13/03/2026
Serge Essénine, La confession d'un voyou

La confession d’un voyou
Ce n’est pas tout un chacun qui peut chanter
Ce n’est pas à tout homme qu’est donné d’être pomme
Tombant aux pieds d’autrui.
Ci-après la toute ultime confession,
Confession dont un voyou vous fait profession.
C’est exprès que je circule, non peigné,
Ma tête comme une lampe à pétrole sur mes épaules.
Dans les ténèbres il me plaît d’illuminer
L’automne sans feuillage de vos âmes.
C’est un plaisir pour moi quand les pierres de l’insulte
Vers moi volent, grêlons d’un orage pétant.
Je me contente alors de serrer plus fortement
De mes mains la vessie oscillante de mes cheveux,
C’est alors qu’il fait si bon se souvenir
D’un étang couvert d’herbes et du rauque son de l’aulne
Et d’un père, d’une mère à moi qui vivent quelque part,
Qui se fichent pas mal de tous mes poèmes,
Qui m’aiment comme un champ, comme de la chair,
Comme la fluette pluie printanière qui mollit le sol vert.
Ils viendraient avec leurs fourches vous égorger
Pour chaque injure de vous contre moi lancée.
Pauvres, pauvres paysans !
Sans doute vous êtes devenus pas jolis
Et toujours vous craignez Dieu et les poitrines des marécages.
Oh ! si seulement
Vous pouviez comprendre qu’en Russie votre enfant
Est le meilleur poète.
Craignant pour sa vie, n’aviez-vous pas du givre au cœur
Lorsqu’il trempait ses pieds nus dans les flaques d’automne ?
Il se promène en haut de forme aujourd’hui
Et en souliers vernis.
[...]
Serge Essénine, dans Quatre poètes russes, V. Maïakovsky, B. Pasternak, A. Blok, S. Essénine, texte russe présenté et traduit par Armand Robin, éditions du Seuil, 1949, p. 59-61.
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12/03/2026
Malcolm Lowry, Pour l'amour de mourir

Le passé
Comme une vieille échelle pourrie
Qu’on a jeté d’une scierie désaffectée
Et qui flotte, émergeant seulement par le haut,
Tandis que, tout imprégné d’eau, le reste baigne,
Rongé par les tarets, encroûté de bernacles
Et de moules accrochées en papillotes bleues ;
Puante, alourdie d’algues et de ces curieux êtres
Qui vivent de la mort et de la marée basse,
Route vermiculée, en proie à l’helminthiase :
Telle est ma conscience.
De temps en temps, je la sèche au soleil,
Je l’appuie (contre rien du tout,
Puisqu’elle ne monte nulle part) ;
Mais je la garde, on ne sait jamais, ça peut servir.
Qui sait si elle n’est pas récupérable,
Si on ne pourrait pas la radouber un peu ?
Et chaque nuit sans raison ma cervelle
Monte et descend les barreaux de l’échelle.
Malcom Lowry, Pour l’amour de mourir, traduction de J.-M. Lucchioni, préface de Bernard Noël, éditions de La Différence, 1976, p. 97.
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11/03/2026
Gilbert Lely, La Sylphide

Par ce brouillard je dois te parler. Toutes les Buttes-Chaumont meurent toutes les rues avoisinantes les escaliers les impasses quand l’âme de Saint-Just chasse le renard bleu.
Dans mes songes tu es victime.
Le chevreuil était tombé à genoux. Il tremblait excessivement. Je me penchai sur sa blessure. Elle était toute petite. Elle avait la forme d’une étoile. Elle ne saignait pas. Le stylet glissa de mes doigts. Je criai pardon pardon je répétai en sanglotant le nom si doux de l’animal. Il tourna vers moi ses gros yeux où je crus lire plus de pitié pour mes remords que d’horreur pour sa propre torture. Il mourut. Quel silence.
Je me suis vu errer tout un matin d’hiver autour de ton couvent de village lorsque tu étais une petite fille et que je ne te connaissais pas.
Gilbert Lely, La Sylphide ou l’Étoile carnivore, Librairie Le François, 1938, p. 36-37.
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10/03/2026
Gilbert Lely, Œuvres poétiques

