12/10/2026
James Sacré, Compagnie de l'animal poème : recension

Les animaux sont présents dans l’œuvre de James Sacré, y compris dans quelques titres depuis Un oiseau dessiné, sans titre. Et des mots (1988) ou Le renard est un mot qui ruse (1994) jusqu’à Le plus petit âne à Oujda(2013), et même dans un titre générique comme Des animaux plus ou moins familiers (1993), recueil repris dans ce volume, et Des animaux sont avec toi, depuis toujours (2023) ; d’autres poèmes avec au centre un animal (lièvre, lapin, chèvre) ont été ajoutés, tirés de revues publiées en 1973 et 2003. James Sacré a grandi dans une ferme au contact quotidien des animaux et c’est de cette époque qu’est venue cette image de l’« animal poème ». Parallèlement au retour de l’enfance est apparue très tôt dans les poèmes une réflexion sur leur écriture, les textes retenus ici étant, sous une forme un peu différente, des chroniques données entre 2017 et 2023. La relation entre "animal" et "écriture" renvoie évidemment à la question du rapport entre le mot et la chose quand on lit « Dans ce poème, un goret grogne » ; plus largement, les « poèmes restituent-ils quelque chose de la mort et du silence » de la ferme abandonnée ? Ou ne sont-ils que des arrangements de mots — des « machines », des « visages » de mots ? L’alternance de poèmes et de proses autour de la question "qu’est-ce qu’un poème ?", si souvent répétée au cours du temps, ne reçoit pas vraiment de réponse — mais en fallait-il une ?
James Sacré affirme régulièrement du poème qu’il est une forme, qu’il a à faire avec la grammaire, la ponctuation, les liaisons acceptables ou à bannir, que l’on peut y reconnaître une musique à la lecture à voix haute, etc. À côté des nombreux développements sur ces points, il propose plusieurs fois deux versions d’un poème : seule la disposition de quelques mots est modifiée dans les vers et c’est chaque fois un autre poème qui est alors écrit. Jeu formel qui peut évoquer la sextine d’Arnaut Daniel, sauf que James Sacré ne déplace une partie d’un poème qu’une seule fois. Comment se fait la plupart des accords entre les mots quand l’écriture d’un poème commence : « sans toujours qu’on le cherche », sans doute dans une étrange mémoire avec les milliers de vers et phrases lus. Ce qui importe aussi pour lui dans les transformations, dans la reprise des phrases, dans le travail du brouillon (ce qu’il désigne par « la boulange »), c’est de ne pas seulement donner à lire une forme qui serait accomplie, avec un rythme reconnaissable, mais aussi de faire apparaître quelque chose du réel :
Je regarde encore dans l’agencement grammatical de la phrase que je chantourne si ne paraîtrait pas où cèderait la syntaxe un peu d’herbe (mais ce n’est rien sauf, très vaguement, la couleur du mot vert plus un peu de plaisir résiduel.)
Le poème est aussi récit, d’une forme particulière certainement, même si dans un récit en prose les mots peuvent aussi "rimer". Dans Le goret, des jours de l’enfance sont rapportés, aussi bien ce qu’étaient les travaux quotidiens — les vaches à surveiller, les brouettes d’herbe à couper —, que la découverte de la sexualité — le sexe du père, celui de l’enfant — et la solitude, l’idée de la mort. Récit écrit longtemps après avec les défaillances et les manques de la mémoire, exemplaire peut-être parce qu’il insiste sur ce qui demeure pour tous un mystère, « Ça pue, c’est vrai, les gorets, mais nos poèmes seront-ils même ce peu de crotte sèche qui dans la ferme abandonnée témoigne, sans plus, de la mort et du silence ? ».
Il n’y a, au fond, rien que de très banal dans ce récit ; jusque dans les années 1980 on tuait encore le cochon dans bien des fermes pour les provisions de l’hiver et très longtemps les enfants avaient leur part de travaux au retour de l’école ; pour la sexualité, elle s’apprenait au fil des jours, souvent par l’observation des animaux. Quant à la mort et au silence, éprouvés plus ou moins clairement dans l’enfance ils ne sont dits que longtemps après.
La reprise dans un autre ensemble, trente ans après sa publication, d’un long poème autour de la mort éclaire en partie sur ce qu’est l’écriture pour James Sacré. Elle naît toujours d’un désir de se perdre dans les mots, de prendre du plaisir à se demander encore si un sens viendra une fois le poème achevé — « sens impossible / Écrire fleur bleue se fane aussitôt ». Alors ? Il s’agit peut-être en premier lieu dans les poèmes de restituer ce qu’il ressent dans la vie quotidienne ; on pense à son attention aux travaux des champs, toujours à refaire « sans réponse à rien » (dans Qu’est-ce que le poème attend), à son souci de décrire l’intérieur des maisons marocaines ou les modestes restaurants qu’il fréquente, à sa manière aiguë de regarder les paysages ou les tableaux ; on pense aussi à son écoute de tous ceux qu’il rencontre, à ce qu’ils « cherchent à se dire, à être (entre eux ou chacun dans sa solitude) ». Cependant, en même temps, l’écriture qui s’attache à dire ce qu’est le monde, est liée à un imaginaire : « le leurre d’une existence plus intense », alors qu’elle « ne fait que montrer sa propre énigme en construisant sa propre énigme », chaque livre tourne toujours à sa manière « autour de l’énigme de ce que c’est vivre et mourir ».
C’est la vie dans la ferme, donc avec les animaux, qui a suscité le rapprochement des mots habituellement éloignés, « Animal » et « poème » ; on peut penser que l’animal apparaît aussi mystérieux et inconnaissable que le poème, énigme pour toujours puisque sans possibilité de langue pour l’écouter — prononcer le mot "lièvre" donne l’idée de bondir mais ne renvoie qu’à la perception du poète. L’énigme du poème dite deux fois ? celle de la vie qui passe et « l’entreprise d’écriture n’aura peut-être été que la mise à jour d’un style, un visage montré qui garde au fond de son vieillissement un vague sourire d’enfance ».
James Sacré, Compagnie de l’animal poème, éditions fario, 2026, 156 p., 21 €. Cette recension a été publiée par Sitaudis le 4 septembre 2026.
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31/07/2026
James Sacré, Compagnie de l'animal poème

