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17/01/2016

Gaspara Stampa (1523-1554), Poèmes

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   Pleurez, dames, et toi amour, pleurez ensemble,

car il ne pleure pas celui qui tellement

me blessa, que bientôt mon âme va quitter

     ce corps supplicié !

 

   Et si jamais cœur noble et sensible exauça

les ultimes soupirs d’une voix qui s’éteint,

lors, par vos soins, ma sépulture portera

     la cause de mes peines.

 

   « Un grand amour trop mal aimé fut le malheur

de ma vie, et j’en suis morte. Ici repose

     l’amoureuse la plus fidèle du monde.

 

   Tes prières, passant, pour qu’elle dorme en paix,

victime qui t’enseigne à ne point t’attacher  

     à cœur cruel toujours insaisissable. »

 

   Piangete, donne, e con voi pianga, Amore,

poi che non piange lui, che m’ha ferita

si, che l’alma farà tosto partita

da questo corpo tormentato fuore.

 

   E, s emai da pictoso e gentil core

l’estrema voce altrui fu essaudita,

dapoi ch’io sarò lorta e sepelita,

scrivete la cagion del mio dolore :

 

   « Per amar molto ed esser poco amata

visse e morì infelice, ed or qui giace

la più fidel amante che sia stata.

 

   Pregale, viator, riposo e pace,

od impara da lei, si mal trattata,

a non seguir un cor ceudo e fugace. »

 

Gaspara Stampa, Poèmes, traduction Paul Bachmann,

Poésie / Gallimard, 1991, p. 105 et 104.

10/04/2012

Gaspara Stampa (1523-1554), Poèmes

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Quand ma brûlure est trop intense, et inhumaine

cette violence qui m'étreint, je suis tentée

de tourner contre moi-même ma propre main

parce que dans un seul mal finissent tant de maux.

 

Mais alors c'est Amour qui me parle en secret,

Amour, lui qui jamais ne s'éloigne de moi :

« Ne porte pas la faux dans la moisson d'autrui ;

tu ne t'appartiens pas, tu es à ton seigneur ;

 

depuis le jour où tu t'es mise en son pouvoir,

ton âme et ton corps, ta vie et ta mort, c'est lui

qui en est maître, à lui ils doivent se soumettre.

 

Oui, prendre congé de toi-même sans que lui

ne le signifie ou te l'accorde, est un acte

plein de témérité où tu n'as aucun droit ! »

 

                                *

 

Quando tavolta il mio soverchio ardore

m'assale e stringe oltra ogni stil umano,

userei contra me la propria mano,

per finir tanti omai con un dolore.

 

Se non che dentro mi ragiona Amore,

il qual giamai da me non è lontano :

— Non por la falce tua ne l'altrui grano :

tu non sei tua, tu sei del tuo signore,

 

perché dal dì, ch'a lui ti diedi in preda,

l'anima e 'l corpo, e la morte e la vita

divenne sua, e a lui conven che ceda.

 

Si ch'a far da te stessa dipartita,

senza ch'egli tel dica o tel conceda,

è troppo ingiusta cosa e troppo ardita.

 

Gaspara Stampa[1523-1554], Poèmes, traduction et

présentation de Paul Bachmann, édition bilingue,

Poésie / Gallimard, 1991, p. 160-161.