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17/05/2016

Ludovic Degroote, Pensée des morts

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Photo Michel Durigneux

 

notes, fragments, poèmes, bouts de tout, mais en serrant les dents comme un crâne, bien serrer les dents pour lâcher le moins, le moins le mieux, on a beau penser à sa santé, trop de forme vous tue

 

sales petits morts qui ont laissé des mots partout.

 

comment tirer une forme non tronquée d’un tel état de décomposition, d’où que forme libre si forme libre possible en cas de non tronqueriez ou non décomposition de soi-même

 

ils en sont venus aux vers

 

Ludovic Degroote, Pensée des morts, Tarabuste, 2002, p. 45.

11/11/2015

Ludovic Degroote, Llanover-Blaenavon

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                                                                            Llanover-Blaenavon

 

Aucun hasard ne conduit de Llanover à Blaenavon, même si la route n’est large que d’une voiture : j’ai de quoi m’y tenir. Les taillis laissent voir, par-dessus eux, la colline qu’il faudra franchir, alors que rien ne le donne à prévoir, sinon ce que j’en sais, parce que nulle route n’est visible d’ici, mais des fermes, des maisons, que je suppose être des fermes pour exister, dans cette espèce de réclusion ou de confinement, c’est difficile à dire lorsqu’on

 

n’est pas habitué à cette vie-là, c’est-à-dire quand on est habitué à une autre vie, si c’était possible de dire qu’il y a des vies différentes, ou qui devient possible à ce moment que j’en prends conscience, le désir profond de m’enterrer là comme si cela pouvait servir d’éternité dont la vision, pourtant menée même par les landes les plus décharnées et les plus abouties, ne peut être soupçonnée, tant il n’est rien qui ne puisse dire rien. [...]

 

Ludovic Degroote, Llanover-Blaenavon, le phare du cousseix, décembre 2014, p. 3-4.

 

Cet appel s’adresse aux membres de RESF mais aussi aux sympathisant-es  ainsi qu’aux citoyen-nes soucieux de justice et de démocratie.

Nous attendons aussi des réactions des élu-es et responsables politiques.

Merci de diffuser.

 Réservons en priorité absolue la date du

vendredi 18 décembre, à 13h30, au tribunal de Grasse.

Dans le département des Alpes-Maritimes, il est interdit de manifester sa solidarité avec les réfugiés ??!! 


En juillet dernier, l’une de nous, Claire Marsol, a accompagné à la gare d’Antibes, 2 jeunes réfugiés (parmi tous ceux que nous essayons d’aider à la frontière italienne).

Elle a été arrêtée, mise en GAV, perquisition de son domicile, menottée, « conseils » biaisés de la police.

Elle passe au tribunal de Grasse le 18 dec à 13h30.

C'est quand même beaucoup pour une simple retraitée de l’Éducation Nationale qui, comme nous toutes et tous, a agi dans le cadre des activités de nos associations :

manifester sa solidarité envers des réfugiés victimes des guerres, de persécutions et de dictateurs sanguinaires.

La manœuvre d'intimidation est évidente.

Que cherche ce gouvernement ?  Tenter, en vain, de museler la solidarité exprimée par de nombreuses associations, citoyens et citoyennes, envers les réfugiés ?

Avec un collectif d’organisations de défense des droits humains,

nous sommes en train d’organiser une grande mobilisation locale mais aussi nationale

en plusieurs temps et lieux.

Tenez-vous prêt-es à réagir rapidement aux appels qui vont vous parvenir.

Et faites le maximum pour diffuser autour de vous et vous libérer pour être à Grasse le 18 décembre.

 

Toutes et tous avec Claire !

Il n'y a pas que Claire !

Nous aussi, nous avons aidé des réfugié-es : nous les avons renseignés ou nourris ou accompagnés ou soignés ou hébergés…

Evidemment, comme elle, sans contrepartie aucune !!!  sinon le respect  mutuel et le bonheur de voir le sourire retrouvé des enfants.

Tout cela au nom, selon les cas,

-          De la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme,

-          De la Convention Internationale des Droits de l'Enfant,

-          Du respect de traditions familiales d'hospitalité,

-          De la mise en pratique des valeurs de l'Evangile,

-          De la conscience de l'égale dignité des êtres humains peuplant cette minuscule planète sans frontières visibles des confins de la galaxie...

Devons-nous nous dénoncer nous-mêmes au Procureur de la République ?

