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16/01/2018

Joseph Joubert, Carnets II

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Ces esprits secs qui n’ont besoin que de doctrines ou de sèches pensées.

 

Pourquoi, disait-on à la pierre, offres-tu si peu de poli ? C’est que je ne suis pas du marbre.

 

De ce qui est théâtral dans la vie, dans les discours, dans les actions, dans les pensées.

 

L’esprit militaire est un esprit favorable à la bougrerie.

 

Tout vieillit, même l’estime, si on n’y prend garde.

 

Joseph Joubert, Carnets, II, Gallimard, 1994, p. 409, 419, 422, 424, 426.

 

Publication en janvier 2018 :

PAPILLES  n° 48  AU RESTAURANT

joseph joubert,carnets,ii,esprit,théâtral,estime

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

15/01/2018

Jacques Roubaud, C et autre poésie (1962-2012)

 

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1994

 

il n’y a pas de ciel

pas d’yeux

pas de voix

rien qu’une lampe

une lampe dans la lumière

s’écoule

et ne reviendra pas

même si elle semble

posée

en permanence

sur la photographie au mur

sur les livres

en l’absence du ciel

d’yeux

et de voix

 

Jacques Roubaud, C et autre poésie

(1962-2012), NOUS, 2015, p. 308.

13/01/2018

Fabienne Raphoz, Parce que l'oiseau

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   Le journal fausse le passé, au moment de sa lecture, il force le souvenir. C’est un paradoxe temporel : écrit dans l’instant pour ne pas perdre l’instant, il laisse perdre tous les instants qu’il n’a pas consignés. Parfois, le journal fonctionne à la manière du carnet, comme un déictique, un propulseur, la note lacunaire ouvre un champ que le poème, même condensé, saura, ou ne saura pas, exprimer, mais s’il est trop rédigé, le fragment se suffit à soi-même.

 

Fabienne Raphoz, Parce que l’oiseau, collection Biophilia, Corti, 2018, p. 26.

                                *   *   *

La dernière livraison (n° 27, 12 €) de la revue Phœnix est en partie consacrée à l’écrivain Étienne Faure. À lire !

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Étienne Faure publie ce mois-ci aux éditions le phare de cousseix, Écrits cellulaires, que l’on peut commander directement (7 € + 1 € frais de port):

Editions le phare de cousseix

Le Cousseix, n° 7
23500 Croze

Par ailleurs, la revue Phœnix invite Étienne Faure le 18 janvier, avec Stéphane Bouquet, Jean-Pierre Chevais et Marie de Quatrebarbes. Pour plus de précisions :

https://www.entrevues.org/actualites/phoenix-etienne-faure/

12/01/2018

Manfred Peter Hein, L'érable contre la maison

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Melencolia

 

Devant la fenêtre les trois

colonnades claires du bouleau

partageant l’obscurité

 

Obscurité mienne celle que j’écris

voix projetée dans l’obscur par-delà l’étoile

 

En ce jour de comète

pulvérisée lumière entre les prunelles de

Melencolia

 

Manfred Peter Hein, L’érable contre la maison,

traduction de l’allemand Natacha Ruedin-Royon,

Alidades, 2017, p. 25.

 

 

 

11/01/2018

Jean Tardieu, Une Voix sans personne

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                         Pouchkine

 

   La parole amoureuse élit domicile à la sandale des nomades. Elle court dans l’avoine sans fin.

Vers le soir la passion du feu compense un clair marteau de cloche. Le vent gonfle la fureur du bronze.

   Soudain l’éclair du couteau des étoiles ! Un violon sur les rochers d’ébène annonce le printemps de la mort.

 

Jean Tardieu, Une Voix sans personne, Gallimard, 1954, p. 109.

Jean Tardieu, Une Voix sans personne

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                         Pouchkine

 

   La parole amoureuse élit domicile à la sandale des nomades. Elle court dans l’avoine sans fin.

Vers le soir la passion du feu compense un clair marteau de cloche. Le vent gonfle la fureur du bronze.

   Soudain l’éclair du couteau des étoiles ! Un violon sur les rochers d’ébène annonce le printemps de la mort.

 

Jean Tardieu, Une Voix sans personne, Gallimard, 1954, p. 109.

