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09/10/2017

Tristan Tzara, De nos oiseaux

   Tristan Tzara, De nos oiseaux, cirque, clown,

Cirque, I

 

tu fus aussi étoile

l’éléphant sortant de l’affiche

voir un œil énorme d’où les rayons se laissent descendre

      en courbes sur terre

qui ne voit que sous la toile

la force musculaire est grave et lente sous la lumière bleuâtre

nous donne la certitude en certains exemples

la précision des gymnastes parfois des clowns

doit attendre ?

la perspective tordant la forme du corps

c’est émouvant dans ces lueurs

loin d’ici

des mains invisibles qui torturent les membres

toutes les taches jaunes aux points d’acier s’approchent

      de quelques centimètres du milieu

du cirque

on attend

ce sont des cordes qui pendent en haut

la musique

c’est le directeur du cirque

le directeur du cirque ne veut pas montrer qu’il est content

il est correct

 

Tristan Tzara, De nos oiseaux, dans Œuvres complètes, I, Flammarion, 1975, p. 183.

14/02/2015

Tristan Tzara, Où boivent les loups

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à  l’horizon planent toujours les oraisons

de vie en désordre

le liège est cerf le cerf est feuille

un matin à bijoux une robe de mains

palpitantes qui fuient la terre

 

un visage qui se hâte à la nuit

les soucis au rivage

une lumière qui erre sans se connaître

 

une femme qui l’habite à regret

la neige la couvre sur les cimes interdites

une seule ombre la trouve

une seule qui la cherche qui ne doute

de la naissance des ombres

 

Tristan Tzara, Où boivent les loups, dans Œuvres

complètes, II, édition établie, présentée et annotée par

Henri Béhar, Flammarion, 1977, p. 245.

 

 

24/05/2012

Tristan Tzara, Phases, "Pour Robert Desnos"

 

 

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     Pour Robert Desnos

 

dans le blanc de ma pensée

hurle un merle l'herbe chante

sur la ville décapitée

siffle l'ai subit du sang

d'où s'ébranle l'arbre mûr

mendiant de lumière

 

mademoiselle voulez-vous

et la mort montre sa montre

des dents vides au bracelet

et les os de mille témoins

mademoiselle voulez-vous

le bois mort des fortes mâchoires

ferme doucement la marche

 

à la tête d'un seul espoir

dans la tête une forêt

par le brisement d'étoiles

j'ai connu la mélodie

d'où se lève la mémoire

il n'y a plus de voix sonnante

dans Paris pavé de feuilles

un été manque à l'appel

je suis seul à le savoir

 

oubliez vos fils vos mères

le jeunesse les printemps

les baisers des amoureuses

l'or du temps

un nom nu voltige encore

dans les nuits autour des lampes

et le poing serré des villes

dresse jusqu'au cœur du jour

cette lumière cette révolte

que l'on offre aux passants

dans la paume de la main

celle du monde

 

dans les bras que vague emporte

un oiseau rien de plus sauf la colère

un visage à ma fenêtre

une joie flotte

mon secret ma raison d'être

et le monde

 

Tristan Tzara, Phases, "Poésie 49", éditions Pierre Seghers, 1949, p. 27-28.