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17/01/2014

Fabienne Raphoz, Terre sentinelle

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     et maintenant je voyage de bête en bête partout

     ici aussi, juste en face, derrière les grilles, de mon perchoir

 

     le naturaliste a commencé sur le terrain

 

     le naturaliste peut écrire des livres

mais c'est secondaire ;

     on peut lui dédier une espèce

mais c'est secondaire ;

     il peut entrer sur la toile

mais c'est secondaire

 

     pour le naturaliste,

                                                 le sens de la vie

     va de la terre à la vue

     de la terre au toucher

     de la terre à l'esprit

     de la terre

                                    à l'image

     de la terre

 

 

     j'ai d'abord fait tout le contraire, même face à la mer

 

     pourtant, ma Mère disait : « par beau temps, ne reste pas                                                                                                [dedans»,

     c'est vrai

 

 

j'ai connu la garenne de Saint-Martin-des-Champs

          et les lapins au cul blanc

j'ai connu la mare aux têtards

          et les métamorphoses

j'ai connu les rochers les algues

          et la pêche aux bigorneaux

j'ai connu la forêt le petit bois mort

          et la construction des cabanes

j'ai connu la plage à marée basse

          et les cris des goélands

 

[...]

 

Fabienne Raphoz, Terre sentinelle, Dessins Yanna

Andréadis, Héros-Limite, 2014, p. 137-138.

27/12/2013

Jean Tardieu, Jours pétrifiés

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                Dialogues pathétiques

 

                               I

                (Non ce n'est pas ici)

 

J'aperçois d'effrayants objets

mais ce ne sont pas ceux d'ici ?

Je vois la nuit courir en bataillons serrés

Je vois les arbres nus qui se couvrent de sang

un radeau de forçats qui rament sur la tour ?

 

J'entends mourir dans l'eau les chevaux effarés

j'entends au fond des caves

le tonnerre se plaindre

et les astres tomber ?...

 

— Non ce n'est pas ici, non non que tout est calme

ici ! c'est le jardin voyons c'est la rumeur

des saison bien connues

où les mains et les yeux volent de jour en jour !...

 

                                IV

                        (Responsable)

                                                      À Guillevic

 

Et pendant ce temps-là que faisait le soleil ?

— Il dépensait les biens que je lui ai donnés.

 

Et que faisait le mer ? — Imbécile, têtue

elle ouvrait et fermait des portes pour personne.

 

Et les arbres ? — Ils n'avaient plus assez de feuilles

pour les oiseaux sans voix qui attendaient le jour.

 

Et les fleuves ? Et les montagnes ? Et les villes ?

— Je ne sais plus, je ne sais plus, je ne sais plus.

 

 

Jean Tardieu, Jours pétrifiés, Gallimard, 1948, p. 59 et 62.

04/05/2013

Vélimir Khlebnikov, Choix de poèmes

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Des caresses

de seins parmi l'herbe,

vous, tout entière, souffle de chaudes sécheresses,

vous étiez debout, près de l'arbre

et les tresses

tordaient la torsade des torts atroces en toron.

Et les heures bleues

vous enlaçaient de tresses de cuivre.

Leur coulée cuivrée se tord, torride.

Et ton regard — c'est une chaumière

où tournent le rouet deux marâtres — fileuses.

Je vous ai bue à plein verre

durant les heures bleues

lorsque vous regardiez le lointain de fer.

Les pins frappent le bouclier

de leurs aiguilles murmurantes,

clos, les yeux des vieilles ;

et maintenant

m'enserrent, me brûlent les tresses de cuivre.

 

Vélimir Khlebnikov, Choix de poèmes, traduit du russe et présenté par Luda Schnitzer, Pierre Jean Oswald, 1967, p. 83.

26/04/2013

Nicolas Pesquès, La face nord du Juliau, cinq

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Écrire : la même chose sauf l'instant,

la même force spontanée moins la surprise

plus celle d'une seule fois les mots ensemble

 

il n'y a pas de sursis dans la prairie, ni en prose

pas de jaune sans herbe exacte

ni transport

 

conjointement, la colline se raréfie

la couleur durcit sa cruauté adjective

 

le même iceberg sous les jupes de la phrase

...

dans le bois de genêts, il y eut

la fuite du très aigu et du très affluent

 

ce mélange de vie parfaite et de silence actif

j'en invente la mémoire avec la même stupeur

le même jaune excellent

 

sur cette terre où abonde le palpable et le vertigineux,

verbe est le grand désirant

l'animiste

hameçonneur de jouissance, de morsures

 

constater en quoi le jaune des genêts est semblable à

celui-ci

en ce moment de marbre

en cette gravure d'amour

 

avec ses définitions à même l'écorce

austères, techniques,

et tellement chaudes à vivre

 

là où ça bruisse, sur la pente connectée

où la citronnade rétracte

 

[...]

