02/05/2026
Camille Loivier, Je la suis devenue

art pariétal
les femmes de préhistoire ont peint [aussi]
sur les parois des grottes où dormaient
des dizaines d’ours aux fourrures chaudes
paumes douces et [aussi] des hommes
les femmes de préhistoire chassaient [aussi]
leurs mains négatives sur les parois [aussi]
des signatures [peut-être] des présences sûres
elles [aussi] créatrices dès le plus jeune âge
et pas seulement d’enfants tandis que les
hommes [non] mais [peut-être] des artistes [aussi]
Camille Loivier, Je la suis devenue, éditions
Lanskine, 2026, p. 50.
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01/05/2026
Camille Loivier, Je la suis devenue

pendant longtemps
et jusqu’à aujourd’hui peut-être
caméléone
corneille avec brindille dans le bec pour le nid
et dans une forêt-arbre feuille seule et feuille dans l’arbre
pie avec la pie, chien avec le chien
c’est pour éviter cette multiplication
que je recule souvent en moi-même
face aux murs je deviens mure
choquée et boursouflée, écaillée
brune ou grise, peau vivante et
peau rongée
s’appuyer contre
Camille Loivier, Je la suis devenue, éditions
Lanskine, 2026, p.15.
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30/04/2026
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés ? : recension

La linogravure était pratiquée assez couramment dans les écoles primaires de type Freinet dans les années 1950 ; elle demande un matériel simple, une technique facile à acquérir et l’impression n’est pas très coûteuse. Le "simplicité" du titre convient bien à ce genre de création, sachant que le mot n’implique pas la facilité si l’on pense aux linogravures de Derain, de Picasso, de Sibyl Andrews — ou de Raphaël Ségura. Couleurs franches et aplats restituent des paysages — arbres, collines, maisons —, que l’on ne regarde plus tant ils sont trop familiers, et il réinvente avec ses linogravures la vue du lecteur. Ce sont aussi pour James Sacré des embrayeurs pour revenir dans le passé et interroger sa pratique de la langue.
James Sacré n’a pas connu la linogravure dans l’enfance mais la gouache pour préparer de petites « cartes de Noël » où la « naïveté mièvre » s’opposait à la simplicité. Le désir d’écrire un poème est d’un autre ordre, « bruit de langue » qui porte quelques moments d’une vie sans pourtant qu’ils soient lisibles, chacun rapportant à son expérience le sens des mots lus :
Les mots simples sont compliqués
Tu les dis, tu sais jamais
Ce que tu dis
Si un mot renvoie à la couleur du toit de la maison de l’enfance, qu’évoquera-t-il pour le lecteur ? Tout ce qui a construit l’imaginaire et, d’une certaine manière, est déposé dans les mots du poème échappe à la compréhension. « Mais faut-il comprendre ? » On dira que cela vaut pour tout poème, que chacun récrit ce qu’il lit, ou voit. Certes et c’est pourquoi il faudrait toujours « Se saisir des formes comme on faisait dans l’enfance » et, à partir d’elle, bâtir son monde ou revisiter ceux qui ont disparu, plus ou moins oubliés, prêts à renaître devant un tableau, un dessin, une linogravure. Qui sont alors « comme de l’enfance retrouvée ».
Il suffit que le nom du lieu soit effacé pour que le paysage représenté appartienne au passé de qui le regarde ou qu’il devienne pour lui seulement un agencement de couleurs, un jeu de formes, alors paysage silencieux difficile à situer dans une région, même si la végétation, l’architecture orientent vers le sud et la Méditerranée. Mais le puits, mais la bergeronnette, dirigent vers un autre puits, celui du hameau de l’enfance vendéenne — « souvenirs d’une eau vive qui s’en va. »
Ce petit livre très soigneusement imprimé avec de fidèles reproductions de linogravures, remue une thématique chère à James Sacré ; l’image d’un paysage, comme peut le faire le paysage lui-même, l’entraîne vers l’enfance, les paysages qui y sont liés, avec les incertitudes de la mémoire, la tendance à réinventer ce qui fut. En sachant toujours que seuls de rares moments sont retrouvés, comme les tourtisseaux (merveilles), pâtisserie très simple que préparait sa mère — simplicité intacte dans le souvenir.
James Sacré, Si la simplicité nous a quittés?, linogravures de Raphaël Segura, Potentille, 2025, 30 p., 12 €
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29/04/2026
Bertrand Degott, Correspondances

Notes d’après Pentecôte
III
Tu mets en brassées l’herbe
que tu n’as pas coupée
tu remues la brouette
avec tes mains gantées
je ne sais si ma place est là
rien qu’à te regarder
dans le jardin
à la chaleur du soleil il
y a tout ça de fragile
de blanc et d’embaumant
comme une branche casse
au seringa
tout va très vite ainsi
dans l’efficace
à craindre les regards
juste un peu plus que les regains
— et d’ailleurs le temps passe
la pie jacasse
et le melon mûrit
sur la terrasse
Bertrand Degott, Correspondances,
éditions Tarabuste, 2026, p. 24-25.
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28/04/2026
Bertrand Degott, Correspondances

