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13/06/2026

Joseph Brodsky, Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires

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En développant Platon

 

               I

 

Je voudrais vivre. Fortuitement dans une ville, où la rivière surgirait de dessus le pont, comme de la manche la main, et s’en irait au golfe en écartant les doigts, comme Chopin, sans montrer à quiconque le poing.

 

Qu’il y ait un opéra, et qu’un ténor vétéran y chante

consciencieusement le soir l’air de Mario ;

         que le Tyran dans sa loge l’applaudisse, tandis que moin au parterre,

je soufflerai, les dents serrées de haine : « Le veau ».

 

Dans cette ville

il y aurait un club de voile et un club de football,

L’absence de fumée aux cheminées de brique des usines proclamerait la venue du dimanche

et je serais chahuté dans le bus en froissant fort un rouble dans  ma main

 

J’associerais ma voix au grand rugissement

là où le pied relie ce qu’entreprend la tête

 

De toutes les lois édictées par Hammourabi les principales sont corner et penalty.

 

Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans

ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,

édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,

2026, p. 193-194.

 

 

12/06/2026

John Keats, Sonnets complets : recension

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Les sonnets de Keats (1795-1821) sont dispersés dans son œuvre et, régulièrement, dans sa correspondance. Le genre, inscrit dans une longue tradition, lui convenait, lecteur amoureux notamment des sonnets de Shakespeare. La forme elle-même, par sa brièveté, était propre à satisfaire son goût pour rendre compte d’une émotion. Il a adopté dans une première période le sonnet à la française (2 quatrains + 2 tercets) avant de reprendre le modèle shakespearien (3 quatrains + 1 distique) ; les motifs en sont variés, on lit des sonnets en hommage à ceux qu’il admire, du passé (Homère, Chaucer, Spenser) ou vivants et parfois du cercle amical (Haydon, Hunt) et familial (les frères), des sonnets amoureux, moins nombreux ; d’autres ont pour motif la nature (Sur la mer, au Nil), quelques-uns abordent le domaine politique (À la paix), rendent compte d’une méditation (À la solitude, sur la mort) ou ne dédaignent pas un sujet plus léger (Au chat de Mme Reynold). Les 64 sonnets sont suivis d’un poème en quatrains, La Belle dame sans merci, et des 6 odes écrites par Keats en 1819 : Ode à Psychéà un rossignolsur une urne grecqueà la mélancoliesur l’indolenceà l’automne.

 

Keats était nourri des œuvres du passé anglais, lointain, de Chaucer à Shakespeare et Spenser (La Reine des fées), et proche, qu’il s’agisse de Robert Burns (« grande ombre ») ou de Thomas Chatterton (1752-1770) qui se suicida à 18 ans (« Soudain ton matin clair / Se transforma en nuit »). Il lisait ses contemporains, son ami et mentor Hunt comme Wordsworth, Shelley ou Byron — ces deux derniers le méprisant parce que d’origine modeste — et connaissait d’autres littératures (Homère, Pétrarque, adaptant même, en douze vers, un sonnet de Ronsard). Le "Grand Tour" initiatique pour la connaissance des œuvres de l’Antiquité, notamment en Italie, qu’effectuaient écrivains comme artistes, a bien été entrepris par Keats mais s’il atteint Rome en novembre 1820 il y meurt de sa tuberculose le 23 février 1821. La Grèce et la Rome antiques sont constamment présentes dans toute l’œuvre, par leurs lieux et, surtout, le nom des dieux et déesses ; rêvées et écrites comme si les noms dans les poèmes leur conféraient une réalité, ainsi dans l’"Ode à Psyché" où il se propose de chanter les louanges de la déesse :

Sans doute ai-je rêvé ou bien mes yeux ouverts
Ont-ils vu aujourd’hui vraiment Psyché l’ailée ?
(…)
Oui, je serai ton prêtre et je t’élèverai
Un temple en mon esprit et ses vierges contrées

 

Le mythe de Psyché et Éros ne pouvait que plaire à Keats, écrivain de sonnets autour de l’amour, ses sonnets travaillant avec bonheur les lieux communs du genre. Il reprend le thème de l’amour pour une femme juste aperçue, amour soudain qui n’aura pas de suite tout en produisant la douleur de l’absence, « C’est de mes joies d’amour souffrance que tu glisses » — Baudelaire se souviendra du thème dans À une passante. C’est encore une vision classique donnée par le poète, qui serait heureux d’être couronné de lauriers et admiré mais qui prétend cependant qu’il abandonnerait cette reconnaissance pour l’amour, « rien ne vaudra jamais / La révérence due à vos souverains yeux ». Dans le domaine amoureux, faut-il attendre d’un poème qu’il expose ce qui est vécu ? Toute la sensualité de la relation désirée avec l’aimée peut y être exprimée, comme dans ce premier quatrain d’un sonnet :