10/01/2018

Samuel Beckett, Poèmes, suivi de mirlitonnades

                                                    Beckett.JPG

je suis ce cours de sable qui glisse

entre le galet et la dune

la pluie d’été pleut sur ma vie

sur moi ma vie qui me fuit me poursuit

et finira le jour de son commencement

 

cher instant je te vois

dans ce rideau de brume qui recule

où je n’aurai plus à fouler ces longs seuils mouvants

et vivrai le temps d’une porte

qui s’ouvre et se referme

 

Samuel Beckett, Poèmes , suivi de mirlitonnades,

Editions de Minuit, 1978, p. 22.

09/01/2018

Emily Dickinson, Ses oiseaux perdus (dernières années, 1882)1886)

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Tout à fait vide, tout à fait calme,

La Grive boucle son Nid et exerce ses Ailes —

Elle ne connaît pas la Route

Mais avance Machine toute

Vers des rumeurs de printemps —

Elle ne demande pas de Midi —

Elle ne demande pas de Merci —

Sans miettes et sans force, avec une seule requête —

Ses Oiseaux perdus —

 

Quite empty, quite at rest,

The Robin locks her Nest, and tries her Wings —

She doesnot know her Route

But puts her Craft about

For rumored springa

She does not ask for Moon —

Se does not ask for Boon —

Crumbless and homeless, of but one request —

The Birds xhe lost —

 

Emily Dickinson, Ses oiseaux perdus, traduction François

Heusbourg, éditions Unes, 2017, p. 59 et 58.

08/01/2018

Jaroslav Seifert, Sonnets de Prague

                                        

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  Printanier

 

Demoiselle au bureau devant ta machine,

Sur tes doigts brille le soleil du printemps,

Tes mains frémissent, mon dieu,

Tu voudrais pouvoir t »en aller.

 

La vie, vois-tu, est formidablement belle,

Le banc du parc est bien trop dur,

Mais quand on aime toute l’âme poétise

Et ce bois lui-même ne se dédaigne pas.

 

Oui, je sais, ça n’est pas rien d’aimer,

Le ressac de l’amour nous ballotté,

Un moment à planer haut dans le ciel,

Accompagné jusque)là d’un rayon de soleil.,

 

Puis soudain l’implacable pesanteur

Nous ramène tout en bas

Et la dure réalité nous visse à la terre ;

 

Ne t’en fais pas pour ça, tout d’un coup

Tu rejoindras les étoiles, serrée dans ses bras,

 

Car tu es jeune, avec tes vingt ans,

Et à ton âge tout amour gai attriste,

 

Car l’amour c’est comme tout le monde :

il est amer bien sûr mais savoureux.

 

Si tu m’en crois, je peux te donner

Un vrai conseil d’ami,

N’aie jamais peur d’aimer, demoiselle !

 

et si quelqu’un t’embrasse sur la joue droite,

Tends la gauche.

 

Jaroslav Seifert, Sonnets de Prague, traduits par

Henri Deluy et Jean-Pierre Faye, Change errant

/ Action poétique, 1984, p. 35-36.

07/01/2018

Tristan Corbière, Les Amours jaunes

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                 Toit

 

Tiens, non ! j’attendrai tranquille,

            Planté sous le toit,

Qu’il me tombe quelque tuile,

            Souvenir de Toi !

 

J’ai tondu l’herbe, je lèche

            La pierre, — altéré

Comme la Colique sèche

            De Miserere

 

Je crèverai — Dieu me damne ! —

Ton tympan ou la peau d’âne

            De mon bon tambour !

 

Dans ton boitier, ô Fenêtre !

Calme et pure, gît peut-être

……………………………..

            Un vieux monsieur sourd !

 

Tristan Corbière, Les Amours jaunes, dans

Charles Cros, T. C., Œuvres complètes,

Pléiade / Gallimard, 1970, p. 748.

06/01/2018

Rachel Blau DuPlessis, Brouillons (choix de poèmes)

 

Brouillon 52 : Midrash, 14.

 

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Les mots, est-ce cela qui manque ?

Est-ce la concentration ?

une page foisonne en sous-entendus et en apartés :

pluie, rouille, morne mort, morne vie.

Non. Il ne s’agit pas de ça,

mais le fait que les crocs d’argent des mots

ne peuvent rien contre de plus profonds silence, plus chargés de colère

rien contre la dislocation du désir de mémoire

rien contre d’infixables décombres.

 

Dès lors, le problème est « zu schreiben », d’écrire ?

D’écrire, voilà tout.

Trop, beaucoup trop de mots.

Apparaux d’auteur

amour propre

forme-matière première

et même, pitié-de-soi.

Vouloir un poème après Auschwitz

c’est —

compréhensible, inaccessible, intenable.

