Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/09/2015

Édouard Levé (1965-2007), Œuvres

                                                autoportrait.jpg

1. Un livre décrit des œuvres dont l’auteur a eu l’idée, mais qu’il n’a pas réalisées.

 

3. La tête de Proust est dessinée sur une page d’À la recherche du temps perdu. Les mots que raye le contour de son visage forment une phrase grammaticalement correcte.

 

57. Un homme tient dans la main gauche Les Fleurs du Mal et dans la main droite un manuel de savoir-vivre du dix-neuvième siècle. Il lit à voix haute en prélevant aléatoirement des mots dans les deux livres, et s’efforce de formuler des phrases grammaticalement correctes.

 

425. Une voix fait le récit de la réalisation d’une œuvre non réalisée, comme si elle l’avait été : amonceler des pipettes dans el désert du Sahel.

 

Édouard Levé, Œuvres, P.O.L, 2015, p. 7, 7, 57 et 144.

 

 

13/09/2015

Jules Renard, Journal, 1887-1910

                                                  742030.jpg

 

Il lisait un livre. Il voulait être célèbre comme l’auteur et, pour cela, travailler de l’aube à la nuit ; puis, ayant pris fermement cette résolution, il se levait, allait se promener, faire un tour, souffler.

 

S ! l’inspiration existait, il faudrait ne pas l’attendre ; si elle venait, la chasser comme un chien.

 

La peur de l’ennui est la seule excuse du travail.

 

Amitié, mariage deux êtres qui ne peuvent pas coucher ensemble.

 

La mort des autres nous aide à vivre.

 

Lire toujours plus haut que ce qu’on écrit.

 

Jules Renard, Journal, 1887-1910, édition Léon Guichard et Gilbert Sigaux, Pléiade / Gallimard, 1965, p. 130, 133, 134, 136, 136, 145.

 

16/08/2015

JUles Renard, Journal

                     Jules+Renard+.jpg

Formules pour accuser réception des livres :

— Voilà un livre qui est bien à vous, cher ami, et je suis heureux de vous le dire.

— Merci ! J’emporte votre livre à la campagne. Je le lirai sous les arbres, au bord de l’eau, dans un décor digne de lui.

 

Il n’y a aucune différence entre la perle vraie et la perle fausse. Le difficile, c’est d’avoir l’air désolé quand on casse ou qu’on perd la perle fausse.

 

L’homme vraiment libre est celui qui sait refuser une invitation à dîner, sans donner de prétexte.

 

Lis toutes les biographies des grands morts, et tu aimeras la vie.

 

Comme on serait meilleur, sans la crainte d’être dupe !

 

Jules Renard, Journal, texte établi par Léon Guichard et Gilbert Sigaux, Pléiade / Gallimard 1961, p. 292, 294, 300, 302, 313

 

13/08/2015

Michel Leiris, Nuits sans nuit et quelques jours sans jour

Michel-Leiris_medium.jpg

                  (1936)

 

23 avril 1934

 

   Cette femme dont je suis amoureux et moi, nous suivons notre histoire dans une publication hebdomadaire illustrée destinée aux enfants. Chaque semaine, nous achetons un fascicule et, dans les petits blocs de textes comme dans la suite d’images qu’ils commentent, nous trouvons décrit tout ce que nous ferons.

 

 

8-9 mai 1934

 

   Le même très jeune femme et moi, nous nous résentons dans une école, sans doute pour en devenir les élèves. C’est une villa avec jardin. On nous introduit dans une sorte de paillotte circulaire à toit conique (telle que j’en ai vu au Soudan) : chenil où des bêtes de toutes races sont couchées dans la paille. Un portier ( ?), probablement nègre, en uniforme et coiffé d’une casquette de marine, nous dit que c’est là que nous habiterons. Nous devons coucher sous les chiens.

 

Michel Leiris, Nuits sans nuit et quelques jours sans jour, Gallimard, 1961, p. 116 et 117.

19/07/2015

Canaux à Venise

Venise.jpg

 

Venise, 2.jpg

 

Venise, 3.jpg

 

Venise, 4.jpg

 

Venise, 5.jpg

30/06/2015

Brume du matin

Brume du matin.jpg

Brume au-dessus de la vallée

 

DSC_0001.JPG

Brume sur la forêt

 

DSC_0063.JPG

Brume en Aveyron

05:00 Publié dans MARGINALIA | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : brume |  Facebook |

06/06/2015

Jules Renard, Le petit bohémien

                               jules-renard.jpg

 

                                    Le petit bohémien

 

   En sortant de l’épicerie du village, avec une bouteille, il courut après des moutons que leur berger ramenait à la ferme. Il ne dit rien à ce berger qui avait la tête de plus que lui et n’aurait pas répondu, mais il suivit le troupeau et s’en occupa, de loin, comme un second berger.

   Quand une brebis restait en arrière, c’était sa part : il pouvait la flatter, tremper ses doigts dans sa laine, lui parler en maître jusqu’à ce que le chien vint la reprendre.

   À la porte de la bergerie, le petit bohémien fut sérieusement utile.

