05/05/2026
Bernard Noël, Des formes d'elle

I
vivre dis-tu
c’est la venue
d’un mystère il s’empare.
de nous tu vois cette ombre
sur le corps
tu vois
ce fantôme en dessous
la matière a besoin
de matière
ce besoin
est notre infini
ma langue
touche en toi une serrure
intime
tu fais de moi
un moi par-dessus les morts
par-delà les vivants
Bernard Noël, Des formes d’elle, dans
Les larmes d’Éros, Œuvres, I, P.O.L,
2010, p. 279.
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04/05/2026
Bernard Noël, L'été langue morte

le monde n’est pas fini
et quand le vent se lève
notre visage est différent
l’amour défait l’amour
pour devenir plus que lui-même
qui va mourir
sait que la beauté est inexorable
je regarde ton souffle
tu t’évapores
l’obscur du temps est un ongle
derrière l’œil
il faudrait tenir sa langue
jusqu’au commencement du monde
la lumière est terrible
la mer ressasse
tu cherches un point parmi le jour
le présent est sans but
sans contour
et le sommet des pierres
ne connaît pas leur ombre
ce qui m’arrête
n’est que moi
(…)
Bernard Noël, L’été langue morte, dans
Les Plumes d’Éros, Œuvres I, P.O.L,
2010, p. 87.
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Bernard Noël, L'été langue morte

le monde n’est pas fini
et quand le vent se lève
notre visage est différent
l’amour défait l’amour
pour devenir plus que lui-même
qui va mourir
sait que la beauté est inexorable
je regarde ton souffle
tu t’évapores
l’obscur du temps est un ongle
derrière l’œil
il faudrait tenir sa langue
jusqu’au commencement du monde
la lumière est terrible
la mer ressasse
tu cherches un point parmi le jour
le présent est sans but
sans contour
et le sommet des pierres
ne connaît pas leur ombre
ce qui m’arrête
n’est que moi
(…)
Bernard Noël, L’été langue morte, dans
Les Plumes d’Éros, Œuvres I, P.O.L,
2010, p. 87.
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03/05/2026
Camille Loivier, Je la suis devenue

piétinées ou simplement foulées aux pieds
elles foulent les feuilles tombent
— les orties se redressent
elles piétinent les fruits blets
(pommes poires raisins)
quelques corps de femmes aussi
juste quelques bras oubliés —
des mains mutilées
des cous étranglés
peut-être même ne les voient-elles pas
elles sont dedans
s’emballent
continuent de piétiner
Camille Loivier, Je le suis devenue, éditions
Lanskine, 2026, p.51.
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02/05/2026
Camille Loivier, Je la suis devenue

art pariétal
les femmes de préhistoire ont peint [aussi]
sur les parois des grottes où dormaient
des dizaines d’ours aux fourrures chaudes
paumes douces et [aussi] des hommes
les femmes de préhistoire chassaient [aussi]
leurs mains négatives sur les parois [aussi]
des signatures [peut-être] des présences sûres
elles [aussi] créatrices dès le plus jeune âge
et pas seulement d’enfants tandis que les
hommes [non] mais [peut-être] des artistes [aussi]
Camille Loivier, Je la suis devenue, éditions
Lanskine, 2026, p. 50.
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01/05/2026
Camille Loivier, Je la suis devenue

pendant longtemps
et jusqu’à aujourd’hui peut-être
caméléone
corneille avec brindille dans le bec pour le nid
et dans une forêt-arbre feuille seule et feuille dans l’arbre
pie avec la pie, chien avec le chien
c’est pour éviter cette multiplication
que je recule souvent en moi-même
face aux murs je deviens mure
choquée et boursouflée, écaillée
brune ou grise, peau vivante et
peau rongée
s’appuyer contre
Camille Loivier, Je la suis devenue, éditions
Lanskine, 2026, p.15.
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30/04/2026
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés ? : recension