Écrit à Sainte-Radegonde
Le petit jour d’hiver, tremblant sous ses étoles,
Des tours de Saint-Gratien grisaillait les coupoles.
Amour ! tu m’éveillas dans notre lit bien clos.
Le fleuve Loire en bas roulait ses larges eaux.
Étendu sur le flanc contre Irène-Sylvie,
J’entrai, d’un lent désir, en sa grâce endormie.
Les vitres blêmissaient ; le fils de l’hôtelier,
Une chandelle au poing, descendait l’escalier ;
Et le grand coq lançait, en hérissant sa crête,
Un cri rauque et de pourpre à l’aurore muette.
Gilbert Lely, La Femme infidèle, dans Œuvres poétiques, éditions de la Différence, 1977, p. 111.
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09/03/2026
Hart Crane, Key West et autres poèmes

À Emily Dickinson
Toi qui tant désirais — on réclame en vain —
Qui rassasiais ta faim comme un labeur perpétuel,
Tu osas révérer le travail, bénir la quête —
Tu atteignis cette paix, suprême en somme,
D’être, de tous, la moins recherchée ; écoute Emily !
Ô la Douce et Silencieuse en allée, soudain la plus limpide
Quand tu chantes cette éternité prise
Et pillée en chaque poitrine
— Nulle fleur, en vérité, ne s’atrophie dans ta main.
La moisson par toi distinguée, la moisson saisie,
Il faut plus que de l’astuce pour la cueillir, que de l’amour
[pour la gerber.
La réconciliation d’un esprit des plus distants —
Abandonne Ormizd sans rubis et laisse Ophir à son frimas.
Sinon les larmes couvrent tout un mamelon d’argile froid.
Hart Crane, Key West et autres poèmes, traduits de l’américain par François Tétreau, présentés par François Boddaert, Orphée/La Différence, 1989, p. 102-103.
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08/03/2026
Étienne Paulin, Là

Dans l’ombre
vivement que je meure
tu m’aimeras mieux
murmureras
par grappes à mon visage
de jolis mots sauvages
puis remarquant les ponceaux
tu ne sauras
de tout ce paysage
ce qui vraiment t’empêche
de l’adorer
Étienne Paulin, Là, Gallimard,
2019, p. 44.
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07/03/2026
Blaise Cendrars, Georges Sauser-Hall, Correspondance, 1904-1960

(la mer) Aspect fantastique : d’énormes collines roulent, s’avancent, marchent, ondoient, avec le balancement gracieux des mammouths — viennent su plus profond lointain, se suivent, s’approchent lourdement. Puis, tout à coup, comme une colère anime la flamme des yeux, autour du bateau, elles ouvrent des gueules immenses, dardent des langues infernales d’écume, cratères, crachent des laves bouillantes de furie. Et elles se précipitent, de brisent en trombes éternuées d’eau, en clapotis ruisselants et furibonds. En faisant le gros dos, elles passent, elles passent quand même et câlinent sous le bateau qui s’élève —, puis de l’autre côté reprennent leur défilé impassible de [mouettes] tandis que le navire sombre en des abymes. — C’est, comme sortant du chaos, la suite inéluctable des siècles, vagues d’apocalypse déferlant autour du front de l’homme.
Blaise Cendrars, Georges Sauser-Hall, Correspondance 1904-1960, éditions Zoé, texte établi, annoté et présenté par Jehanne Denogent et Christine Quellec Cottier, Zoé, « Cendrars en toutes lettres », 2025, p. 269.
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06/03/2026
Blaise Cendrars,Georges Sauser-Hall, Correspondance 1904-1960

