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20/09/2026

Claude Cahun, Vues et visions

claude cahun, vues et visions

Le Croisic. La mer est calme, trop calme, couverte de taches laides et noirâtres ; le ciel est calme, l’horizon tout embrumé.

Des canots bruns sont à l’ancre là-bas et forment un demi-cercle. Au milieu, des goélands volent et brillent, tantôt noirs, tantôt blancs. L’un d’eux, les ailes repliées, tombe du ciel. Je suis avec attention sa chute lente, mais il disparaît soudain.

Ce n’est pas de jeu ! La mer l’enfouit sous sa robe sale.

 

Rome. Consulat de César.  Le taudis est calme, trop calme. Le vieux tapis à terre est couvert de taches laides et noirâtres. La salle est tout enfumée.

Des matelots vêtus de brun, assis sur leurs talons, forment là-bas un demi-cercle. Au milieu, cinq dés volent et brillent, tantôt noirs, tantôt blancs. L’un d’eux par hasard tombe avant son tour. Je suis avec attention sa chute rapide, mais il disparaît soudain.

Ce n’est pas de jeu ! Un tricheur l’enfouit sous sa robe sale.

 

Claude Cahun, Vues et visions, dessins de Marcel Moore, Gallimard, L’imaginaire Hors-série, 2026, p. 34 et 35.

19/09/2026

Pierre Vinclair, La Décize : recension

pierre vinclair, la décise, rhône

Le Trésor de la langue française donne décize pour un mot franco-provençal, employé surtout dans le Lyonnais et en Dauphiné pour l’action de descendre un fleuve sur un bateau mû par des rames. Ici, la descente du Rhône s’effectue pour le lecteur grâce aux mots et à l’aquarelle ; l’écrivain et le peintre regardent les paysages et les installations humaines le long du fleuve et invitent à les accompagner, chacun avec ses moyens. Pierre Vinclair, comme il le fait dans tous ses livres, continue à « célébrer ce qui existe », tout le visible, sans choisir un supposé "beau point de vue" dans la Nature, sans non plus se limiter à la seule vue des choses ; les descriptions conduisent à des analyses et, souvent, à des questions sur le fait d’écrire à propos de la descente du fleuve. En outre, quelle forme choisir pour cette écriture ? On se souvient que lors de la période du covid, il avait chaque jour écrit une manière de Journal sous la forme de sonnets ; il essaie dans La Décize une série de formes avant de retenir la prose.

 

Quoi noter dans un voyage, quel qu’il soit, puisque l’on sait bien que l’infinie variété de ce qui est visible impose toujours des choix ? Le fleuve, comme ce qui le borde, est comme « une parole sans commencement ni fin » et l’intérêt des notations est justement qu’elles ne prétendent jamais s’arrêter à des éléments qui "mériteraient" d’être conservés. Impossible de faire comme si le fleuve coulait dans une Nature intouchée et de ne rien dire de ce qui définit d’une certaine manière le monde contemporain, les éoliennes, l’usine « au pied du barrage », les granulats, l’existence d’une ZAC, les tours de refroidissement des centrales nucléaires ou le débarquement sur les berges de produits manufacturés. En même temps, sont présents « le mamelon vert du Pouzin », les champs d’abricotiers, les vignes et, toujours, le Rhône qui porte tout, « les maladies et les médicaments ». Voir aussi ceux qui pique-niquent, soit un « infime événement », donc « ce qu’il y a d’extraordinaire // dans l’ordinaire ». Voir aussi « un pigeon qui chie sur un poteau », ce qui rappelle une mouette sur la place Saint-Marc à Venise. Les choses vues entrent dans le poème et c’est le fait de « composer leurs rapports [qui] nous émeut ».

Qui regarde ? comme souvent dans ses livres, Pierre Vinclair assure sa présence : dans le poème d’ouverture, les rôles sont définis, « celui qui peint c’est toi / et moi / ombres sur ombres ; il introduit aussi un lieu (« ma chambre ») et ses proches, ici ses filles à l’arrière d’une voiture et, précision : « j’écris pendant que leur mère conduit ». Ce qui est vu conduit à évoquer d’autres lieux, des souvenirs littéraires, des moments de l’Histoire. À l’eau est attachée la figure d’Ophélie, de son corps noyé, plus loin on se souvient que de l’autre côté du Rhône coule dans les Alpes une autre rivière, l’Arve, ou bien l’on abandonne un moment les bords du Rhône pour la lointaine Lettonie. On revient toujours à l’écriture, parfois avec un détour inattendu quand on regarde les mouvements d’un kayak multiplier « les signes illisibles ». Mais les mots du poème le sont-ils, lisibles ? Pierre Vinclair s’adresse au lecteur qui le lit, proposant le poème comme « un réservoir où tous les mots qui nagent tiennent lieu d’une chose qui pense quoi // ce qui est en trop et ce n’est pas en trop. » Hors de question de prétendre à la transparence, ce qu’affirme une image avec l’emploi détourné de lône qui, dans le Lyonnais, est le « nom donné aux bras du Rhône que l'on colmate pour en exhausser les rives » : Pierre Vinclair parle de « la lône des signes ». On dirait d’ailleurs que cette nécessité de sans cesse apprendre à chiffrer ce que l’on voit, ce que l’on lit atteint la nature entière puisque « la pluie doute » dans un des premiers poèmes et, plus loin, on rencontre « une goutte transpirée par une terre qui doute ».

