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04/05/2026

Bernard Noël, L'été langue morte

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le monde n’est pas fini

et quand le vent se lève

notre visage est différent

l’amour défait l’amour

pour devenir plus que lui-même

qui va mourir

sait que la beauté est inexorable

je regarde ton souffle

tu t’évapores

l’obscur du temps est un ongle

derrière l’œil

il faudrait tenir sa langue

jusqu’au commencement du monde

la lumière est terrible

la mer ressasse

tu cherches un point parmi le jour

le présent est sans but

sans contour

et le sommet des pierres

ne connaît pas leur ombre

ce qui m’arrête

n’est que moi

(…)

Bernard Noël, L’été langue morte, dans

Les Plumes d’Éros, Œuvres I, P.O.L,

2010, p. 87.

Bernard Noël, L'été langue morte

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le monde n’est pas fini

et quand le vent se lève

notre visage est différent

l’amour défait l’amour

pour devenir plus que lui-même

qui va mourir

sait que la beauté est inexorable

je regarde ton souffle

tu t’évapores

l’obscur du temps est un ongle

derrière l’œil

il faudrait tenir sa langue

jusqu’au commencement du monde

la lumière est terrible

la mer ressasse

tu cherches un point parmi le jour

le présent est sans but

sans contour

et le sommet des pierres

ne connaît pas leur ombre

ce qui m’arrête

n’est que moi

(…)

Bernard Noël, L’été langue morte, dans

Les Plumes d’Éros, Œuvres I, P.O.L,

2010, p. 87.

03/05/2026

Camille Loivier, Je la suis devenue

camille loivier, je la suis devenue, transformation

piétinées ou simplement foulées aux pieds

 

elles foulent les feuilles tombent

— les orties se redressent

                                     elles piétinent les fruits blets

(pommes poires raisins)

quelques corps de femmes aussi

juste quelques bras oubliés —

des mains mutilées

des cous étranglés

 

peut-être même ne les voient-elles pas

elles sont dedans

s’emballent

continuent de piétiner

 

Camille Loivier, Je le suis devenue, éditions

Lanskine, 2026, p.51.

02/05/2026

Camille Loivier, Je la suis devenue

 

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                 art pariétal

 

les femmes de préhistoire ont peint [aussi]

sur les parois des grottes où dormaient

des dizaines d’ours aux fourrures chaudes

paumes douces et [aussi] des hommes

 

les femmes de préhistoire chassaient [aussi]

leurs mains négatives sur les parois [aussi]

des signatures [peut-être] des présences sûres

elles [aussi] créatrices dès le plus jeune âge

et pas seulement d’enfants tandis que les

hommes [non] mais [peut-être] des artistes [aussi]

 

Camille Loivier, Je la suis devenue, éditions

Lanskine, 2026, p. 50.

01/05/2026

Camille Loivier, Je la suis devenue

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pendant longtemps

et jusqu’à aujourd’hui peut-être

caméléone

corneille avec brindille dans le bec pour le nid

et dans une forêt-arbre feuille seule et feuille dans l’arbre

pie avec la pie, chien avec le chien

 

c’est pour éviter cette multiplication

que je recule souvent en moi-même

 

face aux murs je deviens mure

choquée et boursouflée, écaillée

brune ou grise, peau vivante et

peau rongée

 

s’appuyer contre

 

Camille Loivier, Je la suis devenue, éditions

Lanskine, 2026, p.15.

30/04/2026

James Sacré, Si la simplicité nous a quittés ? : recension

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La linogravure était pratiquée assez couramment dans les écoles primaires de type Freinet dans les années 1950 ; elle demande un matériel simple, une technique facile à acquérir et l’impression n’est pas très coûteuse. Le "simplicité" du titre convient bien à ce genre de création, sachant que le mot n’implique pas la facilité si l’on pense aux linogravures de Derain, de Picasso, de Sibyl Andrews — ou de Raphaël Ségura. Couleurs franches et aplats restituent des paysages — arbres, collines, maisons —, que l’on ne regarde plus tant ils sont trop familiers, et il réinvente avec ses linogravures la vue du lecteur. Ce sont aussi pour James Sacré des embrayeurs pour revenir dans le passé et interroger sa pratique de la langue.

 

James Sacré n’a pas connu la linogravure dans l’enfance mais la gouache pour préparer de petites « cartes de Noël » où la « naïveté mièvre » s’opposait à la simplicité. Le désir d’écrire un poème est d’un autre ordre, « bruit de langue » qui porte quelques moments d’une vie sans pourtant qu’ils soient lisibles, chacun rapportant à son expérience le sens des mots lus :

 

                       Les mots simples sont compliqués

                       Tu les dis, tu sais jamais

                       Ce que tu dis

 

Si un mot renvoie à la couleur du toit de la maison de l’enfance, qu’évoquera-t-il pour le lecteur ? Tout ce qui a construit l’imaginaire et, d’une certaine manière, est déposé dans les mots du poème échappe à la compréhension. « Mais faut-il comprendre ? » On dira que cela vaut pour tout poème, que chacun récrit ce qu’il lit, ou voit. Certes et c’est pourquoi il faudrait toujours « Se saisir des formes comme on faisait dans l’enfance » et, à partir d’elle, bâtir son monde ou revisiter ceux qui ont disparu, plus ou moins oubliés, prêts à renaître devant un tableau, un dessin, une linogravure. Qui sont alors « comme de l’enfance retrouvée ».

