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17/06/2024

François Rannou, La Masque d'Anubis

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Les lents chevaux de

l’orage font vibrer

la terre sèche leur dense échappée vers le

 

fond du champ remonte

jusqu’à mes cuisses

roues du vélo

que j’ai tout à l’heure

jeté sur le talus

 

tournent dans l’air lourd

que la pluie tombe n’est plus une espérance

vaine me dit-elle

tandis que coule de

 

ses lèvres vers son

cou ce très fin trait

rouge que brouillent mes questions

 

François Rannou, Le Masque d’Anubis,

Des Sources et des Livres, 2023, p. 17-18

28/12/2021

Esther Tellermann, Éternité à coudre

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C’est assez

soir désormais

     s’incline

dans l’orage lorsque

l’un l’autre

voulions

     Jérusalem.

Fournaise jusqu’aux

portes où s’inventent

les lettres

     de l’autre côté

qui vient et comble

le même ?

Je voulais que

     nous habillent

les aubes

nager jusques aux

         bords.

 

Esther Tellermann, Éternité à coudre,

éditions Unes, 2016, np

23/10/2020

Esther Tellermann, Corps rassemblé

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Je la vis

suspendue     sur

le temps

       ou le bord

des orages

parfois le contour

du sein

fut la viole      où

     s’étire

     ce qui

doucement

     souligne

     la forme

     d’un destin

 

Esther Tellermann, Corps rassemblé,

éditions Unes, 2020, p. 46.

23/05/2020

Robert Desnos, Domaine public

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                     Le paysage

 

J’avais rêvé d’aimer. J’aime encore mais l’amour

Ce n’est plus ce bouquet de lilas et de roses

Chargeant de leurs parfums la forêt où repose

Une flamme à l’issue de sentiers sans détours.

 

J’avais rêvé d’aimer. J’aime encore mais l’amour

Ce n’est plus cet orage où l’éclair superpose

Ses bûchers aux châteaux, déroute, superpose,

Illumine en fuyant l’adieu du carrefour,

 

C’est le silex en feu sous mon pas dans la nuit,

Le mot qu’aucun lexique au monde n’a traduit,

L’écume sur la mer, dans le ciel ce nuage.

 

A vieillir tout devient rigide et lumineux,

Des boulevards sans noms et des cordes sans nœuds.

Je me sens me roidir avec le paysage.

 

Robert Desnos, Domaine public, Gallimard, 1953, p. 391.

23/01/2020

Hilda Doolittle (1886-1961), La jardin près de la mer

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            Orage

 

Tu te fracasses sur les arbres,

tu crevasses les branches vives —

la branche blanchit,

le vert est broyé,

chaque feuille se déchire comme bois fendu.

 

Tu écrases les arbres

de gouttes noires,

tu tourbillonnes, tu fracasses —

tu as rompu une feuille trop lourde

dans le vent,

accablée,

elle pirouette et plonge,

pierre verte.

 

H(ilda) D(oolittle), Le jardin près de la mer,

traduction Jean-Paul Auxeméry, Orphée/

La Différence, 1992, p. 107.

29/04/2016

Laurent Albarracin, Le Grand Chosier

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Les orages grondent et grondent mais ils grondent

Sans qu’on sache d’où cela vient, comme une vitre

Tremble, comme sous la poussée d’un taureau vague,

Un taureau venant, taureau se formant dans l’air.

 

Né de son souffle, de son pas ou de son coup

D’épaule, les orages grondent et ils naissent

D’eux-mêmes, de la caresse de leur puissance,

Du doux frisson de la colère qui les roule,

 

Grondent de plaisir comme un éboulis de fauve

Où ronronne un torrent d’eau claire entre ses dents,

Eau qui est salive qui dévaste sa pente.

 

Tels des châteaux d’air en marche sur le gravier —

L’être est amplification de sa venue —

Les orages grondent en s’en faisant l’écho.

 

Laurent Albarracin, Le Grand Chosier, Le corridor bleu,

2016, p. 108.