Je veux exprimer tout le monde d’aujourd’hui, la vie de tous les jours, les annonces des journaux, les étiquettes des boîtes de conserve, les marques de fabriques, les horaires, ma vie avec toutes ces adresses, une rage de dents, l’eau, la psychiatrie, toi, moi, les saisons, tout ce qui est concret, qui se voit, se touche, se sent, les couleurs, les échelles dans la lumière, le bois, le marbre, les tapis, tout ce que chacun possède enfin aujourd’hui : ce qu’il a asservi à son emploi de tous les jours ; en un mot : nos richesses. Ma poésie telle que les éléments merveilleux de la matière se prêtent à toutes les créations.
Blaise Cendrars, Georges Sauser-Hall, Correspondance 1904-1960, éditions Zoé, 2025.
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05/03/2026
Blaise Cenrars, Georges Sauser-Hall, Correspondance, 1904-1060

Tu riais une fois que je te disais que j’étais désabusé de tout ! Pour qui sait voir, chaque homme est réduit, comme dans les dessins des grands maîtres, à 3-4 traits principaux, lesquels s’expriment par 5-6 actions significatives et tout le reste est indifférent. Et lorsqu’on retourne au [fond de] soi-même, on a vite fait de détendre ces ressorts principaux, de sorte qu’il ne reste bientôt plus rien à contempler et l’on frémit du vide que l’on entend en soi. Il y a bien encore quelques liens invisibles et aimés qui nous lient à nos proches, mais je suis sûr, que si ceux-ci savaient dans quels fers douloureux on est enchaîné, ils seraient les premiers à les rompre.
Blaise Cendrars, 22/10/1908
Blaise Cendrars, Georges Sauser-Hall, Correspondance, 1904-1960, éditions Zoé, 2025, p. 132.
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04/03/2026
Jean Tortel, Relations

Ici le massif, éclat.
Sa couleur, son volume sont
Étonnants, sombres aussi.
Quand on avance avec l’outil
(Mais la terre était grise)
On imagine, on ne devine pas
Ce que sera l’opacité vermeille
Du massif chaud, ni quels insectes
Il nourrira vers la fin de l’été.
Par le vent et la pluie
Les fleurs deviennent noires
(Noircissent uniformément).
C’est exact, il est donc
Inutile de détailler.
Le zinnia, la rose d’Inde, le glaïeul
Sont noirs et pour brûler.
Jean Tortel, Relations, Gallimard,
1968, p. 63.
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03/03/2026
Jean Tortel, Instants qualifiés

Ce qui traverse
Est peut-être le vert
Ou les branches maigres
Rayant ce vent toutes ensemble
Ou ce corps maigre aussi
Dans l’ombre qu’il suscite
Dérange les brefs espaces
À traverser.
Jean Tortel, Instants qualifiés,
Gallimard, 1973, p. 59.
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02/03/2026
Maria Casalis, Peur

Peur
J’ai eu peur de presque tout :
du noir, des formes sur les tapis,
du silence, du cri éraillé
du colporteur, du soir, d’une fête,
des regards dans le train et de moi-même.
Ces peurs, désormais, je leur fais confiance.
Il est venu ne chose, que je crains par-dessus tout
et qui peut me détruire ; que je fais plier
sous le poids de la raison, jusqu’à son retour :
c’est le sobre visage de madame
quand le matin elle rentre dans la chambre
ensemble avec la lumière désenchantée et que je sais
qu’elle va dire : mademoiselle, toujours pas de courrier.
Maria Vasalis, dans Papier peint Mauvais drap, n° 3-4,
Octobre 2025, p. 75.
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01/03/2026
Camillo Sbarbaro, La paradis des lichens : recension

