04/07/2026
Eduard Mörike, Poèmes

Mal du pays
Tout s’altère à chaque autre pas
Qui m’éloigne de mon aimée ;
Mon cœur ne veut plus avancer.
Par ici, le soleil est froid,
Tout, ici, me semble étranger,
Même la fleur au bord de l’eau !
Tout prend ici ce que je vois
Un autre air, un visage faux.
J’entends l’eau vive murmurer :
« Viens me voir garçon malheureux :
J’ai moi aussi des myosotis ! »
- Ils sont, c’est vrai, beaux en tous lieux
Mais pas aussi beaux que là-bas !
Partir, oh oui, partir !
J’ai trop de larmes dans les yeux !
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
traduction Nicole Taubes, Les
Belles Lettres, 2010, p. 41.
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03/07/2026
Eduard Mörike, Poèmes

Au petit jour
Mon œil sans sommeil brûle encore
Quand déjà le jour va paraître
À la fenêtre de ma chambre
Mon esprit s’agite, égaré,
Tiraillé, assailli de doutes,
Halluciné par des fantômes.
- Cesse donc, mon âme angoissée
Cesse enfin de te tourmenter !
Réjouis-toi ! Ici et là
Déjà s’éveillent les matines.
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
Traduction Nicole Taubes, Les
Belles Lettres, 2010, p. 24.
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02/07/2026
Eduard Mörike, Poèmes

Bien une heurette avant le jour
Tandis que je dormais encore
Bien une heurette avant le jour ;
Sur l’arbre, devant ma fenêtre,
Tout bas l’hirondelle a chanté,
Bien une heurette avant le jour.
‘Écoute ce que j’ai à dire !
J(accuse ici ton bon ami :
Sache que tandis que je chante,
Il est auprès d’une autre fille
Bien une heurette avant le jour !
Ô douleur, ne m’en dis pas plus !
Plus un mot ! je n’en sais que trop !
Envole-toi ! quitte ma branche !
Adieu cœur vain et vain amour !
Bien une heurette avant le jour.
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
traduction de l’allemand Nicole Taubes,
Les belles lettres, 2010, p. 13-14.
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01/07/2026
La Fontaine, Fables, VIII, 24

L’éducation
Laridon et César, frères dont l’origine
Venait de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis,
À deux maîtres divers échus au temps jadis,
Hantaient l’un les forêts, l’autre la cuisine.
Ils avaient eu d’abord chacun un autre nom :
M is la diverse nourriture
Fortifiant en l’un cette heureuse nature,
En l’autre l’altérant, un certain marmiton
Nomma celui-ci Laridon :
Son frère, ayant couru mainte haute aventure,
Mis maint Cerf aux abois, maint Sanglier abattu,
Fut le premier César que la gent chienne ait eu.
On eut soin d’empêcher qu’une indigne maîtresse
Ne fit en ses enfants dégénérer son sang :
Laridon négligé témoignait sa tendresse
À l’objet le premier passant.
Il peupla tout de son ignorance :
Tournebroches par lui rendus communs en France
Y font corps à pat, fuyant les hasards,
Peuple antipode des Césars.
On ne suis pas toujours ses aïeux ni son père :
Le peu de soin, le temps, tout fait qu’on dégénère :
Faute de cultiver la nature et ses dons,
Ô combien de Césars deviendront Laridons !
La Fontaine, Fables, VIII, 24, édition Jean-Paul
Collinet, Pléiade/Gallimard, 1991, p. 577.
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30/06/2026
La Fontaine, Fables, La Fortune et le jeune Enfant

La Fortune et le jeune Enfant
Sur le bord d’un puits très profond
Dormait étendu de son long
Un Enfant alors dans ses classes.
Tout est aux Écoliers couchette et matelas.
Un honnête homme en pareil cas
Aurait fait un saut de vingt brasses.
Près de là tout heureusement
La Fortune passa, l’éveilla doucement,
Lui disant : mon Mignon, je vous sauve la vie.
Soyez une autre fois plus sage, je vous prie.
Si vous fussiez tombé, on s’en serait pris à moi ;
Cependant c’était votre faute.
Je vous demande de bonne fois
Si cette imprudence si haute
Provient de mon caprice. Elle part à ces mots.
Pour moi, j’approuve son propos.
Il arrive rien dans le monde
Qu’il ne faille qu’elle en réponde
Nous la faisons de tous échos.
Elle est prise à garant de toutes aventures.
Est-on sot, étourdi, prend-on mal ses mesures ;
On pense en être quitte en accusant son sort.
Bref la Fortune a toujours tort.
La Fontaine, Fables, VI,11, édition Jean-Paul
Collinet, Pléiade/Gallimard, 1991, p. 337.
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29/06/2026
La Fontaine, Fables

