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29/12/2015

Stéphane Korvin, noise

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la fin. longtemps la répéter, ne pas la retenir, avec les mains qui fabriquent ces jours-ci des pansements discrets.

 

Je sais ce qu’il faut faire. s’accoter, être un cylindre, collecter la lumière, l’informité ne pas la répandre trop vite, les jours sont si longs, ils dorment dans la paume avec des idées de vertige

 

 

comme tout le monde, l’épuisante matière, la fabrique aimer, nous tournons autour d’une impression ténue

 

nos malléoles se heurtent, les voyages sont serrés, les chemins jouent à creuser et s’évaser, rien accueille, ici heurte

 

les lettres se logent, lentement elles forment des fleurs, des lettrines, la tête s’éprend, toute seule elle ne crépite pas

 

les couleurs se retirent et tombent jusqu’aux solives, un cœur claque quand l’oiseau entre

 

deux ou trois semaines : elles se taisent, passent et pendulent

 

si je savais parler je te glisserais « accorde tes rêves »

 

Stéphane Korvin, noise, isabelle sauvage, 2015, p. 7-8.

18/12/2015

Reinhard Priessnitz (1945-1985), 44 poèmes, poésie complète

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ballade sous la neige

 

si ma psyché me parle sans tain

la neige enverra balader

le ciel en éclats

l’artère de la nuit

se met en voix

ivre dans les joncs

ma psyché droite

se met en voix

coq et cocotte

s’il neige la parole

se fera-t-elle hiver

faucheur et faux

le cœur un flocon

le filet de sa vois sera-t-il

corde vocale gelée

sa glace une fleur

éclats de verre

pouls de la nuit

couverons-nous

coq blanc et blanche cocotte

tandis qu’il neige et neige

irons-nous balader

ma psyché pose

des questions qui glacent

dans un rêve qui tombe

 

schneelied

 

spricht mein spiegel sich blind

wind wandern der schneefall

die sherbe des himmels

die ader der nacht

spielt seine stimme

taumelnd im schilf

mein richtender spiegel

spielt seine stimme

henne und hahn

wird wenn es schneit

das sprechen ein winter

schnitter und sense

das herz eine flocke

wird seine stimme

ein frostiges band

sein eis eine blume

gläserne scherbe

pulsender nacht

werden wir brüten

weisser hahn weisser henne

unter schneefall und schneefall

werden wir wandern

mein sprechender spiegel

klirrende fragen

im fallenden traum

 

Reinhard Priessnitz, 44 poèmes,

poésie complète, traduction Alain Jadot,

préface Christian Prigent, NOUS, 2015,

p. 77 et 76.

 

 

08/12/2015

Tristan Corbière, Les Amours jaunes

                        Tristan Corbière, Les Amours jaunes, poète, pipe, fumée, sommeil, rêve

La pipe au poète

 

Je suis la Pipe d’un poète,

Sa nourrice et : j’endors sa Bête.

 

Quand ses chimères éborgnées

Viennent se heurter à son front,

Je fume... et lui, dans son plafond,

Ne peut plus voir les araignées.

 

... Je lui fais un ciel, des nuages,

La mer, le désert, des mirages ; 

— Il laisse errer là son œil mort...

 

Et, quand lourde devient la nue,

Il croit voir une ombre connue,

— Et je sens mon tuyau qu’il mord...

 

— Un autre tourbillon délie

Son âme, son carcan, sa vie !

... Et je me sens m’éteindre... — Il dort —

.............................................................

— Dors encor : la Bête est calmée,

File ton rêve jusqu’au bout...

Mon pauvre !... la fumée est tout.

— S’il est vrai que tout est fumée...

 

Tristan Corbière, Les Amours jaunes, dans Charles Cros,

T. C., Œuvres complètes, édition Pierre-Olivier-Walzer pour T. C., Pléiade / Gallimard, 1970, p. 734.

 

 

26/11/2015

Raymond Queneau, Une trouille verte, dans Contes et propos

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   Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours redouté ce qui pourrait me causer quelque ennui, aussi ai-je eu peur successivement de Croquemitaine, des figures de cire des Musées Dupuytren, des places trop fréquentées par les véhicules, des voyous, des pots de fleurs qui tombent sur la tête, des échelles, de la chaude-pisse, de la vérole, de la Gestapo, des V2. La paix n’a bien sûr, en aucune façon, calmé ces alarmes : ainsi, l’autre soir, je mange de la purée de marrons et je me mets à rêver que je suis dans une djip et que le conducteur ne parvient pas à éviter une épaisse colonne, je la vois venir, je me dis qu’on rentre dedans, ça y est, on est rentré dedans, tout noircit ; dans le noir, je me dis : je suis mort, je me dis : c’est comme ça quand on est mort, et puis je me réveille, l’estomac gros et le cœur battant. J’allume, je regarde la montre, il est deux heures, deux heures du matin, bien tôt encore, et je me lève pour aller pisser. Comme je ne pratique pas le pot de chambre, il faut que je me rende aux vécés. Il y a un long couloir. Je le traverse en disant : si ceci, si cela. J’arrive à me faire peur et je pénètre dans les chiottes bien heureux de pouvoir fermer la porte derrière moi, pour couper court, et se sentir chez soi, et non seulement fermer la porte, mais aussi tourner le verrou.

