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23/10/2019

Issa, Sous le ciel de Shinano

issa,sous le ciel de shinano,éventail,neige,vent,automne

mon éventail

rien que de la prendre en main

et de nouveau j’ai envie de partir

 

herbes échevelées

le froid se sent

rien qu’à vue d’œil

 

nuit d’automne

le papier troué d’une cloison

joue de la flute

 

juste de quoi faire un feu

les feuilles mortes

que le vent m’a apportées

 

la neige doucement descend

qui urait encore le cœur de rire

sous le ciel de Shinano

 

Issa, Sous le ciel de Shinano,

traduction Alain Gouvret et

Nobuko Imamura,Arfuyen, 1984, np.

 

13/02/2019

Henri Thomas, Poésies

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Le temps n’est qu’un noir sommeil

bienheureux qui sut garder

les images de l’éveil.

 

Vallée blanche, mes hivers,

 bois pleins d’ombre, mes étés,

 belle vue des toits déserts,

 

jours d’automne, et je marchais

recueilli, seul, ignoré,

dans l’or pâle des forêts,

 

déjà moutonnait la mer

perfide des accidents,

petits flots, petits éclairs,

 

bien malin qui s’en défend.

 

Henri Thomas, Poésies, Poésie / Gallimard,

1970, p. 132.

11/12/2018

Takuboku, Ceux que l'on oublie difficilement

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J’ai compté les années d’espérance

et je fixe mes doigts

je suis fatigué du voyage

 

Il m’a donné la nourriture

 et je me suis retourné contre lui

que ma vie est lamentable

 

Le soir au moment de se séparer

à la fenêtre du wagon j’ai bâillé

de tout cela je n’ai que regret

 

Calmement sur une large avenue

une nuit en automne

respirer l’odeur du maïs que l’on grille

 

 

Takuboku, Ceux que l’on oublie difficilement,

Traduction Yasuko Kudaka et Gérard Pfister,

Arfuyen, 1989, p. 8, 12, 17, 19.

04/10/2018

Jacques Moulin, L'Épine blanche

     jmoulin-300x225.jpg  

Un mois sans toi

Sans feu ni lieu de toi

Sans mère ni voie

Cheval perdu

 

Sans voix sans toi

Corne de brume

Mouillure aux yeux

L’humeur des vitres après l’embrun

 

Du brou en gorge

L’automne des noix

Et coque vide

 

Jacques Moulin, L’Épine blanche, L’Atelier

contemporain, 2018, p. 37.

30/08/2018

Yosa Buson, Haïku (traduction Joan Titus-Carmel)

 

 

    La pauvreté

m'a saisi à l'improviste

  ce matin d'automne

 

    Près d'un poirier

je suis venu solitaire

  contempler la lune

 

    Le batelier —

sa perche arrachée des mains

  tempête d'automne

 

    Il brama trois fois

puis on ne l'entendit plus

   le cerf sous la pluie

 

      Une solitude

plus grande que l'an dernier

    fin d'un jour d'automne

 

      Le mont s'assombrit

éteignant le vermillon

des feuilles d'érables

 

Yosa Buson, Haiku, traduits du japonais et

présentés par Joan Titus-Carmel, Orphée/

La Différence, 1990, n.p.

01/08/2017

Basho, Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus

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Quel idiot de penser

que l’autre monde serait

tel un soir d’automne !

 

Battant les vagues

le bruit d’une rame glace mes entrailles —

Pleurs dans la nuit

 

L’âme d’un saule pleureur

devient-elle celle d’un rossignol

dans son sommeil ?

 

Poètes émus par les cris des singes,

entendez-vous l’enfant abandonné

dans le vent d’automne ?

 

 

Basho, Seigneur ermite, L’intégrale des haïkus, édition bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, La Table ronde, 2012, p. 80, 81, 94, 99

08/06/2016

Bashô, Seigneur ermite

Basha, Seigneur ermite, saisons, printemps, hiver, automne, vent

Espérant le chant du coucou,

j’entends les cris

du marchand de légumes verts

 

L’automne est venu —

sur l’oreiller

le vent me salue

 

Sous une couverture de gelée,

un enfant abandonné

sur un matelas de vent

 

Ah ! le printemps, le printemps,

que le printemps est grand !

et ainsi de suite

 

Les pierres semblent fanées

et même l’eau s’est tarie —

l’hiver à son comble

 

Bashô, Seigneur ermite, édition bilingue

par Makoto Kemmoku et Dominique

Chipot, La Table ronde, 2012, p. 64,

66, 69, 77, 82.

 

26/05/2016

Rachel Blau Duplessis, Brouillons

         duplessis.jpg

Non et non à tout ça,

non, personne

n’a le droit,

ne l’aura jamais, nous n’avons

jamais compris, il n’y avait là

rien de tout cela ; rien de rien,

mais d’autres atrocités

ont lieu, peuvent et ont pu avoir lieu, et vont avoir lieu

justifiées par des mots creux, faisant écho

comme du fond d’un domaine d’ombres.

Une à une

les feuilles tombent

là, sur l’herbe

tournoiement au hasard

destination dans le brouillard

la journée a été

consacrée

au silence sans réconciliation

tant il y avait de feuilles, autant

que d’ossements.