Le chien qui lâche sa proie pour l’ombre
Chacun se trompe ici-bas.
On voit courir après l’ombre
Tant de fous, qu’on n’en sait pas
La plupart du temps le nombre.
Au Chien dont parle Ésope il faut les renvoyer.
Ce Chien, voyant sa proie en l’eau représentée
La quitta pour l’image, et pensa se noyer ;
La rivière devint tout à coup agitée.
À toute peine il regagna les bords
Et n’eut ni l’ombre ni le corps.
La Fontaine, Fables, VI, 17, édition Jean-Paul Collinet,
Pléiade/Gallimard, 1991, p. 413.
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28/06/2026
La Fontaine, Fables, VI, 7

Le Mulet se vantant de sa généalogie
Le Mulet d’un prélat se piquait de noblesse,
Et ne parlait incessamment
Que de sa Mère la jument,
Dont il contait mainte prouesse.
Elle avait fait ceci, puis avait été là.
Son fils prétendait pour cela
Qu’on le dût mettre dans l’Histoire.
Il eût cru s’abaisser servant un Médecin.
Étant devenu vieux on le mit au moulin.
Son père l’Âne alors lui revint en mémoire.
Quand le malheur ne serait bon
Qu’à mettre un sot à la raison,
Toujours serait-ce à juste cause
Qu’on le dit bon à quelque chose.
La Fontaine, Fables, VI, 7, édition Jean-Paul
Collinet, Pléiade/Gallimard, p. 389.
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27/06/2026
La Fontaine, Fables, Le Renard et le Buste

Le Renard et le Buste
Les Grands, pour la plupart, sont masques de théâtre :
Leur apparence impose au vulgaire idolâtre.
L’Âne n’en sait juger que par ce qu’il voit.
Le Renard au contraire à fond les examine,
Les tourne de tous sens ; et quand il aperçoit
Que leur fait n’est que bonne mine,
Il leur applique un mot qu’un Buste de héros
Lui fit dire fort à propos.
C’était un buste creux, et plus grand que nature.
Le. Renard, en louant l’effort de la sculpture :
Belle tête, dit-il, mais de cervelle point.
Combien de grands Seigneurs sont Bustes en ce point !
La Fontaine, Fables, IV, 14, édition Jean-Paul Collinet,
Pléiade/Gallimard, 1991, p. 279.
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26/06/2026
La Fontaine, Fables

Les deux Taureaux et une Grenouille
Deux taureaux combattaient à qui possèderait
Une Génisse avec l’empire.
Une grenouille en soupirait.
Qu’avez-vous ? se mit à lui dire
Quelqu’un du peuple coassant.
Et ne voyez-vous pas, dit-elle,
Que la fin de cette querelle
Sera l’exil de l’un ; que l’autre le chassant
Le fera renoncer aux campagnes fleuries ?
Il ne règnera plus sur l’herbe des prairies,
Viendra dans nos marais régner sur les roseaux,
Et nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,
Tantôt l’une, et puis l’autre, il faudra qu’on pâtisse
Du combat qu’a causé Madame la Génisse.
Cette crainte était de bon sens ;
L’un des taureaux en leur demeure
S’alla cacher à leurs dépens.
Il en écrasait vingt par heure.
Hélas ! on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.
La Fontaine, Fables, II, 4, édition Jean-Pierre Collinet,
Pléiade/Gallimard, 1991, p. 121.
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25/06/2026
La Fontaine, Le Lion abattu par L'Homme

Le Lion abattu par l’Homme
On exposait une peinture
Où l’artisan avait tracé
Un Lion d’immense stature
Par un seul homme terrassé.
Un Lion en passant rabattit leur caquet.
Je vois bien, dit-il, qu’en effet
On vous donne ici la victoire.
Mais l’Ouvrier vous a déçus :
Il avait liberté de feindre.
Avec plus de raison nous aurions le dessus,
Si mes Confrères savaient peindre.
La Fontaine, Fables, III, 10, édition Jean-Paul
Collinet, Pléiade/Gallimard, 1991, p. 201.
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24/06/2026
Yannick Mercoyrol, Calder, pas de deux : recension