 

La nature et le fleuve restent tels, à peu près, après le passage de l’écrivain et du peintre. Que reste-t-il du voyage ? Des aquarelles qui tentent de restituer quelque chose de la lumière des lieux traversés. Des mots qui tentent de construire des rapports entre les choses grâce à une attention forte sur la forme :

 

Je pense que la forme — la forme d’une œuvre et de toute chose — n’est pas une fin en soi mais un moyen obscur vers l’obscur informe.

 

Dans une partie du livre, Pierre Vinclair joue le jeu de la forme en explorant quelques-unes des possibilités de la versification. Après le poème inaugural où les vers sont en escalier, un poème de 9 vers avec une alternance 12/13 syllabes mais une entorse pour les vers 6 (17 syllabes), 7(12 s), 8 (9) : les vers 6 +8 comptent 26 syllabes, soit deux fois 13, le dernier vers à nouveau 12 syllabes. Le lecteur reconstruira des régularités autres que dans les vers "classiques", par exemple le troisième poème, non rimé, propose des vers de 16 et 15 syllabes en introduisant des irrégularités : 16/16/15/16/10//5/5//10/5/4. Dans un autre poème, la première strophe paraît bancale si l’on ne compte pas ensemble les syllabes des trois derniers vers : 4/4/4/6/6/6/6/5/4/3 ; soit 12= 6x2 ; la seconde strophe semble hors du système — 6/6/7/4/2 — tant qu’on ne lit pas le troisième vers : « L’hominidé humide, / le fleuve ont le même âge / de bêtes brisées par sept / millions d’années / d’errance. » Dans un sonnet qui semble accepter le schéma classique une masculine rime avec une féminine, et « eau » avec « eau ». Etc. On relèvera des jeux de mots analogues à celui du premier vers ci-dessus (« géographie à main / liquide amant », « turpide / turbine »), jeux dont l’auteur s’amuse : « Les lieux nous font penser à d’autres lieux, et Lyon / aux lions. » On s’attardera aussi sur la souplesse syntaxique de la phrase, avec des rejets qui obligent à une relecture, comme « imbibant la / de crues violente/ vallée violée ». Aux vers succèdent, avec changement de police, des textes en prose de construction également complexe.

 

Beaucoup à lire encore dans un ensemble où l’on suit Pierre Vinclair qui, toujours avec légèreté et sérieux, joue avec le genre pour sans cesse l’interroger et, en même temps, questionner son/notre relation aux choses du monde. On conclut avec lui que certes, « le monde existe : le monde en devenir existe » et, peut-être ?, que « La terre est tout entière dans le rêve ». On loue aussi la qualité de l’impression, tant des textes que des aquarelles de Jérémy Cheval.

 

Pierre Vinclair, La Décize, Épousées par l’écorce, 2026, 58 p.,17 €. Cette recension a été publiée par Sitaudis le 23 juillet 2026.

 

 

 

 

 

 

18/09/2026

Durs Grünbein, Presque un chant

durs grünbein, presque un chant, échange

 

                    Petites annonces

 

Échange grand cœur fonctionnant mal,

Monté sur des piles du type Coucou de la Forêt-Noire,

Contre toaster à bronzer les pectoraux. Code d’annonce : Monaco,

Ce qui, historiquement, produit une image, te convient-il à toi aussi ?

Cherche mode d’emploi pour âme de fabrication plutôt ancienne,

Âmes de mystiques, âmes parmi les premières de la série.

Échange front en acier contre seins délicats. Prière de ne faire

Que des offres sérieuses, pas de matériaux de substitution (silicone).

Cherch saphir pour écouter des cycles de lieder fervents,

Lieder atonaux bienvenus, en échange d’une dernière dent de sagesse.

Échange prostate (encore sous garantie) contre peau de reptile.

Recommence encore et encore. C’est seulement mon corps

Qui collectionne les accidents, se lève le matin sans raison.

Je n’en ai qu’un : je le loue volontiers.

 

Durs Dürbein, Presque un chant, Gallimard, 2019, p. 209.