   Je pisse.

   Je tire sur la chasse d’eau.

   Quand l’hygiénique glouglou se fut tu, je perçus dans le couloir la présence de néants, sans ambiance d’existence, ce qui me fit chaud dans les dents, froid sous les ongles, horripilation générale. Une frousse abjecte s’empara de mon âme et, prenant ma tête à deux mains, je m’assis sur le siège des vatères en gémissant sur mon sort immonde.

[...]

 

Raymond Queneau, Une trouille verte, dans Contes et propos, Gallimard, 1981, p. 157-158.

13/08/2015

Michel Leiris, Nuits sans nuit et quelques jours sans jour

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                  (1936)

 

23 avril 1934

 

   Cette femme dont je suis amoureux et moi, nous suivons notre histoire dans une publication hebdomadaire illustrée destinée aux enfants. Chaque semaine, nous achetons un fascicule et, dans les petits blocs de textes comme dans la suite d’images qu’ils commentent, nous trouvons décrit tout ce que nous ferons.

 

 

8-9 mai 1934

 

   Le même très jeune femme et moi, nous nous résentons dans une école, sans doute pour en devenir les élèves. C’est une villa avec jardin. On nous introduit dans une sorte de paillotte circulaire à toit conique (telle que j’en ai vu au Soudan) : chenil où des bêtes de toutes races sont couchées dans la paille. Un portier ( ?), probablement nègre, en uniforme et coiffé d’une casquette de marine, nous dit que c’est là que nous habiterons. Nous devons coucher sous les chiens.

 

Michel Leiris, Nuits sans nuit et quelques jours sans jour, Gallimard, 1961, p. 116 et 117.

04/08/2015

Hélène Mohone, Le cœur cannibale

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      Crapaud

 

lumière allumée au-dessus de l’enfant touché du doigt en sortilège touché crapaud comme tous les soirs dans la chambre la bouche qui suce l’enfant lui prend sa viande comme tous les soirs lui mange sa chair lui pèse en rêve en sort cauchemar et puis crapaud revient s’asseoir cavale sous le porche craque sous le pied revient s’asseoir lumière porcine appuie du groin la nourriture est pauvre millet poisson séché en tour de table personne ne parle le torse nu du père appuie la table contre l’enfant poser la joue avant la fin avant le tour de table bien aplatir les dents pour moins grandir au souvenir des animaux au souvenir des bêtes à table

 

Hélène Mohone, Le cœur cannibale, William Blake & C°, 2003, np. Photo J-P Brussac.

20/07/2015

Anaïs Bon, François Heusbourg, seul double

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j’habite tout l’espace de ma solitude

 en songe je conquiers             des habitations

 qui se dérobent

 les livres sont à terre, ma poussière poussée sous les meubles

je ne sais plus qui de moi ou de ma vie regarde l’autre

 par la fenêtre

 

les vêtements retrouvés sont un peu courts

dehors, le jour s’endort

le temps de rêver est le temps d’être seul

ceux que je croyais à mes côtés sont partis

les compagnons véritables se dévoilent

ils portent le masque de l’absent

 

                       « qui chuchote mon nom »

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Anaïs Bon, François Heusbourg, seul double, éditions isabelle sauvage, 2015, p. 13.

 

26/05/2015

Gérard Macé, Les balcons de Babel

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   Le théâtre est bien réel, au nord éloigné d’un jardin où l’on a réuni les espèces végétales les plus rares : Assuérus Auréa, Catinat, Alice et Céleste, Cordélia, Clématis, Orion, Sirius et Cassiopée, Opéra, Châtelet, Crépuscule, Mentor et Spectabilis sont les héroïnes en pleine terre de ce théâtre naturel. Un sophora rapporté par un voyageur désœuvré, un prunus qui fleurit en avril, un arbre mâle et centenaire sont avec la maison de Cuvier, les serres tropicales, le jardin d’hiver et le petit labyrinthe, le vivarium à main gauche de l’éléphant de mer, les autres stations de cette promenade pour dieux minuscules, qui croient serrer le monde dans un mouchoir comme ils tiennent un dictionnaire dans leur main ; ici, c’est le jardin des nominations sous le ciel, dont les constellations trois à trois sont des miroirs tournants, qui nous montrent tour à tour, mais jamais dans le même ordre, les empreintes de nos rêves : la tête le père le cheval                          le vent les bois le coq ébouriffé          la lune l’oreille le porc          le tonnerre l’œil le faisan          le lac la bouche la concubine          le fou le souffleur le pendu.