Le choix et la traduction d’un ensemble de textes de Camillo Sbarbaro (1888-1967) par Jean-Baptiste Para réjouira bien au-delà du cercle des amateurs de mousses et lichens. Cet écrivain italien, qui s’éloigna peu de sa Ligurie natale, publia principalement des plaquettes dont les titres sont éloquents : Copeaux, Feux follets, Coupons, Compte-Gouttes, Bulles de savon ; elles ont été déjà en partie traduites*, mais l’édition est épuisée depuis longtemps. C’était aussi un traducteur des tragiques grecs (Sophocle, Euripide, Eschyle) et de la littérature française, de Stendhal, Flaubert, Zola, Huysmans (pour À rebours) à Supervielle et Martin du Gard. Enfin, engagé volontaire dans la Croix Rouge pendant la Première Guerre mondiale, il y a réalisé sa première collection de lichens : il s’est passionné pour la plante et en est devenu au cours du temps un spécialiste reconnu, écrivant en latin ses découvertes, mais ses proses en italien sur le sujet visaient à faire partager sa passion. Dans sa préface, Jean-Baptiste Para écrit à propos du premier livre, Pianissimo (1914) : « mutisme du monde, mutisme de l’âme, aridité et angoisse, c’est sur ce socle premier, sans transcendance possible, que la poésie de Sbarbaro adviendra ».
Ces caractéristiques, sous d’autres aspects, sont présentes dans les extraits retenus ici. Plante fort modeste, souvent confondue par le profane avec la mousse, ou pas même vue, le lichen est à l’opposé de tout ce qui constitue les sociétés humaines qui, à de rares exceptions près, reposent sur la possession de biens (quand ce n’est pas d’humains), sur la propriété privée, et elles tendent toutes à se ressembler, à effacer les différences dans la vie quotidienne d’un bout de la planète à l’autre. À l’inverse, le lichen revêt toutes les formes imaginables et occupe tous les lieux possibles, y compris marins, et c’est « le plus polychrome des végétaux ». Sbarbaro lui-même en a découvert et décrit de nombreuses variétés et il leur donne leur nom quand il les rencontre : quand on le fait, commente-t-il, « il semble qu’on les aide à exister ». Cette émergence à la vie, cette intégration dans un classement botanique, n’empêche pas que, à l’époque de Sbarbaro, restait « une énigme » : on pouvait seulement dire avec certitude : « il appartient au règne végétal » ; on sait aujourd’hui qu’il est composé, vivant en symbiose, d’un champignon, d’une algue et/ou d’une cyanobactérie.
Quelle que soit sa composition, le lichen trouvait sa place dans l’herbier de l’écrivain, pour plusieurs raisons. D’abord :
L’herbier est un carnet d’échantillons du monde. Ressource des heures d’ennui, j’ouvre un paquet au hasard. Dans chacun il y a le monde. (…) La moindre plante que je vois, que je touche, le moindre fragment documente un point du globe ; il en est une parcelle.
Ensuite, c’est pourquoi l’herbier exclut que l’on puisse se sentir seul ; il participe à « l’inventaire du monde » mais il rassemble aussi les souvenirs de lieux donc de marches faites pour trouver les plantes, de rencontres de chercheurs, de correspondances. Enfin, pendant chaque recherche de lichens, il est à nouveau « l’enfant autorisé à faire main basse sur un magasin de jouets ». Sbarbaro n’hésite pourtant pas aussi à minimiser ce que représente la vie pour lui, « recueillir de petites herbes, écrire de petits riens ». À la question "Pourquoi le lichen", la réponse s’accorde avec tout ce qu’il écrit, « Forme négligée — pauvre ? — d’existence » et « curiosité, plaisir visuel, la sympathie ».
Parmi ces petits riens, Copeaux, où l’écrivain rapporte notamment qu’il regarde ce qui n’intéresse personne, semble cacher un mystère ; ainsi, il choisirait volontiers l’activité sans aucun intérêt d’un clerc de notaire « pour pénétrer le secret de la petite place moisie » qu’il traverse. Son commentaire est le plus souvent acide, sans illusion sur ses contemporains et sur lui-même ; ainsi, « Je connais cette rue comme ma vie et l’une et l’autre sont un même désert. » Pour supporter ce qu’est la ville, il la transforme par l’imagination et quand il pense une autre vie, ce pourrait être celle d’un petit fonctionnaire dans une ville sans intérêt, « Ce serait un suicide tranquille et décent ». Un désenchantement analogue parcourt les pages de Feux follets, « Bonheur, je ne t’ai reconnu qu’à ton bruissement quand tu t’es éloigné ». L’argent, devenu une valeur dans nos sociétés consuméristes, est associé au poison, à une drogue dont il faut se débarrasser. Sbarbaro ne perçoit pas toujours ses contemporains négativement, en particulier quand ils connaissent comme lui la pauvreté ; il remarque l’importance alors des fenêtres, « richesse des pauvres », moyen pour eux de voir et d’écouter les passants et « dans la vie de tous d’oublier la leur. »
Sans être passionné par les lichens, ou toute autre plante, on appréciera l’écriture de Sbarbaro, souvent elliptique, sans fioritures. Malgré son rejet d’une société estimée sans consistance, son sentiment d’y être souvent étranger, il sait exprimer son amour des choses, du jardin sauvage dans la ville, de la fragilité de la ballerine semblable « à la rose qui s’effeuille quand on la respire. » Ce choix de textes d’un écrivain peu connu en France, admiré par Carlo Emilio Gadda, est une belle découverte, d’autant plus agréable que l’ensemble donne l’impression d’avoir été écrit directement en français.
* Deux volumes de traductions ont paru en 1991 aux éditions Clémence Hiver, Pianissimo suivi de Rémanences (B. Vargaftig, Bruna Zanchi et J-B. Para) et Copeaux suivi de Feux follets (J-B. Para).
Camillo Sbarbaro, Le paradis des lichens, traduction (italien) Jean-Baptiste Para, 2025, 90 p., 16 €. Cette recension a été publiée par Sitaudis le 26 janvier 2026.
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26/02/2026
André Frénaud, Nul ne s'égare

