avec lui. »

 

Anna Akhmatova, Le rosaire (1914), dans Poème

Sans héros, traduction Jeanne et Fernand Rude,

Maspero, 1982, p. 59.

08/02/2016

Anna Akhmatova, Requiem

 

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                           Épilogue

                          I

 

J’ai appris comment se défont les visages,

Comment, sous les paupières, la peur guette,

Comment la souffrance transforme les joues

En dures tablettes gravées de signes cunéiformes,

Comment les boucles noires ou cendrées

Soudain deviennent d’argent,

Comment le sourire se fane sur les lèvres dociles,

Comment dans un petit rire tremble la peur.

Et je ne prie pas seulement pour moi,

Mais pour toutes celles qui étaient avec moi

Dans les grands froids et dans la canicule

Au pied du mur rouge, aveugle.

 

Automne 1939

 

Anna Akhmatova, Requiem, dans L’églantier fleuri et

autres poèmes, traduits par Marion Graf et José-Flore

Tappy, La Dogana, Genève, 2010, p. 221.

03/05/2015

Anna Akhmatova, L'églantier fleuri

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Ah, tu croyais que j’étais de celles

Qu’on peut oublier,

Que j’irais me jeter, pleurant, priant,

Sous les sabots de ton cheval blanc.

 

Que j’irais demander aux sorcières

Une racine trempée d’eau magique,

Et t’offrirai en cadeau maléfique

Mon précieux mouchoir parfumé.

 

Sois maudit. Pas un regard, pas une plainte.

Je ne toucherai pas à ton âme exécrée,

Mais je te jure par le jardin des anges,

Sur l’icône des miracles je le jure,

Et sur l’ardente ivresse de nos nuits –

Jamais vers toi je ne reviendrai.

 

Juillet 1921, Saint-Pétersbourg.

 

Anna Akhmatova, L’églantier fleuri et autres poèmes,

traduits par Mario Graf et José-Flore Tappy, La

Dogana, 2010, p. 95.

18/04/2015

Gertrude Stein, Les guerres que j'ai vécues

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   Aujourd’hui, 3 août 1944, nous sommes allées à Belley, où j’ai anxieusement cherché à voir un « maquis ». Nous avons encore des Allemands ici, et pas de maquis jusqu’à présent. Mais Belley, quartier général du maquis, était malheureusement vide, ils étaient tous en opérations. Je n’en ai vu qu’un, de loin, dans un joli uniforme kaki, avec une patte rouge sur l’épaule. Nous sommes donc rentrées avec la satisfaction d’en avoir vu au moins un. À Belley, on nous a demandé avec surprise si nous avions encore des Allemands. Nous en avons une quarantaine, des cheminots qui gardent la voie, et nous en étions très humiliés. Nous sommes les seuls de la région, à Culoz, à avoir encore des Allemands. Nous sommes donc assez humiliés, et nous disons : « Ce sont des cheminots, qui n’ont plus rien à faire, et pas des soldats. » Les choses vont vite. Il y a trois mois, Belley était une garnison allemande, comptant des milliers de soldats, et, maintenant, il n’y a en plus un. Les gens de Belley ont l’impression qu’il n’y a jamais eu d’Allemands, mais seulement des « maquis ». À Culoz, nous en avons encore, ce qui est un vrai déshonneur.

 

Gertrude Stein, Les guerres que j’ai vues, traduit de l’américain par R. W. Seillière, Christian Bourgois, 1980, p. 270-271.

20/10/2013

Anna Akhmatova, Requiem, Prologue I

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 3 versions de      

            Requiem : Épilogue, I

 

Et j'ai appris comment s'effondrent les visages,

Sous les paupières, comment émerge l'angoisse,

Et la douleur se grave sur les tablettes des joues,

Semblables aux pages rugueuses des signes cunéiformes ;

Comment les boucles noires ou les boucles cendrées

Deviennent, en un clin d'œil, argentées,

Comment le rire se fane sur les lèvres sombres,

Et, dans un petit rire sec, comment tremble la frayeur.