La lecture du livre de Yannick Mercoyrol est bienvenue avant de visiter l’exposition consacrée à Alexander Calder (1898-1976) — Sandy, diminutif de son prénom, pour ses proches —. Le sculpteur et peintre est venu en France pour la première fois en 1926 et cinquante années ont passé depuis son décès à New York : deux dates qui donnaient un bon prétexte pour une exposition qui embrasse les divers domaines de son activité, sculpture (mobiles, stabiles, bois), peinture, dessin, gravure, lithographie, céramique, affiche, bijoux, portraits en fil de fer1. À côté de l’imposant catalogue qui rassemble les images des œuvres exposées et des études, Calder, pas de deux remplit une autre fonction. Le livre propose peu de données biographiques, — sortant heureusement de "l’homme et l’œuvre" —, se voulant un essai et, par endroits, un récit où la fiction éclaire des moments de la vie de cet inventeur de formes, par exemple dans les lettres imaginées à partir du Journal de Louisa James, l’épouse de Calder.
L’auteur s’intéresse d’abord à l’activité créatrice de Calder, le sculpteur a été pour lui « au sens de Musil, un artiste sans qualité dont la biographie se confond avec celle de son œuvre au gré des projets, des rencontres, des expositions. » Un grand-père et un père sculpteurs (tous deux prénommés Alexander), une mère peintre, le destin était tracé ; très jeune Sandy fabriquait avec ce qu’il avait sous la main des jouets, conservés et présents dans la première grande rétrospective de 1943 au MoMA (Museum of Modern Art, New York). Sa formation de peintre succède à des études complètes d’ingénierie mécanique, il gagne ensuite son pain avec le dessin de presse et fréquente les représentations du Ringling Bros Circus, ce qui le conduit à inventer le Cirque Calder dont les personnages, humains et animaux, sont en bois, fil de fer et autres matériaux divers. Calder part à Paris en 1926 où son cirque a beaucoup de succès dans le milieu des artistes — il rencontre rapidement Léger, Varèse, Miró, Hélion (dont il rejoindra le groupe Abstraction-Création), Cage, Mondrian (dont il visite l’atelier en 1930) … ; sa première sculpture cinétique avec moteur, Goldfish Bowl, est créée en 1929. Après plusieurs séjours en France, Calder et son épouse s’établissent en Touraine, à Saché, à partir des années 1950, grâce à Jean Davidson (fils du sculpteur Jo Davidson) qui devint son gendre et à qui il dicta son autobiographie (1966, An Autobiography with pictures, Pantheon ; 1972, Autobiographie, Maeght éditeur). C’est dans ce village qu’il fit construire de vastes ateliers pour la fabrication de ses stabiles.
Calder adopte le mot mobile pour désigner ses créations : il lui est proposé par Marcel Duchamp. Entre sculpture et peinture, ces objets répondent à son « obsession du mouvement ». Il a écrit en 1932, un an avant son retour aux États-Unis, « Comme l’art vraiment sérieux doit être d’accord avec les grandes lois et non pas seulement avec les apparences, dans les sculptures mobiles j’essaie de mettre en mouvement tous les éléments. Il s’agit d’harmoniser ces déplacements, atteignant ainsi une possibilité neuve de beauté » et, toujours à propos des mobiles, « On peut composer un mouvement exactement comme on compose des couleurs ou des formes ». En février, il a exposé des mobiles à la galerie Vignon. Si les premiers étaient en mouvement grâce à une manivelle ou à un petit moteur, les mobiles ont été ensuite mus par l’air, donc avec un mouvement imprévisible. Les plaques de métal qui les constituent, liées entre elles par des fils d’acier, sont couvertes de couleurs (noir, bleu, rouge, jaune).
Les premiers stabiles, qui doivent cette fois leur nom à Arp, sont exposés en février 1937 à New York, dans la galerie de Pierre Matisse (fils du peintre Henri Matisse). Mercoyrol note que les deux manières de créer sont complémentaires, « le mouvement n’est pas celui de l’œuvre elle-même mais du spectateur qui tourne autour, dégageant des perspectives changeantes ». Si le titre Pas de deux s’explique par l’alternance du texte de Yannick Mercoyrol et celui reconstruit de Louisa, cette complémentarité le justifie aussi : de même, dans un sens figuré Pas de deux implique une relation de proximité. Ces sculptures, également peintes, associant des plaques métalliques parfois monumentales sont alors visibles dans des villes. En 1940, la pénurie de matériaux conduit Calder à travailler en associant bois, os lustré, galet, reliés entre eux par des tiges d’acier ; la construction reposait d’abord sur le sol et est ainsi définie par un ami proche, James Johnson Sweeney, « Les Constellations sont des stabiles à plusieurs éléments disparates, de couleurs et de formes. Avec elles, Calder s'est ouvert un champ d'exploration nouveau. »2 Sweeney, critique d’art, qui dirigea le MoMA, et Marcel Duchamp, leur donnèrent ce nom.
C’est pendant la Seconde guerre mondiale, en 1943, qu’eut lieu, au MoMA, la première grande rétrospective consacrée à Calder, reconnaissance d’une œuvre dont il a affirmé « Forme, masse, mouvement, toute ma théorie de l’art repose sur leur disparité ». Yannick Mercoyrol, de cet « équilibre incertain », propose de lire l’œuvre comme « une mise en scène de cette dynamique duelle : vide et plein, concave et convexe, transparent et opaque, léger et pesant, mouvement et immobilité, un et multiple » — on ajoutera lumière et ombre, leur jeu important au sculpteur qui prépara le décor de Amériques de Varèse et collabora avec la chorégraphe Martha Graham. Depuis les années cinquante, cette architecture en vide des mobiles et des stabiles est devenue "populaire", son abstraction acceptée, en partie parce que, comme l’écrit Louisa Calder par la plume de l’auteur,
nous sommes à jamais des mobiles, points flottants minuscules fusant en ligne brisée, selon le diagramme aléatoire qui dessine à la fin la ligne abstraite qu’on appelle une vie ou une étoile filante.
On apprécie cette approche passionnante de Calder pour l’essentiel à partir de son œuvre.
1 Paris, Fondation Vuitton, du 15 avril au 16 août 2026, Calder, rêver en équilibre.
2 cité dans Calder Foundation, (en ligne), qui donne des reproductions de diverses œuvres de Calder.
Yannick Mercoyrol, Calder, Pas de deux, L'Atelier contemporain, 2026, 140 p., 19 €. Cette recension a été publiée par Sitaudis le 11 mai 2026.
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23/06/2026
La Fontaine, L'ivrogne et sa femme

