Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/11/2026

Umberto Saba, Du Canzionere

Umberto saba, du canzoniere, parfum, baiser

        Bouche

 

La bouche

qui la première mit

à mes lèvres la rose de l’aurore,

encore

en beau souvenirs j’en expie le parfum.

 

Ô bouche enfantine, bouche adorée,

qui disais des mots audacieux, qui étais

si douce à baiser.

 

Umberto Saba, Du canzionere, traduction

Renard et B. Simeone, Orphée/La Différence,

1992, p. 59.

 

 

 

05/11/2026

Umberto Saba, Trente poèmes

Umberto saba, trente poèmes, solitude, plainte

 

                            La chèvre

 

J’ai parlé à une chèvre.

Elle était toute seule dans un pré, attachée.

Gonflée d’herbe, trempée

de pluie, elle bêlait.

 

Son bêlement monotone était fraternel

à ma douleur. Et je lui répondis, d’abord

pour m’amuser, puis parce que la douleur est éternelle,

et n’a qu’une voix, toujours la même.

Cette voix, je l’entendais passer dans son bêlement solitaire.

 

Dans la voix d’une chèvre à tête de Juif

j’entendais la voix de tous les maux,

la plainte de toutes les vies.

 

Umberto Saba, Trente poèmes, traduction

Georges Mounin, l’apprentypographe, 1986, p. 32.

 

 

04/11/2026

Umberto Saba, Trente poèmes

images-9.jpeg

Variations sur une rose

 

L’art et la nature

donnent à ton enchantement bien des couleurs.

Pour moi, comme la mer est bleue,

à cause d’une pensée à laquelle je t’unis,

tu n’existes que rouge.

 

Umberto Saba, Trente poèmes, traduction

Georges Mounin, l’apprentypographe, 1986, p. 25.

 

 

 

 

 

 

 

03/11/2026

Umberto Saba, Trente poèmes

 

Il était six heures du soir, un beau jour

de fête. Derrière le Phare, dans ces parages

où l’on entend béatement la sonnerie

d’une trompette, la voix d’un enfant

qui joue tranquille autour des carcasses

de vieux navires, assis tout seul

au bord de la vaste mer — j’atteignis, si je ne me trompe

un sommet de ma douleur d’homme.

 

Parmi les cailloux que je ramassais pour les lancer

dans l’eau (la cible, c’était

une poutre flottante), je découvris un bol,

un beau bol brun, jolie forme

utile autrefois, dans une cuisine

fenêtres ouvertes au soleil et sur le vert

des collines. Avec angoisse

un homme peut s’identifier même à cela.

 

Umberto Saba, Trente poèmes, traduction

Georges Mounin, l’apprentypographe, 1986, p. 11.

 

27/09/2022

Umberto Saba, Il Canzoniere

6a00d8345167db69e2017d41cfa3f6970c-600wi.jpg

             Seul

 

Je suis seul. Nul n’écoute là

où tout appel aux amis dispersés

est vain.

La haine brille comme un glaçon, et je pense

que je te verrai ce soir, toi que j’aime.

 

Je pense à tous mes efforts,

tandis que j’allais au hasard

au soleil qui découvre, dans l’ombre qui protège,

pour me dire en paix quelques

mots.

 

Umberto Saba, Il Canzionere, L’âge d’homme, 1988, p. 460.

26/09/2022

Umberto Saba, Il Canzoniere

o-SABA-facebook-1.jpg

       

 

o-SABA-facebook-1.jpg

 

              L’adieu

 

Sans adieu tu m’as laissé et sans pleurs ;

            dois-je m’en affliger .

Tu ne pleurais pas parce que tu avais tant,

            tant de baisers à me donner.

 

Certaines ententes amoureuses durent assurément

             autant qu’une vie et davantage.

Je connais un amour qui a duré un mois

             et qui fut un amour véritable.

 

Umbero Saba, l Canzoniere, L’âge d’homme, 1988, p. 198.

