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11/06/2017

Paul de Roux, Un rêve

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                                     Un rêve

 

   Cette nuit, j’ai fait un rêve. J’enseignais (moi, voyez-vous ça !). Dans une grande et claire salle de classe, je me frottais allègrement les mains tout en faisant mon cours, et je disais :

 

   « Mes chers enfants, vous êtes à l’âge où tout est possible encore. La vie est devant vous come un parchemin qui commence à peine à vous révéler ses premières lignes, aux belles lettrines enluminées. Ah ! combien sont-elles prometteuses, ces premières phrases ! Gardez-vous bien de les oublier, car vous ne les entendrez plus. » (D’émotion, je dus m’interrompre et me mouchai bruyamment.) « Prenez garde, mes bons enfants, que le parchemin ne se dévide bientôt si vite que vous ne vous retrouviez le poil blanc avant d’avoir saisi sa splendeur et compris tout son sens. » Ici, j’agitai maladroitement les bras, ne parvenant pas à trouver les mots que je me sentais le devoir d’adresser encore à mes auditeurs. Tout montrait, cependant, combien ceux-ci étaient dociles et bien disposés à mon égard.

[…]

 

Paul de Roux, Un rêve, le phare du cousseix, juin 2017, p. 3.

* on peut commander le texte de Paul de Roux aux éditions

(chèque de 10 € + 1 € frais d’envoi à l’ordre des éditions)

 

12/02/2014

Joseph Joubert, Carnets, I

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   Le seul moyen d'avoir des amis, c'est de tout jeter par les fenêtres, de n'enfermer rien et de ne jamais savoir où l'on couchera le soir.

 

   On ne devrait écrire ce qu'on sent qu'après un long repos de l'âme. Il ne faut pas s'exprimer comme on sent, mais comme on se souvient.

 

   Enseigner, c'est apprendre deux fois.

 

   Ceux qui n'ont à s'occuper ni de leurs plaisirs ni de leurs besoins sont à plaindre.

 

   Les enfants veulent toujours regarder derrière les miroirs.

 

   Aux médiocres il faut des livres médiocres.

 

   Les uns disent bâton merdeux, les autres fagot d'épines.

 

   L'un aime à dire ce qu'il sait, l'autre à dire ce qu'il pense.

 

   Évitez d'acheter un livre fermé.

 

   Ce monde me paraît un tourbillon habité par un peuple à qui la tête tourne.

 

Joseph Joubert, Carnets, I, textes recueillis par André Beaunier, avant-propos de J.P. Corsetti, préface de Mme A. Beaunier et A. Bellesort, Gallimard, 1994 [1938], p. 73, 79, 143, 143, 161, 165, 172, 176, 183, 183, 211.

14/11/2013

Philippe Beck, Élégies Hé

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à Yves di Manno

 

Les soupirs vigoureux

sont pleins d'idéalités refusées.

Comédier, c'est-à-dire pleurer

et raisonner,

permet l'élégie qui apprend.

À moitié tragédier et élégier,

ou lier les deux verbes

par l'observation des cris idéalisés,

c'est-à-dire enseigner.

Double satirisation

de l'élan idyllique.

Satirisation mouillée,

et s. bien séchée ensuite.

Alors, les personnages romantiques,

les p.,

sont des éventails au soleil.

L'air est plein de Cendre de la Dispersion.

Nous la respirons.

Les signes d'âpreté sont dans le front.

Bise vérifie

le camaïeu délicieux.

 

Philippe Beck, Élégies Hé, Théâtre typographique,

 

2005, p. 60.