(L’enfance est beaucoup de merde chiée. Je la sens : dans la lumière du printemps (tuiles, pruniers fleuris). Une espèce de rugosité simple est là (terreaux, soleil, orties tendre). Bardane pour se torcher. Il reste une odeur verte (merde un peu) sur les doigts.)
Les chiens la mangent. Langue
Trop rose et manières
Honte montrée délicatesse et caca
Après les crocs propres
Envie de rendre…mais l’odeur
Du trou intime et l’ironie du cul ?
(Printemps infiniment bleu et puant.)
James Sacré, Compagnie de l’animal poème,
fario, 2026, p. 74.
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30/07/2026
James Sacré, Compagnie de l'animal poème

Une chèvre en Méditerranée
De temps en temps, souvent
Tout un troupeau qui traverse la route en Grèce, un jour
C’est au bord d’une eau très courante dans la montagne
Grand geste vif du berger pour crocheter la patte
D’une sans doute qu’il y a une raison
On s’est arrêté pour voir, mais tout se passe déjà au loin
On a l’impression de lire (on n’y comprend plus rien)
Un peu d’histoire ancienne, sauf
Que c’est maintenant. Un bout de chèvre pour écrire
En traversant le temps. Pour aller où ? d’où vient-on ?
James Sacré, Compagnie de l’animal poème, Fario,
2026, p. 135.
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29/07/2026
James Sacré, Compagnie de l'animal poème