 

Rachel Blau DuPlessis, Brouillons, traduction

Auxeméry avec Chris Tysh, Corti, 2013, p. 127.

02/03/2016

Basho, Seigneur ermite

ma vie de voyageur,

le va-et-vient

d’un paysan labourant la rizière

 

Rides sur l’eau

et brise parfumée

en rythme

 

Un éclair —

le cri d’un héron bihoreau

dans le noir

 

L’automne s’en va —

une bogue de châtaigne fendue

comme des mains entrouvertes

 

Cet automne,

pourquoi ai-je vieilli ?

Oiseaux dans les nuages

 

Basho, Seigneur ermite, édition bilingue par

Mahoto Kemmoku et Dominique Chipot,

La Table ronde, 2012, p. 330, 336, 340,

343, 348.

 

24/11/2015

Georg Trakl, Poèmes, traduits par Guillevic —— Écrire après ?

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Dans un vieil album

 

Tu reviens toujours, mélancolie,

O douceur de l’âme solitaire.

Pour sa fin s’embrase un jour doré.

 

Humblement devant la douleur

S’incline celui qui s’est fait patience.

Résonnant d’harmonie et de tendre folie.

Vois ! Il va faire noir déjà.

 

La nuit revient, quelque chose de mortel se plaint

Et quelque autre souffre avec elle.

 

Tremblant sous les étoiles d’automne

Chaque année la tête penche davantage.

 

Georg Trakl, Poèmes, traduits et présentés

par Guillevic, Obsidiane, 1981, p. 11.

 

Écrire après ?

 

Face à des innocents lâchement assassinés par d'infâmes fanatiques, la poésie peut peu, pour le dire à la façon de Christian Prigent. Ça, le moderne ? Quoi, la modernité ? Cois, les Modernes… Face à l'innommable, seul le silence fait le poids ; comme à chaque hic de la contemporaine mécanique hystérique, ironie de l'histoire, l'écrivain devient de facto celui qui n'a rien à dire. Réduit au silence, anéanti par son impuissance, son illégitimité. Son être-là devient illico être-avec les victimes et leurs familles.Nous tous qui écrivons ne pouvons ainsi qu'être révoltés par l'injustifiable et nous joindre humblement à tous ceux qui condamnent les attentats du 13 novembre. Et tous de nous poser beaucoup de questions.

Surtout à l'écoute des discours extrémistes, qu'ils soient bellicistes, sécuritaires, islamophobes ou antisémites sous des apparences antisionistes.  C'est ici que ceux dont l'activité – et non pas la vocation – est de mettre en crise la langue comme la pensée, de passer les préjugés et les idéologies au crible de la raison critique, se ressaisissent : le peu poétique ne vaut-il pas d’être entendu autant que le popolitique ? Plutôt que de subir le bruit médiatico-politique, le spectacle pseudo-démocratique, les mises en scène scandaculaires – si l'on peut dire -, ne faut-il pas approfondir la brèche qu'a ouverte dans le Réel cet innommable, ne faut-il pas appréhender dans le symbolique cette atteinte à l'entendement, ce chaos qui nous laisse KO ? Allons-nous nous en laisser conter, en rester aux réactions immédiates, aux faux-semblants ?
Une seule chose est sûre, nous CONTINUERONS tous à faire ce que nous croyons devoir faire. Sans cesser de nous poser des questions.

 

Ce communiqué, signé de Pierre Le Pillouër et Fabrice Thumerel, est publié simultanément sur les sites :

Libr-critique

Littérature de partout

Sitaudis

03/10/2015

André Frénaud, Hæres,

André Frénaud, Hæres, sur la route, automne, nuages, lumière

 

             Sur la route

 

Douce détresse de l’automne,

des abois très lointains,

une échauffourée de nuages, comme un remuement

de souvenirs qui se cachent.

Et la lisière des peupliers pour donner figure

à la lumière qui va venir.

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 91.

22/02/2015

Basho seigneur ermite, l'intégrale des haïkus

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« Est-il aveugle ? »

ainsi me voit-on —

Admiration de la lune.

 

Que mangent ces pauvres gens ?

La petite maison d’automne

à l’ombre d’un saule.

 

 

L’odeur de fleur d’orchidée

persistante dans le beau rideau —

Sa chambre privée.

 

Fin d’automne

je tire sur moi

une étroite couverture.

 

Impossible amour —

D’une femme contemplant le soir

rêve mélancolique.

 

 

Basho seigneur ermite, l’intégrale des haïkus,

édition bilingue de Makotu Kemmoku et

Dominique Chipot, La Table ronde,

2012, p. 369, 370, 371, 372, 383.

 

 

11/12/2014

Georg Trakl, Grodek : deux traductions

                             Georg Trakl, Grodek : deux traductions, guerre, cadavre, douleur, automne, sœur

On peut lire dans le numéro de printemps de la revue de belles-lettres treize traductions d'un poème de Georg Trakl (dont une en tchèque, une en slovène et une en grec). En voici deux :

 

Grodek

 

Vers le soir les forêts de l'automne retentissent

D'armes tueuses, les plaines d'or

Et les lacs bleus où s'abîme un soleil

Plus lugubre ; la nuit cerne

Des guerriers mourants, la farouche plainte

De leurs bouches brisées.

