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26/11/2020

Vladimir Pozner, Un camp de barbelés, dans les camps de réfugiés espagnols en France, 1939

 

[les réfugiés espagnols] portaient des uniformes crasseux, des couvertures trouées, des vestes sans boutons, des pantalons effilochés, des  peaux de bique, des redingotes 1900, des bonnets de police, des casquettes d’aviateurs, des serviettes de toilettes roulées en turban, des godasses de soldats, des espadrilles, des semelles découpées dans des pneus  et attachées aux chevilles avec du fil de fer. Ils sommeillaient, bavardaient, construisaient des feux, s’épouillaient, flânaient et attendaient, pauvres Robinsons espagnols, le bateau qui n’arrivait jamais. Ils n’avaient rien à envier à Crusoé, sauf la liberté. Leur île déserte était entourée de barbelés et gardée par des sentinelles, baïonnette au canon. Aucun Espagnol ne pouvait sortir du camp, personne ne pouvait y pénétrer.

 

Vladimir Pozner, Un camp de barbelés, dans les camps de réfugiés espagnols en France, 1939, Claire Paulhan, 2020, p. 190-191.

17/07/2020

Alexandre Castant, Mort d'Athanase Shurail : recension

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Un premier ensemble, "L’écritoire", compte trois textes numérotés en italique, très brefs, qu’un narrateur commente aussitôt et attribue (quatrième et cinquième séquences) à un certain Damien dans les deux séquences suivantes. Ce Damien n’écrirait dans un cahier que des « amorces » de récits qu’il accompagnerait de dessins de marque-pages ; il construirait ainsi une « bibliothèque invisible » puisque le tout ne quitterait pas son « écritoire ». Du narrateur (un "je"), on ne saura rien ; il a lu dix-sept projets, qu’il a réunis sous le titre "Vie et mort d’Athanase Shurail", et les fait suivre d’une coda, "Après Athanase", dans laquelle il réapparaît, avec un autre (d’autres ?) personnage ("nous"). Le lecteur reconnaît ici la longue tradition de l’enchâssement narratif, intéressant en ceci que certains des textes brefs enchâssent eux-mêmes un embryon de récit et, par ailleurs, que la partie préliminaire annonce l’essentiel des motifs présents dans les textes enchâssés.

À la fin de "La main noire", le personnage qui porte un gant de cuir noir, se coupe un doigt de la main intacte, ce qui constitue la chute de cette première nouvelle. Le lecteur est surpris par son nom, Jean de Gray, qui semble sorti d’un roman du XIXe siècle — c’était le nom d’un évêque anglais (fin XIIe-débute s.) et dont l’une des activités est de dresser des listes de prénoms et de les commenter. En accord avec cette pratique, les prénoms que l’on relève dans les textes pourraient bien appartenir à la fiction. Le lecteur s’arrête à celui de Léonie, qui évoque la tante Léonie de Combray et, de là, cherche dans les romans l’origine d’autres prénoms ; il trouve assez rapidement (et peut-être sans fondement) une source pour une large partie d’entre eux dans l’immense répertoire des personnages de Balzac : « Augusta » rappelle Augusta de Nucingen, « Diane » Diane de Maufrigneuse, « Madeleine » Madeleine de Morsauf, et la liste n’est pas close. Mais "Madeleine", dans la même nouvelle que "Ava" (variante de "Ève") peut en même temps évoquer la pécheresse du Nouveau Testament, elle qui souhaite ici découvrir le cinéma érotique. Tout se passe comme si la « bibliothèque invisible » se nourrissait de l’immense réservoir des noms déjà employés dans la fiction pour mieux s’y intégrer : les personnages de fiction ne meurent jamais et c’est pourquoi "Athanase" figure dans le titre de l’ensemble, étymologiquement le mot signifie « l’éternel », a-thanatos, "celui qui ne meut pas", et que "Lazare", nom du ressuscité du Nouveau Testament, et "Anastasia" signifiant « résurrection » sont également présents. En outre, si ces prénoms ont déjà été employés, ils apparaissent donc comme des doubles et le motif du double est récurrent de différentes façons tout au long du livre.

Dans la première séquence de "Vie et mort", Jean de Gray s’imagine être un autre lui-même, « contemple dans ses propres yeux sa peau, son corps », ce que commente le narrateur,

                                     La fin d’un monde, ou sa révélation, sera une affaire de doubles,
                                     reproduction, duplicata, calque, miroir, télévision.

