16/02/2026
Jacque Réda, Recommandations aux promeneurs

Te voici donc, poète, avec ton parapluie,
Ton tricorne un peu de travers,
Ou ces cheveux trop longs qui retombent en pluie
Autour de ton visage où, des yeux grands ouverts,
Une larme parfois sourd, gonfle et se délivre.
Je vois, dans ton équipement,
Que tu n’as pas omis de te munir d’un livre
Où la raison débat avec le sentiment.
Et, bien que je demeure alentour impassible,
Je peux t’entendre soupirer
Avec mon vent, mes eaux : il n’est pas impossible
Qu’il s’en élève un chant d’amour inespéré.
Ne quitte pas déjà l’ombrage de ce saule.
La lune, d’entre les rameaux,
Va se pencher pour lire au bord de ton épaule,
Et la nuit étoilée épellera tes mots.
Jacques Réda, Recommandations aux promeneurs, Gallimard, 1988, p. 80.
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26/12/2015
Jacques Réda, Recommandations aux promeneurs

Éloge de la pluie
Généralités
Ayant eu l’intention de traiter des divers types d’intempéries, il m’a semblé que la pluie les résumait suffisamment. Pour le plaisir que j’en escompte, il est préférable en effet de ne pas circuler sous d’abondantes chutes de neige ou par grands froids. Je ne suis pas anachronique au point d’ignorer ce qu’on appelle le ski de fond, par exemple, mais je crois comprendre qu’il s’agit d’une distraction athlétique peu dans mes goûts. Et je ne saurais puiser que dans le trésor de mon expérience. Enhardi par la précocité fallacieuse de certains printemps, il m’est bien arrivé de me lancer à l’étourdie sur des routes ronflantes comme des meules à aiguiser la bise et d’y perdre l’équilibre dans des combes laquées par le verglas. C’est une situation désagréable quand la fierté s’en mêle et qu’on refuse d’abandonner. Mais je ne veux pas aller spontanément au devant d’une défaite rendue fatale par le climat. La seule perturbation atmosphérique qui légitime la fuite (et rien ne prouve, souvent au contraire, qu’elle soir une garantie de salut), c’est l’orage, à propos de quoi il faut se retenir de donner le moindre conseil, il n’en est pas d’indiscutables. Sous une apparence de logique qui le fait monter, éclater, passer, s’éloigner dans le meilleur des cas (parce qu’il n’est pas rare qu’il tourne en rond ou qu’il s’installe), l’orage réalise une somme de caprices trop imprévisibles pour qu’on se flatte de le conjurer. [...]
Jacques Réda, Recommandations aux promeneurs, Gallimard, 1988, p 43-44.
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