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26/12/2012

Catherine Pozzi, Très haut amour

Catherine Pozzi, Très haut amour, rose, amour, temps

Chanson sans gestes

 

Sur la planète de douleurs

Les roses vont jusqu'au ciel même.

Devant le mur d'azur tu meurs

          Du mal qui vient d'ailleurs.

 

Soleil, soleil fleur de souci

Touche un cœur de ta pointe extrême

Le rayon jeté sans merci

          Du passé jusqu'ici.

 

Mon cœur est une rose aussi

Il est plein de rois et de reines

Ils ont vécu ils ont fini

          Ils souffrent où je suis.

 

Ils ont dormi ils ont péri

Ils s'éveilleront si je t'aime.

Un trait les touche sans merci

          L'amour n'est pas l'ami.

 

Ô prisonniers ! dormez ainsi

Ne quittez les ombres suprêmes

La caresse est blessure ainsi

          Le soleil passe aussi.

 

Catherine Pozzi, Très haut amour, édition de

Claire Paulhan et Laurence Joseph,

Poésie/Gallimard, 2002, p. 63-64.

19/12/2012

Gabrielle Althen, Vie saxifrage

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                      Sur la place

 

Le jour commençait une rose

La rose était transparente et amène

La patience ne serait plus nécessaire

Les routes auraient des jeux ardents

Tu serais défeuillé de tes hésitations

Nu contre la paroi de verre noir de ton vœu

L'orient en est à blanc et la simplicité totale

 

                                 *

 

Mais il y eut des jours de pleurs sans indigence

Des vagues émanaient du profond du mystère

En soutenant le gris de la lumière

Les enfants interdits qui cessaient de jouer

Penchés en rond sur le moment

Oubliaient en riant de poser leurs questions

Et l'on se chérissait dans les anneaux du paysage

 

Gabrielle Althen, Vie saxifrage, Al Manar / Alain

 Gorius, 2012, p. 47 et 31.

18/10/2012

René Char, Fenêtres dormantes et porte sur le toit

 

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                Légèreté de la terre

 

Le repos, la planche de vivre ? Nous tombons. Je vous écris en cours de chute. C'est ainsi que j'éprouve l'état d'être au monde. L'homme se défait aussi sûrement qu'il fut jadis composé. La roue du destin tourne à l'envers et ses dents nous déchiquettent. Nous prendrons feu bientôt du fait de l'accélération de la chute. L'amour, ce frein sublime, est rompu, hors d'usage.

     Rien de cela n'est écrit sur le ciel assigné, ni dans le livre convoité qui se hâte au rythme des battements de notre cœur, puis se brise alors que notre cœur continue à battre.

 

                                         *

 

          Une rose par mégarde.

          Une rose sans personne.

          Une rose pour verdir.

 

                                         *

 

     Nous vivons avec quelques arpents de passé, les gais mensonges du présent et la cascade furieuse de l'avenir. Autant continuer à sauter à la corde, l'enfant-chimère à notre côté.

 

René Char, Fenêtres dormantes et porte sur le toit, Gallimard, 1979, p. 52, 54 et 65.

20/07/2012

Marc Guyon, Volis agonal

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Il y a des roses

sous le givre, et le lilas

bourdonne, le jour s'ouvre

d'une caresse.

 

Luxe, chasteté, l'année

vient : à sa surface

la nue calme,

le roseau ivre.

 

          *

 

Saisir le jour

à sa douleur ;

combien l'automne

est doux, grande

l'envolée des oiseaux.

Sommes dignes

d'une joie ?

 

            *

 

Est-ce l'homme

que je croise, pense-t-il

l'avenir, sans une boucle

tendre, sans regard précieux

un instant ?

Les filles

jadis parfumées ?

 

Le bienfait

nous ne le voyons pas,

mais par le songe

illuminé.

 

Marc Guyon, Volis agonal, Gallimard,

1972, p. 18, 37, 75.