Le même Jean de Gray, prenant un taxi, s’aperçoit que le chauffeur lui ressemble et s’interroge, « Tous les personnages sont-ils interchangeables ? ». Jusqu’à un certain point, sans aucun doute. Reviennent constamment les miroirs, les reflets, les illusions d’optique, les rétroviseurs, les caméras, les écrans ; à voir deux femmes qui se ressemblent mais d’âge différent, comment être sûr qu’il s’agit d’une mère et de sa fille ou de la même femme à des âges différents ? Cet aspect à la limite du fantastique apparaît dans d’autres séquences ; tel personnage ne dessine que des dessins de planches anatomiques, fasciné non par le corps humain mais par son imitation, par les « images d’images » ; tel autre semblerait manquer d’un double et se demande, « Que se passe-t-il dans mon studio quand je n’y suis pas ? » La réalité souvent saisie par sa reproduction, par ce que l’on voit dans le cadre que forme la fenêtre ou par le biais de tableaux : de tableaux, ceux de Géricault ou de Delacroix — pour ce dernier, il s’agit de La mort de Sardanapale, tableau de morts violentes présentes aussi dans le livre.

Une photographie d’une pie décomposée, de Gisèle Freund, décide un homme à se suicider, « parce qu’en finir avec soi-même est aussi raisonnable ou déraisonnable que de ne pas le faire » et, poursuit le narrateur, « rien dans la vie n’est décidable ni indécidable ni visible ni invisible ». Une femme se noie avec ses enfants, un homme se suicide, des corps « se décomposent » ou, chez un peintre, « se métamorphosent en charognes », comme si après la hantise du double il y avait un mouvement inverse vers la disparition. Ce peintre travaille les « bords : de la mort et de la folie » et un écrivain entend se mettre « en retrait » et « écrire depuis les bords du monde ». L’espace dans lequel évoluent plusieurs personnages a souvent l’aspect d’un décor, toujours le même : parc ou jardin et, surtout, « échiquier de dalles », « damier noir et blanc du carrelage » (le damier de Damien) — deux couleurs récurrentes, comme dans les films N&B — et, en même temps, grande abondance des couleurs, ce que souligne une scène où, dans l’étreinte, une femme sort de sa bouche « un monde virtuel fait de couleurs vives, de monstres et de livres ».

Le "je" qui rapporte les récits de Damien souhaite le retour d’Athanase, que le lecteur n’a pas rencontré dans les « ténèbres d’un labyrinthe en fragments ». Chaque nouvelle lecture de cette Vie d’Athanase Shurail conduit à de nouvelles découvertes et questions : on ne sait si le narrateur, qui a rassemblé l’ensemble, s’efface devant Alexandre Castant quand, à la fin du livre, on lit les dates « 1996-1999, 2019 » — Alexandre Castant a publié plusieurs livres sur l’image et la photographie.

Alexandre Castant, Mort d’Athanase Shurail, Tarabuste, collection Brèves rencontres, 114 p., 11 €. Cette note de lecture a été publiée par Sitaudis le 9 juin 2020.

14/06/2020

Paysages du marécage landais

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                        © Photos Chantal Tanet

24/05/2020

Alexandre Castant, Mort d'Athanase Shurail

 

  

    alexandre castant,mort d’athanase shurail,métropolitain,suicide

                                                                                 Photo Florence Chevallier

                                         Métropolitain

 

Décidé à mettre fin à ses jours (en se jetant, aujourd’hui par exemple, sous la rame du métropolitain en bas de chez lui à la station La Muette), par ce qu’en finir avec soi-même est aussi raisonnable ou déraisonnable que de ne pas le faire, et que rien dans la vie n’est décidable ou indécidable ni visible ni invisible pour toujours, l’homme s’étonna à peine lorsque à dix mètres de lui — et tandis que certains usagers s’inquiétaient de sa présence, certes chorégraphique, mais anormalement proche du  bord du quai —, quand à dix mètres donc de son geste à venir et fatal aux yeux de tous et de lui-même, le métropolitain s’arrêta d’un coup, suite à une panne de courant comme il en arrive parfois.

 

Alexandre Castant, Mort d’Athanase Shurail, Tarabuste, 2019, p. 56.

18/05/2020

Mona Ozouf, La Composition française, Retour sur une enfance bretonne,

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                            La Bretagne incarnée

 

Elle est le plus souvent debout, entre l’évier et le fourneau de la cuisine, la luche à café à la main, ajoutant ou ôtant une rondelle de fonte au gré des plats qu’elle prépare, tournant la pâte à crêpe, raclant du chocolat sur les tartines du « quatre heures », baignée dans la lumière d’ouest qui vient de la fenêtre. Je l’ai si souvent dessinée que l’image est nette : elle se tient aussi droite que l’arthrose le lui permet, enveloppée dans d’immuables jupes noires et jamais sans la coiffe. L’attacher est son premier geste du matin, bien avant l’éveil de la maisonnée : quelle honte, si le facteur venait à la surprendre « en cheveux » ! je ne la verrai ainsi que sur son lit d’agonisante. Son souci constant est la dignité — nul ne songerait du reste à la lui contester. Sa règle morale essentielle est de ne jamais se mettre dans une situation telle qu’elle puisse en avoir honte.