 

 

Nicolas Pesquès, La face nord du Juliau, cinq, André Dimanche, 2008, p. 131-132.

 

 

20/03/2013

Lorine Niedecker, Louange du lieu et autres poèmes (1949-1970)

 

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   Après Poésie complète de George Oppen et en même temps que L'Ouverture du champ de Robert Duncan, les éditions Corti publient dans leur "Série américaine" une partie importante de l'œuvre poétique de Lorine Niedecker (1903-1970) — les poèmes de sa dernière période (1957-1970) et une sélection d'un recueil précédent. Elle était jusqu'à aujourd'hui quasiment inconnue en France (comme l'ont été longtemps beaucoup de poètes américains), présente seulement par quelques traductions en revues, par Abigail Lang, notamment dans Vacarme en 2006 et 2008, et Sarah Kéryna dans Action poétique en 2001. Les traductions d'Abigail Lang, Maïtreyi et Nicolas Pesquès, qui donnent une idée très juste de la poésie de Lorine Niedecker, sont précédées d'une préface mêlant biographie et étude précise de l'œuvre.

   Découvrant en 1931 dans la revu "Poetry" Louis Zukofsky, Lorine Niedecker a adopté ensuite dans son écriture quelques principes de ceux qui furent réunis sous le nom de poètes objectivistes : le refus de la métaphore, l'attention aux choses quotidiennes de la vie, le choix de l'ellipse (jusqu'à aboutir parfois à des poèmes difficiles à déchiffrer). Elle a rencontré les poètes (George Oppen, Charles Reznikoff, Carl Rakosi) qui se réclamaient peu ou prou  de l'objectivisme théorisé par Zukofsky, mais c'est avec ce dernier qu'elle s'est surtout liée et qui sera jusqu'au bout un interlocuteur privilégié.

 

   Le titre Louange du lieu a été retenu pour l'ensemble traduit parce que ce recueil, « synthèse de précision et de fluidité », « hymne et flux et autobiographie poétique », est bien, soulignent les traducteurs, la « somme de son œuvre ». La louange, c'est celle de la région natale, le Wisconsin, où Lorine Nediecker est restée l'essentiel de sa vie, sans pour autant vivre en recluse. Elle présente ainsi son environnement : « Poisson / plume / palus / Vase de nénuphar / Ma vie » et, dans un autre poème, elle évoque de manière un peu moins lapidaire sa vie dans ce pays de marécages et d'eau : « Je suis sortie de la vase des marais / algues, prêles, saules, /vert chéri, grenouilles / et oiseaux criards ». L'émotion est toujours retenue, mais présente cependant dans de nombreux poèmes à propos des saisons, notamment de l'automne (« Brisures et membranes d'herbes / sèches cliquetis aux petits / rubans du vent »), de l'hiver avec ses crues (« Assise chez moi / à l'abri / j'observe la débâcle de l'hiver / à travers la vitre ».

   Les poèmes à propos de son environnement laissent percevoir une tendresse pour ces terres souvent couvertes d'eau, et l'on relève de multiples noms de plantes et de fleurs, une attention vraie aux mouvements et aux bruits de la nature :

Écoute donc

             en avril

          le fabuleux

 

fracas des grenouilles

 

(Get a load / of April's / fabulous // frog rattle)

   Ce sont aussi des moments plus intimes qui sont donnés, sans pathos, dans des poèmes à propos de ses parents ou de son propre mariage ; il y a alors en arrière-plan, sinon quelque chose de douloureux l'expression d'une mélancolie : « Je me suis mariée / dans la nuit noire du monde / pour la chaleur / sinon la paix ». Cette mélancolie, toujours dite mezzo voce, est bien présente quand Lorine Niedecker définit la vie comme un « couloir migratoire » ou quand, faisant de manière contrastée le bilan de ses jours, elle écrit : « J'ai passé ma vie à rien ».

   Dans des poèmes "objectifs", elle note de ces événements de la vie quotidienne qui ne laissent pas de trace dans la mémoire : « Le garçon a lancé le journal / raté ! : / on l'a trouvé / sur le buisson ». Cependant, il n'est pas indifférent qu'elle soit attentive à de tels petits moments de la vie ; elle est, certes, proche de la nature, mais cela ne l'empêche pas d'être préoccupée par la vie de ses contemporains, par le monde du travail. À la mort de son père, dont elle hérite, elle constate : « les taxes payées / je possèderai un livre / de vieux poètes chinois // et des jumelles / pour scruter les arbres / de la rivière ». On lira dans ces vers quelque humour, il faut aussi y reconnaître son indifférence à l'égard des "biens" (« Ne me dis pas que la propriété est sacrée ! Ce qui bouge, oui »), qu'elle exprime à de nombreuses reprises sans ambiguïté : « Ô ma vie flottante / Ne garde pas d'amour pour les choses / Jette les choses / dans le flot ». Sans être formellement engagée dans la vie politique, elle écrit à propos de la guerre d'Espagne, du régime nazi, sur la suite de la crise économique de 1929 (« j'avais un emploi qualifié / de ratisseuse de feuilles ») ou sur Cap Canaveral et sur diverses personnalités (Churchill, Kennedy). Elle se sait aussi à l'écart de son milieu de vie, sans illusion sur la manière dont elle serait perçue si l'on connaissait l'activité poétique qu'elle a en marge de son travail salarié : « Que diraient-ils s'ils savaient / qu'il me faut deux mois pour six vers de poésie ?».