 

02/04/2016

Sarah Plimpton, extrait de Single Skies

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Extraits de Single Skies

 

ombre brusque du soleil

froissée derrière l’arbre

le bleu du ciel

qui mène le vent

hors de la nuit

la porte

claque

le ciel

au sein de l’orage

 

a sudden shadow from the sun

upset behind the tree

the blue of the sky

driving the wind

off the night

the door

slams

the sky

inside the storm

 

Sarah Plimpton, traduit par Mathieu

Nuss, dans L’Étrangère, n° 40-41, p. 239 et 238.

26/12/2015

Jacques Réda, Recommandations aux promeneurs

 

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                                        Éloge de la pluie

                                            Généralités

 

   Ayant eu l’intention de traiter des divers types d’intempéries, il m’a semblé que la pluie les résumait suffisamment. Pour le plaisir que j’en escompte, il est préférable en effet de ne pas circuler sous d’abondantes chutes de neige ou par grands froids. Je ne suis pas anachronique au point d’ignorer ce qu’on appelle le ski de fond, par exemple, mais je crois comprendre qu’il s’agit d’une distraction athlétique peu dans mes goûts. Et je ne saurais puiser que dans le trésor de mon expérience. Enhardi par la précocité fallacieuse de certains printemps, il m’est bien arrivé de me lancer à l’étourdie sur des routes ronflantes comme des meules à aiguiser la bise et d’y perdre l’équilibre dans des combes laquées par le verglas. C’est une situation désagréable quand la fierté s’en mêle et qu’on refuse d’abandonner. Mais je ne veux pas aller spontanément au devant d’une défaite rendue fatale par le climat. La seule perturbation atmosphérique qui légitime la fuite (et rien ne prouve, souvent au contraire, qu’elle soir une garantie de salut), c’est l’orage, à propos de quoi il faut se retenir de donner le moindre conseil, il n’en est pas d’indiscutables. Sous une apparence de logique qui le fait monter, éclater, passer, s’éloigner dans le meilleur des cas (parce qu’il n’est pas rare qu’il tourne en rond ou qu’il s’installe), l’orage réalise une somme de caprices trop imprévisibles pour qu’on se flatte de le conjurer. [...]

 

Jacques Réda, Recommandations aux promeneurs, Gallimard, 1988, p 43-44.

02/08/2015

Antonin Artaud, L'amour sans trève

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L’amour sans trêve

 

Ce triangle d’eau qui a soif

cette roue sans écriture

Madame, et le signe de vos mâtures

sur cette mer où je me noie

 

Les messages de vos cheveux

le coup de fusil de vos lèvres

cet orage qui m’enlève

dans le sillage de vos yeux

 

Cette ombre enfin, sur le rivage

où la vie fait trêve, et le vent,

et l’horrible piétinement

de la foule sur mon passage.

 

Quand je lève es yeux vers vous

on dirait que le monde tremble,

et les feux de l’amour ressemblent

aux caresses de votre époux.

 

Antonin Artaud, Poèmes (1924-1935), dans Œuvres

complètes, I*, Gallimard, 1976, p. 262.

22/03/2015

Guillevic, Relier

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Ce nouveau printemps

 

Ne t’inquiète pas

Du flux de la rivière :

Ce n’est pas lui

Qui te porte à ta fin

 

           *

 

Ne t’inquiète pas

De l’orage en vue.

Que peut-il bien être

À côté des tiens ?

 

              *

 

Ne t’inquiète pas

Du soleil ce soir.

Ce n’est pas toi

Qui l’as fatigué.

 

              *

 

Ne t’inquiète pas

De tes cauchemars.

La nature se venge

De ce qu’elle fait pour toi.

 

               *

 

Ne t’inquiète pas

Du bec du rapace,

Ce n’est pas à toi

Qu’il doit en vouloir.

 

                *

 

Ne t’inquiète pas

Pour cette violette,

Elle veut être seule

À se regarder.

 

               *

 

Ne t’inquiète pas

Du cri du coucou

Si tu sais aimer

Ce nouveau printemps.

 

Guillevic, Relier, 1938-1996,

Gallimard, 2007, p. 701-702.