Notes d’après Pentecôte
II
Entre la poutre et le torchis
tu fais passer ta main pour éprouver le vide
— mais oui, parfois
lorsque la fenêtre est ouverte
en grand sur la campagne
les hirondelles
entrent pour y nicher —
les martinets ont beau crier
leur douleur sur les toits
tu voudrais concilier
(tel est notre débat)
la périlleuse intranquillité
et ton besoin de ciel
avec la douceur de t’asseoir
à l’ombre en compagnie
d’un noisetier déchiré par l’entaille.
Bertrand Degott, Correspondances,
Tarabuste éditeur, 2026, p. 23.
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27/04/2026
Quelques animaux qui volent



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26/04/2026
Quelques animaux terriens



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25/04/2026
Bertrand Degott, Correspondances

Notes d’après Pentecôte
I
Tandis que tu dormais encore
j’ai ouvert les volets
sur le jardin
le rosier jaune est là
dont un vase déborde
à l’intérieur
le fouillis d’herbes folles
les chants et le va-et-vient des oiseaux
les peupliers avec leur tremblement
sur tout ça l’inquiétude
et la respiration
— s’il me fallait des preuves
de ton corps à l’étage —
s’installe peu à peu
doucement se mélange
aux première lueurs
Bertrand Degott, Correspondances,
Tarabuste éditeur, 2026, p. 22.
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24/04/2026
Geoffrey Squires, Littoral

Mouvement de l’autre côté
qui se brise sur le cap
la pointe de l’île
Une longue houle lente
qui vient du sud-ouest
Vague après vague
Ey à la fin on s’en lasse de la mer je veux dire
sa régularité sa monotonie
sa régénération infinie
Geoffrey Squires, Littoral, traduction François
Heusbourg, éditions Unes, 2026, p. 43.
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23/04/2026
Geoffrey Squires, Littoral

Empreinte de l’eau mouvements et courants
faibles marées transformées en silhouettes sur le sable strié
qui sèchent et durcissent au soleil
rendant la marche pieds nus assez inconfortable
Curvilinéairs régulières
sauf lorsqu’un ruisselet les a emportées
les a effacées
Alors que la mer elle-même s’est retirée
une simple frange blanche à l’horizon
comme une dentelle pour les yeux
Tout en étant capable de maintenir même à cette distance
un fracas presque ininterrompu
à mesure que les vagues se brisent inégales d’abord ici puis là
Tout le longe de la ligne
Geoffrey Squires, Littoral, traduction François Heusbourg,
éditions Unes, 2026, p. 51.
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22/04/2026
Geoffrey Squires, Littoral

Comme elle est stable cette existence constante à peine vacillante
et à cause de ça peut-être faible perception du temps qui passe
Il y a cohérence en cela
une continuité que j’aime
une forme de réconfort
Qui ne veut rien dire ne garantit rien
Geoffrey Squires, Littoral, bilingue, traduction François
Heusbourg, éditions Unes, 2026, p. 41.
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21/04/2026
Geoffrey Squires, Littoral

Étrange la quiétude dans le bosquet de midi
les silences de la chaleur plein de présages
Chaque buisson chaque arbre couvert de significations
dans la conscience que avec la conscience que
Et le petit cours d’eau qui traverse l’ensemble
habillant avec sens vocal littéral
etrange la quiétude dans le bosquet de midi
Geoffrey Squires, Littoral, édition bilingue, traduction
de François Heusbourg, 2026, p. 15.
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20/04/2026
Thierry Metz, Lettres à la bien-aimée

Je n’écoute plus de musique. Plus le temps. Plus envie. Le peu d’or que je recueille est la voix de celle qui fait le ménage dans les escaliers, dans les toilettes.
Elle chantonne, pour essayer de sortir de tout ça, pour ne pas y penser.
Je ne la connais pas.
Sauf qu’elle a une voix. Qu’on voit de loin.
Qu’on peut toucher comme un mouchoir.
Elle commence une journée, derrière des portes. Avec une voix qui n’a pas de double.
Thierry Metz, Lettres à la bien-aimée, Poésie/Gallimard, 2025, p. 151.
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19/04/2026
Emily Dickinson, Une différence intérieure : recension

