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26/12/2023

Paul Éluard, Pour vivre ici, onze haïkaïs

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         Le vent

         Hésitant

Roule une cigarette d’air

 

Le cœur à ce qu’elle chante

Elle fait fondre la neige

La nourrice des oiseaux

 

         La muette parle

 

C’est l’imperfection de l’att

         Ce langage obscur

 

         Femme sans chanteur

Vêtements noirs, maisons grises

L’amour sort le soir

 

Paul Éluard, Pour vivre ici, onze haïkaïs,

Dans Œuvres complètes, I, Pléiade/Gallimard,

1968, p. 51-52.

25/12/2023

Roger Gilbert-Lecomte, Haïkaïs

 

       

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       Haïkaïs (2)

 

L’aube — Chante l’alouette —

Le ciel est un miroir d’argent

         Qui reflète des violettes

 

La nuit — L’ombre du grand noyer

est une tache d’encre aplatie

         au velours bleu du ciel

 

Vie d’un instant…

J’ai vu s’éteindre dans la nuit

L’éternité d’une étoile

 

Roger Gilbert-Lecomte, Œuvres complètes, II,

Poésie, Gallimard, 1977, p. 127.

Roger Gilbert-Lecomte, Haïkaïs

 

       

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       Haïkaïs (2)

 

L’aube — Chante l’alouette —

Le ciel est un miroir d’argent

         Qui reflète des violettes

 

La nuit — L’ombre du grand noyer

est une tache d’encre aplatie

         au velours bleu du ciel

 

Vie d’un instant…

J’ai vu s’éteindre dans la nuit

L’éternité d’une étoile

 

Roger Gilbert-Lecomte, Œuvres complètes, II,

Poésie, Gallimard, 1977, p. 127.

24/12/2023

Roger Gilbert-Lecomte, Poésie

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              Haïkaïs

 

Tous ces verts marronniers pansus

Se moquent entre eux du noyer

Qui n’a pas encore de feuilles

 

Sur l’Avril de vert feuillu

         Bruine et ciel sale

                     — Triste…

 

Dans le ciel de cendre

Comme un dernier tison

La petite étoile

 

Roger Gilbert-Lecomte, Œuvres

complètes, II, Poésie, Gallimard,

1977, p. 132.

23/12/2023

Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune

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Je ris tout seul, un instant, m’imaginant que je suis un mort célèbre et que Berta, ma veuve, guide les visiteurs dans les salles du « Musée Düring » de Fallingshotel. On y voit dans les vitrines mes manuscrits (pa exemple, l’avertissement à Fintels, le sommant pour la dernière fois de venir apposer ses empreintes digitales sur sa carte d’identité — « Sa dernière lettre, oui » — à côté de la grande biographie inédite de Fouqué). Au mur, mon portrait par Oskar Kokoschka, avec une seule oreille et un teint d’un incarnat fort peu catholique.

 

Arno Schmidt, Scènes de la vie d’un faune, traduction Jean-Claude Hémery, Christian Bourgois, 1981, p. 151.

21/12/2023

Ludwig Wittgenstein, Tractacus-logico-philosophicus

 

6.4311. La mort n’est pas un événement de la vie. La mort ne peut être vécue.

 

Si l’on entend pas éternité, non pas une durée temporelle infinie, mais l’intemporalité, alors celui)là  vit éternellement qui est dans le présent.

 

Notre vie est tout autant sans fin que notre champ de vision est sans limite.

 

Ludwig Wittgenstein, Tractacus-logico-philosophicus, traduction Pierre Klossowski, préface Bertrand Russel, Gallimard, 1961, p. 104.

20/12/2023

Roger Giroux, L'arbre le temps

 

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Si ce n’est vivre, hormis cette pensée

Que je dois taire, inapaisée,

Beau fruit d’un ange révolu,

 

Qu’elle ravisse, d’arbre en arbre,

Et de plus loin qu’il me souvienne

(et je consente à cette nuit

De quatre pieds d’ombelles sous le vent,

Une dernière fois,

L’espace d’un visage inhabité

Comme un chemin, la mer)

Cette étoile, ce cri, sur la mer :

 

Si ce n’est vivre, outre les sables

Et les silences de ce temps.

 

Roger Giroux, L’arbre le temps,

Mercure de France, 1979, p. 62.

19/12/2023

Roger Giroux, L'arbre le temps

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          Legs

              I

La source est le chemin.

Le désir est la source

 

Et le désir se tait

Au milieu du chemin.

 

             II

Le silence est la source.

La parole est le chemin.