Sinon, il pourrait nous inculper de non assistance à personne en danger !!!

 

http://www.educationsansfrontieres.org/

Pour vous joindre à nous :   Resf06@gmail.com

https://www.facebook.com/groups/239092159470486/

 

 

 

23/09/2014

Ludovic Degroote, Le début des pieds

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il faudra bien en finir.

nous ne pouvons pas regarder la télé tout l'été.

je ne sais où en est nirina.

j'écris nirina peut-être c'est irina.

je ne comprends pas bien toujours ce qu'il disent à la télé.

est le monde ou la diction ou tout ce qui dégringole la pluie le

temps et puis cette jeunesse qui articule mal qui parle pour elle alors que nous aussi on aimerait bien savoir si ça arrive le coup qui fera basculer le monde et le cœur partagé de tant de téléspectateurs.

 

le monde est compliqué.

 

nathan et nirina aussi pour eux c'est compliqué.

 

Ludovic Degroote, Le début des pieds, Atelier La Feugraie, 2010, p. 50-51.

11/12/2012

Ludovic Degroote, Monologue

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[...]

tout l'amour que ma mort a consolidé entre nos parents n'a pas empêché de les perdre chacun dans une douleur qu'ils ne pouvaient exprimer à l'autre qu'à travers du silence, par pudeur, ou par crainte de l'envahir, d'aviver sa peine, ou de je ne sais quoi qui aurait nécessairement accru cette douleur

 

ma disparition a créé beaucoup de souffrance et ça me fait mal, j'aurais bien évidemment préféré vivre, faire vivre les autres, mais j'ai pris toute la place, ma mort les a plongés dans ce lieu commun où chacun se sépare, prenant appui contre son propre vide, je n'ai jamais rien réclamé

 

nous avançons dans le monde comme des êtres disparus

 

et nous replions dès qu'on s'imagine que notre monde intérieur ne nous expose pas, car nous sommes devenus dans une histoire qui nous dépasse et que je te laisse continuer avec la sincérité trompeuse qui semble nous donner de la profondeur et nous articuler si loin en nous que nous croyons établir un espace où chacun de nous deux ne serait plus seul

 

alors que dans ces vies incluses que leur silence contient il est difficile de s'entendre

[...]

 

Ludovic Degroote, Monologue, Champ Vallon, 2012, p. 24-25.

07/08/2012

Ludovic Degroote, Les marronniers

 

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à l'automne les marronniers

font un grand vide

ils désertent la terre

à laquelle ils reviennent

 

eux aussi avaient un ventre

avec une histoire sous les feuilles

et de la mémoire vieillie

qui tombe en s'en allant

 

peut-être même vivent-ils

tant qu'ils tombent

comme nous tombons

tant que nous vivons

 

dans ce grand moment

des disparitions inabouties

nous nous taisons à demi

sans nous perdre tout à fait

 

à l'automne les marronniers

ou je ne sais quoi

dans le retrait de la vie

le silence incomplet de ma mélancolie

 

Ludovic Degroote, Les marronniers, Poètes

au potager, Contre-allées, 2012, 5 €.

Commande : Contre-allées, 16 rue Mizault, 03100 Montluçon

04/07/2011

Ludovic Degroote, Pensées des morts

 

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je pense à eux

qui ne pensent sans doute pas toujours à moi

 

J’essaie de les suivre durablement dans leurs histoires de mort

 

ça fait une vie pour soi comme toutes les histoires

 

en attendant nous de passer à l’histoire

 

on la précède un peu

 

                                        ***

 

tel et tel : grand travail de trou dans le corps, y enterrent la mémoire des autres, dans la disparition de leur peau, les morts nous traversent, me peuplent avec ces vides entre eux corps visibles et constitués, mémoire multiple, hissé dans cette faille les mains agrippées à la lèvre du corps apparu

 

 a mis tant de temps à mourir , peut-être qu’il n’y arrivait pas bien en dépit de tous ses efforts, les autres n’attendaient que ça, fin d’espoir, on le disait à le regarder accroché

 

pluie dedans, mémoire qui mouille le corps, il se lève, il franchit le silence, il se tient comme il peut, rythme tenant sur un souffle, pareil à ces ponts de métal élastiques, il se rejoint

 

toute son enfance est restée dans cette mort, et ce qui a poussé ensuite — ombre sans corps

 

 

Ludovic Degroote,  Pensées des morts, éditions Tarabuste, 2002, p. 31 et 63.