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18/10/2017

Raymond Queneau, Le Chien à la mandoline

                      queneau.jpg

Dodo, l’enfant ut

 

Enfants qui déchiffrez dans l’ambre des agathes

Des entrailles le miel des lapins étendues

Sur l’étal du marchand avec leurs quatre pattes

Pour qu’ils ne courent pas deux ensemble cousues

 

Enfants qui préférez le goût des aromates

Au vol des papillons sur les pousses touffues

Y semant le pollen de leurs corps antennates

Exemples confondants des ères révolues

 

Enfants qui déchiffrez dans le cercle de lune

Un bûcheron bossu qui porte sa fortune

Quelque fagot de bois valant bien quatre sous

 

Enfants qui dans la nuit apercevez la hune

De bateaux sinistrés recouverts par la hune

Enfants vous qui rêvez enfants endormez-vous

 

Raymond Queneau, Le Chien à la mandoline,

Gallimard, 1965, p. 221-222.

10/09/2017

Buson, Le parfum de la lune

 

     buson (1716-1783),le parfum de la lune,nuit,lune,pluie,printemps

les journées lentes

s'accumulent

si loin autrefois

 

le poirier en fleurs

sous la lune

une femme lit une lettre

 

je marche, je marche

songeant à des choses et à d'autres

le printemps s'en va

 

au bord du chemin

des jacinthes d'eau arrachées fleurissent

la pluie du soir

 

la nuit, des voix d'hommes

irriguant les champs

la lune d'été

 

la nuit voilée

les grenouilles brouillent

l'eau et le ciel

 

Buson (1716-1783), Le parfum de la lune,

traduction Cheng Wing fun et Hervé

Collet, Moundarren, 1992, p. 55, 59,

68, 80, 90, 93.

15/06/2017

James Joyce, Poèmes

                                         James-Joyce-book-of-the-w-007.jpg

               Seul

 

Les mailles d’or gris de la lune

Toute la nuit tissent un voile,

Les fanaux dans le lac dormant

Traînent des vrilles de cytise.

 

Les roseaux malicieux murmurent

Aux ténèbres un nom — son nom —

Et toute on âme est délice,

Mon âme défaille de honte.

 

James Joyce, Poèmes, traduction Jacques

Borel, Gallimard, 1967, p. 109.

02/06/2017

Izumi Shikibu, Poèmes de cour

    Izumi Shikibu.JPG

Suis-je un être humain

moi qui dors sans m’étonner

de ce monde de rêve

que je vois, réellement, éphémère

 

J’ôte ma robe teinte couleurs de cerisier

Attendons dès aujourd’hui l’arrivée du coucou

 

Comme je désire ne pas tant penser

durant ce temps où j’attends

le terme d’une vie qui ne prend pas fin

 

Je contemple la trace

de celui qui se levant est parti

laissant à l’aube

la Lune, cette consolation

 

Izumi Shikibu, Poèmes de cour, traduction

Fumi Yosabo, Orphée/La Différence,

1991, p. 33, 39, 47, 51.

19/09/2016

Bashô, Le Faucon impatient

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Ne vous cognez pas la tête

est-il écrit sur la porte

 

À perte de vue le ciel

est une nuée d’azur

 

Dans cette terre

qui ne convient aux radis

ils sont tout tordus

 

À peine les poules

ont-elles gagné le juchoir

lune de crépuscule

 

Dans la montagne un portail

et lune du point du jour

 

Du printemps peu à peu

complètent la figure

lune et prunier

 

Bashô, Le Faucon impatient, traduit du

Japonais par René Sieffert, POF, 1994,

  1. 19, 21, 39, 51, 55, 87.

07/03/2016

Paul Claudel, L'Oiseau noir dans le soleil levant

          Paul-Claudel_medium.jpg

                           Hai-Kai

(La nuit du 1er septembre 1923 entre Tokyô et Yokohama)

 

   À ma droite et à ma gauche il y a une ville qui brûle mais la lune entre les nuages est comme sept femmes blanches.

   La tête sur un rail mon corps est mêlé au corps de la terre qui frémit. J’écoute la dernière cigale.

   Sur la mer sept syllabes de lumière une seule goutte de lait.

 

Paul Claudel, L’Oiseau noir dans le soleil levant [1929], dans Connaissance de l’Est, Poésie / Gallimard, 1974, p. 198.

