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15/06/2017

James Joyce, Poèmes

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               Seul

 

Les mailles d’or gris de la lune

Toute la nuit tissent un voile,

Les fanaux dans le lac dormant

Traînent des vrilles de cytise.

 

Les roseaux malicieux murmurent

Aux ténèbres un nom — son nom —

Et toute on âme est délice,

Mon âme défaille de honte.

 

James Joyce, Poèmes, traduction Jacques

Borel, Gallimard, 1967, p. 109.

07/09/2016

James Joyce, Chamber Music, Pomes Penyeach

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Ne chante pas l’amour qui meurt,

Amie, avec des chants si tristes,

Laisse là ta tristesse et chante

Qu’il suffit de l’amour qui passe.

 

Chante le long sommeil profond

Des amants morts, et dis comment

Ton amour dormira sous terre

L’amour est si las maintenant.

 

Gentle lady, do not sing

   Sad songs about the end of love,

Lay aside sadness ans sing

   How love that passes is enough

 

Sing about the long deep sleep

   Of lovers that are dead, and how

In the grave all love shall sleep :

   Love is aweary now.

 

James Joyce, Chamber Music, Pomes Penyeach,

traduction et présentation de Jacques

Borel, Gallimard, 1967, p. 71 et 70.

05/08/2016

James Joyce, Finnegans Wake

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(…)

   Entends, Ô monde du dehors ! Notre petit bavardage ! Soyez attentifs citoyens des villes et des bois ! Et vous les arbres, donnez votre écot !

   Mais qui vient par ici avec ce feu au bout d’une perche ? Celui qui rallume notre maigre torche, la lune. Apporte les ramours d’olive sur la boue des maisons et la paix aux tentes de Cèdre. Néomène ! Le banquet du tabernacle s’approche. Shop-shup. Inisfail ! Tinkle Bell, Temple Bell ; ding ding disent les cloches du Temple. Sur un ton de synéglogue. Pour tous ceux d’esprit vif. Et la vieille sorcière qu’on damanomme Couvrefeu siffle de son allée. Et hâtez-vous, c’est l’heure pour les enfants de rentrer à la maison. Petits, petits enfants, rentrez chez vous dans vos chambres. Rentrez chez vous vivement, oui petits petits, allez, quand le loup-garou est dehors. Ah, éloignons-nous, réjouissons-nous, restons chez nous où la bûche dans son foyer brûle lentement !

(…)

 

James Joyce, Finnegans Wake, traduit de l’anglais par Philippe Lavergne, Gallimard, 1982, p. 262-263.

31/05/2016

James Joyce, Brouillons d'un baiser

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                                [Portrait d’Iseult]

 

   Côté prudence, elle laissait toujours la clef de son armoire dans la serrure de son armoire, la plume de son encrier dans le col de son encrier, le pain sur la plaque tiède. Jamais ils ne se perdaient. Elle était loin d’être cruche. & on ne l’avait jamais prise à mentir. Côté instruction en géog elle savait que l’Italie est une botte cavalière, l’Inde un jambon rose & la France un plaid en patchwork, et elle pouvait dessiner la carte de la Nouvelle-Zélande, île du N au S, toute seule. Côté instruction en zoog elle connaissait l’agneau, l’agneau un jeune mouton. Côté charme elle savait faire démonstration de ses jambes en bas couleur chair sous une jupe aussi droite que possible dans les diverses positions d’une Sainte Nitouche, Tatie Nancy, escabeau beau beau montre-moi tes cornes, petits pois, comète jolie, je t’aime un peu beaucoup, drôle de tartine, aime-moi mon amour, mon levier pour toujours.

 

James Joyce, Brouillon d’un baiser, Premiers pas vers Finnegans Wake, préface et traduction Marie Darrieussecq, Gallimard, 2014, p. 63.

16/07/2015

James Joyce, Poèmes (Chamber Music, Pomes Penyeach)

 

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                Seul

 

Les mailles d’or gris de la lune

Toute la nuit tissent un voile,

Les fanaux dans le lac dormant

Traînent des vrilles de cytise.

 

Les roseaux malicieux murmurent

Aux ténèbres un nom — son nom —

Et toute mon âme est délice,

Mon âme défaille de honte.

 

James Joyce, Poèmes (Chamber Music, Pomes

Penyeach), traduits et préfacés par Jacques

Borel, Gallimard, 1967, p. 109.