Et je prie Dieu, mais ce n'est pas pour moi seulement,

Mais pour tous ceux qui partagent mon sort,

Dans le froid féroce, dans le juillet torride,

Devant le mur rouge devenu aveugle.

 

Anna Akhmatova, Requiem, traduction du russe par Paul

Valet, éditions de Minuit, 1966, p. 41.

 

                                    *

 

J'ai appris comment se flétrissent les visages,

Comment la peur regarde sous les cils baissés,

Comment la souffrance burine sur les joues

Des pages rudes en signes cunéiformes,

Comment les boucles noires et cendrées

Soudain deviennent argentées,

Le sourire se fane sur les lèvres dociles,

Et l'effroi tremble dans un petit rire sec.

Et je ne prie pas pour moi seule,

Mais pour tous ceux qui étaient avec moi là-bas,

Dans un froid de loup et dans un juillet brûlant,

Sous le mur rouge devenu aveugle.

 

Anna Akhmatova, Poème sans héros, Requiem et autres œuvres,

présentation et traduction de Jeanne et Fernand Rude,

François Maspero, 1982, p. 187.

 

                                        *

 

J'ai appris comment se défont les visages,

Comment, sous les paupières, la peur guette,

Comment la souffrance transforme les joues

En dures tablettes gravées de signes cunéiformes,

Comment les boucles noires ou cendrées

Soudat deviennent d'argent,

Comment le sourire se fane sur ls lèvres dociles,

Comment dans un petit rire sec tremble la peur.

Et je ne prie pas seulement pour moi,

Mais pour toutes celles qui étaient avec moi

Dans les grands froids et dans la canicule

Au pied du mur rouge aveugle

 

                 Automne 1939

 

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes, traduits par

 

Marion Graf et José-Flore Tappy, La Dogana, 2010, p. 221.

19/10/2013

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes

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Voilà, et en dépit

De la mort qui nous fixe,

Une fois encore, pour reprendre tes mots,

Je vote pour :

Pour que la porte soit porte

Et la serrure serrure.

 

Pour que la bête morne, dans la poitrine,

Soit cœur... C'est que nous tous, nous avons dû

Apprendre ce que cela veut dire,

Trois ans sans fermer l'œil,

Et chaque matin s'enquérir

De ceux qui sont morts dans la nuit.

 

                                                         1940

 

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes, traduits par

 

Marion Graf et José-Flore Tappy, La Dogana, 2010, p. 133.

12/05/2013

Jean Tardieu, Les tours de Trézibonde et autres textes

Jean Tardieu, Les tours de Trézibonde, théâtre secret,envers et endroit, décor

 

                       Mon théâtre secret

 

                                                                                 À Gérard Macé

 

   Le lieu où je me retire à part moi (quand je m'absente en société et qu'on me cherche, je suis là) est un théâtre en plein vent peuplé d'une multitude, d'où sortent, comme l'écume au bout des vagues, le murmure entrecoupé de la parole, les cris, les rires, les remous, les tempêtes, le contrecoup des secousses planétaires et les splendeurs irritées de la musique.

   Ce théâtre, que je parcours secrètement depuis mes plus jeunes années sans en atteindre les frontières, a deux faces inséparables mais opposées, bref un « endroit » et un « envers », pareils à ceux d'une médaille ou d'un miroir.

   De ce côté-ci, voyez comme il imite, à la perfection, l'inébranlable majesté des monuments : ils semble que je puisse compter toutes les pierres, caresser de mes mains le glacis du marbre, les fractures des colonnes, la porosité du travertin...

   Mais, attendez : si je fais le tour du décor (quelques pas me suffisent), alors, de l'autre côté de ces apparences pesantes, de ces voûtes et de ces murailles, mon regard tout à coup n'aperçoit plus que des structures fragiles, des bâtis provisoires et partout, dans les courants d'air et la pénombre poussiéreuse, auprès des câbles électriques entrelacés et des planches mal jointes, la toile rude et pauvre, clouée sur des châssis légers.

