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18/07/2017

Umberto Saba, Il Canzoniere

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Le dernier amour

 

Que me faudrait-il pour être heureux ?

Une petite chambre, mais avec un feu allumé

deux tasses, deux petites tasses,

l’une pour toi, l’autre pour moi, Paolina ;

et adoucir de tes baisers l’amertume

de la boisson. O ma toute petite écoute :

je ne te verrais durant quelques jours, je crois,

que rarement et furtivement. Et tu ne voudrais pas

d’abord une fois, une seule fois, ce

qu’à l’oreille je t’ai dit, et toi,

levant sur moi une main qui dans son geste

fut de baisers punie et recouverte,

tu m’as répondu « coquin » ; et contre ma poitrine

tu cachais, en riant, ta petite tête.

Tu ne veux pas, Paolina ? que je conserve

un souvenir de toi, si doux si doux, que mon cœur

à ce souvenir défaille, et que ce soit

la dernière fleur que j’aurai cueillie parmi les vivants.

 

Umberto Saba, Il Canzoniere, L'Âge d’Homme, 1988, p. 197.

 

06/04/2013

Umberto Saba, Oiseaux, dans Il Canzoniere

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Rouge-gorge

 

Même si je voulais te garder je ne puis.

 

Voici l'ami du merle, le rouge-gorge.

Il déteste autant ses pareils

qu'il semble heureux auprès de ce compagnon.

Toi, tu les crois amis inséparables

quand, surpris , à l'orée d'un bois, tu les surprends.

Mais d'un élan joyeux il s'envole, fuyant

le noir ami qui porte au bec une vivante proie.

Là-bas un rameau plie mais que ne peut briser,

juste un peu balancer son poids léger.

La belle saison, le ciel tout à lui l'enivrent,

et sa compagne dans le nid. Comme en un temps

le fils chéri que je nourrissais de moi-même,

il se sent avide, libre, cruel,

 

et chante alors à pleine gorge.

 

                       *

 

Oiseaux

 

Le peuple ailé

que j'adore — si nombreux par le monde —

aux coutumes si variées, ivre de vie,

s'éveille et chante.

 

Umberto Saba, Oiseaux (1948), traduit par Odette Kaan, dans

Il Canzoniere, L'Âge d'homme, 1988, p. 549, 551.