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17/06/2012

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes

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Une rumeur d'épouvante rôde en ville,

Se glisse dans les maisons comme un voleur.

Pourquoi ne pas relire, avant de s'endormir,

Le conte de Barbe Bleue ?

 

Comment la septième monta l'escalier,

Comment elle appela sa sœur cadette,

Et guetta, retenant son souffle,

Ses frères bien-aimés, ou la terrible messagère.

 

Une poussière s'élève comme un nuage de neige,

Les frères vont entrer au galop dans la cour du château,

Et sur la nuque innocente et gracile,

Le tranchant de la hache ne se lèvera pas.

 

Consolée à présent par cette cavalcade,

Je devrais m'endormir tranquille

Mais qu'a-t-il, ce cœur, à battre comme un enragé,

Et le sommeil, pourquoi ne vient-il pas ?

 

                  Hiver 1922

 

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes, édition

bilingue, traduction par Marion Graf et José-Flore Tappy,

La Dogana, 2010, p. 85.

 

11/09/2011

Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes

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                                               Portrait par Kouzma Petrov-Vodkine (1922)

 

S’éveiller tôt le matin

Parce que la joie étouffe,

Et regarder l’eau verte

Par le hublot de la cabine,

Ou sur le pont dans la tempête,

Blottie dans une douce fourrure,

Écouter battre les machines,

Et ne penser à rien.

Mais attendre la rencontre

Avec celui que j’aime

Sous le sel des embruns, et sous le vent

Rajeunir d’heure en heure.

    Juillet 1917, Slepniovo

 

L’un va tout droit,

L’autre tourne en rond,

Attend le retour à la maison du père,

Attend l’amie du temps passé.

Mais moi je vais — derrière moi le malheur,

Ni droit ni de travers,

Vers nulle part et vers jamais,

Comme les trains qui déraillent.

1940

Anna Akhmatova, L’églantier fleurit et autres poèmes, traduits du russe par Marion Graf et José-Flore Tappy, Avant-propos de Pierre Oster, La Dogana, 2010, p. 71 et 143.