24/11/2014

James Joyce, Brouillons d'un baiser, traduction Marie Darrieussecq

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                           [Portrait d'Iseult]

 

   Côté prudence, elle laissait toujours la clé de son armoire dans la serrure de son armoire, la plume de son encrier dans le col de son encrier, le pain sur la plaque tiède. Jamais ils ne se perdaient. Elle était loin d'être cruche & on ne l'avait jamais prise à mentir. Côté instruction en géog elle savait que l'Italie est une botte cavalière, l'Inde un jambon rose & la France un plaid en patchwork, et elle pouvait dessiner la carte de la Nouvelle-Zélande, île du N & du S, toute seule. Côté instruction en zoog elle connaissait l'agneau, l'agneau un jeune mouton. Côté charme elle savait faire  démonstration de ses jambes en bas couleur chair sous une jupe aussi droite que possible dans les diverses positions d'une Sainte Nitouche, Tatie Nancy, escabeau beau beau montre-moi tes cornes, petits pois, comète jolie, je t'aime un peu beaucoup, drôle de tartine, aime-moi mon amour, mon levier pour toujours.

   Côté santé elle fut la seule de la maison à avoir la rougeole & quand elle était bébé au biberon tous ses amis admiraient ses anglaises.

   Côté arts ménagers elle ramonait la cheminée en mettant le feu à un Irish Times et en le fourrant flambant dans le conduit et elle lavait le hall en posant son parapluie ouvert mouillé et ses galoches en cailloutchou dégouttièrant dans un coin. Bon dieu, ça y allait avec elle, Bon Dieu, ça y allait bien !

 

James Joyce, Brouillons d'un baiser, Premiers pas vers Finnegans Wake, réunis et présentés par Daniel Ferrer, Préface et traduction de Marie Darrieussecq, 2014, p. 65.

 

 

   

 

15/11/2014

James Joyce, Brouillons d'un baiser, traduction de Marie Darrieussecq

                                                      James Joyce, Brouillons d'un baiser, traduction de Marie Darrieussecq, Tristan et Iseult, amour

                        [Tristan & Iseult]

 

   Lui, le gentleman, avait une tête de bicarbonate. D'abord c'était un martyr de l'indigestion, plutôt enclin aux hémorroïdes à force de s'asseoir sur les murs de pierre en se repaissant de la beauté de la nature et par dessus le marché à suivre les avis du Dr Morrue il s'était envoyé des potions quotidiennes d'extrait d'écorce de saule pour se garder de la grippe hibernienne quand il avait été frappé d'une toux têtue. D'une pâleur fiévreuse, où se lisait l'action des hautes mers sur un estomac abstinent, il contemplait les saints fantômes de ses amours estudiantines, Henriette au sommet de la meule de foin, Nenette de l'Abbaye derrière la porte de la buvette, Marie-Louise toute de plaisir et de puces, Suzanne pompette attrape-moi si tu peux, et, la dernière mais pas la moindre avec ses os pointus, la bonne du curé de la paroisse locale. Épouvantablement, il la passamoura de l'œil avec une expression bordée de noir.

   Elle leva la tête, les yeux suprêmement satisfaits. Car désormais elle tirait plutôt plein pot de son persiflage qu'il était un esclavamour à vie, c'était elle l'élue et pas cette chiffe à museau de souris et mèches d'épouvantail, Kateagnes O Halloran.

   —Johnny-qui-sourit, quémanda-t-elle gynelexicalement, est-ce que tu mêmemême un titi pou ?

[...]

 

James Joyce, Brouillons d'un baiser, Premiers pas vers Finnegans Wake, réunis et présentés par Daniel Ferrer, Préface et traduction de Marie Darrieussecq,

2014, p. 69.

02/11/2014

Pound / Joyce, Lettres

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                         Ezra Pound                            James Joyce

 

Seefeldstrasse 73, Zurich, 9 avril 1917.

 

    [...] Toute la journée j'ai réfléchi à ce que je pourrais faire ou écrire. Peut-être y a-t-il quelque chose si seulement cela pouvait me venir à l'esprit. Malheureusement j'ai très peu d'imagination. Je suis aussi un très mauvais critique. Par exemple, il y a quelque temps une personne m'a donné un roman en deux tome à lire, Joseph Vance. Je l'ai lu par à-coups pendant un temps, jusqu'à ce que je découvre que je lisais le second tome au lieu du premier. Et si je suis mauvais lecteur, je suis le plus ennuyeux des écrivain — à mes yeux, du moins. Cela m'épuise avant d'avoir fini. Je me demande si vous aimeriez lire le livre que j'écris. Je le fais, comme disait Aristote, avec des moyens différents selon les diverses parties. C'est étrange à dire, mais malgré ma maladie j'ai pas mal écrit récemment.

[...] Comme je vous l'ai écrit, la Stage Society souhaite réexaminer ma pièce, Les Exilés. Je vais demander à mon agent de la soumettre aussi pour la publication à Londres et à New York cet automne. Je voudrais bien entendre parler d'un agent théâtral aux USA qui voudrait bien s'en charger. Peut-être aurait-elle plus de succès que Dedalus. Je vous fais part d'un limerick à ce sujet :

          Il était une fois un flâneur du nom de Stephen

           dont la jeunes était des plus étranges et plus houleuses.