Quand la pluie. Naïf j’y pressens le bonheur : un pays paraît j’y entre et plus rien ne souffre : le temps devient l’herbe, des toits plus rouges (peu d’herbe : plantain maigre, renouée). Les arbres longtemps sont dans la pluie. Les arbres longtemps sont dans la pluie.
Dans la lumière que ménage une ouverture dans l’écurie (solitude et paille - midi) sous la masse confuse du taureau tout le dessin pesant fin de l’appareil génital tremble (peut-être) ou c’est le jour dans l’été ou la parole du poème : je déchargerais très longtemps tant de foutre : je devine l’inabordable richesse de mourir.
James Sacré, Compagnie de l’animal poème, fario, 2026, p. 66.
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28/07/2026
James Sacré, Compagnie de l'animal poème

Écrire cru qu’on a pu penser
Mais soudain ça ne veut plus rien dire :
Vaine agitation des mots autour d’un sens impossible.
Écrire fleur bleue se fane aussitôt.
Grossièreté, naïveté qui te possèdent
Ne sont plus qu’énigme qui t’échappe
Tu croyais poème dire mieux et plus intensément
Être caresse intime au bordel de merde et cré-non
À l’obscénité tu butes
Contre un noyau de peur et de désir : quel taureau te regarde ?
Peut-être un leurre. Tu touches
À ta vaine jouissance, au vide.
Retrait du poème et c’est comme
Une activité de censure.
James Sacré, Compagnie de l’animal poème, Fario,
2026, p. 52.
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27/07/2026
James Sacré, Compagnie de l'animal poème

Très tard (lieu de bardane et toit rouge dans l’ombre)
Il ne grogne plus il dans le temps transparent
Ni rêve ni rien, il (mais quoi ? où ?) transparent
L’odeur du lamier pourpre et les grands arbres sombres.
Goret (silence, oubli) quel souvenir l’obombre ?
Poème où peu de feu (forêt pauvre) s’éprend ;
Dans ses yeux ricaneurs un écolier s’éprend
(Ele est triste à mourir) d’une licorne sombre.
Dans le clos (buissons courts, perches rognées, racines)
Il ne grogne plus (mais quoi ? ) transparent
Il rassemble du temps qu’un poème fascine
Mais rien n’y paraît sauf (lieu mangé de bardane)
L’odeur de merde le grand arbre où se déprend
D’une licorne morte un goret qui ricane.
James Sacré, Compagnie de l’animal poème, fario,
2026, p. 25.
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14/05/2026
James Sacré, America solitudes
On devine plein de choses qu’on n’a pas vues
C’est dans un grand espace tout remué par des machines diverses, collines de détritus
De temps en temps j’y vais y jeter de vieilles choses, de l’herbe coupée
Qu’on a ramassée dans des sacs en plastique noir, quelques branches d’un arbre.
Mélange de ciel et de mauvaise odeur ;
Le parcours qu’on fait pour se rendre au bon endroit change à chaque fois.
Larges routins de terre à travers les buttes, quelque ferraille restée
À découvert, des pneus déchirés.
C’est comme nulle part et pourtant
Juste après des maisons comme on en voit partout dans la région, leur pelouse
Propre à l’entour de leurs jolies couleurs, l’Amérique :
Son sourire comme si c’était pas vrai
(Tant d’ombres qu’on s’efforce de cacher derrrière).
James Sacré, America solitudes, André Dimanche, 2019, p. 259
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13/05/2026
James Sacré, America solitudes

On trouve, au nord de Santa Fe, une foire à la brocante, à côté juste
Du théâtre d’opéra dont la salle s’ouvre en plein ciel et nui, quand c’est la nuit ;
Un théâtre pour y convier
L’espace et le temps. Je sais pas si jamais
Les Indiens des pueblos y sont venus parler au monde,
Mais quelques-uns s’installent pour cette foire à côté,
Parmi d’autres gens, on peut marchander d’assez beaux tapis du Maghreb,
Des ânes en bois peint, des plaques
D’anciens shérifs américains.
Ey ce théâtre d’opéra pas loin tout contenu dormant
Dans le jour plein de chaleur…
D’un endroit l’autre, quelque chose qui se raconte ?
James Sacré, America solitudes, André Dimanche, 2010, p. 151-152.
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12/05/2026
James Sacré, America solitudes

