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12/05/2020

Guido Ceronetti, Une poignée d'apparences

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                                   Leopardi et Kafka

 

L’exclusion du salut que Kafka rend plus redoutable, au moment où le piège se déclenche pour nous, n’annule pas la possibilité d’un salut comme explication du bien et du mal, de la vie et de sa destruction. C’est un salut amer et intellectuel, mais c’est l’ultime refuge de l’espérance messianique.

Kafka est un tapis fait de tous les fils et de toutes les couleurs du mystère et de la passion hébraïques, il est prophétique et talmudique, élection traditionnelle et décadence d’un ghetto proche de la démolition, victime expiatoire et tikva sioniste. C’est un tapis volant qui permet de retrouver, après le vol nocturne, le architectures familières de l’absolu métaphysique : bien que suspendues et flottantes, elles nous paraissent reposer, seules, sur un terrain sûr.

 

Guido Ceronetti, Une poignée d’apparences, traduction André Maugé, Albin Michel, 1988, p. 183.

 

26/11/2019

Rosanna Warren, De notre vivant

         

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                L’éclipse

 

En chemin vers cette éclipse

de lune  à Manhattan, étourdis

par la silhouette

des tours, on pensa la lune avalée

par les bloc-monstres d’édifice. Au retour

seulement fit-elle son apparition

rouillée, avec des traces menstruelles, à moitié

effacée dans son propre sang spectral

comme des bouts de poèmes punaisés sur le mur

du porche d’une maison d’été. Après un hiver de neige,

de vent et de pluie battante, ils se livrent eux-mêmes

timidement : encre pâle, lettres

vidées de sens, en scripte fantôme,

murmure persistant d’Hölderlin : dieu est proche

et dur à saisir

mais là où croît le péril

croît aussi ce qui sauve...

 

Mais que savions-nous du salut ?

 

Rosanna Warren, De notre vivant, dessins de Peter H. Begley, traduction  de l’américain Aude Pivin, éditions Æncrages, 2019, np.

23/04/2015

Jeremy Halvard Prynne, Perles qui furent — traduction Pierre Alferi

 

Jeremy Halvard Prynne, Perles qui furent — traduction Pierre Alferi, salut, parole, vague, regain

 Salut, salut du soir

    au matin pour l’égard

comment fais-tu pour voir

    en arrivant si tard,

 

Parler ensemble ça

    et là reprendre,

frivole enjambée vers

    cœur à cœur fendre.

 

Comme vague à la rive

    dont le jour se fait proche,

son temps court au devant

    gai de la joue qu’il touche,

 

Et mot après mot, pas

    à pas suivant regain

ils iront parlant sage

    frisson, l’espoir maintient.

 

                       *

 

Nodding, nodding, day out

    and in for a sake

How do you do it to see

    arriving so late,

 

To talk to and fro with each

    other renewing and walking,

step for a span wayward in

    heart to heart breaking.

 

Much like waves upon a shore

    whose day approaches

her time running to meet

    with joy the face it touches,

 

And word upon word, step

    by next step regaining,

the’ll walk and talk, wisely

    flicker some hope remaining.

 

Jeremy Halvard Prynne, Perles qui furent,

Traduction Pierre Alferi, Éric Pesty éditeur,

2013, p. xxiv et 24.