                      Il prospérait dans l'odeur

                       d'un infernal fumier

          qu'un hottentot n'eût pas cru possible.        

 

 

Pound / Joyce, Lettres d'Ezra Pound à James Joyce (et de J.J à E.P), présentées et commentées par Forrest Read, traduction de Philippe Lavergne, Mercure de France, 1970, p. 118-119.

   

06/09/2014

James Joyce, Poèmes, Chamber Music, traduction Jacques Borel

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Viens légère ou légère pars :

   Bien que ton cœur te fasse voir

Chagrins, vallons, soleils noyés,

   Que ton rire, Oréade, danse

Jusqu’à ce que l’air des sommets

Rebrousse avec irrévérence

Ta chevelure déployée

 

Sois légère et toujours ailée :

   Les nues qui voilent les vallées

Quand monte l’étoile du soir

   Sont les plus humbles des suivants :

Rire et amour se fassent chant

Si le cœur renonce à l’espoir.

 

 

Lightly come or lightly go :

   Though thy heart presage thee woe,

Vales and many a wasted sun,

   Oread, let thy laughter run,

Till the irreverent mountain air

 Ripple all thy flying hair.

 

Lightly, lightly — ever so :

   Clouds that wrap the vales below

At the hour of evenstar

   Lowliest attendants are ;

Love and laughter song-confessed

When the heart is heaviest. 

 

                  James Joyce, Poèmes, Chamber Music, Pomes

                 Penyeach, poèmes traduits de l’anglais et préfacés

                 par Jacques Borel, Poésie du monde entier,

                 Gallimard, 1967, p. 65 et 64.

22/06/2014

James Joyce, Finnegans Wake, traduction Philippe Lavergne

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[...]

   Mais qui vient par ici avec ce feu au bout d'une perche ? Celui qui rallume notre maigre torche, la lune. Apporte les ramours d'olive sur la boue des maisons et la paix aux tentes de Cèdre, Néomène ! Le banquet du tabernacle s'aproche. Shop-shup. Inisfail ! Tinckle Bell, Temple Bell ; ding ding disent les cloches du Temple. Sur un ton de synéglogue. Pour tous ceux d'esprit vif. Et la vieille sorcière qu'on damemnomme Couvrefeu siffle de son allée. Et hâtez-vous c'est l'heure pour les enfants de rentrer à la maison. Petits, petits enfants, rentrez chez vous dans vos chambres. Rentrez chez vous vivement, oui petits, petits, allez, quand le loup-garou est dehors. Ah, éloignons-nous, restons chez nous où la bûche dans son foyer brûle lentement !

   L'obscurité tombe, (tint, tint) sur tout notre monde phénoménalement drôle. De l'autre côté la marée visite la berge du marais près de la borne de la route. Alvem marea ! Nous voici encircumenvelpeau d'obscurité. Hommes et bêtes ont froid. Il y a sur eux comme un souhait de n'être rien ni quoi que ce soit, ou seulement ce qui précède au pas de porte. Jardins zoologiques 8 Drr, deff, deucalion, pzz, appelle Pyrrha ! Ah où donc est notre épouse fondatrice, hautement honorable et salutaire . Le fou du logis est entré. Haha ! Hussard, où est-il ? À la maison, deux claires voix. Avec Nancy Hands. Tchitchi ! Le chien s'est enfui par les halliers. Oui hou ! Isegrim aux oreilles pendantes. Bon voyage !

[...]

 

James Joyce, Finnegans Wake, traduit de l'anglais et présenté par

Philippe Lavergne, Gallimard, 1982, p. 263.

06/01/2013

James Joyce, Poèmes, traduction Jacques Borel

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Ma colombe, ma belle,

   Lève-toi, lève-toi !

   La rosée d ela nuit

Mouille mes yeux, mes lèvres.

 

Les vents embaumés tissent

   Tout un chant de souirs !

Lève-toi, lève-toi

Ma colombe, ma belle !

 

Je t'attends près du cèdre,

   Ma sœur et mon amour.

   Sein pur de la colombe

Mon sein sera ta couche.

 

La pâle rosée couvre

   Ma tête comme un voile.

   Ma blonde, ma colombe,

Lève-toi, lève-toi !

 

 

My dove, my beautiful one,

   Arise, arise !

   The night-dew lies

Upon my lips and eyes.

 

The odorous winds are weaving

   A music of sight :

   Arise, arise,

My dove, ma beautiful dove !

 

I wait by the cedar tree,

   My sister, my love.

   White breast of the dove,

My breast shall be your bed.

 

The pale dew lies

   Like a veil on my head.

   My fair one, my fair dove,

Arise, arise !

 

 

James Joyce, Poèmes, édition bilingue,

poèmes traduits de l'anglais et préfacés

par Jacques Borel, Gallimard, 1967,

p. 43 et 42.