 

Le jour a disparu, emportant ses plaisirs !
Suaves lèvres et voix, douce main, seins moelleux,
Souffle chaud, murmure léger, tendres soupirs,
Yeux brillants, forme accomplie, buste langoureux (…)

 

La venue de la nuit conduit à la séparation et ne reste que la vision de l’aimée emportée dans le sommeil. Classique encore l’association de l’amour et de la mort : la relation parfaite supposerait une fusion des vies du je-tu, manifestée par la confusion des souffles, faute de quoi mieux vaudrait disparaître, « Entendre le souffle de l’aimée, sur son sein / Et vivre ainsi toujours — ou sombrer dans la mort ». On relèverait bien d’autres passages sur l’obsession de la mort.

 

Ce qui permet aussi de vivre et reste toujours là, immobile, c’est la nature, dans tous ses aspects. La vie animale, par exemple, se manifeste toute l’année près de l’homme, visible l’été avec la sauterelle, audible l’hiver avec le grillon ; animaux et plantes les plus variés ont une place privilégiée dans les poèmes parce que leur existence est vue comme le « sommet de la jouissance humaine ». Quelles que soient les ombres de la vie, assure Keats, « Vous ne pourrez / Lever ma tête d’un lit frais d’herbes fleuries ». Lorsqu’il entreprend l’éloge du bleu, la couleur est associée au ciel, à l’océan, aux fleurs : harmonie de l’univers où tous les éléments se répondent, figures de l’ouverture qui s’opposent à l’étroitesse et aux chaos des villes, à leur noirceur. Dans la poétique de Keats, il est impossible de séparer la poésie et la nature, c’est-à-dire le vivant, et c’est pourquoi il faut selon lui écouter la voix des poètes, des artistes qui savent écouter la voix du monde et la restituer, tout comme l’« étrange rumeur » de l’océan dit « ce qui sera (…) dit ce qui n’est plus ».

 

Cette première version complète des 64 sonnets de Keats est traduite en alexandrins rimés, traduction justifiée par la volonté de suivre au plus près le texte anglais. D’autres éditeurs de sonnets ont adopté ce choix, parfois sans la rime ou, comme Yves Bonnefoy, ont préféré une adaptation plus souple en prose ; le lecteur peut apprécier les décisions du traducteur grâce à l’original en regard. Miguel Egaña introduit et commente chaque ensemble, accompagne sans excès sonnets et odes de notes ; sa bibliographie des éditions anglaises précède un large choix des études en anglais et en français. Une édition fort utile d’un romantique anglais insuffisamment lu en France au bénéfice de Shelley et Byron.

 

John Keats, Sonnets complets, suivi de La Belle Dame sans merci et de Odes, édition de Miguel Egaña, Classiques Garnier, 2025, 29 €. Cette recension a été publiée dans Sitaudis le 4 mai 2026.

 

 

11/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

 

armand robin, ma vie sans moi, silence, néant

Le moins de mots que j’ai pu et le silence

 

Moi le rien

Je pense ne rien exprimer

Avec des bruits de ruisseau je me contente de murmurer

 

                                      *

 

          Néant

 

Quand ils ne parlent plus

Les hommes savent tous

Qu’ils sont nés pour tien

 

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi, éditions Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 358 et 359.

 

10/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

                           

                     armand robin, ma vie sans moi, traduction

                             Traduction 

Le grand avantage d’une traduction est que personne ne vous en sauré gré et que cet acte de poésie sera oublié, ou tout au moins jugé compromis ou équivoque ; les beautés viendront toujours du poème induit, les faiblesses toujours du traducteur. Le poème est recréé, mais à partir de sa fin, en remontant vers sa pure origine, souffle amical remontant toutes les eaux qui une fois déjà s’écoulèrent.

 

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi, éditions Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 307.

09/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

                        armand robin, ma vie sans moi, sommeil

                        Mon après-minuit

C’est une heure où le corps, où le monde ont dû renoncer à leurs apparences abusives. Tout ce qui est néant est bien anéanti : il ne reste hors de l’être que l’âme, hors des choses que leur éternité.

Chaque jour au bout de vingt heures, je m’arrête et m’endors malgré moi ; mon sommeil est traversé de regrets. Du moins je me refuse à mon sommeil, je préfère, abasourdi, que mon sommeil soit, [.], que je n’en sois pas coupable.

 

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi, éditions Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 303.

