Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/10/2026

André Frénaud, Hæres,

images-4.jpeg

La femme qui pleure de Picasso (1939)

 

La femme avait vu si violemment le sang

qu’elle en demeura sans larmes,

et ses yeux se trouvèrent tout à coup

                                             dessaisis,

et les seins et le nez et les mains prirent tous

une difformité calamiteuses

et — si l’on se souvient de ce jour-là —

c’est chacun de nous qui portions au cœur

                                      l’Espagne du peuple,

dont les yeux interdits se désaccordèrent,

morceaux déviés, agrandis,

devant un monde que l’on ne pourrait désormais

                                                                        FIXER

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 260

18/10/2026

André Frénaud, Hæres,

images-4.jpeg

Rêveuse cuisine

 

Les gras s’assemblent au mitan,

le gris s’assimile toute la boutique,

la grosse balance pèse les moustiques

et joue toute seule en maugréant.

La carence de la légume fait mine misérable

à la resserre.

— Ô temps des gigots et des châteaubriants,

pourquoi scander encore

ccs scandaleux jours de famine,

pour l’horloge des grands-parents ? Ô temps

des chaudrons qui chantaient, des chandelles…

 

— Dort la bonne, elle a des envies

de perdre sa place :

dans la nuit de la fête,

le petit veau froid a mangé l’oie

dans le frigidaire.

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 103.

  1.  

17/10/2026

André Frénaud, Hæres

images-2.jpeg

Éclosion funèbre

 

Cette nuit-là,

entre la plongée du soleil

                       et la rosée

une espèce inconnue d’abeilles

se réjouit sur les fleurs qui étaient closes,

pour à jamais disparaître.

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 169.

 

23/02/2026

André Frénaud, Hæres

Unknown-2.jpeg

     Qui perdure ?

 

La lecture des signes dans les almanachs,

les dictons propitiatoires,

les serments et les interdits,

l’émoi profond qui restera tu,

les imprécations et les égarements,

les recettes perdues, l’avidité aride,

la rumeur de la fête se perpétuant,

les imputations calomnieuses, les aveux perfides,

l’imprévisible que l’on ne peut conjurer,

l’obscurcissement des saisons,

l’obstination et le délaissement,

la récolte et la promise, qu’en reste-t-il ?

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, Poésie/Gallimard, 2006, p. 143.

22/02/2026

André Frénaud, Hæres

andré frénaud,hæres,cuisine

           Rêveuse cuisine

 

Les gras s’assemblent au mitan,

le gris s’assimile toute la boutique,

la grosse balance pèse les moustiques

et joue toute seule en maugréant.

La carence de la légume fait mine misérable à la resserre

où l’endive blanchit dans la solitude.

Ô temps des gigots et des châteaubriants,

pourquoi scander encore

ces scandaleux jours de famine, s

onge l’horloge des hrands-parents ? Ô temps

des chaudrons qui chantaient, des chandelles…

 

Dort la bonne, elle a des envies`

de perdre sa place :

dans la nuit de la fête

le petit veau froid a mangé l’oie,

dans le frigidaire.

 

André Frénaud, Hæres, Poésie /Gallimard, 2006, p. 113.

21/02/2026

André Frénaud, Hæres

 

                                                                                           Unknown-1.jpeg

      Incertitudes des rus et rivières

 

Le Vau ou la Vau, une autre, ou le même,

qui se fond dans l’Oze, et l’Oze on dirait,

— Ou si c’était l’Oise, ou c’est l’Ozerain  —

qui allait se mêler à l’Armançon.

Et si l’Armançon rencontrait la Brenne, 

en fait-elle son lit ou bien s’y confond ?`

Qui saurait dire avec ces rus et rivières ?

Qui peut savoir qui s’accroît ou se perd ?

Divaguant tous les jours entre les saules,

— les eaux multiples, l’unique flux qui poursuivait…

Les prés sont émaillés de leurs beaux noms.

Elles n’ont rien à trouver, elles ne prouvent rien.

Que fonderait-il, qui s’écoule ? Nous de même

qui déambulons par ci, par là.

 

André Frénaud, Hæres, Poésie/Gallimard, 206, p. 140-141.

25/10/2021

André Frénaud, Hæres

frenaud_1945_visuel.jpg

Rumination du paysan

 

Je veux grossir pour défendre ma vie.

Contre la mort il faut prendre du poids,

il me faut boire des six litres

                                           et pisser,

pour ma santé,

pour honorer ma santé et ma vie.

 

Il me faut vivre pour accroître mon bien,

peser les bêtes, arroser les clôtures,

renforcer les semences, affûter les outils,

bourrer le temps,

 

                                     — Mais le dimanche on peut fanfaronner

avec l’alouette et la violette.

