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23/06/2020

Gaspara Stampa (1523-1554), Poèmes

Gaspara Stampa, Poèmes, poèmes, amour, renaissance

Vous qui écoutez mes poèmes,

ces tristes, tristes voix, ces accents désolés

de mes lamentations, échos de mon amour,

et de mes tourments sans pareils,

 

si vous savez, en nobles cœurs,

apprécier la grandeur, j’attends de votre estime

pour mes plaintes ieux que pardon, acclamation

leur raison étant si sublime.

 

J’attends aussi que plus d’un dira : « Heureuse

est celle qui, pour le plus illustre idéal

a subi si illustre épreuve !

 

Ah ! que n’ai-je eu la chance de ce grand amour,

grâce à un si noble seigneur !

Je marcherais de pair avec telle héroïne ! »

 

Gaspara Stampa, Poèmes, traduction de l’italien Paul Bachman, Poésie / Gallimard, 1991, p. 57.

 

 

13/05/2020

Salvatore Quasimodo, Poèmes

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           Élégie

 

Froide messagère de la nuit

tu es revenue limpide au balcon

des maisons ravagées

pour éclairer des tombes sans nom

et les restes abandonnés de la terre fumante.

Ci-gît notre songe. Solitaire

tu montes vers le Nord où toute chose

s’achemine sans lumière à sa mort,

et tu résistes.

 

Salvatore Quasimodo, Poèmes, traduction

Pericle Patocchi, Mercure de France, 1958, p. 58.

26/03/2020

Eduard Mörike (1804-1875), Poèmes

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                     À l’aimée

 

Lorsqu’à te contempler je me sens apaisé

Comblé, sans faim, sans voix, près de ton ssanctuaire

Je crois alors tout bas entendre respirer

L’ange qui te ressemble et habite en toi.

 

Un sourire étonné et qui doute, incrédule

Vient naître sur ma lèvre : est-ce leurre, illusion,

Puis-je croire enfin que on unique désir,

Mon vœu le plus hardi, en toi sera comblé ?

 

Quand plonge mon esprit d’abîmes en abîmes

J’entends dans l’antre noir de la divinité,

Les sources du Destin au bruit mélodieux.

 

Je porte mon regard chancelant vers les cieux :

Au firmament, là-haut, me sourient les étoiles ;

Et j’écoute à genoux leur beau chant lumineux.

 

Eduard Mörike, Poèmes, traduction Nicole Taubes,

Les Belles Lettres, 2010, p. 151.

08/01/2020

Cavafy, Poèmes

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                    C’est fini

 

Dans la crainte et les soupçons,

l’esprit tourmenté, les yeux horrifiés,

nous nous consumons, cherchant, avec angoisse,

comment éviter le danger que nous croyons certain

et si terriblement menaçant.

Pourtant, nous nous trompons, ce danger n’est pas notre route ;

faux étaient les messages

(nous les avons mal entendus ou mal compris).

Une autre catastrophe, que nous n’imaginions pas,

soudain, violente, s’abat sur nous

et non préparés — trop tard, à présent — elle nous emporte.

 

Cavafy, Poèmes, traduction Georges Papoutsakis, Les Belles-Lettres,

1977, p. 59.

08/11/2019

James Joyce, Poèmes

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             Bahnofstrasse

 

Les yeux qui rient de moi signalisent la rue

Où je m’engage seul à l’approche du soir,

 

Cette rue grise dont les signaux violets

Sont l’étoile du rendez-vous et de l’adieu.

 

O astre du péché ! Astre de la souffrance !

Elle ne revient pas, la jeunesse au cœur fou

 

Et l’âge n’est pas là qui verrait d’un cœur simple

Ces deux signaux railleurs cligner à mon passage.

 

James Joyce, Poèmes, traduction Jacques Borel,

Gallimard, 1967, p. 113.

14/07/2019

Oscar Wilde, Poèmes

 

                        Madonna mia

 

Une fillette, un lys, inapte à la douleur du monde,

Cheveux bruns et soyeux tressés autour de ses oreilles,

Aux yeux charmants voilés de larmes folles,

Telle une eau d’un bleu pur dans un brouillard de pluie,

 

Et des joues pâles ignorantes des baisers,

Lèvres rouges qui ont toujours craint l’amour.