   C'est justement une des qualités de la préface de reproduire des documents qui mettent en lumière la lente élaboration des poèmes, depuis la prise de notes jusqu'au poème achevé. Il s'agit toujours pour Lorine Niedecker de réduire, de condenser encore et encore : elle désignait par "condenserie" (condensery) son activité. Son souci de la « matérialité des mots » l'a conduite à privilégier des strophes brèves (de 3 ou 5 vers) qui ne sont pas sans rappeler les formes de la poésie japonaise — Lorine Niedecker rend d'ailleurs plusieurs fois hommage à Bashô. Il faut suivre le cheminement des premiers poèmes proposés dans ce recueil (le premier livre publié, New Goose, 1946, n'a pas été repris) aux derniers, à la forme maîtrisée : c'est une heureuse découverte.

Un poème :

 

Jeune en automne je disais : les oiseaux

sont dans l'imminente pensée

du départ

 

À mi-vie n'ai rien dit —

asservie

au gagne pain


Grand âge — grand baragouin

avant l'adieu

de tout ce que l'on sait


Lorine Niedecker,  Louange du lieu et autres poèmes (1949-1970), traduit par Abigail Lang, Maïtreyi et Nicolas Pesquès, éditions Corti, 216 p., 21 €.

Cette recension a d'abord été publiée dans la revue numérique "Les carnets d'eucharis".

 

 


 

19/03/2013

Ophélie Jaësan, La Mer remblayée par le fracas des hommes

 

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                        Éloge de la disparition

   « Ce que nous appelons démesure, ce que Sophocle appelle la démesure, ce qui, d'après lui, est immédiatement puni de mort puni par les dieux, n'est que l'ensemble de nos propres mesures. » Jean Giono, Noé.                                                                                                         

 

   Parfois j'ai ce besoin — vital quasiment, du moins viscéral — d'être sur le départ. J e me souviens du ciel et de la terre, mais c'est un souvenir qui n'est plus ancré dans ma chair et il me faut aller tout de suite à sa rencontre, nourrir sa revivifiance, au risque de ne plus savoir quelque chose d'essentiel sur moi.  

   Moi ou eux ­— les hommes pareillement.

   C'est donc d'abord une voie ferrée et je m'en vais, je fuis la ville, son agitation, son trop-plein, ses machines et autres engins. Je tente la campagne. Après un long voyage, j'arrive enfin dans une gare. Une simple gare avec un quai et une guérite. Alentour : rien. La nature. Je quitte la gare, seule. Je marche longtemps, très longtemps. Même fatiguée, il me faut poursuivre, car c'est autre chose qu'une nature remodelée par l'homme que je cherche.

   Lorsque l'auto franchit le col, le temps change brusquement. La pluie cède à la neige, il y a du vent et du brouillard. L'autoroute que nous allons bientôt quitter ressemble à une nationale sans envergure. Un tapis blanc recouvre tout — les dernières maisons, les murets, les barrières, les barbelés —, tapis qui s'épaissit de minute en minute. Le ciel trop bas semble avoir eu le désir d'écraser la plaine. Brumes et vapeurs ont noyé la ligne de démarcation entre le ciel et la terre. Voilà qu'ils ne font plus qu'un. En silence, j'admire leur fusionnement.

   Les cimes des arbres, leur branches, leurs troncs ont également été recouverts par la neige. Des arbres qui me paraissent maintenant figés dans une expression étrange, oscillant entre la sérénité et l'inquiétude.

   Petit à petit, les traces du dernier passage des animaux dans la plaine ont toutes été effacées et les cris des oiseaux se sont tus.

   Sur ce monochrome blanc, je rêve éveillée. Naît en moi alors le besoin d'écrire sur — ou à partir de — la disparition progressive des choses. Comme on ne peut plus les voir, on ne peut plus les nommer et elles finissent par disparaître. Mais en apparence seulement, puisque tout homme est Noé. Tout homme porte en lui la mémoire du monde. Longtemps après sa disparition.

 

Ophélie Jaësan,  La Mer remblayée par le fracas des hommes, Cheyne, 2006, p. 58-59.