Il suffit que le nom du lieu soit effacé pour que le paysage représenté appartienne au passé de qui le regarde ou qu’il devienne pour lui seulement un agencement de couleurs, un jeu de formes, alors paysage silencieux difficile à situer dans une région, même si la végétation, l’architecture orientent vers le sud et la Méditerranée. Mais le puits, mais la bergeronnette, dirigent vers un autre puits, celui du hameau de l’enfance vendéenne — « souvenirs d’une eau vive qui s’en va. »

 

Ce petit livre très soigneusement imprimé avec de fidèles reproductions de linogravures, remue une thématique chère à James Sacré ; l’image d’un paysage, comme peut le faire le paysage lui-même, l’entraîne vers l’enfance, les paysages qui y sont liés, avec les incertitudes de la mémoire, la tendance à réinventer ce qui fut. En sachant toujours que seuls de rares moments sont retrouvés, comme les tourtisseaux  (merveilles), pâtisserie très simple que préparait sa mère — simplicité intacte dans le souvenir.

James Sacré, Si la simplicité nous a quittés?, linogravures de Raphaël Segura, Potentille, 2025, 30 p., 12 €

 

29/04/2026

Bertrand Degott, Correspondances

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Notes d’après Pentecôte 

 

               III

 

Tu mets en brassées l’herbe

que tu n’as pas coupée

 

tu remues la brouette

avec tes mains gantées

 

je ne sais si ma place est là

rien qu’à te regarder

         dans le jardin

 

 

à la chaleur du soleil il

y a tout ça de fragile

de blanc et d’embaumant

 

comme une branche casse

        au seringa

 

tout va très vite ainsi

       dans l’efficace

 

à craindre les regards

juste un peu plus que les regains

 

— et d’ailleurs le temps passe

       la pie jacasse

et le melon mûrit

       sur la terrasse

 

Bertrand Degott, Correspondances,

éditions Tarabuste, 2026, p. 24-25.

28/04/2026

Bertrand Degott, Correspondances

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Notes d’après Pentecôte

 

             II

 

Entre la poutre et le torchis

tu fais passer ta main pour éprouver le vide

 

— mais oui, parfois

lorsque la fenêtre est ouverte

en grand sur la campagne

 

les hirondelles

entrent pour y nicher —

les martinets ont beau crier

leur douleur sur les toits

 

tu voudrais concilier

(tel est notre débat)

 

la périlleuse intranquillité

et ton besoin de ciel

 

avec la douceur de t’asseoir

à l’ombre en compagnie

d’un noisetier déchiré par l’entaille.

 

Bertrand Degott, Correspondances,

Tarabuste éditeur, 2026, p. 23.

27/04/2026

Quelques animaux qui volent

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26/04/2026

Quelques animaux terriens

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25/04/2026

Bertrand Degott, Correspondances

 

bertrand degott, correspondances,pentecôte

Notes d’après Pentecôte

 

                I

 

Tandis que tu dormais encore

j’ai ouvert les volets

        sur le jardin

 

le rosier jaune est là

dont un vase déborde

         à l’intérieur

 

le fouillis d’herbes folles

les chants et le va-et-vient des oiseaux

les peupliers avec leur tremblement

 

sur tout ça l’inquiétude

et la respiration

 

— s’il me fallait des preuves

de ton corps à l’étage —

 

s’installe peu à peu

doucement se mélange

 

aux première lueurs

 

Bertrand Degott, Correspondances,

Tarabuste éditeur, 2026, p. 22.

24/04/2026

Geoffrey Squires, Littoral

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Mouvement de l’autre côté

qui se brise sur le cap

la pointe de l’île

 

Une longue houle lente

qui vient du sud-ouest

 

Vague après vague

 

Ey à la fin on s’en lasse   de la mer je veux dire

sa régularité sa monotonie

sa régénération infinie

 

Geoffrey Squires, Littoral, traduction François

Heusbourg, éditions Unes, 2026, p. 43.

23/04/2026

Geoffrey Squires, Littoral

geoffrey squires, littoral, horizon

Empreinte de l’eau    mouvements et courants

faibles marées transformées en silhouettes sur le sable strié

qui sèchent et durcissent au soleil

rendant la marche pieds nus assez inconfortable

 

Curvilinéairs régulières

sauf lorsqu’un ruisselet les a emportées

les a effacées

 

Alors que la mer elle-même s’est retirée

une simple frange blanche à l’horizon

comme une dentelle pour les yeux

 

Tout en étant capable de maintenir même à cette distance

un fracas presque ininterrompu

à mesure que les vagues se brisent inégales d’abord ici puis là

 

Tout le longe de la ligne

 

Geoffrey Squires, Littoral, traduction François Heusbourg,

éditions Unes, 2026, p. 51.

22/04/2026

Geoffrey Squires, Littoral

                        geoffrey squires, littoral, stabilité

Comme elle est stable cette existence   constante à peine vacillante

et à cause de ça peut-être   faible perception du temps qui passe

 

Il y a cohérence en cela

une continuité que j’aime

une forme de réconfort

 

Qui ne veut rien dire   ne garantit rien

 

Geoffrey Squires, Littoral, bilingue, traduction François

Heusbourg, éditions Unes, 2026, p. 41.

21/04/2026

Geoffrey Squires, Littoral

geoffrey squires, littoral, étrangeté

Étrange la quiétude dans le bosquet de midi

les silences de la chaleur    plein de présages

 

Chaque buisson chaque arbre    couvert de significations

dans la conscience que    avec la conscience que

 

Et le petit cours d’eau qui traverse l’ensemble

habillant avec sens    vocal littéral

etrange la quiétude dans le bosquet de midi

 

Geoffrey Squires, Littoral, édition bilingue, traduction

de François Heusbourg, 2026, p. 15.