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13/05/2020

Salvatore Quasimodo, Poèmes

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           Élégie

 

Froide messagère de la nuit

tu es revenue limpide au balcon

des maisons ravagées

pour éclairer des tombes sans nom

et les restes abandonnés de la terre fumante.

Ci-gît notre songe. Solitaire

tu montes vers le Nord où toute chose

s’achemine sans lumière à sa mort,

et tu résistes.

 

Salvatore Quasimodo, Poèmes, traduction

Pericle Patocchi, Mercure de France, 1958, p. 58.

20/08/2013

Jacques Roubaud, Mono no aware, Le Sentiment des choses

Jacques Roubaud, Mono no aware, Le Sentiment des choses,   Élégie, impermanence de la vie humaine

   Élégie sur l'impermanence de la vie humaine

 

 

nous sommes sans force

contre l'écoulement des années

les douleurs qui nous poursuivent

centuple douleur sur nous

 

les jeunes filles      en jeunes filles

bijoux chinois à leurs poignets

se saluent manches de soie blanche

trainant le rouge de leurs jupons

main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l'an

que l'on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l'escargot

et les rides      (d'où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l'épée courte à la taille

l'arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d'étoffes

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici      haïs là

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

rien n'y fait

 

(envoi)

 

      souvent je pense

ah si je pouvais toujours

être le roc éternel

hélas      chose de ce monde

      je ne peux éloigner l'âge

 

Jacques Roubaud, Mono no aware, Le Sentiment des choses cent quarante trois poèmes empruntés au japonais, Gallimard, 1970, p. 29-30.