26/02/2026
André Frénaud, Nul nde s'égare

Retour d’enfant prodigue
Le vieux père est gâteux, il m’embrasse dès l’aube
et salit mon jabot avec ses yeux chassieux.
Mes frères je les hais, qui mentent comme je mens
pour sauver l’héritage dont il veut leur reprendre
les plus beaux bœufs pour la brebis perdue,
retournée au bercail en posture de repentance.
Qu’ils gardent les troupeaux, mais l’argent je le veux,
et ma sœur Adeline en tunique brodée,
qu’attisent ma misère et mon moignon verveux,
chemineau sur d’autres routes que leur niais chemin
qui mène de la maison natale au cimetière
par des comptes, par des amours, croient-ils,
parfaisant leur néant de vertu en vertu.
J’en ai assez déjà, je veux brûler les meubles
et la famille, eux tous. L’incendie est exquis,
Quand je repartirai gueniller par les villes.
Cette vie me plaît seule, de qui rien n’appartient
que trouble et que fureur à défaut d’avoir pu
être un autre ou m’aimer.
AAndré Frénaud, Nul ne s’égare, Poésie/Gallimard, 2006, p. 269.
Publié dans ANTHOLOGIE SANS FRONTIÈRES, Frénaud André | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : andré frénaud, nul ne s'égare, enfant prodigue |
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