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03/08/2015

Pierre Dhainaut, Plus loin dans l'inachevé

 

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Oiseaux d’ici

 

Rieuses, dit-on de ces mouettes

tête noire et bec rouge,

d’autant plus blanches

lorsque les ailes se déploient

sur la digue, sur le port,

sans trêve, le vent,

le vent est favorable

à la véhémence

de la trajectoire, à l’acuité

du cri : elles gravissent l’air,

elles s’y précipitent, là même

où nous ne voyons rien,

quelle était

leur victime ? cette clameur

de vagues qui s’abattent

nous rattrape, nous blesse

jusque dans les rêves.

 

Pierre Dhainaut,  Plus loin dans l’inachevé,

Arfuyen, 2010, p. 69 .

07/11/2014

Stamatis Polenakis, "Les escaliers d'Odessa", traduction de Myrto Gondicas

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Viola d'amore

 

Olga, si je meurs aujourd'hui,

j'espère que demain tu m'oublieras.

Rappelle-toi seulement le bateau entre Odessa

et Trieste, un après-midi d'été

dans une vie lointaine, et, oublié même de Dieu,

l'orchestre qui jouait des chansons russes populaires

sur le port ; l'étudiant

Trofimov, qui voyageait avec nous

et qui plus tard a disparu en Sibérie.

Surtout rappelle-toi les mouettes,

elles étaient très blanches et elles nous ont accompagnés

tout au long du voyage, en volant plus vite

que les vagues même.

Ich sterbe, Olga.

Aujourd'hui je meurs pour toujours.

 

 

Stamatis Polenakis, "Les escaliers d'Odessa", traduction de Myrto Gondicas, dans la revue de belles-lettres, 2014, I, p. 71.

 

Annonce :

 

 

 

V E N D R E D I  7  N O V E M B R E à 19H

À 

L'A C A D E M I E   D'A R C H I T E C T U R E

 

 

LA VILLE SENSUELLE

 ECRITURE, FICTION, EXPERIENCE

 

UN ENTRETIEN AVEC JACQUES FERRIER ET PHILIPPE SIMAY

MIS EN IMAGE PAR PAULINE MARCHETTI

 

NUMÉRO ZÉRO est une revue expérimentale à ciel ouvert qui s’intéresse à l’écriture comme processus de travail, en amont de sa formalisation définitive et sous toutes ses formes. C’est un laboratoire de création qui invite des écrivains et des artistes à participer pendant un an à des rencontres publiques mensuelles, à un site internet, à une édition papier, et à prendre en charge une rubrique dans chacun de ces formats.

entrée gratuite

Durée 1h

L'entretien sera suivi d'une dégustation de vins en partenariat avec R'Vinum

 ACADEMIE D'ARCHITECTURE

HOTEL DE CHAULNES

9 PLACE DES VOSGES

75004 PARIS

revuenumerozero.fr

 

30/04/2013

Pierre Silvain, Le côté de Balbec

Pierre Silvain, Le côté de Balbec, Proust, la mer, barques, mouette

   Ce n'était pas un cimetière de barques, comme il arrive qu'on en découvre de baleines ou d'éléphants, préservés, secrets, rituels, il n'en restait que trois ou quatre qui n'en finissaient pas de se démembrer, renversées sur le flanc, à moitié prises dans la vase, l'une dressant l'extrémité rongée de son étrave presque à la verticale, de même que si elle était prête à s'engloutir. Elles avaient été abandonnées dans la partie de l'embouchure qui demeure à découvert en deçà d'une vaste prairie marine que chaque marée submerge. Du chemin en surplomb, j'ai surveillé d'année en année la progression de l'interminable anéantissement, sans rien noter qui me l'aurait laissé espérer, tant je me désolais de cette ruine figée. J'ai cru chaque fois retrouver, perchée à la pointe de la proue, gardienne pétrifiée elle aussi des épaves, la même mouette blanche à l'œil méfiant que j'avais la plus grande peine à chasser en tapant des mains, et qui revenait aussitôt, outragée, lâchant un cri hostile à l'adresse de l'indésirable, du malintentionné, du tourmenteur et délogeur d'oiseau qui s'éloignait enfin. À présent les barques sont toutes absorbées par les boues, d'où n'émerge plus qu'un tronçon de fer tordu évoquant le bras d'un supplicié privé de main.

 

Pierre Silvain, Le côté de Balbec, L'escampette, 2005, p. 42-43.