 

Mona Ozouf, La Composition française, Retour sur une enfance bretonne, Folio/Gallimard, 2019 (2009), p. 47.

17/05/2020

Georg Christoph Lichtenberg, Aphorismes

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Horreur du monde d’avant.

Le singe le plus parfait ne peut pas dessiner un singe, seul l’homme le peut, mais il n’y a que l’homme également qui tienne cela pour un privilège.

Aujourd’hui, j’ai permis au soleil de se lever plus vite que moi. 

En Cochinchine, lorsque quelqu’un dit doji (j’ai faim), les gens courent comme s’il y avait le feu pour lui apporter à manger. Dans bien des régions d’Allemagne, un besogneux pourrait dire j’ai faim, cela lui serait à peu près aussi utile que s’il disait doji.

 De nos jours, trois saillies et un mensonge font un écrivain.

 

Georg Christoph Lichtenberg, Aphorismes, traduction Marthe Robert, Denoël, 1985, p. 117, 118, 119, 121, 125.

05/05/2020

Ah ! la culture

                                              Ah ! la cultuuure !

 

Madame Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, était l’invitée de France-Inter le dimanche 3 mai à 12h30. Au cours de sa prestation bien rodée (il était facile de répondre à sa place), le journaliste lui demande pourquoi les restaurants, les cinémas, entre autres, ne peuvent ouvrir, alors que l’on ne risque pas plus d’y être contaminés que dans une grande surface. La réponse n’est pas stupéfiante, elle est dans la droite ligne des politiques, quels qu’ils soient à de rarissimes exceptions, pour lesquels le mot culture renvoie d’abord, sinon à l’agriculture, à la vision d’un match de football ou de tennis, à une visite à Disneyland ou à Notre-Dame. Voici la réponse : « Il y a des choses que l’on fait dans notre vie qui sont indispensables, d’autres qui le sont un peu moins ». En effet, lire — donc aller dans une librairie —, fréquenter le théâtre, le cinéma, l’opéra, toute musiquene sont pas, madame Ndiaye, certes, « indispensables » — un peu moins qu’aller travailler pour « redresser l’économie ». Et puis, de quoi se plaignant-ils, ces libraires et tous les autres : L’État les aide. Il faut sans doute vous rappeler de la dite culture n’existe que vivante, avec ses acteurs, ses lecteurs, pas avec des subventions qui seront de toute manière insuffisantes pour maintenir en vie librairies, cinémas, etc. Il faut vous rappeler aussi un passage célèbre de l’évangile de Luc (4,4), « L’homme ne vit pas seulement de pain », vous rappeler enfin que considérer la culture comme « un plus », comme on dit dans votre jargon, (vous qui parlez volontiers de « fake news », alors que le français « fausses nouvelles » est clair) a souvent conduit à mettre en danger la démocratie, toujours très fragile.

07:59 Publié dans MARGINALIA | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la culture |  Facebook |

19/04/2020

La Rochefoucauld, Maximes

 

        1. On n’est jamais si heureux ni si malheureux qu’on s’imagine.

 

        1. Il n’y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l’amour où il est, ni le feindre où il n’est pas.

 

        1. Il en est du véritable amour comme de l’apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.

 

        1. Le vrai moyen d’être trompé, c’est de se croire plus fin que les autres.

 

        1. On ne loue d’ordinaire que pour être loué.

 

La Rochefoucauld, Maximes, Garnier/Flammarion, 1977, p. 49, 51, 51, 56, 57.

07/04/2020

Images de Saint-Savin-sur-Gartempe

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Photos Chantal Tanet

26/02/2020

Quelques images du portail de l'église de Besse (Dordogne)

 

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saint Eustache chasse ...

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... le cerf

 

Photos T. H.

13/02/2020

Mythologie : autour d'Achille

Exposition TROIE au British Museum

 

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Thétis trempe Achille dans le Styx

 

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Le corps de Patrocle apporté devant Achille

 

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Achille traîne le corps d'Hector

 

Photos Chantal Tanet et T.H.

 

 

02/02/2020

Une promenade dans un parc

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14/01/2020

Paysages d'hiver, arbres et eaux

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                          © Photos Chantal Tanet et T. H.

 

 

23/12/2019

Max Ernst, Les Malheurs des immortels

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                                L’heure de se taire

Près de la lèvre vue dans l’eau, la coquette défrisée promène la lampe dans ses yeux dodus comme des amours. Elle aime à montrer sa faculté de sourire à surface miroitante. Elle étend ses doigts peau d’amazone à la force des bras. Elle étend la mâture de ses seins au pied des ruines et s’endort au crépuscule de ses ongles rongés par des plantes grimpantes.

 

Max Ernst, Les Malheurs des immortels, dans Écritures, Gallimard, 1970, p. 120.

08/09/2019

Tympan et salle capitulaire, cathédrale d'Autun

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Photos Chantal Tanet