   Telle est la loi de mon théâtre : à l'endroit, les villes et les paysages, la terre et le ciel, tout est peint, simulé à merveille. À l'envers, l'artisan de ce monde illusoire est soudain démasqué, car son œuvre, si ingénieuse soit-elle, révèle, par transparence, la misère des matériaux qui lui ont servi à édifier ses innombrables « trompe-l'œil ». (Souvent je l'ai vu qui gémissait, le pinceau à la main, mêlant ses larmes à des couleurs joyeuses.) Pourtant, bien que je sois dans la confidence, je ne saurais dire où est le Vrai, car l'envers et l'endroit sont tous deux les enfants du réel, énigme qui me serre de toutes parts pour m'enchanter et pour me perdre.

 

Jean Tardieu, Les tours de Trézibonde et autres textes, Gallimard, 1983, p. 23-25.

29/04/2013

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes, mémoire, maison


                    Le sous-sol de la mémoire

    

                                                Oh, caveau de la mémoire

                                                        Khlebnikov

 

Ainsi donc je vivrais affligée,

Rongée de souvenirs ? Sottises !

Je ne rends pas souvent visite à ma mémoire,

Du reste, elle me joue toujours des tours.

Dès qu'avec ma lanterne, je descends à  la cave,

Je crois entendre un éboulement sourd

Gronder dans l'étroit escalier,

Ma lampe fume, je ne peux reculer,

Pourtant je vais droit à l'ennemi, je le sais.

Et comme une faveur, j'implore... Mais

Il fait nuit, pas un bruit. Finie la fête !

Trente ans déjà qu'on a raccompagné ces dames,

Et l'espiègle d'antan, il est mort de vieillesse.

Trop tard. Misère !

Où aller ?

 

Je touche les murs peints,

Me chauffe au coin du feu. Miracle !

Dans ce moisi, cette fumée et toute cette pourriture,

Deux émeraudes scintillent, vivantes.

Puis un chat miaule... Allons, il faut rentrer !

Mais où est ma maison, où, ma raison ?

      18 janvier 1940

 

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes, traduits par Marion Graf et José-Flore Tappy, La Dogana, 2010, p. 125.

                 

 

 

 

 

22/04/2013

Franck André Jamme, au secret

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les très délectables

élégances

de la mémoire

 

les pensées devant lesquelles

se dresse tout à coup

une immense pensée

 

les êtres

qui se mettent à rêver

sur la route

et peu à peu

c'est le chemin

lui-même

qui se mue

en leur songe

 

[2]

        *

 

tous ces gens

qui aimeraient se balader

dans les bois

ou dans les jardins

 

selon les jours

 

et rien d'autre

 

l'art d'emmêler

les plans de l'ignorance

et de la perception

 

le livres

ne faisant voyager

au fond

que de la fausse monnaie

 

et on en a le sang figé

 

[34]

        *

les pensées

derrière lesquelles

attendent

des milliers de pensées

 

les atroces vérités

de la mémoire

 

les êtres

qui s'arrêtent subitement

sur le chemin

et peu à peu

ils se transforment

en pierres

 

[62]

        *

 

l'art d'accoupler

le plan de l'ignorance

et  celui de la perception

 

les sortes de courts albums

ne montrant au fond

que des listes

 

tous ces gens

qui errent

dans les couloirs

 

selon les jours

 

et rien d'autre

 

[81]

 

Franck André Jamme, au secret, dessins de

Jan Voss, éditions isabelle sauvage, 2010, np.

23/06/2012

Danielle Collobert, Survie

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                                  Survie

 

je partant voix sans réponse articuler parfois les mots

que silence réponse à autre oreille jamais

si à muet le monde pas de bruit

fonce dans le bleu cosmos

plus question que voyage vertical

je partant glissure à l'horizon

tout pareil tout mortel à partir du je

à toutes jambes fuyant l'horizon

enfin n'entendre que musique dans les cris

assez assez

exit

entrer né sur débris à peine reconnu le terrain

émergé de vase salée le fœtus sorti d'égout

plexus solaire rongé angoisse diffusant poumons souffle haletant

 