 

08/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

                         armand robin, ma vie sans moi, nature

Pour se livrer au bruissement des oiseaux, quelle surabondance d’ailes et de gazouillements ne faut-il pas loger en soi ? Quel immense espace d’eaux ne faut-il pas voir en soi pour aborder à la première vraie rive ? Seuls se hâtent au désert ceux qui sont plus désolés qu’un continent de sable ! Combien d’ombrages en soi ne faut-il pas pour se fier aux ombrages des arbres ?

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi,

édition Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 299.

07/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

                             armand robin, ma vie sans moi, langage

                       Refuge en Chine

 

Le chinois soudain m’assura ce qui me manque. Ce fut une très forte partie entre les monstres mots et moi.

Rien, malgré toutes les langues, ne pouvait me libérer des mots strictement établis ; les langues de mes pays d’ici me faisaient coupable d’expressions qu’aucun coup de dés ne dérangeait. Nous écrivons un mot et il faut que deux ou trois le soutiennent ; l’inerte plasma de syntaxe ; il faut prêter main-forte au verbe ; mots libres, comme une âme, d’aller vers l’erreur ; langue sans pebte.

 

Au prix de mots gaspillés

Nous suggérons des mots

Je m’en allais dans un pays où Mallarmé était réel

Vie et mots gaspillés,

Et près d’eux le monde entier, arrêté !

 

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi,

édition Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 234.

 

06/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

 

armand robin, ma vie sans moi, étranger

                         L’étranger

 

Je ne suis qu’apparemment ici

Loin de ces jours que je vous ai donnés est projetée ma vie.

 

Malhabile conquérant par mes cris gouverné,

Où vous m’apercevez je ne suis qu’un étranger.

Gestes d’amour partout éparpillés

Je me fraie une voie isolée, désertée.

 

D’une science à l’autre j’ai pris terrier,

Lièvre apeuré sentant sur lui braqué

Le fusil savant et sûr de la destinée

Aucune terreur ne m’a manqué.

 

Armand Robin, Ma vie sans moi, édition Françoise

Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 189.

 

05/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

 

armand robin, ma vie sans moi, prolétaire

                           Étoffe

 

Je suis fabriqué dans une étoffe populaire,

J’ai les gestes des fileuses prolétariennes dans mes gestes.

J’ai jeté pendant quatre ans dans mon âme , toutes les langues

J’ai cherché, libre et fou, tous les mots non domptés,

Indifférent au tendre ciel, aux oiseaux, aux amis nuages,

Je me suis très loin de moi bloqué

Dans ma citadelle de paroles humaines.

 

         Plus émouvantes que le ciel,

Plus colorées que mes anciens prés

Ce ne fut plus mes paysages que je fis passer,

Mais les mots de tous les hommes, les paroles de liberté.

 

Armand Robin, Fragments, à la suite de Ma vie sans moi,

édition Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 214.

04/06/2026

Henri Pichette, Odes à chacun

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Ode à elle

 

Notre amour me point le cœur,

Je tremble pour toi et toi,

Je traverse la grand-peur

De te perdre toi et toi.

 

Mon bonheur risque la nuit

Au soleil de toi et toi.

Cendres vives ! quel ennui

Me serait sans toi et toi.

 

Est-ce bien sage ou bien fou

Que de prendre à toi et toi

Le baiser qui dira tout,

Silence, âme, et joie, et toi.

 

La fenêtre, fleur ou main

Ouverte grande par toi,

Tout peut en prison demain

Se changer pour moi sans toi.

 

Mais que dis-je, éternité ?

Je suis avec toi et toi,

Mourir n’a jamais été.

C’est qu’aux deux mondes je veille indivisible de toi.

 

Henri Pichette, Odes à chacun,

Gallimard, 1988, p. 45-46.

 

 

03/06/2026

Henri Pichette, Odes à chacun

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Ode à la poésie

 

Le présent m’est donné

Tout l’œuvre me féconde,

Mon regard étonné

Découvre encor le monde.

 

Je chante la rondeur

De la Terre vivante ;

Je pose en profondeur

Chaque étoile rêvante ;

 

Je houle l’océan

Et je veine le marbre ;

La clef du ciel béant,

Je lui vois profil d’arbre ;

 

J’épanouis les fleurs

De rosées arrosées ;

J’arque les sept couleurs

Au soleil disposées :

 

Je lisse à vives eaux

L’algue ; je tisse l’herbe ;

J’inspire les oiseaux

Légataires du Verbe ;

 

Je rosis le pêcher ;

Je nuance la gamme ;

Je sculpte le rocher,

Tant qu’il soit corps de femme ;

 

Au niveau du vivier

Je recueille la bulle ;

J’argente l’olivier ;

J’aile la libellule :

 

[…]

Henri Pichette, Odes à chacun,

Gallimard, 1988, 86-88.