   Les agneaux nouveaux-nés, qui n’avaient pas vu leur mère de la soirée, se précipitaient dehors, sous elles. Il les aida à retrouver chacun la sienne. Il en sépara deux qui s’obstinaient à donner des coups de tête au même ventre. Il en rattrapa un autre qui, joyeux d’être libre, oubliait de téter et bondissait imprudemment vers la mare.

   Puis, pour sa récompense, le petit bohémien voulut pénétrer dans la bergerie. Il se croyait chez lui. Mais le berger lui ferma au nez le bas de la porte divisée en deux parties. Le petit bohémien posa à terre sa bouteille, se pendit à la porte basse, et regarda par-dessus. Ses yeux essayaient de percer l’ombre.

   Il n’eut pas le temps de se fatiguer les poignets. Le berger, sa besogne terminée, ressortit, ferma cette fois la porte tout entière, le haut et le bas, au verrou, et s’en alla du côté de la soupe, avec son chien.

   Le petit bohémien qui le suivait encore, le vit entrer dans la maison et s’asseoir près des autres domestiques, à la table commune. Il resta seul au milieu de la cour.

   Personne ne faisait attention à lui, et la fermière ne se dérangea pas pour le chasser.

Il renifla fortement et revint à la bergerie coller son oreille à la porte. Les agneaux calmés se taisaient un à un. Il s’assura que le verrou extérieur était bien poussé, et par précaution chercha une grosse pierre afin de caler la porte. Cela fait, n’imaginant plus rien à faire, il reprit sa bouteille et se décida à quitter la ferme.

   C’est à ce moment qu’il aperçut un monsieur sur la route. Il ôta ses sabots, mit ses mains dedans, et pieds nus, rattrapa vite le monsieur.

   Il ne me dit pas bonjour.

[...]

   Je parlai le premier et lui dis :

« Qu’est-ce qu’il y a de jaune dans ta bouteille « 

— De l’huile et du vinaigre que j’ai achetés à l’épicerie.

— Pour mettre dans ta salade ?

— Dame ! pas dans ma soupe.

[...]

 

Jules Renard, Le Vigneron dans sa vigne, dans Œuvres I, textes établis par Léon Guichard, Pléiade / Gallimard, 1970, p. 820-821.

12/05/2015

Images de Venise

la soif.jpg

la soif

 

la faim.jpg

la faim

 

canal.jpg

un canal

 

Venise.jpg

reflets dans un canal

30/04/2015

L'eau et les reflets

l'eau et les reflets

Le Rhin

 

l'eau et les reflets

"alta aqua", Place Saint-Marc, Venise

 

 

l'eau et les reflets,le rhin,vense,étang,fleuve

 

La Vézère, Le Moustier

 

reflets dans l'étang.jpg

Un étang

20/04/2015

Pierres — sol, mur et falaise

 

 

 

pierres; sol et falaise.

mur

Pierre.jpg

falaise

 

Pierre (3).jpg

mur

 

Pierre (2).jpg

falaise

 

Pierre (4).jpg

sol

 

 

© Photos Tristan Hordé

13/04/2015

Eaux de rivières

Rivière au soleil.jpg

Eau et soleil (Dordogne)

 

Bord de rivière.jpg

Près de la rive (Dordogne)

 

 

mouvements de l'eau.jpg

mouvements de l'eau (Dordogne)

 

Vézère.jpg

Reflets (Vézère)

Photos Tristan Hordé

 

 

10/04/2015

René de Obaldia, Exobiographie

                             3067754.jpg

                            Pot-pourri

 

   Vingt heures, les actualités télévisées.

   Le présentateur des informations, avant même qu’il n’ouvre la bouche, offre aux téléspectateurs un visage tragique : lèvres pincées, regard douloureux, front barré par un pli hertzien. Peut-être que sa mère vient de succomber à une crise cardiaque ? Peut-être les valeurs françaises se sont-elles effondrées ? La guerre serait-elle à notre porte ?... Il l’ouvre, la bouche. Nous apprenons alors le sujet de son affliction : l’OM (entendre, l’équipe de football de l’Olympique de Marseille) vient d’être battue en coupe d’Europe par les Tchèques du Sparta, de Prague. Deux buts à un.

   Passage devant nos yeux des différentes phases du match, commentaires à n’en plus finir, interview du capitaine de l’équipe fort mécontent ; il laisse entende que si ses joueurs n’avaient pas perdu, ils auraient certainement gagné. Au ralenti, cette fois, nous voyons le moment où le ballon français, projeté par un pied français, a tout de même réussi à tromper la vigilance du goal tchèque (sinon slovaque). Le seul but. Mais quel but !

   Après cet événement capital, le mercenaire du petit écran reprend quelque peu visage humain ; abordant la politique de notre pays, il évoque les états d’âme du « centre droit » (s’agit-il encore de football ?) puis, sur un ton neutre, à la limite du badin, il nous informe qu’un typhon s’est abattu sur les Philippines, le typhon Thelma, causant cinq mille morts, trois cent disparus, deux mille sans-abri. Bilan provisoire. Il nous glisse peu après que la ville de Vukovar, en Croatie, est pratiquement rasée, rayée de la carte par l’armée fédérale serbe ; aussi, Dubrovnik assiégée depuis une vingtaine de jours — ses habitants sont privés d’eau et d’électricité — connaît une recrudescence de combats ; l’artillerie, toujours serbe, bombarde maintenant le centre de la cité médiévale.