Gorge aussi blanche que gorge de colombe,

Sur le marbre de laquelle s’inscrit une veine de pourpre,

 

Pourtant, bien que mes lèvre ne cessent de te louer,

Je n’ose même pas embrasser ton pied,

Tant je suis assombri par les ailes de la peur,

 

Tel Dante, se tenant auprès de Béatrice,

Sous le portail en feu du Lion, lorsqu’il vit

La Septième splendeur et l’Escalier d’or.

 

Oscar Wilde, Poèmes, traduction Bernard Delvaille,

dans Œuvres, Pléiade / Gallimard, 1996, p. 13.

25/05/2019

Boris Pasternak, Poèmes

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Le poème qui suit les poèmes

 

Sur votre étagère j’ai posé des poèmes

Poèmes que vous prenez pour du « moi-même »

Sur mon étagère aucun poème :

Et dans les jours que j’ai subisd aucun « moi-même ».

 

Dans la vie de ceux qui le mieux ont chanté,

Des traits d’une telle simplicité

Que quicinque, authentique, y a goûté

Ne peut plus que s’achever en silence entier.

 

Né de même parenté avec tout ce qui est,

Familier d’un avenir, qui dès aujourd’hui est,

Comment ne pas, finalement, tomber

Dans l’hérésir de la simplicité inouïe ?

 

J’ai honte, tous les jours plus honte

Qu’au profond de ce siècle de telels ombres

Subsiste une certaine haute maladie

Nommée « haut mal de poésie ».

 

Boris Pasternak, Poèmes, traduction Armand Robin,

Paris, sans nom d’éditeur, octobre 1946.

04/05/2019

Malcolm Lowry, Le Vendredi-Saint de M. Lowry...

Malcolm Lowry, Poèmes, traduction Jean Follain, esbroufe, ennui

Le Vendredi-Saint de M. Lowry

   sous un véritable cactus

 

Parce que je suis un esbrouffeur

Parce que je suis un effrayé

Parce que je dois éluder

La sentence du Seigneur

Puis à nouveau m’en moquer

Et encore une fois être crucifié à son côté

Parce que je dois décider

Parce que je ne le fais point

Étant comme Crusoé

Naufragé sur un îlot de douleur

Je suis mort, je crève d’ennui

Parce que je suis un esbrouffeur

Parce que je suis un effrayé.

 

Malcolm Lowry, Poèmes, traduction Jean Follain,

dans"Malcolm Lowry", Les lettres nouvelles,

1950, p. 89.

18/04/2019

Dylan Thomas, Ici dans ce printemps

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Ici dans ce printemps

 

Ici dans ce printemps, des étoiles flottent dans le vide.

Ici dans cet hiver ornemental

S’abattent les froids nus.

Cet été porte en terre un oiseau de printemps.

 

Les symboles sont choisis depuis la ronde lente

Des années autour des quatre saisons,

Enseignent en automne les feux des trois saisons

Et les chants des quatre oiseaux.

 

Je saurai l’été grâce aux arbres, les vers

Ne révèlent jamais que les tempêtes de l’hiver

Ou les funérailles du soleil.

J’apprendrai le printemps par le chant du coucou,

Et la limace m’enseignera la destruction.

 

Un ver sait l’été bien mieux que l’horloge,

La limace est un vivant calendrier des jours.

Que me révèlera-t-elle si un insecte sans fin

Dit que le monde tire à sa fin ?

 

Dylan Thomas, Poèmes, traduction Patrick Reumaux,

dans Œuvres, I, Seuil, 1970, p. 389.

31/12/2018

Dylan Thomas, Poèmes, traduction Patrick Reumaux

 

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Y eut-il une temps

 

Y eut-il un temps où les danseurs et leurs violons

Dans les cirques d’enfants pouvaient suspendre leurs chagrins ?

Il y eut un temps où ils pouvaient pleurer sur les livres

Mais le temps a lancé son ver sur leurs traces.

Sous l’arc du ciel ils sont en danger.

Ce qui n’est jamais connu reste le plus sûr en cette vie.

Sous le présage du ciel ceux qui n’ont pas de bras

Ont les mains les plus propres ; comme le spectre sans cœur

Est seul indemne, ainsi l’aveugle voit le mieux.

 

Dylan Thomas, Poèmes, traduction Patrick Reumaux,

Dans Œuvres, I, Seuil, 1970, p. 395.