Le paysage est soudain comme un visage qu’on rencontre.
À cause de presque rien :
Un enclos de bois gris pour les bêtes
Au fond de l’étendue de pâture sur une pente ;
Ou bien quelque cabane en planches,
Avec un reste de couleur rouge.
*
Il y eu, à ce moment qu’on passait sur la route,
Assez par ailleurs dans une campagne largement ouverte sur le ciel,
Un massif allongé de montagne, d’un seul bloc
Une masse rocheuse claire striée de rose ou de rouge léger
Quelque chose d’offert dans l’étendue de verdure
Et devant le fond plus sombre d’une vraie chaîne, un reef
Avec l’éclat, dans la grande luminosité du matin, d’une neige récente.
James Sacré, America solitudes, André Dimanche, 2010, p. 151-152.
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09/05/2026
James Sacré, America Solitudes

On se souvient mal où c’était, loin des villes
(Même quand on venait d’en dépasser une) :
Tout un déploiement de verts, la prairie,
Ses longues pentes ou ses plats jusqu’au bord mouvant
De l’horizon.
Bâtiments de ranchs qui se rapprochent,
Et leurs bouquets d’arbres. Quans les voilà tout près
D’autres se montrent là-bas très au loin
Entre les grands nuages, à une extrémité de ce qui continue d’être vert.
On a une impression d’être lavé et neuf
Après tant d’autres paysages qui s’imposaient
En formes et sentiments forts et nous mêlaient
À leurs couleurs sèches et comme à des secrets.
Pendant longtemps la prairie redit
Qu’elle est la prairie.
James Sacré America solitudes, André
Dimanche, 2010, p. 55-56.
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08/05/2026
James Sacré, America solitudes

De temps en temps on rencontre un poète
Livres, rencontres et des amis m’ont conduit
Dans les poèmes de ce pays.
Mais j’étais dans trop d’ignorance et l’oreille distraite
(Ou mal réceptive aux bruits d’une autre langue).
J’entends si peu ces poèmes :
Je n’ai jamais écrit
Dans leur langue fermée, je ne sais pas
Si je les aime ou pas.
La rumeur de tout un remuement dedans
Contenue par de beaux noms qui sont déjà du rythme :
Robet Duncan, John Ashbery…
M’y volilà plus maladroit, plus démuni
Que dans un pays sage ou parmi des gens,
Mais plus véritablement remis
Dans la compagnie de ce pays : poèmes qui me tiennent par la main
Qui m’abandonnent :
Je m’essouffle dans ma langue.
James Sacré, America solitudes, André
Dimanche, 2010, p. 43.
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30/04/2026
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés ? : recension

