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20/03/2015

René Char, La pluie giboyeuse

René Char, La pluie giboyeuse, dessin, fleur, mort, temps, rossignol, nuit

 

Floraison successive

 

La chaude écriture du lierre

Séparant le cours des chemins

Observait ue marge claire

Où l’ivraie jetait ses dessins.

 

Nous précédions, bonne poussière,

D’un pied neuf ou d’un pas chagrin.

 

L’heure venue pour la fleur de s’épandre

La juste ligne s’est brisée.

L’ombre, du mur, ne sut descendre ;

Ne donnant pas la main, dut prendre ;

Dépouillée, la terre plia.

 

La mort où s’engouffre le Temps

Et la vie forte des murailles,

Seul le rossignol les entend

Sur les lignes d’un chant qui due

Toute la nuit si je prends garde.

 

René Char, La pluie giboyeuse, Gallimard,

1968, p. 17.

18/05/2014

Les 99 haïku de Ryokan

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Dans la touffeur verte

une fleur de magnolia

en pleine floraison

 

Le ciel clair d'automne

des milliers de moineaux —

le bruit de leurs ailes

 

La fenêtre ouverte

tout le passé me revient —

bien mieux qu'un rêve !

 

Allons, c'est fini !

et moi aussi je m'en vais —

crépuscule d'automne

 

Sur la branche encore

aujourd'hui — mais plus demain —

le fleurs du prunier

 

Le vent de l'été

apporte dans ma soupe

des pivoines blanches

 

Les 99 haïku de Ryokan (1758-1831),

traduits par Joan Titus-Carmel,

Verdier, 1986, np.

11/05/2014

Buson (1716-1783), Le parfum de la lune

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aux poils de la chenille

on devine que souffle

la brise matinale

 

sous la lune

si loin semblent-elles

la couleur et la senteur de la glycine

 

juste un somme

au réveil cette journée printanière

déjà se termine

 

toute la nuit

sans un bruit la pluie

sur les sacs de graines

 

au bord du chemin

par une main éparpillées

quelques fleurs de sarrasin

 

les fleurs des cerisiers s'éparpillent

dans les pépinières de riz inondées

nuit étoilée

 

Buson (1716-1783), Le parfum de la lune,

traduction Cheng Wing fun et Hervé

Collet, Moundarren, 1992, p. 19, 29,

32, 39, 44, 48.

 

04/05/2014

Buson (1716-1783), Le parfum de la lune

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aux poils de la chenille

on devine que souffle

la brise matinale

 

sous la lune

si loin semblent-elles

la couleur et la senteur de la glycine

 

juste un somme

au réveil cette journée printanière

déjà se termine

 

toute la nuit

sans un bruit la pluie

sur les sacs de graines

 

au bord du chemin

par une main éparpillées

quelques fleurs de sarrasin

 

les fleurs des cerisiers s'éparpillent

dans les pépinières de riz inondées

nuit étoilée

 

Buson (1716-1783), Le parfum de la lune,

traduction Cheng Wing fun et Hervé

Collet, Moundarren, 1992, p. 19, 29,

32, 39, 44, 48.

 

24/04/2014

Paul Louis Rossi, Cose naturali, Natures inanimées

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la vue

 

 

          Une figue se

          reflète dans

          un

                petit

                         miroir...

 

 

(Trompe l'œil)

 

 

     Des bésicles maintenues

     par un lacet

     tendu

     entre deux clous

 

     (bois jaune et rose)

 

     un Almanach

     du « Messager Boiteux »

                    (der Königlich privilegierte

                       Colmarer Hinkende Bott)

 

 

(dans un parc)

 

     Grand cratère baroque

     grand rideau rouge derrière une colonne

     s'ouvrant sur un fond d'arbres

 

     Héron près d'une

     touffe de pivoines

     faisan argenté

 

     Sur un vase

     un perroquet

     bleu

 

Paul Louis Rossi, Cose naturali, Natures inanimées,

éditions Unes, 1991, p. 104, 105, 36.

Photo Chantal Tanet

07/04/2014

Bashô (2), Jours d'hiver, traduction de René Sieffert,

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Une ombre noire

dans le petit matin blême

attise la flamme

 

Jusqu'aux fleurs des champs

butine le papillon

aux ailes froissées

 

Sortie de sa manche

il ouvre son écritoire

à l'ombre des monts

 

Joyeusement

gazouille l'alouette

tire-lire-li

 

Lune de trois jours

dans le ciel noir du levant

la voix de la cloche

 

On pleure les fleurs

qui du cerisier ne sont

que la moisissure

 

Soleil d'un matin d'hiver

tout n'est que mélancolie

 

Bashô, Jours d'hiver, traduction de René Sieffert, Presses orientalistes de France, 1987, p. 17, 25, 35, 41, 45, 53, 61.