La linogravure était pratiquée assez couramment dans les écoles primaires de type Freinet dans les années 1950 ; elle demande un matériel simple, une technique facile à acquérir et l’impression n’est pas très coûteuse. Le "simplicité" du titre convient bien à ce genre de création, sachant que le mot n’implique pas la facilité si l’on pense aux linogravures de Derain, de Picasso, de Sibyl Andrews — ou de Raphaël Ségura. Couleurs franches et aplats restituent des paysages — arbres, collines, maisons —, que l’on ne regarde plus tant ils sont trop familiers, et il réinvente avec ses linogravures la vue du lecteur. Ce sont aussi pour James Sacré des embrayeurs pour revenir dans le passé et interroger sa pratique de la langue.
James Sacré n’a pas connu la linogravure dans l’enfance mais la gouache pour préparer de petites « cartes de Noël » où la « naïveté mièvre » s’opposait à la simplicité. Le désir d’écrire un poème est d’un autre ordre, « bruit de langue » qui porte quelques moments d’une vie sans pourtant qu’ils soient lisibles, chacun rapportant à son expérience le sens des mots lus :
Les mots simples sont compliqués
Tu les dis, tu sais jamais
Ce que tu dis
Si un mot renvoie à la couleur du toit de la maison de l’enfance, qu’évoquera-t-il pour le lecteur ? Tout ce qui a construit l’imaginaire et, d’une certaine manière, est déposé dans les mots du poème échappe à la compréhension. « Mais faut-il comprendre ? » On dira que cela vaut pour tout poème, que chacun récrit ce qu’il lit, ou voit. Certes et c’est pourquoi il faudrait toujours « Se saisir des formes comme on faisait dans l’enfance » et, à partir d’elle, bâtir son monde ou revisiter ceux qui ont disparu, plus ou moins oubliés, prêts à renaître devant un tableau, un dessin, une linogravure. Qui sont alors « comme de l’enfance retrouvée ».
Il suffit que le nom du lieu soit effacé pour que le paysage représenté appartienne au passé de qui le regarde ou qu’il devienne pour lui seulement un agencement de couleurs, un jeu de formes, alors paysage silencieux difficile à situer dans une région, même si la végétation, l’architecture orientent vers le sud et la Méditerranée. Mais le puits, mais la bergeronnette, dirigent vers un autre puits, celui du hameau de l’enfance vendéenne — « souvenirs d’une eau vive qui s’en va. »
Ce petit livre très soigneusement imprimé avec de fidèles reproductions de linogravures, remue une thématique chère à James Sacré ; l’image d’un paysage, comme peut le faire le paysage lui-même, l’entraîne vers l’enfance, les paysages qui y sont liés, avec les incertitudes de la mémoire, la tendance à réinventer ce qui fut. En sachant toujours que seuls de rares moments sont retrouvés, comme les tourtisseaux (merveilles), pâtisserie très simple que préparait sa mère — simplicité intacte dans le souvenir.
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés?, linogravures de Raphaël Segura, Potentille, 2025, 30 p., 12 €
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29/04/2026
Bertrand Degott, Correspondances

Notes d’après Pentecôte
III
Tu mets en brassées l’herbe
que tu n’as pas coupée
tu remues la brouette
avec tes mains gantées
je ne sais si ma place est là
rien qu’à te regarder
dans le jardin
à la chaleur du soleil il
y a tout ça de fragile
de blanc et d’embaumant
comme une branche casse
au seringa
tout va très vite ainsi
dans l’efficace
à craindre les regards
juste un peu plus que les regains
— et d’ailleurs le temps passe
la pie jacasse
et le melon mûrit
sur la terrasse
Bertrand Degott, Correspondances,
éditions Tarabuste, 2026, p. 24-25.
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28/04/2026
Bertrand Degott, Correspondances

Notes d’après Pentecôte
II
Entre la poutre et le torchis
tu fais passer ta main pour éprouver le vide
— mais oui, parfois
lorsque la fenêtre est ouverte
en grand sur la campagne
les hirondelles
entrent pour y nicher —
les martinets ont beau crier
leur douleur sur les toits
tu voudrais concilier
(tel est notre débat)
la périlleuse intranquillité
et ton besoin de ciel
avec la douceur de t’asseoir
à l’ombre en compagnie
d’un noisetier déchiré par l’entaille.
Bertrand Degott, Correspondances,
Tarabuste éditeur, 2026, p. 23.
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27/04/2026
Quelques animaux qui volent



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26/04/2026
Quelques animaux terriens



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25/04/2026
Bertrand Degott, Correspondances

Notes d’après Pentecôte
I
Tandis que tu dormais encore
j’ai ouvert les volets
sur le jardin
le rosier jaune est là
dont un vase déborde
à l’intérieur
le fouillis d’herbes folles
les chants et le va-et-vient des oiseaux
les peupliers avec leur tremblement
sur tout ça l’inquiétude
et la respiration
— s’il me fallait des preuves
de ton corps à l’étage —
s’installe peu à peu
doucement se mélange
aux première lueurs
Bertrand Degott, Correspondances,
Tarabuste éditeur, 2026, p. 22.
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24/04/2026
Geoffrey Squires, Littoral

Mouvement de l’autre côté
qui se brise sur le cap
la pointe de l’île
Une longue houle lente
qui vient du sud-ouest
Vague après vague
Ey à la fin on s’en lasse de la mer je veux dire
sa régularité sa monotonie
sa régénération infinie
Geoffrey Squires, Littoral, traduction François
Heusbourg, éditions Unes, 2026, p. 43.
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23/04/2026
Geoffrey Squires, Littoral

Empreinte de l’eau mouvements et courants
faibles marées transformées en silhouettes sur le sable strié
qui sèchent et durcissent au soleil
rendant la marche pieds nus assez inconfortable
Curvilinéairs régulières
sauf lorsqu’un ruisselet les a emportées
les a effacées
Alors que la mer elle-même s’est retirée
une simple frange blanche à l’horizon
comme une dentelle pour les yeux
Tout en étant capable de maintenir même à cette distance
un fracas presque ininterrompu
à mesure que les vagues se brisent inégales d’abord ici puis là
Tout le longe de la ligne
Geoffrey Squires, Littoral, traduction François Heusbourg,
éditions Unes, 2026, p. 51.
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22/04/2026
Geoffrey Squires, Littoral

Comme elle est stable cette existence constante à peine vacillante
et à cause de ça peut-être faible perception du temps qui passe
Il y a cohérence en cela
une continuité que j’aime
une forme de réconfort
Qui ne veut rien dire ne garantit rien
Geoffrey Squires, Littoral, bilingue, traduction François
Heusbourg, éditions Unes, 2026, p. 41.
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