Quel poète pourrait bien vouloir ?

 

Rachel Blau DuPlessis, Brouillons, traduction et présentation par Auxeméry, avec la collaboration de Chris Tysh, Corti, 2013, p. 123-124.

05/01/2018

Jacques Dupin, L'embrasure

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   Assumer la détresse de cette nuit pour qu’elle chemine vers son terme et son retournement. Littéralement précipiter le monde dans l’abîme où déjà il se trouve. En chacun se poursuit le combat d’un faux jour qui se succède avec la vraie nuit qui se fortifie. De fausse aurore en fausse aurore, et de leur successif démantèlement par la reconnaissance de leur illusoire clarté, s’approfondit la nuit, et s’ouvre la tranchée de notre chemin dans la nuit. Ce nul embrasement du ciel, reconnaissons sa nécessité comme celle de feux de balise pour évaluer le chemin parcouru et mesurer les chances de la traversée. En effet tous les mots nous abusent. . Mais il arrive que la chaine discontinue de ce qu’ils projettent et ce qu’ils retiennent, laisse surgir le corps ruisselant et le visage éclairé d’une réalité tout autre que celle qu’on avait poursuivie et piégée dans la nuit.

 

Jacques Dupin, L’embrasure, Gallimard, 1969, p. 95.

04/01/2018

Arthur Adamov, L'aveu

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« Sois un homme ! » Le seul rappel de ces mots rallume en moi la vieille haine pour tous mes ennemis de race, tous ceux que je méprise et qui me méprisent, les mâles satisfaits à l’air vainqueur. Je les entends se prévaloir de leurs propriétés, de l’argent qu’ils ont, des femmes qu’ils possèdent. Maintenant, je crois deviner l’origine de cette mutuelle répulsion : je me suis mis au ban de la société, du corps social, comme dans l’amour je me suis exilé du corps de la femme.

   Je sais trop bien ce qui me faisait dire que je ne serai jamais un homme. Et je tiens en profond mépris tout adolescent qui n’a pas proféré un tel serment.

 

Arthur Adamov, L’aveu, éditions du Sagittaire, 1948, p. 68.

03/01/2018

Maurice Blanchot, La bête de Lascaux

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   Il est, dans l’expérience de l’art et dans la genèse de l’œuvre, un moment où celle-ci n’est encore qu’une violence indistincte tendant à s’ouvrir et tendant à se fermer, tendant à s’exalter dans un espace qui s’ouvre et tendant à se retirer dans la profondeur de la dissimulation : l’œuvre est alors l’intimité en lutte de moments irréconciliables et inséparables, communication déchirée entre la mesure de l’œuvre qui se fait pouvoir et la démesure de l’œuvre qui veut l’impossibilité, entre la forme où elle se saisit et l’illimité où elle se refuse, entre l’œuvre comme commencement et l’origine à partir de quoi il n’y a jamais œuvre, où règne le désœuvrement éternel. Cette exaltation antagoniste est ce qui fonde la communication et c’est elle qui prendra finalement la forme personnifiée de l’exigence de lire et de l’exigence d’écrire. Le langage de la pensée et le langage qui se déploie dans le chant poétique sont comme les directions différentes qu’a prise ce dialogue originel, mais, dans l’un et dans ‘autre, et chaque fois que l’un et l’autre renoncent à leur forme apaisée et remontent vers leur source, il semble que recommence, d’une man !ère plus ou moins « vive », ce combat plus originel d’exigences plus indistinctes, et l’on peut dire que toute œuvre poétique, au cours de sa genèse, est retour à cette contestation initiale et que même, tant qu’elle est œuvre, elle ne cesse pas d’être l’intimité de son éternelle naissance.

 

Maurice Blanchot, La bête de Lascaux, fata morgana, 1982, p. 34-36.

01/01/2018

René de Obaldia, Innocentines

                      Rene de Obaldia.jpg           

Dimanche

 

Charlotte

Fait de la compote

 

Bertrand

Suce des harengs

 

Cunégonde

Se teint en blonde

 

Épaminondas

Cire ses godasses

 

Thérèse

Souffle sur la braise

 

Léon

Peint des potirons

 

Brigitte

S’agite, s’agite

 

Adhémar

Dit qu’il en a marre

 

La pendule

Fabrique des virgules

 

Er moi dans tout cha ?

Et moi dans tout cha ?

 

Moi, ze ne bouge pas

Sur ma langue z’ai un chat

 

René de Obaldia, Innocentines,

Grasset, 1969, p. 81-82.