 

 

26/05/2018

Jean Arp, Jours effeuillés, Poèmes, essais, souvenirs (1920-1965)

                             Jours effeuillés, Poèmes, essais, souvenirs (1920-1965), art, dessin

Je me souviens que, enfant de huit ans, j’ai dessiné avec passion dans un grand livre qui ressemblait à un livre de comptabilité. Je me servais de crayons de couleur. Aucun autre métier, aucune autre profession ne m’intéressait, et ces jeux d’enfant — l’exploration des lieux de rêves inconnus — annonçaient déjà ma vocation de découvrir les terres inconnues de l’art. Probablement les figures de la cathédrale de Strasbourg, de ma ville natale, m’ont stimulé à faire de la sculpture. À l’âge de dix ans environ j’ai sculpté deux petite figures, Adam et Éve, que mon père ensuite a fait incruster dans un bahut. Quand j’avais seize ans mes parents consentirent à ce que je quitte le lycée de Strasbourg pour commencer le dessin et la peinture à l’École des Arts et Métiers. Je dois ma première initiation à l’art à mes professeurs strasbourgeois Georges Ritleng, Haas, Daubner et Schneider. En 1904 enfin, malgré mes supplications de me laisser partir pour Paris, mon père, me jugeant trop jeune et craignant pour moi les « sirènes » de la métropole, me fit entrer de force à l’Académie des Beaux-Arts à Weimar. C’est à Weimar que je pris pour la première fois contact avec la peinture française par les expositions organisées par le comte de Kessler et l’éminent architecte Van de Velde.

 Jean Arp, Jours effeuillés, Poèmes, essais, souvenirs (1920-1965), préface de Marcel Jean, Gallimard, 1966, p. 443.

03/05/2018

Georg Trakl, Poèmes, traduction Guillevic

                                                      georg-trakl.jpg

Chanson de Gaspar Hauser

 

Il aimait vraiment le soleil qui pourpre descendant la colline

Les chemins de la forêt, l’oiseau noir qui chantait

Et la joie de la verdure.

 

Grave était sa demeure dans l’ombre de l’arbre

Et ar son visage

Dieu parla douce flamme à son cœur :

O toi, homme.

 

Le soir, en silence, son pas trouva la ville ;

Sombre plainte de sa bouche :

Je veux devenir un cavalier.

 

Mais le suivaient bête et buisson,

Maison et jardin crépusculaire d’homme blancs

Et son assassin était à sa recherche.

 

Printemps, été et beau l’automne

Du juste, son pas léger

Longeant les sombres chambres des rêveurs ;

La nuit il restait seul avec son étoile ;

Voyait la neige tomber dans le branchage nu

Et l’ombre de l’assassin dans la pénombre du vestibule.

 

Argentée la tête de celui qui n’était pas né tomba.

 

Georg Trakl, Poèmes, traduction Guillevic, Obsidiane, 1986.

30/01/2018

Paul Celan, Poèmes, traduction André du Bouchet

 

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Débris d’écoute, débris de vue, dans

le dortoir mille-

et-un,

 

jours ou

nuits,

la polka-des-ours :

 

ici on te façonne à nouveau,

 

de nouveau tu deviens

il.

 

Hörreste, Sehreste, im

Schlafsaal eintausendundeins,

 

tagnächtlich

die Bäten-Polka :

 

sie schulen dich um,

 

du wirst wieder

er.

 

Paul Celan, Poèmes, traduction André du Bouchet, Clivages, 1978, np.

10/01/2018

Samuel Beckett, Poèmes, suivi de mirlitonnades

                                                    Beckett.JPG

je suis ce cours de sable qui glisse

entre le galet et la dune

la pluie d’été pleut sur ma vie

sur moi ma vie qui me fuit me poursuit

et finira le jour de son commencement

 

cher instant je te vois

dans ce rideau de brume qui recule

où je n’aurai plus à fouler ces longs seuils mouvants

et vivrai le temps d’une porte

qui s’ouvre et se referme

 

Samuel Beckett, Poèmes , suivi de mirlitonnades,

Editions de Minuit, 1978, p. 22.

11/12/2017

Salvatore Quasimodo (1901-1968), Poèmes

                                      AVT_Salvatore-Quasimodo_3428.jpg

Mes compagnons aussi m’ont délaissé

 

Mes compagnons aussi m’ont délaissé,

femmes de ghetto, jongleurs de taverne,

parmi lesquels je me suis plu longtemps,

et la fille est morte

dont le visage graissé de friture d’azyme

était toujours ardent

de même que sa noire chair de juive.

 

Peut-être aussi ma tristesse est changée,

comme si je n’étais plus à moi,

oublié de moi-même.

 

Salvatore Quasimodo, Poèmes, traduction Pericle

Patocchi, Mercure de France, 1963, p. 12.