 

Gérard Macé, Les balcons de Babel, Le Chemin / Gallimard, 1977, p. 9-10.

 

24/05/2015

Nicolas de Staël, Lettres 1926-1955

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    Parfois la distance de mon travail à mes rêves me fait rire,   Maman, rire de moi avec tristesse. Et c’est certainement par le fait d’étudier qu’on reprend courage. Le fait qu’on peut se donner une raison de la croyance intuitive dans les grands peintres.

     Qu’ont-ils fait, comment, pourquoi, quel était leur résultat après trois ans de contact non constant comme moi ?

   Il faut savoir se donner une explication, pourquoi on trouve beau ce qui est beau, une explication technique.

   C’est indispensable [de] savoir les lois des couleurs, savoir à fond pourquoi les pommes de Van Gogh à La Haye, de couleur nettement crapuleuse, semblent splendides, pourquoi Delacroix sabrait de raies vertes ses nus décoratifs aux plafonds et que  ces nus semblaient sans taches et d’une couleur de chair éclatante. Pourquoi Véronèse, Vélasquez, Franz Hals, possédaient plus de 27 noirs et autant de blancs ? Que Van Gogh s’est suicidé, Delacroix est mort furieux contre lui-même, et Hals se saoulait de désespoir, pourquoi, où en étaient-ils ? Leurs dessins ? Pour une petite toile que Van Gogh a au musée de La Haye on a des notes d’orchestration de lui pendant deux pages. Chaque couleur a sa raison d’être et moi de par les dieux j’irai balafrer des toiles sans avoir étudié et cela parce que tout le monde accélère, Dieu sait pourquoi.

 

Nicolas de Staël, Lettres 1926-1955, édition présenté, annotée et commentée par Germain Viatte, Le bruit du temps, 2014, p. 62.

10/05/2015

Walter Benjamin, Rastelli raconte, traduction Philippe Jaccottet

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                                            Le souhait

 

   Un soir, pour la fin du sabbat, les juifs étaient réunis dans une misérable auberge d’un village de Hasidim. C’étaient des gens du coin, à l’exception d’un individu que personne ne connaissait, un homme en haillons, particulièrement misérable, accroupi dans l’ombre du poêle, tout au fond de la salle. On avait parlé à bâtons rompus. Soudain, quelqu’un demanda quel souhait chacun ferait, si on lui en accordait un. L’un voulait de l’argent, l’autre un gendre, le troisième un établi neuf, et ainsi de suite.

   Quand chacun eut opiné, il ne resta plus que le mendiant du coin du poêle. Celui-ci n’obtempéra aux questionneurs que de mauvaise grâce et non sans hésiter :

— Je  voudrais être un roi très puissant, régnant sur une vaste contrée, et qu’une nuit, comme je dormirais dans mon palais, l’ennemi franchit la frontière et qu’avant les premières lueurs de l’aube ses cavaliers eussent atteint mon château sans rencontrer de résistance et que, brutalement tiré de mon lit, sans même le temps de passer un vêtement, j’eusse dû prendre la fuite, en chaise, traqué jour et nuit sans relâche par monts et vaux, forêts et collines, jusqu’à trouver refuge ici même, sur un banc, dans un coin de votre auberge. Tel est mon souhait.

   Les autres se regardaient, interloqués.

— Et qu’en aurais-tu de plus ? demanda quelqu’un.

— Une chemise, répondit le mendiant.

 

Walter Benjamin, Rastelli raconte, traduction Philippe Jaccottet, Points / Seuil, 1987, p. 92-93.

 

07/05/2015

Jean Tortel, Instants qualifiés

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Sombre la nuit et telle

Qu’au profond les dormeurs

Touchent le sable au creux

Longtemps suspendu des calmes

Vagues noires, rongée

Par les insectes poussiéreux,

En apparence désormais

Inaccessible au fond

D’elle-même et perdue et vierge

Intouchable et noire, descendue

En se dissociant dans les dormeurs

Qui l’ignorent, qui sont la nuit

Abusivement claire d’un rêve

Sans contrôle.

 

Jean Tortel, Instants qualifiés,, Gallimard, 1973, p. 29. © Photo Jean-Marc de Samie.

 

27/04/2015

Jean Follain, Appareil de la terre

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                      Gestes

 

Au soir éblouissant

ceux qui font ce geste :

clore un vêtement noir

regrettent une jaune terre

où se prenaient leurs pieds.