   Enfin, et voici que le faciès de notre homme-tronc s’illumine, dans quelques instants claironne-t-il, à l’occasion du festival de musique rock qui va se dérouler au Palais des Congrès, il va recevoir sur le plateau le chanteur-débile-à-succès-du-jour –trois cent cinquante mille disque déjà vendus dans l’année.

   Cela se passait en l’an de grâce 1991, le 6 novembre, très exactement.

 

René de Obaldia, Exobiographie, Les Cahiers rouges, Grasset, 1993, p. 366-367.

09/04/2015

Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance

                             perec.jpg

 

La rue Vilin

 

   Nous vivions à Paris, dans le 20e arrondissement, rue Vilin ; c’était une petite rue qui part de la rue des Couronnes, et qui monte, en esquissant vaguement la forme d’un S, jusqu’à des escaliers abrupts qui mènent à la rue du Transvaal et à la rue Olivier Metra (c’est de ce  carrefour, l’un des derniers points de vue d’où l’on puisse, au niveau du sol, découvrir Paris tout  entier, que j’ai tourné, en juillet 1973, Un homme qui dort). La rue Vilin est aujourd’hui aux trois-quarts détruite. Plus de la moitié des maisons ont été abattues, laissant place à des terrains vagues où s’entassent des détritus, de vieilles cuisinières et des carcasses de voitures ; la plupart des maisons encore debout n(offrent plus que des façades aveugles. Il y a un an, la maison de mes parents, au numéro 24, et celle de mes grands-parents maternels, où habitait aussi ma tante Fanny, au numéro 1, étaient encore à peu près intactes. On voyait même au numéro 24, donnant sur la rue, une porte de bois condamnée au-dessus de laquelle l’inscription coiffure dames était encore à peu près lisible. Il me semble qu’à l’époque de ma petite enfance, la rue était pavée en bois. Peut-être même y avait-il, quelque part un gros tas de pavés de bois joliment cubiques dont nous faisions des fortins ou des automobiles, comme les personnages de l’Ile rose de Charles Vildrac.

 

Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, L’imaginaire / Gallimard, 1994, p. 64-65.

26/03/2015

Bruno Fern, Typhaine Garnier, Christian Prigent, Pages rosses (craductions)

                                                Craductions.jpg

   Une craduction est une traduction. Mais sachant qu’un sens ne se perçoit qu’entendu via des sons, elle transpose d’abord, plutôt que les significations, les sonorités qui les engendrent.

 

[à partir de locutions latines]

 

La vie de famille

 

Fama volati   Madame conduit

Tu quoque mi fili !   Tout coquet, le fiston !

Desinit in piscem   Daisy sniffe dans la piscine

 

La vie amoureuse

 

In medio stat virtus   L’homme vertueux se tâte en public

Noli me tangere   Ne pas limer : danger !

Ita diis placuit   Elle l’a plaqué dix fois

 

La vie religieuse

 

Gratis pro deo   Croire, ça coûte pas cher

Coram populo   Coran pour les nuls

Domini dies   Dieu fait un petit somme

 

La vie professionnelle

 

Sine qua non   Canon à scier

Agere sequitur   Aiguise ton sécateur

Tu es ille vir   T’es viré, illico !

 

Problème immobiliers

 

Quo no ascendet !   C’est pas là, l’ascenseur !

Latine loquimur   Les latrines sont fermées

Tu rides ego fleo   Tout ridé, l’égout fuit

 

Etc.

 

Bruno Fern, Typhaine Garnier, Christian Prigent,

Pages rosses, craductions, Les impressions nouvelles, 2015,

96 p., 9 €.

05/03/2015

Alejandra Pizarnik, Cahier jaune, traduction Jacques Ancet

                             pi.jpg

                                  Tragédie

 

Avec la rumeur des yeux des poupées agités par le vent si fort qu’il les faisait s’ouvrir et se fermer un peu. J’étais dans le petit jardin triangulaire et je prenais le thé avec mes poupées et la mort. Et qui est cette dame vêtue de bleu au visage bleu au nez bleu aux lèvres bleues aux ongles bleus et aux seins bleus aux mamelons dorés ? C’est mon professeur de chant. Et qui est cette dame en velours rouge qui a une tête de pied, émet des particules de sons, appuie ses doigts sur des rectangles de nacre blancs qui descendent et on entend des sons ? C’est mon professeur de piano et je suis sûre que sous ses velours rouges elle n’a rien, elle est nue avec sa tête de pied et c’est ainsi qu’elle doit se promener le dimanche en serrant la selle avec les jambes toujours plus serrées comme des pinces jusqu’à ce que le tricycle s’introduise en elle et qu’on ne le voit jamais plus.

 

Alejandra Pizarnik, Cahier jaune, traduction Jacques Ancet, Ypsilon, 2012, p. 43.