L’ivrogne et sa femme
Chacun a son défaut où toujours il revient :
Honte ni peur n’y remédie.
Sur ce propos d’un conte il me souvient :
Je ne dis rien que je n’appuie
De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
Altérait sa santé, son esprit et sa bourse.
Telles gens n’ont pas fait la moitié de leur course
Qu’ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci plein du jus de la treille
Avait laissé ses sens au fond d’une bouteille,
Sa femme l’enferma dans un certain tombeau.
Là les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. À son réveil il treuve
L’attirail de la mort à l’entour de son corps.
Un luminaire, un drap des morts.
Oh ! dit-il, qu’est ceci ? Ma femme est-elle veuve ?
Là-dessus, son Épouse en habit d’Alecton
Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu mort, approche de sa bière,
Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
L’époux alors ne doute en aucune manière
Qu’il ne soit citoyen d’Enfer.
Quelle personne es-tu, dit-il à ce fantôme.
Le cellerière du royaume
De Satan, reprit-elle, et je porte à manger
À ceux qu’enclôt la tombe noire.
Le mari repart sans songer :
Tu ne leur portes rien à boire !
La Fontaine, Fables, III, 7, édition Jean-Paul Collinet,
Pléiade/Galimard, 1991, p. 197.
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22/06/2026
La Fontaine, Fables

Le vieux chat et la jeune souris
Une jeune souris de peu d’expérience
Crut fléchir un vieux Chat implorant sa clémence,
Et payant de raison le Raminagrobis :
Laissez-moi vivre : une Souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerai-je, à votre avis
L’Hôte et l’Hôtesse, et tout leur monde ?
D’un grain de blé je me nourris
Une noix me rend toute ronde.
À présent je suis maigre : attendez quelque temps
Réservez ce repas à Messieurs vos Enfants.
Ainsi parlait au Chat le Souris attrapée.
L’autre lui dit : Tu t’es trompée
Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant de parler à des sourds.
Chat et vieux pardonner ? cela n’arrive guères.
Selon ces lois descends là-bas,
Meurs, et va-t’en tout de ce pas
Haranguer les sœurs Filandières.
Mes enfants trouveront assez d’autres repas.
Il tint parole ; et pour ma fable,
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir.
La vieillesse est impitoyable.
La Fontaine, Fables, XII, 5, édition Jean-Pierre Collinet,
Pléiade/Gallimard, 2021, p. 771.
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21/06/2026
Sol de la forêt (Landes)




pneumatophores du cyprès chauve
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20/06/2026
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans ces ténèbres noires

Sonnet
Qu’il est dommage que ton existence,
ce qu’elle est devenue pour moi, la mienne,
n’ait pu le devenir pour toi aussi.
… Combien de fois dans le vieux terrain vague
n’ai-je lancé dans le cosmos des câbles
mon sou de cuivre armorié, dans un
effort désespéré pour magnifier
l’instant de communication. Hélas
à celui qui ne sait à lui tout seul
remplacer l’univers, que reste-t-il
que de faire tourner le vieux cadran
comme un spirite fait tourner les tables,
jusqu’à ce qu’un fantôme fasse écho
aux derniers pleurs de l’appel dans la nuit.
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 30.
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