  

 

 

 

23/12/2012

Guillevic, Du domaine

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La bonne chaleur

Que les talus

Cajolent.

 

°

Une lumière

A goût d'humus

 

Où le temps

Se préparerait.

 

°

Dans le domaine

Tout peut faire peur

 

À qui ne l'invente pas.

 

°

L'étang

N'éclatera pas.

 

°

L'horizon

Nous condamne au cercle.

 

°

Et ces pigeons

Qui revenaient

Nous étaler

 

Leurs mouvements

Trop réussis.

 

Guillevic, Du domaine, Gallimard,

1977, p. 68-69.

30/09/2012

Emily Dickinson, Poèmes, traduits par Claire Malroux

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La « Nature » est ce que nous voyons —

La Colline — l'Après-Midi —

L'Écureuil — l'Éclipse — Un beau Bourdon —

Mieux — la Nature est Paradis —

La Nature est ce que nous entendons —

Le Loriot — la Mer —

Le Tonnerre — un Grillon —

Mieux — la Nature est Harmonie —

La Nature est ce que nous connaissons —

Mais sans avoir l'air de le dire —

Si débile est notre Sagesse

Face à sa Simplicité

 

"Nature" is what we see —

The Hill — the Afternoon —

Squirrel — Eclipse — the Bumble bee —

Nay — Nature is Heaven —

Nature is what we hear ­

The Bobolink ­ the Sea —

Thunder — the Cricket —

Nay — Nature is Harmony —

Nature is what we know —

Yet have no art to say —

So impotent Our Wisdom is

To her Simplicity

 

Emily Dickinson, Poèmes, traduit et préfacé par

Claire Malroux, Belin, 1989, p. 193 et 192.

10/05/2011

Pierre Reverdy, Cette émotion appelée poésie

   images.jpgJe préviens que j’emploierai ce mot [poète] au sens large des anciens ; non pas du faiseur de vers — qui n’en a plus aucun pour nous — mais désignant tout artiste dont l’ambition et le but sont de créer, par une œuvre esthétique faite de ses propres moyens une émotion particulière que les choses de la nature, à leur place, ne sont pas en mesure de provoquer en l’homme. En effet, si les spectacles de la nature étaient capables de vous procurer cette émotion-là, vous n’iriez pas dans les musées, ni au concert, ni au théâtre, et vous ne liriez pas de livres. Vous resteriez où et comme vous êtes, dans la vie, dans la nature. Ce que vous allez chercher au théâtre, au musée, au concert et dans les livres, c’est une émotion que vous ne pouvez trouver que là — non pas une de ces émotions sans nombre, agréables ou pénibles, que vous dispense la vie, mais une émotion que l’art seul peut vous donner.

 

   Il n’y a plus personne aujourd’hui pour croire que les artistes apprennent leur art et leur métier dans la nature. En admettant qu’elle soit, comme on l’a dit, un dictionnaire, ce n’est pas dans un dictionnaire que l’on apprend à s’exprimer. […] C’est par les toiles des maîtres que sont d’abord émus les jeunes peintres, par les poèmes des aînés que sont remués, blessés à vie, les futurs grands poètes.


   […] les vrais poètes ne peuvent prouver la poésie qu’en poétisant, si je puis dire. Pour moi, à qui certains prestigieux moyens n’ont pas été très libéralement départis, je suis bien obligé de m’y prendre autrement. On a souvent dit et répété que la poésie, comme la beauté, était en tout et qu’il suffisait de savoir l’y trouver. Eh bien non, ce n’est pas du tout mon avis. Tout au plus accorderai-je que la poésie n’étant au contraire nulle part, il s’agit précisément de la mettre là où elle aura le plus de chance de pouvoir subsister. — Mais aussi, qu’une fois admise la nécessité où l’homme s’est trouvé de la mettre au monde afin de mieux pouvoir supporter la réalité qui, telle qu’elle est, n’est pas toujours très complaisamment à notre portée, la poésie n’a pas besoin pour aller à son but de tel ou tel véhicule particulier. Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore — pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots atteignant l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tristesse ou la joie. Elle est dans cette transmutation opérée sur les choses par la vertu des mots et les réactions qu’ils ont les uns sur les autres dans leurs arrangements — se répercutant dans l’esprit et la sensibilité. Ce n’est pas la matière dont la flèche est faite qui la fait voler — qu’importe le bois ou l’acier — mais sa forme, la façon dont elle est taillée et équilibrée qui font qu’elle va au but et pénètre et, bien entendu aussi, la force et l’adresse de l’archer.

 

 

Pierre Reverdy, Sable mouvant, Au soleil du plafond, La Liberté des mers, suivi de Cette émotion appelée poésie, édition d’Étienne-Alain Hubert, Poésie / Gallimard, 2003, p. 94-95, 96, 107-108.