 

 

09/11/2013

Robert Desnos, Sirène Anémone, dans Domaine public

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          Sirène Anémone

 

Qui donc pourrait me voir

Moi la flamme étrangère

L'anémone du soir

Fleurit sous mes fougères

 

Ô fougères mes mains

Hors l'armure brisée

Sur le bord des chemins

En ordre sont dressées

 

Et la nuit s'exagère

Au brasier de la rouille

Tandis que les fougères

Vont aux écrins de houille

 

L'anémone des cieux

Fleurit sur mes parterres

Fleurit encore aux yeux

À l'ombre des paupières

 

Anémone des nuits

Qui plonge ses racines

Dans l'eau creuse des puits

Aux ténèbres des mines

 

Poseraient-ils leurs pieds

Sur le chemin sonore

Où se niche l'acier

Aux ailes de phosphore

 

Verraient-ils les mineurs

Constellés d'anthracite

Paraître l'astre en fleur

Dans un ciel en faillite

 

En cet astre qui luit

S'incarne la sirène

L'anémone des nuits

Fleurit sur son domaine

 

Alors que s'ébranlaient avec des cris d'orage

Les puissances Vertige au verger des éclairs

La sirène dardée à la proue d'un sillage

Vers la lune chanta la romance de fer

[...]

Robert Desnos, Sirène Anémone, dans Domaine public,

 

"Le Point du jour", Gallimard, 1953, p. 155-156.

21/08/2013

Jacques Roubaud, La pluralité des mondes de Lewis, 1987-1990

 

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                                 Fleurs, Fleur

 

      La graine jetée dans le ventre de la terre, pourrie dessus-dessous le fumier, battue d’hiver, sur les premières douceurs du printemps, rallie ses petites pièces, ressuscite de petites racines, investissant la motte tendre pour en sucer la moelle, perçant la terre jette un petit filet blanc, une pointe verte, se nourrit à vue d’œil, par laps de temps s’engraisse, gagne le haut,

 

  roidit une tige verte, à la faveur du Soleil boutonne, à couvert digère ses couleurs, le bouton enfle, éclate doucement, montrant en sa fente l’essai de son apprentissage et un rayon de ses beautés, mûries de temps.

 

  La Nature soigneuse de son trésor odoriférant les contregarde curieusement, armant les unes de pointes aiguës, hérissant les autres de piquerons, couvrant celles-ci de feuilles raboteuses, jetant les autres à l’abri des feuilles larges, fait jouer de secrets ressorts, afin que les déboutonnant aux influences de l’Aurore, sur le soir elles se reboutonnent d’elles-mêmes devant les horreurs de la nuit.

 

 

Jacques Roubaud, La pluralité des mondes de Lewis, 1987-1990, Gallimard, 1991, p. 75.

19/10/2012

Boris Pasternak, dans Quatre poètes russes

Boris Pasternak, dans Quatre poètes russes, fleur, poème

          Le poème d'avant les poèmes

 

Laisse de toi les mots descendre

Comme d'un clos le zeste et l'ambre :

Distraitement et richement,

Lents, très lents, très lentement.

 

                             *

 

          Ébranlant la branche odorante

 

Ébranlant la branche odorante

     Lampant dans ces ombres ce bien-être,

De calice en calice allait courante

     Une moiteur qu'hébéta la tempête.

 

Par les calices roulait, sur deux

     Calices glissa, sur eux deux,

En goutte d'agate volumineuse,

     Se suspendit, pudique, lumineuse.

 

Le vent peut bien, soufflant sur les spirées,

     Martyriser cette goutte, l'écraser.

Une, intacte, elle reste : goutte des deux

     Calices s'entrebaisant, buvant à deux.

 

Ils rient, tentent de s'entr'échapper,

     De se remettre droits comme avant cette goutte :

Ils ne peuvent plus égoutter leurs bouches hors cette    goutte

     Et même qui les coupe ne peut les séparer.

 

Boris Pasternak, dans Quatre poètes russes, V. Maïakovski, B. Pasternak, A. Blok, S. Essénine, texte russe traduit et présenté par Armand Robin, éditions du Seuil, 1949, p. 115 et 121.