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12/03/2018

Jean Daive, 1, 2, de la série non aperçue

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Mort jusqu’au cri poussé

dans la matière

si je regarde

parmi les meubles

du jugement

la tombe externe.

 

Jean Daive, 1, 2, de la série non

aperçue, textes/Flammarion,

1976, p. 63.

03/08/2015

Pierre Dhainaut, Plus loin dans l'inachevé

 

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Oiseaux d’ici

 

Rieuses, dit-on de ces mouettes

tête noire et bec rouge,

d’autant plus blanches

lorsque les ailes se déploient

sur la digue, sur le port,

sans trêve, le vent,

le vent est favorable

à la véhémence

de la trajectoire, à l’acuité

du cri : elles gravissent l’air,

elles s’y précipitent, là même

où nous ne voyons rien,

quelle était

leur victime ? cette clameur

de vagues qui s’abattent

nous rattrape, nous blesse

jusque dans les rêves.

 

Pierre Dhainaut,  Plus loin dans l’inachevé,

Arfuyen, 2010, p. 69 .

15/07/2015

Mira Wladir, L'invention de la légèreté

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Le lieu

 

 

 

un matin

ce que c’est

il faut encore l’apprendre

 

une teinte qui bouge

dans la fuite de l’œil

 

une teinte en fuite

qui fait matin

 

ce que c’est

on l’apprendra peut-être

dans un morceau tombé

 

                    *

 

au début devient le lieu

autre début

 

à cheval

 dans le fond de nos ventres

on touche la tiédeur de la pierre

 

cette teinte qui court

dorée

sur le rein gris du mur

 

                     *

 

frôlement

au-dessus du cri ou dedans

un bruit qu'on n'avait pas perçu encore

 

de l'aile

ou de l'eau

même

 

Un bruit qui glisse

sous le sang

on découvre cela

 

sur le corps

de l'humide léger

plus clair que du rouge

 

le rêve aussi il faut l'apprendre

l'amour

comme un jonc brun tendu qui crisse

 

[...]

 

Mira Wladir, L’invention de la légèreté, éditions

Empreintes, 2015, p. 37-38.

 

25/07/2014

Roland Dubillard, Je dirai que je suis tombé

                                                                     Roland Dubillard, Je dirai que je suis tombé, poèmes d'amour

                          Quatre poèmes d’amour

 

                                           Si quelqu’un sourit

 

Si quelqu’un sourit à te voir,

s’il te regarde avec bonheur,

c’est que ton corps n’a plus la force

de lui cacher, derrière toi, le mur.

 

Enfant qui tète sa mère,

bientôt sa mère le détestera,

avant de lui ôter la tête.

 

Les yeux commencent par un point,

la douleur les allonge vers le bas,

le regard tire d’eux l’horizon,

et il faut compléter le triangle

toute sa vie, avec les mains.

 

Ce qui sort de ta bouche,

c’est d’abord la fumée d’une cigarette ;

et puis c’est tout le reste.

 

 

       Si tu es en première

 

 

 

Si tu es en première

quand je suis en seconde

qu’est-ce donc qui s’est décoiffé ?

Où est la brosse, où est le peigne, où est le vent ?

où est la chevelure ?

 

Soleil, par qui les feuilles sont des lampes transparentes.

Orgueil, par qui les filles montent dans les wagons rouges.

Honte, qui donne à l’homme une allumette vite éteinte.

 

Quand de l’eau entre dans la noix

par la fente de sa coquille,

chaque moitié sur l’eau qui noie

bientôt peut-être flottera.

 

Si je monte au Palais-Royal,

quand tu descends au Châtelet,

les rails restent si parallèles

qu’on voudrait être des roues.

 

 

       Parfois, d’un moment

 

Parfois, d’un moment, tu peux dire

qu’il est huit heures,

ou que c’est le moment de remonter ta montre.

 

Mais tu diras bien autre chose

Pour peu qu’à ce moment un autocar t’écrase.

 

Or, il y a toujours

quelque chose qui nous écrase,

ne serait-ce que notre poids.

 

Et ce qui nous écrase,

comme un autocar, est parfois

plein de militaires joyeux.

À tout moment ,

il faut les mentionner aussi.

  

          Je lui ai crié

 

Je lui ai crié :

Madame ! Madame !

Votre parapluie,

je crois, s’est ouvert.

 

Fallait-il plutôt

ne pas le lui dire ?

le fermer de force ?

ne pas l’avoir vu ?

se mettre en colère ?

 

L’aurais-je quittée

de toute manière

aussi las de vivre ?

 Roland Dubillard, Je dirai que je suis tombé,            Gallimard, 1966, p. 79-82.

11/04/2014

Bruno Fern, Reverbs, phrases simples

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78  

De seconde s'accolent les uns aux

 

Autres explosent les bornes.

 

Fixées par la loi se croient hors catégories ou quoi.

 

Je parle sous moi(1)

 

Ou à côté c'est une variante reliée souterrainement au

 phénomène à la petite cuiller multipliant les évasions.

 

Malgré le déploiement de milices privées, la zone est loin

d'être sécurisée.

 

 De surcroît, l'isolation paraît nettement insuffisante d'autant.

 

79    

qu'on crie sans fin(2).

 

Des Maliens chartérisés aux frais du contribuable des Tchétchènes pacifiés en deux des Birmans totalisés par     milliers des Kurdes en voie d'assimilation des Palestiniens en 15 mn chrono des Biélorusses ayant du plomb dans la   tête des Afghanes promptement déscolarisées des Roms    ramenés gratos à Bucarest et puis quoi encore des Saoudiens décapités en présence des Ouïghours intégrés  à la nation mère des Mexicains interceptés de justesse à         la place des Vietnamiens détournés de leur itinéraire en    bonus des Iraniennes lapidées dans le strict respect des      Soudanais après les ultimatums d'usage des Érythréens voguant sur la Grande Bleue, etc. montent — sans        compter celle à droite en entrant sur le parking.

 

(1) Tristan Corbière

(2)  Jean Cayrol

 

Bruno Fern, Reverbs, phrases simples, NOUS, 2014, np.

 

 

26/08/2011

Jean-Pierre Duprey, La Fin et la manière

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Cri

 

Un cri barré de foudre en jet enlumineur,

Appel happé sur un fil d’aiguille…

Au tranchant mouillé d’ombre,

Contre quoi s’est troquée

La tête mouillé noire,

L’oiseau du mal-passage

S’est barré les ailes en croix.

 

Armé de foudre sèche, un cri

Arrache la voix et crache la bouche…

Muet, creusé de sang, taillé

En pointes vives,

La mort a desserré sa voix et morcelé

Son rire

En glaçons épousant les regards bleu-noyé.

 

La glas fait pierrement au coulement du froid

 

Au tranchant rouillé d’ombre,

Contre quoi s’est troquée

La tête mouillée noire,

Le cri file un ciseau de deux pointes fermées,

L’oiseau d’ombre-passage,

S’ouvrant le corps au souffle bas,

A labouré la houle sourde.

 

Puis

Retenu, griffé, forcé

S’est encastré aux griffes basses.

 

Jean-Pierre Duprey, La Fin et la manière, en préface Lettre rouge d’Alain Jouffroy, couverture illustrée par Matta, Le Soleil Noir, 1965, p. 55-56.