_______________________________________

 

serré le cou par la corde réveil

tremblement réveil

brûlé consumé bonze

crève corps

hors des mains caresses

loin des lèvres bu

souvenir du corps

laissant aller présent l'instant survie

sans savoir sur quoi ouvrir l'énergie à l'imaginaire répondu

balbutiements à peine aux déchirures

les cris du bord des plaies non suffit

ploné noir dans le bain de sang

à travailler ses veines pour mots

je paroel s'ouvrir bouche ouverte dire je vis à qui

balancé au chaos sans armure

survivra ou non résistance aux coups la durée longue de vie

je parti l'exploration du gouffre

tâtonnant contre jour

déjà menottes aux mains les stigmates aux poignets

aux pieds les fers les chaînes

la distance d'un pas l'unité de mesure

je raclant mon sol avec ça

traîne le bruit dans l'espace

en premier sur la bande son du prométhée

le vautour dans la gorge

à coups de sang rabattu sans fin vers le silence

au milieu du front le plat désert futur

derrière caché peut-être le corps à s'agglomérer

 

______________________________________

[...]

 

Danielle Collobert, Survie, dans Emmanuel Hocquard, Raquel,

Orange Export Ltd, 1969-1986, Flammarion, 1986, p. 184-185.

22/06/2012

Jean-Philippe Salabreuil, Juste retour d'abîme

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          Les allures à la mort

  

Quel monde aux fumées de la pluie

Les décombres du ciel et parfois

Comme un soupçon de clair pays

Là-haut sous la soie maigre sous la suie

(La lampe qui est basse un passereau

L'habite accroupi chante faux)

Mais écoute en ces jours l'âme s'épuise

À regravir la montagne du vieux printemps

Le soleil vole et ses eaux luisent

Dans la cendre des bords du temps

Puis c'est la tombe à fleurs de terre

Et les scabieuses d'une prière.

 

                           *

 

Entre les collets d'ombre et de la chaux feuillue

Le grave lumignon s'absorbe dans un mur

Et nul ne franchit plus les eaux qu'il eût fallu

Franchir aux fins heureuses ô blanc murmure

En l'air le ciel pourtant propage un chant

Mouillé d'étoiles inondant par pans

Le mont plus clair et cependant aride

Et c'est alors on ne sait quoi terriblement

Simple et beau qui tremble aux bords humides

En larmes l'âme ainsi qu'un rossignol dément

Mais nous éveillerait dans cette nuit de neige

Nous ouvrirait là-haut la vie le jour que sais-je ?

 

                              *

 

Pour n'avoir attendu le jour le vieux bruit

D'aller sur l'eau de l'âme remuement d'ombres

Sous le silence dans la vie l'instant sombre

Au pli des lampes d'achever l'autre nuit

C'est d'ici que s'est noué pour moi menace

D'une barque noire abordant la terrasse

Vivante et ne bougeant plus que je ne sois

Aventuré face à face la sinistre

La taciturne aux bras de buis et le poids

De la neige éternelle entre nous ô triste

Pensée d'une montagne où fut fait un feu

Pour vivre aux fins de cette cendre et cet adieu !

 

Jean-Philippe Salabreuil, Juste retour d'abîme, "Le Chemin", Gallimard, 1965, p. 17-18.

17/06/2012

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes

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Une rumeur d'épouvante rôde en ville,

Se glisse dans les maisons comme un voleur.

Pourquoi ne pas relire, avant de s'endormir,

Le conte de Barbe Bleue ?

 

Comment la septième monta l'escalier,

Comment elle appela sa sœur cadette,

Et guetta, retenant son souffle,

Ses frères bien-aimés, ou la terrible messagère.

 

Une poussière s'élève comme un nuage de neige,

Les frères vont entrer au galop dans la cour du château,

Et sur la nuque innocente et gracile,

Le tranchant de la hache ne se lèvera pas.

 

Consolée à présent par cette cavalcade,

Je devrais m'endormir tranquille

Mais qu'a-t-il, ce cœur, à battre comme un enragé,

Et le sommeil, pourquoi ne vient-il pas ?

 

                  Hiver 1922

 

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes, édition

bilingue, traduction par Marion Graf et José-Flore Tappy,

La Dogana, 2010, p. 85.