Mais sans bruit, dans le creux des pâturages,

Rouge nue où trône un dieu courroucé,

S'amasse le sang répandu, fraîcheur de lune ;

Tous les chemins débouchent dans une noire pourriture.

Sous les ramures d'or de la nuit et des étoiles

L'ombre de la sœur s'en vient par le bois muet, chancelante,

Saluer les âmes des héros,

les têtes ensanglantées,

Et doucement sonnent aux roseaux les sombres flûtes de l'automne.

O deuil où la fierté s'exalte ! O vous autels d'airain !

Une vaste douleur nourrit en ce jour la flamme ardente de l'esprit,

Les descendants non nés encore.

 

Georg Trakl, Vingt-quatre poèmes, préface et traduction de

Gustave Roud, La Délirante, 1978, dans la revue de belles-lettres, p. 179.

 

Grodek

 

Le soir résonnent les fêtes automnales

D'armes et de mort, les plaines dorées,

Les lacs bleus, plus sinistre le soleil

Roule au-dessus d'eaux ; la nuit entoure

Des guerriers mourants, la plainte sauvage

De leurs bouches cassées.

Cependant se rassemble sans bruit dans les pâtures du vallon

De la nuée rouge où habite un Dieu furieux,

Le sang versé, du froid lunaire ;

Toutes les routes débouchent sur la pourriture noire.

Sous les ramures dorées de la nuit et des étoiles

L'ombre de la sœur chancelle à travers le bois silencieux,

Pour saluer les esprits des héros, les têtes ensanglantées ;

Et doucement résonnent dans les roseaux les sombres flûtes de

                                                                            [l'automne.

O deuil plus fier, vous autels d'airain !

Une douleur puissante nourrit aujourd'hui la chaude flamme de

                                                                                [l'esprit,

Les descendants qui ne sont pas nés.

 

Georg Trakl, Poèmes, traduits et présentés par Guillevic, Obsidiane, 1989, dans la revue de belles-lettres, p. 182..

 

 

Grodek

 

Am Abend tönen die herbstlichen Wälder

Von tödlichen Waffen, die goldnen Ebenen

Und blauen Seen, darüber die Sonne

Düstrer hinrollt; umfängt die Nacht

Sterbende Krieger, die wilde Klage

Ihrer zerbrochenen Münder.

Doch stille sammelt im Weidengrund

Rotes Gewolk; darin ein zürnender Gott wohnt

Das vergoßne Blut sich, mondne Kühle,

Alle Straßen münden in schwarze Verwesung.

Unter goldnem Gezweig der Nacht und Sternen

Es schwankt des Schwester Schatten durch den schweigenden Hain.

Zu grüßen die Geister der Helden, die blutenden Häupter;

Und leiser tönen im Rohr die dunklen Flöten des Herbstes.

O stolzere Trauer! ihr ehernen Altäre,

Die heiße Flamme des Geistes nährt heute ein gewaltiger Schmerz,

Die ungebornen Enkel.

 

la revue de belles-lettres, 2014, I, Lausanne, p. 176.

 

 

 

 

 

30/10/2014

Georg Trakl, Œuvres complètes, traduction M. Petit & J.-. Schneider

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                     La tristesse

 

Quelle violence, bouche sombre,

Au-dedans de toi, forme faite

Des années d'automne,

Du calme d'or du soir ;

Un torrent au reflet verdâtre

Dans les cercle d'ombre

Des pins fracassés ;

Un village

Qui meurt pieusement en des images brunes.

 

Voici que bondissent les chevaux noirs

Sur le pâturage brumeux.

O soldats !

De la colline où mourant le soleil roule

Se déverse le sang rieur —

Sous les chênes

Sans voix ! Ô tristesse grondante

De l'armée, un casque étincelant

Est tombé en sonnant d'un front pourpre.

 

La nuit d'automne vient si fraîche,

Avec les étoiles s'illumine

Au-dessus des débris d'os humains

La moniale silencieuse.

 

Georg Trakl,  Œuvres complètes, traduites de l'allemand

par Marc Petit et Jean-Claude Schneider, Gallimard,

1972, p. 155.

19/09/2014

Yosa Buson, Haiku, traduction Joan Titus-Carmel

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Buson : Paysage 

 

    La pauvreté

m'a saisi à l'improviste

  ce matin d'automne

 

    Près d'un poirier

je suis venu solitaire

  contempler la lune

 

    Le batelier —

sa perche arrachée des mains

  tempête d'automne

 

    Il brama trois fois

puis on ne l'entendit plus

   le cerf sous la pluie

 

      Une solitude

plus grande que l'an dernier

    fin d'un jour d'automne

 

      Le mont s'assombrit

éteignant le vermillon

des feuilles d'érables

 

Yosa Buson, Haiku, traduits du japonais et

présentés par Joan Titus-Carmel, Orphée/

La Différence, 1990, n.p.