D’autres que cernent la mer

sur le banc de sable

agitent les bras.

Certains gardent enfin

en fermant les yeux

mais la fleur aux lèvres

le courage des muets.

Un se courbe

pour ramasser le morceau de pain

gonflé d’eau grise.

 

 

                   Matière aux songes

 

Parfois du milieu d’un champ

on entend les orgues d’église

et point le vent

les plantes gonflent

de rosée invincible

d’aucuns songent

devant la pierre violâtre

l’habit ravagé

les gants prêtés pour la journée

le chat dormant qui a voyagé

 

Jean Follain, Appareil de la terre, Gallimard,

1964, p. 40, 62.

03/02/2015

Marie Cosnay, Le Fils de Judith

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   Un enfant rêve de baleines remorquées jusqu’au dépeçage, de voiles tendues dans l’aube qui n’a pas lieu tant elle est lente, remorquée elle aussi venue des profondeurs et dans les profondeurs c’est la fin brutale des choses, un souffle froid ou chaud, un courant qui empoigne le cœur puis le lâche dans prévenir. L’enfant ne ferme jamais les yeux. Helen somnole, dans une moitié de rêve l’enfant a tous les âges, il devient celui qu’il n’est pas, un frère, elle ne sait pas qui est le frère qu’usurpe le vieil enfant, le frère a quatre-vingt dix ans dit le rêve, il a un vieux visage sage mais imberbe, ridé ou fripé de naître, il faut le prendre sous son aile, frère vieux ou naissant. Elle essaie de parler à l’enfant mais il reste sourd, collé à le vitre du train qui file sous un ciel opaque, cloué, pendant quelques minutes elle rencontre la fin du monde, la fin du monde traîne derrière elle une vieille carcasse sans désirs, les désirs dans cette fin du monde on les connaît : ils ne sont que des souvenirs, des ex-poussées d’énergie, de vieux enthousiasmes dont on ne sait plus les ressorts.

 

Marie Cosnay, Le Fils de Judith, Cheyne, 2014, p. 22.

03/01/2015

Christiane Veschambre, Versailles Chantiers

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                                                     Traverse n° 4

 

une bifurcation inattendue au volant de la voiture je n'ai pas le temps

de réfléchir je choisis de prendre à gauche et immédiatement

nous comprenons que c'est la mauvaise route ce n'est pas une route mais

un chemin non carrossable plein de virages dont la terre s'incline

vers le profond ravin qu'il longe

dans lequel la voiture incontrôlable plonge

nous en sommes éjectés

nous tombons

comme au ralenti mais je sais que nous allons mourir quand nos corps

s'écraseront

je pense à ce que je n'ai pas fini d'écrire

c'est comme ça la mort ça ne laisse pas finir

alors

puisque tu chutes à côté de moi dans ce vide définitif

je prends ta main dans ma main

je n'ai pas peur

 

 

c'est entre le 25 et le 26 janvier 2012 que me visite ce rêve heureux,

deux nuits après avoir revu Mrs Muir et le capitaine Gregg partir main dans

la main, par la grâce de Joseph Leo Mankiewicz, de l'autre côté de la mort.

 

Christiane Veschambre, Versailles Chantiers, photographies Juliette Agnel, éditions isabelle sauvage, 2014, p.  47.

 

 

 

 

 

 

 

20/12/2014

William Faulkner, "La Nouvelle-Orléans", dans Croquis de la Nouvelle-Orléans

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                                        L'artiste

 

   Un rêve, un feu sur lesquels je n'ai pouvoir me guident hors des sentiers sûrs et balisés de la solidité et du sommeil que la nature a créés pour l'homme. Un feu dont j'ai hérité malgré moi, et que je dois alimenter de verbe et de jeunesse et du vaisseau même qui le porte — le serpent qui dévore sa propre engeance —, sachant que je ne pourrai jamais donner au monde ce qui en moi cherche à se libérer.

   Car où est la chair, dans quelle main le sang, aptes à modeler dans le marbre, sur la toile ou le papier, ce rêve qui est en moi et qui demande à vivre ? Je ne suis, moi aussi, qu'une motte informe de terre humide issue de la douleur et destinée à rire, à lutter, à pleurer, ne connaissant la paix que le jour où l'humidité partie, elle retournera à la poussière originelle et éternelle.

   Mais créer ? Qui, parmi vous qui n'êtes pas la proie de ce feu, pour connaître cette joie, si fugace soit-elle ?

 

William Faulkner, "La Nouvelle-Orléans", dans Croquis de la Nouvelle-Orléans, suivi de Mayday, traduit d el'anglais par Michel Gresset, Gallimard, 1988, p. 63.