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 105.

24/10/2021

André Frénaud, Hæres

 

              frenaud_1945_visuel.jpg

L’orateur

(d’après Picasso)

 

 

S’effilochaient tous les blasons

en bouts de ficelle — amulettes et allumettes.

 

Le rayon de miel affleure à la bouche,

la plus haute entaille sur le cep vieil.

Le peuple est là, qui parle de ses lèvres têtues,

berger des agneaux affamés

en marche vers les banlieues en détritus,

manteau de laine antique en carton ondulé,

il talonne fort la terre, il appelle à l’aide,

il crie le tocsin, épouvantail pour les maîtres prédateurs,

innocent innocent

                             Qui se croit l’avenir.

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 261.

23/10/2021

André Frénaud, Hæres

frenaud_1945_visuel.jpg

           Sur la route

 

Douce détresse de l’automne,

des abois très lointains,

une échauffourée de nuages, comme un remuement

de souvenirs qui se cachent.

Et la lisière des peupliers pour donner figure

à la lumière qui va venir.

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 91.

26/07/2020

André Frénaud, HÆRES

andre-frenaud-collection-poetes-d-aujourd-hui-n37-1148413622_ML.jpg

Mais qui a peur ?

 

Les arbres mouillés,

les armes rouillées,

l’astre dérobé,

le cœur engourdi,

chevaux encerclés,

château disparu,

forêt amoindrie,

accès délaissé,

lisière éperdue,

source dessaisie,

 

— La neige sourit.

 

André Frénaud, HÆRES,

Poésie/Gallimard, 2006, p. 147.

06/10/2019

André Frénaud, Hæres

Frenaud_1945_visuel.jpg

Le grand masque

 

Le grand masque, il cache

l’escalier sans retour, aboi des chiens d’enfer,

le miroir toujours vide — le roi des masques,

celui qui rit à gorge déployée

au plus fort de la fête.

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 232.

29/10/2018

André Frénaud, HÆRES, poèmes 1968-1981

 

     André Frénaud.jpg

Les expressions de la physionomie

 

Celui qui sans raison prétend au sacrifice,

celui dont les dons ne valent plus,

celui qui s’entête, celui qui écourte,

celui qui fait la roue — qui fait semblant —

celui qui s’est détourné, qui est là encore

quand il sourit sans plus récriminer,

celui qui s’encourage par des billevesées

à défaut de mieux,

celui qui hurle parce qu’il ne sait plus dire,

celui dont le cri s’est étranglé,

celui qui s’entrouvrait à la rumeur

qu’il n’entend plus,

celui-ci, le même,

sous différents jeux de physionomie,

dans la bonne direction décidément,

et qui atermoie, qui atermoie,

conserve-t-il de la bonté, je le voudrais.

 

André Frénaud, HÆRES, poèmes 1968-1981,

Gallimard, 1982, p. 253.

14/07/2018

André Frénaud, HÆRES

                                             André Frénaud.jpg

Trouvé dans l’héritage

 

Initiales

entrelacées

devenues anonymes

sur les draps de lit

d’un défunt amour.

 

L’homme

 

L’homme

exposé

retourne

à l’origine

à la Mère

est jeté

en défi

au Destin

hors des lieux

par instants

adoptifs.

 

André Frénaud, HÆRES,

Gallimard, 1982, p. 153 et 249.

02/05/2017

André Frénaud, HÆRES

                               André Frénaud, HÆRES, expressions de la physionomie, unité, dispersion

Les expressions de la physionomie

 

Celui qui sans raison prétend au sacrifice,

celui dont les dons ne valent plus,

celui qui s’entête, celui qui écourte,

celui qui fait la roue — qui fait semblant —

celui qui s’est détourné, qui est là encore

quand il sourit sans plus récriminer,

celui qui s’encourage par des billevesées

à défaut de mieux,

celui qui hurle parce qu’il ne sait plus dire,

celui dont le cri s’est étranglé,

celui qui s’entrouvrait à la rumeur

qu’il n’entend plus,

celui-ci, le même,

sous différents jeux de physionomie,

dans la bonne direction décidément,

et qui atermoie, qui atermoie,

conserve-t-il de la bonté, je le voudrais.

 

André Frénaud, HÆRES, Gallimard, 1982, p. 253.

 

 

 

03/10/2015

André Frénaud, Hæres,

André Frénaud, Hæres, sur la route, automne, nuages, lumière

 

             Sur la route

 

Douce détresse de l’automne,

des abois très lointains,

une échauffourée de nuages, comme un remuement

de souvenirs qui se cachent.

Et la lisière des peupliers pour donner figure

à la lumière qui va venir.

 

André Frénaud, Hæres, Gallimard, 1982, p. 91.