La linogravure était pratiquée assez couramment dans les écoles primaires de type Freinet dans les années 1950 ; elle demande un matériel simple, une technique facile à acquérir et l’impression n’est pas très coûteuse. Le "simplicité" du titre convient bien à ce genre de création, sachant que le mot n’implique pas la facilité si l’on pense aux linogravures de Derain, de Picasso, de Sibyl Andrews — ou de Raphaël Ségura. Couleurs franches et aplats restituent des paysages — arbres, collines, maisons —, que l’on ne regarde plus tant ils sont trop familiers, et il réinvente avec ses linogravures la vue du lecteur. Ce sont aussi pour James Sacré des embrayeurs pour revenir dans le passé et interroger sa pratique de la langue.
James Sacré n’a pas connu la linogravure dans l’enfance mais la gouache pour préparer de petites « cartes de Noël » où la « naïveté mièvre » s’opposait à la simplicité. Le désir d’écrire un poème est d’un autre ordre, « bruit de langue » qui porte quelques moments d’une vie sans pourtant qu’ils soient lisibles, chacun rapportant à son expérience le sens des mots lus :
Les mots simples sont compliqués
Tu les dis, tu sais jamais
Ce que tu dis
Si un mot renvoie à la couleur du toit de la maison de l’enfance, qu’évoquera-t-il pour le lecteur ? Tout ce qui a construit l’imaginaire et, d’une certaine manière, est déposé dans les mots du poème échappe à la compréhension. « Mais faut-il comprendre ? » On dira que cela vaut pour tout poème, que chacun récrit ce qu’il lit, ou voit. Certes et c’est pourquoi il faudrait toujours « Se saisir des formes comme on faisait dans l’enfance » et, à partir d’elle, bâtir son monde ou revisiter ceux qui ont disparu, plus ou moins oubliés, prêts à renaître devant un tableau, un dessin, une linogravure. Qui sont alors « comme de l’enfance retrouvée ».
Il suffit que le nom du lieu soit effacé pour que le paysage représenté appartienne au passé de qui le regarde ou qu’il devienne pour lui seulement un agencement de couleurs, un jeu de formes, alors paysage silencieux difficile à situer dans une région, même si la végétation, l’architecture orientent vers le sud et la Méditerranée. Mais le puits, mais la bergeronnette, dirigent vers un autre puits, celui du hameau de l’enfance vendéenne — « souvenirs d’une eau vive qui s’en va. »
Ce petit livre très soigneusement imprimé avec de fidèles reproductions de linogravures, remue une thématique chère à James Sacré ; l’image d’un paysage, comme peut le faire le paysage lui-même, l’entraîne vers l’enfance, les paysages qui y sont liés, avec les incertitudes de la mémoire, la tendance à réinventer ce qui fut. En sachant toujours que seuls de rares moments sont retrouvés, comme les tourtisseaux (merveilles), pâtisserie très simple que préparait sa mère — simplicité intacte dans le souvenir.
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés?, linogravures de Raphaël Segura, Potentille, 2025, 30 p., 12 €
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18/03/2026
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés ?

Photo T. H., 2007
On se dit qu’il faudrait
S’en tenir aux mots de tous les jours
Pour dire un peu :
Le mot bleu par exemple, ou vert
Rouge peut-être, mais quel rouge
Quel bleu, Le vert de l’herbe :
Jeune luzerne ou foin juste coupé ?
Les mots simples sont compliqués.
Tu les dis, tu sais jamais
Ce que tu dis.
On entend le mot rouge
O, ne sait pas ce qu’on voit
Faudrait s’ne servir
À montrer l’image,
Se taire ?
On voit le rouge peint dans l’image
On ne sait pas comment le dire.
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés ?
Potentille, 2025, p. 14.
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17/03/2026
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés ?

Nulle part, et tu crois te souvenir
Le vert d’un printemps, le rouge d’un toit
Les mots voudraient bien
Mais de plus en plus les mots
N’ont plus mémoire des choses
De la couleur dans un poème pour dire
Mais ce n’est plus que vagues souvenirs d’enfance
Rien de retrouvé
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés ?, Potentille, 2025, p. 19.
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03/07/2025
James Sacré, Des objets nous accompagnent (ou l'inverse)

Dans l’agréable fraîcheur de la matinée
Puces de la Mosson, le gris des arbres
Un thé avec un brin de menthe
La vieille dame qui va le servir
Essuie soigneusement le fond du verre
Table fragile en plastique vert sombre
Un bruit de souvenirs vient dans la tête ;
On est au Café Populaire à Sidi Slimane
Frappe des dominos et des verres sur les tables
Ou quelque part à Dar Belamri
Dans un matin tranquille
Verre de thé, méloui, c’est plutôt bruits de mots qui sont
Comme autant d’objets dépareillés qui te racontent
On se demande bien quoi dans ce marché de plein air.
James Sacré, Des objets nous accompagnent (ou l’inverse),
PUHR, 2025, p. 128.
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