 

La parole est la source

Et le silence du chemin.

 

Roger Giroux, L’arbre le temps,

Mercure de France, 1979, p. 65.

18/12/2023

Roger Giroux, L'arbre le temps

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Au désir, elle prête silence,
Un feu d’écume pour le cœur, des îles nues
Au gré de la rumeur soyeuse de l’hiver.

Si loin venu, fidèle à sa parole 
Désunie.

Roger Giroux, L’arbre le temps, Éric

Pesty éditeur, 2014, p. 76.

17/12/2023

Roger Giroux, L'arbre le temps

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Que bâtirais-je avec ma langue ?

Quel palais fou de désespoir

Hanté d’absences immobiles ?

Quelle ville, vouée, dès jadis

Aux purs silences de l’oubli ?

 

Arbre, amour, solitude, poussière…

 

Et c’est comme si je n’existais pas

Dans cette immensité qui me sépare de moi-même,

Dans l’intouchable de ce lieu

Frémissant, monstrueux…

 

Roger Giroux, L’arbre le temps, Éric Pesty éditeur,

2014, p. 41.

16/12/2023

Roger Giroux, L'arbre le temps

 

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Elle dit : cette ombre, ce parfum,

Cette mort grandissante…

Je parle pour exister.

 

Elle, dans son trop vaste sépulcre de craie,

Moi, tous ceux que j’ai conviés là

Dans l’espoir que peut-être…

 

Elle. La pente très douce de son visage.

Moi, friable empreinte d’une bouche, aux confins.

  

Roger Giroux, L’arbre le remps, Éric Pesty

éditeur, 2014, p. 58.

15/12/2023

Roger Giroux, L'arbre le temps

         roger Giroux, l'arbre le temps, visage

(Quel visage appeler ? Quel amour concevoir ?

Ce que dit le poème n’a pas de pouvoir ?

Il consume les mots qui donneraient la vie,

Et perpétue la mort d’une aube inassouvie ?)

 

Roger Girous, L’arbre le temps, Éric Pesty éditeur,

2014, p. 44.

14/12/2023

Etel Adnan, Je suis un volcan criblé de météores

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Le livre de la mort

 

I

Je dis la mort au cœur de la vie

 la lune fondue au cœur du soleil

 

ta vie, étoile morte au centre

de mon cœur.

 

II

tes fleurs mortes sur ton lit défait,

l’horizon écrasé à ta fenêtre,

 

et toi, fantôme glissant ta mort

humide dans le sang de mes yeux.

 

III

Tu es ange mort

étalé dans mon corps

 

boue revenue à la boue,

pluie d’hiver installée dans mes os.

 

pourriture du navire

oublié par la mer

 

soleil éteint vomi par

la bouche d’un enfant

 

Tu es ange muet

Étalé dans mon corps

 

Etel Adnan, Je suis un volcan

Criblé de météores, Poésie/Gallimard,

2023, p. 43-44.

13/12/2023

Etel Adnan, Je suis un volcan criblé de météores

etel adnan, je suis un volcan criblé de météores

De A à Z un poème

 

A

serait-ce

serait-ce

serait-ce

que tu préfères

la vache et le corbeau

à moi

c’est-à-dire

le langage

et

le nuage

 

B

Avril est le mois le plus cruel

et Décembre

le plus sombre

Disparus sont

l’East River

et le ciel qui l’accompagne

Manhattan

se lève

au lieu du SOLEIL

 

C

Les grandes fleurs

 tombent juste après la pluie

Samuel Beckett

boit lentement

son thé

au coin

de Wooster

et Spring

 

D

Tempête

un

et

deux

le maire est mort

de l’East End

au West End

les trains

sont délabrés

comme Marylin Monroe

l’était

 

Etel Adnan, Je suis un volcan criblé de

 météores, Poésie/Gallimard, 2023, p. 171-172.

12/12/2023

Francis jammes, Clairières dans le ciel

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Parfois, je suis triste. Et, soudain, je pense à elle.

Alors, je suis joyeux. Mais je redeviens triste

de ce que je ne sais pas combien elle m’aime.

Elle est la jeune fille à l’âme toute claire,

et qui, dedans son cœur, garde avec jalousie

l’unique passion que l’on donne à un seul.

Elle est partie avant que s’ouvrent les tilleuls,

et, comme ils ont fleuri depuis qu’elle est partie,

je me suis étonné de voir, ô mes amis,

des branches de tilleuls qui n’avaient pas de fleurs.

 

Francis Jammes, Clairières dans le ciel, Poésie/Gallimard,

1980, p. 35.