06/01/2026
Jean Roudaut, Dans le temps

(...) Cependant je revois nettement la porte cochère de la rue de Condé, la salle au parquet poussiéreux du Mercure de France que dirigeait alors Gaétan Picon. Il y avait là Georges Séféris que j'avais connu en Grèce, et Yves Bonnefoy qui était son ami. J'avais probablement bavardé avec Blaise Gautier, mais les convenances exigeaient que je ne retienne personne. Et je m'étais très vite retrouvé comme déposé contre le mur par l'incessant mouvement des voltes et des rencontres. Je me souviens (en ce lieu presque vacant, d'une densité humaine toute légère par rapport au centre compact de la réunion, dans le gris, qui ne doit pas être celui du soir, ni de la raison, mais de ma mémoire, ou de la tristesse de devoir me souvenir), avoir rencontré (cela devait être dans un angle plâtreux), un homme encombré aussi gauchement que moi d'un verre et d'une cigarette, qui cependant demeurait attentif, si bien que son isolement s'offrait à être rompu. Il ne rêvait pas. Il regardait. Nous parlâmes. J'appris qu'il s'appelait Roger Giroux. Qu'il était professeur d'anglais...
Jean Roudaut, Dans le temps, éditions Fario, 2016, p. 107-108 (Théodore Balmoral, 1099).
Publié dans ANTHOLOGIE SANS FRONTIÈRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean roudaut, dans le temps, souvenir |
Facebook |


Écrire un commentaire