25/09/2022

Umberto Saba, Il Canzoniere

                                6a00d8345167db69e2017d41cfa3f6970c-600wi.jpg

                   La solitude

 

Saison changeante, ombre et soleil

font le monde varié, qui dans son aspect riant

nous console, et de ses nuages nous peine.

 

Et moi, qui à tant de nos apparences et à mes

yeux portait une infinie gratitude

je ne sais  aujourd’hui si je dois m’affliger

 

ou m’en aller joyeux comme quand on sort d’une épreuve :

je suis triste et pourtant la journée est si belle ;

dans mon cœur seulement il fait pluie et soleil.

 

D’un long hiver je sais faire un printemps ;

quand la route au soleil est une traînée d’or,

le bonsoir, je le dis à moi-même.

 

J’ai mes brouillards et mes beaux temps en moi tout seul

comme en moi seul est ce parfait amour

pour que l’on souffre tant, moi je ne pleure plus :

 

en mes yeux en mon cœur je trouve suffisance.

 

Umberto Saba, Il Canzoniere, L’âge d’homme, 1988, p. 146.

07/10/2020

Umberto Saba, Du Canzionere

o-SABA-facebook.jpg

               Seul

 

Je suis seul. Nul n’écoute ou

est vain tout appel aux amis

dispersés.

La haine brille come un glaçon, et je pense

que je te verrai ce soir, toi que j’aime.

 

Je pense : dans le jour qui révèle,

dans l’ombre qui dérobe, j’ai tant fait,

tant erré, pour me dire en paix quelques

mots.

 

Umberto Saba, Du Canzoniere, traduction P.

Renard et B. Simeone, Orphée / La Différence,

1992, p. 63.

01/04/2020

Umberto Saba, Il Canzoniere

          umberto-saba.jpeg

                       Sur la place

 

L’un va à la chasse à l’amour, l’autre aux plaisirs,

ou seulement aux souvenirs.

                                        Dans les baraques

le soir, on n’arrive plus à servir

les lourds marrons grillés aux grands gaillards

du quartier libre.

                       Sur l’antique place

règne encore là-haut la gloire.

 

Personnage à cheval, prisonnier dans l’ennui

de marbre qui gauchement l’adule.

 

Umberto Saba, Il Canzoniere, L’Âge d’homme,

1988, p. 475.

28/02/2019

Umberto Saba, Presque un récit

1ad37de44f.jpeg

                Moment

 

Les oiseaux à la fenêtre, les persiennes

demi-closes : un air d’enfance et d’été

qui me console. Ai-je vraiment l’âge

que je sais avoir ? ou seulement dix ans ? À quoi

l’expérience m’a-t-elle donc servi ? À vivre

satisfait des petits riens qui autrefois

inquiétaient ma vie.

 

Umberto Saba, Presque un récit, traduction René de

Ceccaty, dans Il Canzionere, L’Âge d’Homme, 1988, p. 584.

19/07/2018

Umberto Saba, Il Canzionere

               Sabajpeg.jpeg

En train

 

Je regarde les arbres dépouillés, la campagne

déserte aux couleurs de l’hiver. C’est à toi que je pense

toi qui t’éloignes, que je viens de laisser.

Le soir pose comme un feu rose

sur les maisons, sur les troupeaux ; le train

qui fuit fait se retourner par sa course folle

quelque jeune animal, des poules

bigarrées.

 

Mon cœur est déchiré tandis qu’il sent

qu’il ne vit plus dans ta poitrine. Toute angoisse

se tait auprès de celle-là. Et c’est à peine

si la dure vie résiste à tant de maux.

 

Mais toi, tu changes selon ta loi,

et mon regret est vain.

 

Umberto Saba, Il Canzionere, L’Âge d’Homme, 1988, p. 491.