 

 

02/06/2026

Henri Pichette, Odes à chacun

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         Ode à la neige

 

                  la

               légère

              candide

            capricieuse

         tourbillonnante

               ouatée

             poudreuse

         neige dont j’aime

                  la

             lente lente

                chute

 

                   *

 

par un jour de grisaille aux vapeurs violâtres

         ou quelquefois même (je l’ai vu)

              par un ciel de terre de Sienne

                             elle

                     papillonne blanc,

          plus blanc que les piérides blanches

                  qui volettent en avril

                  comme fiévreusement

         à moins que ce ne soit frileusement

                           autour

                          de roses

                       couleur d’âtre

 

Henri Pichette, Odes à chacun, Gallimard, 1988, np.

01/06/2026

Henri Pichette, Poèmes offerts

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                 à Alexander Calder et à Louisa

 

                  Un brin de brise ouvre le bal

                  Les mobiles dansent en silence

À peine un cliquetis de pétales de métal

                           Au ralenti

                  Dans une gravitation de rêve

 

Mon ancêtre, dit le mobile, c’est l’Arbre

                    Mû par le vent

Ô du banian très vieux les racines aériennes !

                  Les gestes fleuris de l’amandier !

                     Le tremble si sensible !

         Les linaigrettes, roseaux, lunules, ombelles

                  Embellissent la parentèle.

Oui, combien comme moi sont œuvres qu s’émeuvent

                  Au moindre souffle d’air.

 

C’est comme une foresterie claire et gaie

De cimes qui dodinent, de branches qui tournoient,

De bouquets d’ovales, de rhombes, de polygrammes,

            Par-ci trois couleurs en treize feuilles,

            Par-là treize feuilles dont une rouge,

                  Quant à cette blanche palme,

                Elle a le calme d’une aile d’ange.

 

C’est la fête du fil de fer ! et de l’humour à Sandy

Dix disques diversicolores pour les beaux yeux de Kiki,

Porc qui pique dans tous ses états devant Lys de force,

         Pendule rouge avec Contrepoids jaune,

              Ondulant à cinq gouvernails,

                 Manège de losanges orange,

                  Apothéose mimosa.

 

Ici

         Un quadrille de quarts de lune,

La révolution d’une planète bleue avec sa lunule ;

       Des jeux d’éclipses entre cercles peints

             Aux trois couleurs simples,      

       Une constellation de flocons de neige,

                  Un soleil grand rouge.

Le ciel calderien est à portée de la main.

 

                     Mobiles

  Superbes d’indolence comme de nonchaloir,

         De bercement et de balancement,

         Vous semblez pris de folie douce

Ou d’une jubilation merveilleusement paisible.

         Mobiles rebelles à l’intempérie,

    Vous êtes l’œuvre d’un génie tout américain

         Sur qui a soufflé l’esprit de la Paix.

                  Fort d’un si bel exemple,

                    L’air ! prenons l’air

                    Et sculptons-nous une âme.

 

Henri Pichette, Poèmes offerts, Granit, 1982, p.79-81.

 

                 

 

31/05/2026

Henri Pichette, Les ditelis du rougegorge

henri Pichette, les ditelis du rougegorge

Je dîne d’un lombric

Et, dame oui ! j’ai le chic

pour m’essuyer le bec

Sur une tendre pierre,

Sur le bois d’un estoc

Scié à fleur de terre

Ou, c’est le plus souvent,

Sur une branche au vent.

 

                  *

 

Que chante le rouge-gorge qui les accompagne

Aux petites Anglaises qui vont à l’école :

         « Kiss ! kiss ! kisskisskiss !

                  Kisses for you ! »

 

Hendi Pichette, Les ditelis du rougegorge,

Gallimard, 2005, p. 43 et 61.

30/05/2026

Eugène Savitzkaya, Les couleurs de boucherie

                       images-2.jpeg

Châtié il saigna, peignit le pré,

ouvrit son sac et dispersa, tou-

chant les pieds collés du héros,

les franges, tout le costume, les

jambes et même mouillé et tran-

si, tout éclaboussé, le bas de

la robe, l’étoffe brûlée. S’il

pouvait sucer dissimulé sous l’a-

verse, dévorer et, masquant son

appétit, goûter du lotus du bout

des lèvres, du bec, la langue un

peu divisée, colorée, giovanni sur

place, déjà penché et prêt au

supplice, murmure et plainte.

 

Eugène Savitzkaya, Les couleurs de

Boucherie, Flammarion, 2019, p. 139.