21/08/2015

Edward Estlin Cummings, Érotiques

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dame est couverte

de fleurs

ses pieds sont effilés

formés chacun de cinq fleurs sa cheville

est une minuscule fleur

les genoux de ma dame sot deux fleurs

Ses cuisses sont de vastes et fermes fleurs de nuit

et exactement entre

elles endormie intensément

est

 

la fleur soudaine d’une totale stupéfaction

 

une dame couverte de fleurs

est un jardin d’ivoire.

 

Et la lune est un jeune homme

 

que je vois régulièrement autour du crépuscule

entrer dans le jardin et sourire

en lui-même.

 

Edward Estlin Cummings, Érotiques, traduit et

présenté par Jacques Demarcq, Seghers, 2012,

p. 75.

16/07/2015

James Joyce, Poèmes (Chamber Music, Pomes Penyeach)

 

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                Seul

 

Les mailles d’or gris de la lune

Toute la nuit tissent un voile,

Les fanaux dans le lac dormant

Traînent des vrilles de cytise.

 

Les roseaux malicieux murmurent

Aux ténèbres un nom — son nom —

Et toute mon âme est délice,

Mon âme défaille de honte.

 

James Joyce, Poèmes (Chamber Music, Pomes

Penyeach), traduits et préfacés par Jacques

Borel, Gallimard, 1967, p. 109.

19/06/2015

Paul Claudel, L'Oiseau noir dans le soleil levant

                   Paul-Claudel_medium.jpg

                                         Haï-kaï

 

                     nuit du 1er septembre 1923 entre Tokyo

                                       et Yokohamaî

 

   À ma droite et à ma gauche il y a une ville qui brûle mais la Lune entre les nuages est comme sept femmesblanches.

   La tête sur un rail mon corps est mêlé au corps de la terre qui frémit. J’écoute la dernière cigale.

   Sur la mer sept syllabes de lumière une seule goutte de lait.

 

Paul Claudel, L’Oiseau noir dans le soleil levant, dans Connaissance de l’Est, suivi de L’Oiseau..., préface de Jacques Petit, Poésie / Gallimard, 1974, p. 198.

25/05/2015

Sylvia Plath, Arbres d'hiver, précédé de La Traversée

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                     Premières heures

 

Vide, je renvoie l’écho du moindre bruit de pas,

Musée sans statues, grandiose avec ses piliers, portiques, rotondes.

Dans ma cour jaillit et puis retombe une fontaine

Au cœur de nonne, aveugle au monde. Des lys de marbre

Exhalent leur pâleur comme du parfum .

 

Je m’imagine avec un vaste public,

Mère d’une blanche Nikê et de plusieurs Apollon aux yeux nus.

À la place, les morts me blessent de leurs attentions, et il ne peut   [rien arriver.

Comme une infirmière muette et sans expression, la lune

Pose une main sur mon front.

 

Sylvia Plath, La Traversée, dans Arbres d’hiver, traductionFrançoise Morvan, précédé de La Traversée, traduction Valérie Rouzeau, Poésie / Gallimard, 1999, p. 119.

22/02/2015

Basho seigneur ermite, l'intégrale des haïkus

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« Est-il aveugle ? »

ainsi me voit-on —

Admiration de la lune.

 

Que mangent ces pauvres gens ?

La petite maison d’automne

à l’ombre d’un saule.

 

 

L’odeur de fleur d’orchidée

persistante dans le beau rideau —

Sa chambre privée.

 

Fin d’automne

je tire sur moi

une étroite couverture.

 

Impossible amour —

D’une femme contemplant le soir

rêve mélancolique.

 

 

Basho seigneur ermite, l’intégrale des haïkus,

édition bilingue de Makotu Kemmoku et

Dominique Chipot, La Table ronde,

2012, p. 369, 370, 371, 372, 383.

 

 

09/02/2015

E. E. Cummings, font 5, traduction Jacques Demarcq

 

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                                Quatre

                                    

                                      I

 

La lune regardait par ma fenêtre

elle me touchait de ses petites mains

et de ses doigts pelotonnés

d’enfant elle comprenait mes yeux joues lèvres

ses mains (glissant) palpaient la cravate errant

sur ma chemise et dans mon corps ses

pointes tripotaient minusculement la vie de mon cœur

 

les petites mains se sont, par à-coups, retirées

 

tranquillement ont commencé à jouer avec un bouton

la lune a souri elle

a relâché ma veste et s’est glissée

par la fenêtre

elle n’est pas tombée

elle a continué à glisser dans l’air

        sur les maisons

                                                                             les toits

 

Et venant de l’est vers

elle une fragile lumière s’est penchée grandissant

 

E. E. Cummings, font 5, traduit et présenté par

Jacques Demarcq, NOUS, 2011, p. 77.