Retour d’enfant prodigue
Le vieux père est gâteux, il m’embrasse dès l’aube
et salit mon jabot avec ses yeux chassieux.
Mes frères je les hais, qui mentent comme je mens
pour sauver l’héritage dont il veut leur reprendre
les plus beaux bœufs pour la brebis perdue,
retournée au bercail en posture de repentance.
Qu’ils gardent les troupeaux, mais l’argent je le veux,
et ma sœur Adeline en tunique brodée,
qu’attisent ma misère et mon moignon verveux,
chemineau sur d’autres routes que leur niais chemin
qui mène de la maison natale au cimetière
par des comptes, par des amours, croient-ils,
parfaisant leur néant de vertu en vertu.
J’en ai assez déjà, je veux brûler les meubles
et la famille, eux tous. L’incendie est exquis,
Quand je repartirai gueniller par les villes.
Cette vie me plaît seule, de qui rien n’appartient
que trouble et que fureur à défaut d’avoir pu
être un autre ou m’aimer.
André Frénaud, Nul ne s’égare, Poésie/Gallimard, 2006, p. 269.
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25/02/2026
André Frénaud, Nul ne s'égare

La femme qui pleure, de Picasso (1939)
La femme avait si violemment vu le sang
qu’elle en demeura sans larmes,
et ses yeux se trouvèrent tout à coup dessaisis,
et les seins et le nez et les mains prirent tout
notre difformité calamiteuse
et — si l’on se souvient de ce jour-là —
c’est chacun de nous, qui portions au cœur
l’Espagne du peuple,
dont les yeux interdits se désaccordèrent,
morceaux déviés, agrandis,
devant un monde que l’on ne pourrait désormais
FIXER
André Frénaud, Nul ne s’égare, Poésie/Gallimard, 2006, p. 194.
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