 

17/09/2026

Durs Grünbein, Presque un chant

durs grünbein, presque un chant, souris

              Gare de l’Est

 

Sous les rails : le paradis des souris.

Elles glissent sans bruit par-dessus l’acier et le ballast gris

Et ont disparu avant que le train suivant entre en gare.

Leur queue frémissante dépasse encore longtemps du trou.

 

Myope, on les suit en rêve. C’est là qu’elles habitent,

Dans un nid fait de vis, de mégots, d’ordures.

Ô vous, chers esprits de la gare, le voyageur se doute-t-il de ce

Qu’il vous doit, vous, ambassadrices des bas-fonds ?

 

Lui qi peut s’échapper sain et sauf pour Vienne ou Varsovie ?

Il survole le journal, et le paysage, au-dehors,

Réduit à la taille d’une illustration de conte, défile muet devant ses yeux.

Sur le trajet, aucune catastrophe ne l’arrache à son sommeil.

 

Durs Grünbein, Presque un chant, Gallimard,

2019, p. 122.

16/09/2026

Durs Grünbein, Presque un chant

duers grünbein, presque un chant, baba cool

                     Endymion

 

Le voilà le collectionneur de vers, le baba cool

De l’univers. Pourquoi son instinct le pousse-t-il

Vers ce qui est lumineux ? Il ne le dit pas.

 

Il est absolument positif en ce qui concerne la Lune.

Cette allée dans l’univers, au visage marqué par la petite vérole.

Ce que l’on dit d’elle le laisse froid.

 

Il est de retour et découvre à présent ici-bas

Les cratères et les déserts. Dans son ermitage

Il vit avec la porte grande ouverte, incognito, tourné vers tout.

 

Durs Grünbein, Presque un chant, Gallimard,

2019, p. 194.

 

 

15/09/2026

Durs Grünbein, Presque un chant

Durs Grünbein, Presque un chant, nature morte

                    Théière et kakis

 

Quand l’après-midi les phases du silence

Se font plus longues que les ombres en hiver,

Vient l’idée de la nature morte.

 

Tout dans la pièce devient tableau, l’observateur

Disparaît peu à peu par les portes ouvertes.

La lumière caresse les meubles et le sol, effleure

La théière et les kakis posés sur l’assiette,

Et comme un fixatif rend les contours ineffaçables.

Elle écrit le livre des choses superflues.

 

Les vieux maîtres japonais ne peignaient plus,

À l’époque de Tout est mort, que l’inanimé

Des tasses et des paravents. Cela suffisait.

 

Durs Grünbein, Presque un chant, Gallimard,

2019, p. 163.

 

Durs Grünbein, Presque un chant

Durs Grünbein, Presque un chant, nature morte

                    Théière et kakis

 

Quand l’après-midi les phases du silence

Se font plus longues que les ombres en hiver,

Vient l’idée de la nature morte.

 

Tout dans la pièce devient tableau, l’observateur

Disparaît peu à peu par les portes ouvertes.

La lumière caresse les meubles et le sol, effleure

La théière et les kakis posés sur l’assiette,

Et comme un fixatif rend les contours ineffaçables.

Elle écrit le livre des choses superflues.

 

Les vieux maîtres japonais ne peignaient plus,

À l’époque de Tout est mort, que l’inanimé

Des tasses et des paravents. Cela suffisait.

 

Durs Grünbein, Presque un chant, Gallimard,

2019, p. 163.

 

14/09/2026

Durs Grünbein, Presque un chant

durs grünbein, presque un chant, poésie, prose

            Un épisode des guerres arctiques

 

Et un jour on émerge de la Poésie

Comme un iceberg de la mer et sur le journal de bord il y a écrit :

« Changé de cap ce matin, direction nord nord-est. »

Le cœur vire de bord. L’eau se colore d’un bleu de baleine bleue.

 

Alors, dans les régions lointaines du cerveau, ce qui était

Départ quotidien et événement, voyage d’exploration, passe à l’imparfait.

La demi-vérité se rapproche de la banquise — la prose.

Et le gel sur les lèvres desséchées, le chant.

 

Durs Grünbein, Presque un chant, Gallimard, 2019, p. 138.

13/09/2026

Durs Grünbein, Presque un chant

durs grübeln, presque un chant, chien

Le chien cartésien

 

Frétillant pour chaque « Non ! » qui le transporte ailleurs

Des paroles telles des puces dans son pelage, le museau dans la saleté

 

Les oreilles plaquées en arrière dans sa fuite devant les  zéros

Chassé par les maux moindres vers la grandeur absolue

 

Las du ciel vide, la gorge vulnérable

Il obéit à la première instance venue qui le pense

 

Durs Grünbein, Presque un chant, Gallimard,

2019, p. 35.

