09/03/2026
Hart Crane, Key West et autres poèmes

À Emily Dickinson
Toi qui tant désirais — on réclame en vain —
Qui rassasiais ta faim comme un labeur perpétuel,
Tu osas révérer le travail, bénir la quête —
Tu atteignis cette paix, suprême en somme,
D’être, de tous, la moins recherchée ; écoute Emily !
Ô la Douce et Silencieuse en allée, soudain la plus limpide
Quand tu chantes cette éternité prise
Et pillée en chaque poitrine
— Nulle fleur, en vérité, ne s’atrophie dans ta main.
La moisson par toi distinguée, la moisson saisie,
Il faut plus que de l’astuce pour la cueillir, que de l’amour
[pour la gerber.
La réconciliation d’un esprit des plus distants —
Abandonne Ormizd sans rubis et laisse Ophir à son frimas.
Sinon les larmes couvrent tout un mamelon d’argile froid.
Hart Crane, Key West et autres poèmes, traduits de l’américain par François Tétreau, présentés par François Boddaert, Orphée/La Différence, 1989, p. 102-103.
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