19/09/2014

Yosa Buson, Haiku, traduction Joan Titus-Carmel

Buson.jpg

Buson : Paysage 

 

    La pauvreté

m'a saisi à l'improviste

  ce matin d'automne

 

    Près d'un poirier

je suis venu solitaire

  contempler la lune

 

    Le batelier —

sa perche arrachée des mains

  tempête d'automne

 

    Il brama trois fois

puis on ne l'entendit plus

   le cerf sous la pluie

 

      Une solitude

plus grande que l'an dernier

    fin d'un jour d'automne

 

      Le mont s'assombrit

éteignant le vermillon

des feuilles d'érables

 

Yosa Buson, Haiku, traduits du japonais et

présentés par Joan Titus-Carmel, Orphée/

La Différence, 1990, n.p.

17/08/2014

Johannes Bobrowski, Terre d’ombres fleuves

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    Le mont des Juifs

 

Voyage d’araignée,

blanc, la terre se répandait en poussière

de sable rougeâtre — forêt,

comme chevelure de tresses, cri d’animal,

lui heurtait la joue, herbe

piquait ses tempes.

 

Tard, lorsque le grand duc, bruissement

de cent nuits, traversait

le sommeil des genêts,

il se levait dans le hallier frémissant

des grillons pour voir un

blême chemin de lune qui montait

dans l’entrelacs des racines.

 

Il regardait par-delà le marécage.

Abrupt, indistinct, un reflet de lumière

le frôlait de son vol, le temps de ce

battement de cœur une sauvage

   empaumure émergea des ténèbres,

   hérissée, tête larmoyante.

 

  Pressé entre les mains

  le temps, non nommé : les essaims

  qui, jaunes, suivaient

  Curragh, nuées grondantes

  au-dessus du lac, les abeilles

  suivaient le pieux père,

  il remuait les rames, il disait :

  Je serai un mort dans la verte vallée.

 

Der Judenberg

 

Spinnenreise

weiß, mit rötlichem Sand

stäubte die Erde — Wald,

flechtenhaarig, Tierschrei,

stieß um die Wange ihm, Gras

stach seine Schläfe.

 

Spät, wenn der Uhu, Sausen

aus hundert Nächten, umherstrich

durch den Schlaf der Geniste,

hob er sich in der Grillen

Schwirrgesträuch, einen fahlen

Mondweg zu sehn, der heraufkam

an die seufzende Eiche, die Greisin, in ihrem

Wurzelgeflecht verging.

 

Über das Bruch sah er hin.

Jäh, undeutbar, Lichtschein

flog vorüber, diesen

Herzschlag lang ragte wüstes

Schaufelgeweih aus der Finsternis,

zottig, ein tränendes Haupt.

 

Unter die Hände gepreßt

Zet, unbenannt: die Schwärme,

gelb, die dem Curragh

folgten, tönende Wolken

über der See, die Bienen

folgten dem frommen Vater,

er rührte die Ruder, et sagte :

Ich werde tot sein im grünen Tal.

 

 

 Johannes Bobrowski, Terre d’ombres fleuves,

traduit de l’allemand par Jean-Claude Schneider,

Atelier La Feugraie, 2005, p. 84-87.

06/07/2014

Roger Gilbert-Lecomte, Œuvres complètes II

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          Haïkaïs 

 

L'aube — Chante l'alouette. —

Le ciel est un miroir d'argent

Qui reflète des violettes.

 

 

Le soleil en feu tombe dans la mer ;

des étincelles :

Les étoiles !!

 

 

Oh ! la pleine lune sur le cimetière.—

Noirs les ifs — Blanches les tombes —

Mais en dessous ?...

 

 

Les yeux du Chat :

Deux lunes jumelles

Dans la nuit.

 

 

La nuit. — L'ombre du grand noyer

est une tache d'encre aplatie

au velours bleu du ciel.

 

 

Vie d'un instant...

J'ai vu s'éteindre dans la nuit

L'éternité d'une étoile.

 

 

La cathédrale dans les brumes :

Un sphinx à deux têtes, accroupi

dans une jungle de rêve.

 

 

J'ai vu en songe

Des splendeurs exotiques de soleil

Matin gris. — Le ciel est une chape de plomb.

 

 

     Morte la Déesse,

     dansons en rond !!

Mais, mes rêves aussi sont morts...

 

 

Roger Gilbert-Lecomte,  Œuvres complètes II,

édition établie par Jean Bollery, avant-propos

de Pierre Minet, Gallimard, 1977, p. 127-128.