27/02/2014

Jean de Sponde, Œuvres littéraires, Les amours

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                       Les amours

 

                           XXIII

 

   Il est vray, mon amour estoit sujet au change,

Avant que j'eusse appris d'aimer solidement,

Mais si je n'eusse veu cest astre consumant,

Je n'aurois point encor acquis ceste loüange.

 

 

   Ore je voy combien c'est une humeur estrange

De vivre, mais mourir, parmy le changement,

Et que l'amour luy mesme en gronde tellement

Qu'il est certain qu'en fin, quoy qu'il tarde, il s'en vange.

 

   Si tu prens un chemin apres tant de destours,

Un bord apres l'orage, et puis reprens ton cours,

En l'orage, aux destours, s'il survient le naufrage

 

   Ou l'erreur, on dira que tu l'as merité.

Si l'amour n'est point feint, il aura le courage

De ne changer non plus que fait la verité.

 

Jean de Sponde, Œuvres littéraires, introduction et notes par Alan Boase, Droz, 1978, p. 71.

28/11/2013

Jean-Luc Sarré, La Part des anges

                    Une semaine avec les éditions La Dogana

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Citadin, il aime les jardins

mais pour les rejoindre il lui faut

attendre les vacances d'été.

Un après-midi de septembre

il arrive que l'orage survienne

et le trouve, assis sur une fesse,

étrangement irrésolu.

Une tonnelle d'abeilles au travail

l'a détourné de son chemin

pis abandonné sur une souche.

Les gouttes sur les feuilles l'allègent

d'un fardeau qu'il ignorait porter.

 

                          *

 

Oublié le bâton de réglisse

qui jaunissait les commissures ;

une cigarette succédant

à l'indispensable cigarette

ils ne vivent plus que pour fumer.

Mieux vaut en ville être au moins deux

pour oser croiser les regards

réprobateurs ou amusés

— ceux-là sont les plus blessants —

mais parvenus dans les faubourgs,

certains aiment la garder au bec

en évoquant les larmes aux yeux

l'ambiance — Smoke gets in your eyes —

d'une innocente surprise-partie.

 

Jean-Luc Sarré, La Part des anges, La Dogana, 2007, p. 25, 69.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08/03/2013

Pascal Commère, De l'humilité du monde chez les bousiers

 

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Seraient-ils perdus une fois encore les mots,

par la terre brune et collante qui entérine

en silence toute mort en juin comme une boule

de pluie sur tant d'herbe soudain qui verse, avec

dans la poitrine ce serrement, par les collines

presque en haut, quand la route espérée dans un virage

d'elle-même tourne et disparaît... Je reconnais

le menuisier qui rechignait au guingois des portes

cependant que vous gagnez en ce jour de l'été

la terre qui s'est tue, humide et qui parlait

dans votre voix soucieuse ; à chaque mot j'entends

e travers du roulis des phrases le tonnerre

d'un orage depuis longtemps blotti dans l'œuf, la coque

se fissure — sont-ce les rats qui remontent, ou le râle

des bêtes hébétées dans l'été, longtemps résonne,

comme les corde crissent, lente votre voix digne

par-dessus l'épaisse terre menuisée, les vignes

bourrues... Et sur mon épaule, posée, la douceur

ferme de votre main pèse sans appuyer.

 

Pascal Commère, De l'humilité du monde chez les bousiers (1996),

dans Des laines qui éclairent, Le temps qu'il fait, 2012, p. 211.

 

17/08/2012

Jean-Jacques Viton, comme ça

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ce qui est troublant dans l’orage

ce sont ses poses avant reprises

éclairs grêle vents crépitements

un tournoiement de signes embrouillés

sur un lointain de paysages convulsifs

dans la crème acide des foules

 

peut-on dans cet état excentrique se rappeler

les trois derniers mots que l’on a prononcés

trouver précisément en quelle saison on est

le jour de la semaine ... et sa date

quel département quelle province

et puisqu'on y est quel pays

 

pour réussir à se dénouer de l’orage

répéter quelques mots sans rapport

polyphonie rebours géométrie aztèque

ils trouveront des récepteurs secrets

s’infiltreront comme des filets d’irrigation

dans la peau du paisible

 

Jean-Jacques Viton, comme ça, P. O. L., 2003, p. 48.