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13/05/2018

Laure, Écrits retrouvés

 

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                  Lettre à Georges Bataille non envoyée

 

   Quand je te dis que nous nous retrouverons… dans l’arc-en-ciel c’est pour moi aussi brûlant que le feu.

  Georges comprends-tu : toi et moi nous ne pouvons vivre vraiment que de ce qui exalte et si tout à coup dans la vie quotidienne  il semble qu’il y ait même pas un heurt mais un manque nous nous en voulons trop et cependant ce trop est quand nous nous retrouvons nus et vrais.

   Je t’aime de me rappeler à chaque instant toute ma vie et ce qu’elle doit exprimer. La solitude est retombée sur moi rugueuse, glacée mais je m’y retrempe — Aide-moi à exprimer certaines choses devant toi pour que nous nous comprenions mieux Georges — quoi qu’il y ait rien ne doit nous diminuer ni ne nous diminuera jamais l’un par l’autre. Cela il ne le faut pas. Est-ce une illusion terrible (tu sais : ces retombements atroces chez les meilleurs) de penser, de vouloirainsi et puis de se trouver aux prises avec de véritables… mesquineries comme ça. […]

 

Laure, Écrits retrouvés, Les cahiers des brisants, 1957, p. 93-94.

02/05/2012

Laure, Écrits

Laure, écrits, Jérôme Peignot

Qui es-tu

visage aigu

lame

à reflets durs

fend l'air

entame

mon rêve

que je sois assise

te faisant face

ou couchée

tête renversée

tu m'apparais

échappant à la pesanteur

inscrivant dans l'air

toute une géométrie précise

aussi précise

que cet angle volontaire

où s'inscrit le sourire forcé

de lèvres amères

aux plis railleurs

Précision des gestes,

limite

de l'espace harmonieux,

clair

où tu vis

 

                   *

 

Le moment

où tout retombe

dans l'absurde

si absurde

que mieux vaut

parler

pour ne rien dire

grimacer

et sourire

 

Laure, Écrits, précédé de Ma Mère diagonale par Jérôme Peignot,

avec une Vie de Laure par Georges Bataille, Jean-Jacques Pauvert, 1971,

p. 232 et 233.

© Cliché collection Jérôme Peignot.

26/10/2011

Jacques Roubaud, Dix hommages

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                    Aux fleurs d’Obermann

 

                                             Hommage à Jude Stéfan

 

 

                        I

 

ciel chaotique lacéré cendreux sous

sous les mots chien désœuvrés d’un memento mori

galons, laure blanc pied, bas filés,

trouble-moi, parque : que le temps est un rat,

semblables les vaches dans les années ronsard

et les tourterelles dans les cyprès … jadis jadis

 

                  II

 

heureux, calme ciel, je ne saurais l’être

de 80 poèmes, autant de cyprès

années dédicaces à une lectrice d’arbres

 

parque, une fille qui pouffe

geste lent des bras de laure dans rousseur

 

                  III

 

pour toi, laure, je m’envole de l’ex-poème

une pierre à mon dos attachée de ciel

 

la maison et ses vitres lentement tourne sous le cyprès

 

j’attends la mort des années comme à la selle

 

                  IV

 

in secula avec l’humilité d’un liseron

laure

 

porte moi comme un cyprès

 

                  V

 

des années, laure, laures

vanités, limon, et de plus en plus loin

 

                  VI

 

 

vanités, limon, plus loin

 

Jacques Roubaud, Dix hommages, Lnk, 22, 2011, np.