Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/11/2019

Juan Gelman, Vers le sud, précédé de Notes

    gelman_juan.jpg

Note XIX

 

homme / la vie est une chose

misérable / immortelle / ouvreuse

de blessures et douleurs / mais homme véritable /

regarde-la défaire

les tourments comme un bœuf humain

qui labourerait de l’autre côté de l’ombre /

ou qui te m’aimerait la transparence

pour souffrir pareillement

 

                                                  à jorge cedron

 

Juan Gelman, Vers le sud, précédé de Notes, traduction

de l’espagnol (Argentine) Jacques Ancet, Poésie /

Gallimard, 2014, p. 57.

15/04/2019

Esther Tellermann, Un versant l'autre

ob_7e7552_esther-tellermann-35-ko.jpg

Rose parfumée

trace un matin

     d’argent

l’eau exsude

la transparence

de la férule et

     du chardon.

Je voulus

morceau de vous

dans le vent

que l’instant

     vibre.

 

Esther Tellermann,

Un versant l’autre,

Flammarion, 2019, p. 59.

21/11/2014

Jean-Pierre Chambon, Tout venant

imgres-2.jpg

À l'heure du petit déjeuner

la radio bourdonne dans la cuisine

la nuit n'a pas lavé le monde

de l'injustice et du malheur

comment vivre cette journée

 

Les mots

dans leur ombre insensée persiste

portant l'écho d'une voix à venir

le rêve d'une langue transparente

tenue en réserve depuis l'enfance

qui nous ferait traverser le miroir

et dirait enfin le secret des choses

 

Dans les carrés de lumière

que les fenêtres des immeubles

découpent sur la nuit

se démultiplient les silhouettes

d'un petit théâtre d'ombres

jouant les scènes triviales

de la fascinante

vie des autres

 

Jean-Pierre Chambon, Tout venant,

Héros-Limite, 2014, p. 108, 91, 187.

21/07/2012

Jean Daive, L'énonciateur des extrêmes

Jean Daive, L'énonciateur des extrême

Tard dans sa vie

le photographe André Kertész

met en scène  Elizabeth

sa femme qui vient de mourir

 

au moyen d'une figurine de verre

qu'il pose sur le rebord de la fenêtre

puis d'un buste de verre.

 

Il présente des transparences. Il conjugue

des transparences

ajoute une seconde figurine.

 

La lumière est mystifiée

en présence de deux anémones

un cœur de verre, un flacon

un fauteuil dépravant l'air.

 

Une existence à deux

recomposée, prise au polaroïd

se déroule translucide, transfigurée

jusqu'à une limpidité spectrale.

 

Un spectre

échappe à la trace

à l'empreinte, à la fouille

 

cœur et transparence, corps et transparence

langue et transparence, souvenir

et transparence — mémoire

glacée, vie glacée

 

ce monde photographié

proche, plus proche, très proche, familièrement

en équilibre sur l'accoudoir

d'un fauteuil

retient encore

le battement

le ciel bleu, le nuage passe —

d'une scène à l'autre, d'un buste

à l'autre

 

une archéologie à fond perdu —

                                                   se joue.

 

Jean Daive, L'énonciateur des extrêmes, éditions NOUS,

2012, p. 53-54.