Une différence intérieure est le sixième volume traduit d’Emily Dickinson aux éditions Unes. Le traducteur François Heusbourg présente avant la page titre ce choix de poèmes de l’année 1862, à partir de laquelle l’écriture devient plus intense : jusqu’en 1866 près de la moitié de l’œuvre est écrite, « Son petit théâtre de poche projette des ombres immenses sur les parois du monde. » La scène de son théâtre, Emily l’emplit d’une nature qui lui est propre, de ses rêves, de son désir d’abandonner son « enveloppe charnelle » pour rejoindre ce que l’on peut nommer le divin, sans cependant que les nombreux poèmes liés à la mort effacent la joie profonde d’être là, de jouir du jeu de la nuit et de la lumière, des paroles échangées.
On ne lira pas de description de la nature, mais seulement des évocations d’un milieu naturel par le nom de ce qui y vit, s’y trouve : arbre, bois, brise, herbe, rosée, mer, chevaux, abeilles, papillons, oiseaux, loriot. Emily Dickinson désire parfois se fondre dans le vivant qui l’entoure, devenir ce qu’est l’herbe une fois coupée : elle acquiert un parfum simplement parce qu’elle est morte « Comme j’aimerais être un Foin — ». À côté de ce vœu de fusion avec l’extérieur se développe aussi une nature rêvée, un monde d’écriture, où elle devient un jour « Une Île dans l’herbe déchue — Que seules les Marguerites connaissent — ». Ailleurs « des Navires Pourpres tanguent doucement — / Sur des mers de Jonquilles ». Cette couleur vive est aussi attribuée aux après-midis, le rouge aux Golfes et aux flots, plus classiquement à l’Est, vivacité en accord avec la présence constante de la lumière qui vainc la nuit.
Quand la lumière est sur le point de disparaître, « c’est comme la distance / Dans le regard de la Mort. » Emily Dickinson affirme n’avoir pas plus peur de la mort que de la vie ou de la résurrection, et les poèmes à propos de sa disparition sont nombreux. Il ne s’agirait que d’abandonner un corps, une « enveloppe charnelle » vouée à la destruction et elle rappelle une évidence, « Mourir — ne prend qu’un petit moment — ». La relation à la mort en implique une à la vie, perçue ici et là comme un « écheveau de misère » ; misère spirituelle ? mais aussi affective mise à nu dans un poème qui condense une vie ; se jugeant quasi invisible, absente aux autres, dans son enfance (« Je ne parlais jamais »), elle aurait pu disparaître :
Et si ça n’avait pas été si loin —
Et que ceux que je connaissais
Partaient — j’ai souvent pensé
Combien je pourrais mourir — sans qu’on s’en aperçoive —
Si l’on peut quitter sans crainte la terre, c’est que le séjour au paradis est attendu, ceux qui y sont, les saints, y attendant Emily Dickinson qui croit savoir qu’ils ont prononcé son nom. Mais qu’est le paradis ? Le lecteur a souvent le sentiment qu’il est d’abord un sujet d’écriture, plus qu’un lieu espéré après la mort. Un lieu qui s’invente au gré des regards, des rencontres, c’est-à-dire qu’il est possiblement partout :
Où est le Paradis ?
La Couleur, sur le nuage qui passe
La Terre interdite —
Derrière la colline — la Maison derrière —
Là se trouve le Paradis !
En même temps, le paradis est nettement séparé du lieu de vie et y accéder n’est pas possible pour tous ; Emily Dickinson assure, avec humour ?, qu’elle « harcèlera Dieu » pour qu’un de ses proches (présent par le pronom te) puisse y entrer. Mais ce lieu, qui devrait être celui d’un bonheur sans faille semble en réalité se révéler être un lieu d’ennui : aucune aspérité et le mouvement du temps n’y existe plus. On peut souffrir de ne pas trouver sa place « Ici-Bas » pourtant et écrire « Je n’aime pas le Paradis // Parce que c’est Dimanche tout le temps. » Les échanges, nécessaires pour se reconnaître comme personne, ne sont que dans la vie quotidienne, ils s’inscrivent dans le temps, par une parole sans limite, sans autre objectif que d’écouter et de répondre :
Nous parlions comme font les Filles —
Avec Passion — et tard —
Nous spéculions sur toutes choses, sauf la Tombe —
Pas notre affaire —
L’"affaire" était de devenir Femme et non pas candidate au paradis.
On peut isoler des poèmes sans ambiguïté quant au désir d’une "autre vie", bien que l’absence de durée, de rupture dans le temps soit donnée comme inacceptable, ou peut-être ne faudrait-il qu’une « goutte de Paradis » ? On peut lire aussi les variations autour de la mort et du paradis comme des tentatives d’explorer par les mots ce qui restera l’indicible, l’inconnaissable. Tout ce qui peut être écrit n’évitera pas finalement le « Mais, et alors ? » qui clôt chacune des trois strophes d’un poème. La première :
Je me dis nous pourrions mourir —
La plus grande Vitalité
Ne peut surpasser la Ruine,
Mais, et alors ?
Ce choix peut être lu, bien heureusement, de diverses façons et on appréciera les remarques de Marine Riguet qui terminent l’ensemble. Et l’on attendra patiemment une nouvelle traduction de François Heusbourg : le texte original en regard permet de comprendre la difficulté d’être au plus près du texte d’Emily Dickinson.
Emily Dickinson, Une différence intérieure, bilingue anglais-français, traduction François Heusbourg, postface Marine Riguet, éditions Unes, 2025, 144 p., 22 €. Cette recension a été publiée dans Sitaudis le 22 mars2026.
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18/04/2026
Variétés de la mer

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