08/12/2017

Umberto Saba, Trente poèmes

Sabajpeg.jpeg

               Printemps

 

Printemps que je n’aime pas, je veux

rapporter que tournant au coin

d’une rue, le présage de ta venue me blessait

comme un coup de couteau. L’ombre mince encore

des rameaux, sur la terre encore

nue, me trouble aujourd’hui comme si je pouvais,

comme si je devais renaître. La tombe elle-même

semble mal sûre à ton retour, antique

printemps, qui, plus que nulle autre saison,

cruellement, ressuscites et tues.

 

Umberto Saba, Trente poèmes, traduction Georges Mounin,

L’Apprentypographe, 1986, p. 17.

05/04/2017

Ariane Dreyfus, La bouche de quelqu'un

              Ariane.JPG

                       C’est ainsi

 

Hasard légèrement fleuri, s’enracinant à peine,

Je contemple le vent, je respire.

 

Ne plus dire car personne, et même aucune image ensemble, que je donnais on visage à boire dans tes mains.

Tu l’as renversé, et encore renversé.

 

Même si je glisse

Non je ne suis pas sur le rocher !

Je tire sur la corde,

Pourquoi tiendrait-elle, tu l’as lâchée.

 

Pas comme l’amour qui n’ôte pas ses mains. Des miennes je m’accroche aux mots appuyés.

 

Enflure sans danse

- ardent découpage, oubli passionné.

 

Un jour, puis deux

Avec leurs joues à embrasser, ne pas embrasser.

Ils viennent tous.

 

Ariane Dreyfus, La bouche de quelqu’un, Tarabuste, 2003, p. 99.

13/11/2016

Ariane Dreyfus, Le dernier livre des enfants

                                 445580825.jpeg

Amherst (Emily Dickinson)

 

Je n’ai pas vu l’océan, mais l’arbre du XIXe siècle.

L’écorce n’a pas cessé de vivre

 

Elle ouvrait sa fenêtre

Pour nourrir les petits garçons

 

Si seule

Qu’elle est encore là

 

Dans ses pattes jointes

Un petit écureuil gris d’Amérique

Grignote à son tour

Une parcelle de ce monde

 

La terre sous les arbres sent si fort

On devient sage rien qu’en respirant

 

Quelque part le cimetière quelque part la maison

De quelques pas

 

L’angoisse qui se penche

L’humour la fait droite

Sombre jusqu’aux épaules étroites

La seule photo est minuscule

Enfermée en transparence

 

Elle est devenue le plus petit clou de la demeure

Mais il brille

 

Enfin un voyage

Où je n’ai pas bougé !

 

Je traverse ses pièces

Heureuse de ne rien chercher

 

Ses outils pour le pain sont tout noirs

De temps en temps s’être éclairci la voix

Sur le papier sans dimension

 

Neige ou ricochets

Ses messages sont les messagers

Qui tombèrent des manches

 

Je sais ouvrir un livre

 

Je m’assois

Adossée à rien

 

Entre deux miettes

Un moineau

 

Ariane Dreyfus, Le dernier livre des enfants,

Flammarion, 2016, p. 68-69.

25/05/2016

Ariane Dreyfus, Iris, c'est votre bleu

                                              Iris.JPG

Je veux bien essayer au bord mais avec toi.

 

Je vois ta main ton bras, et le deuxième aussi m’entoure quand la lumière baisse.

Chacun s’allonge avec l’autre, calmant son ombre.

 

Un doigt parfois suffit

Au vertige de te toucher

Pas disparu

 

Et puis le ciel !

 

Qui restera,

Lui, immense,

Mais toi aussi, immense et tiède.

 

Serrée entre tes bras et le regard sur la montagne,

Je ne l’aime pas autant, l’éternelle,

Tendres flancs humains.

 

C’est léger une main qui caresse, qui va revenir,

Si légère que nous continuons.

 

Il faut car le temps nous pose plus haut.

 

Ariane Dreyfus, Iris, c’est votre bleu, Le Castor Astral,

2008, p. 30-31.