12/09/2026

Jacques Roubaud, strophes reverdie

jacques roubaud, strophes reverdie

Quand

 

La lampe pas encore éteinte

Quand le feu commence à pâlir

Quand le soleil renonce quand

Les gens qui passent dans la rue

         Noircissent

 

Ach !

 

Tu es vieux tu te ressembles

Encore les jours de marché

Un peu de pluie et tu vas fondre

Sur les feuilles mouillées un peu

Courir comme un homme sans pieds ?

 

Jacques Roubaud, strophes reverdie,

L’Usage, 2019, p. 31 et 35.

11/09/2026

Jacques Roubaud, La pluralité des mondes de Lewis

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Lyrique

 

ligne chancelante des feuilles

 

têtes des sept peupliers anglais au loin

 

au-delà de l’espace bleu et vert

 

concède ta dissolution.

 

invraisemblance de penser, en juin,

 

quand ces têtes lointaines, et la touffe, le point

 

de ta nudité, sous les langues chaudes des fenêtres

 

s’emplissant de soleil, me faisant signe, là-haut,

 

à la brièveté équivoque de ces matins.

 

je le savais, il m’en souvient, il faisait beau,

 

de la beauté de l’air qui ne dit rien,

 

pour les heures dans nos matins, et s’en va.

 

chaleur de l’herbe courte, versée, odeur,

 

et de tes jambes,

 

couverte.

 

Jacques Roubaud, La pluralité des mondes de Lewis,

Gallimard, 1991, p. 36.

10/09/2026

Jacques Roubaix, Dors, précédé de Dire la poésie

 

images-6.jpeg

je m’éveille

et j’entends

un cri

 

un cri

d’avant que

je m’éveille

 

——————

 

le noir

 noir

 

noir

 

et

 

l’air

 

jam

 

ais

 

vide

 

Jacques Roubaud, Dors, précédé de

Dire la poésie, Gallimard, 1981, p. 79.

09/09/2026

Jacques Roubaud, Dix hommages

 

jacques roubaud, dix hommages, raymond queneau

Rue Raymond Queneau

 

On a convoqué les mots

Dans la rue Raymond Queneau

 

Mots de bruit, mots de silence

Des mots de toute la France

 

Ils envahissennt les rues

De Paris ses avenues

 

Les verbes ouvrent la marche

De la langue patriarches

 

Ensuite les substantifs

Aidés de leurs adjectifs

 

Les pronoms, les reletifs,

Et les autres supplétifs…

 

Ah ! voici les mots d’amour

Ils accourent des faubourgs

 

Les rimes font ribambelle

Dans la rue de la Chapelle

 

D’autres viennent à dada

Par la rue Tristan Tzara

 

Certains traînent qui sont lents

Encor Place Mac Orlan

 

Un s’écrie « attendez-moi ! »

Attardé rue Max Dormoy

 

Enfin les voilà en masse

Ils s’alignent dans l’espace

 

Ils composent sans problème

Cent Mille Milliards de Pouèmes

 

Jacques Roubaud, Dix hommages,

Ink, np, 2011.

08/09/2026

Jacques Roubaud, Trente et un au cube

jacques roubaud, trente et un au cube

finster sam der Tod

 

DE TA VUE JE MEURS   de te voir, d’être tes yeux,   leur gris et leur bleu    selon l'instant de la nuit, chaque temps de la vue est

mort, de la durée   se dépose en moi, segments   ma vie : « le monde au-   dehors est riant jeune et rouge   vert mais en dessous est noir

sombre comme la   mort » moi je meurs de ta vue   les yeux me dilatent,   me réduisent à un point, je les emporte partout,

poison de couleur, contact de la couleur, gris,   bleu-gris selon les   horaires de l’eau, ta mort   se déclenche en moi, je vis

dans ta vue, qui monte   ma mort comme horloge, comme   salive, qui apprête ma mort, je suis dans   le point bouillant de ta vue

[…]

 Jacques Roubaud, Trente et un au cube, Gallimard, 1973, p. 113.

07/09/2026

Jean Ristat, N Y Meccano

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Equitable Center Galleria

 

La belle poésie pour les larmes comme

Elles roule sur les vitres de manhattan

Un coup de balai un aspirateur à poux

En finir avec la masturbation des nymphes

Une poudre de perlinpimpin à l’église

Sur le cadavre enrubanné la bouche ouverte

Une poule couve la nuit et la clochette

En l’air commande aux agenouillements poussifs

L’abandon dans les sofas des muses à voilettes

Ô mes jolies pensives à se moucher dans

Parménide avec des violettes de parme

La main dégantée pour le flacon de sels

La suffocation d’une baladeuse dans

Les replis moisis des culottes de zouave

Les métaphores et les cloportes à douze pattes

[…]

Jean Ristat, N Y Meccano, Gallimard, 2001, p. 15.