07/07/2026
Eduard Mörike, Poèmes

Au bord de la forêt
En lisière du bois j’aime attendre le soir
Et dans l’herbe allongé écouter le coucou
Lorsque dans la vallée, apaisante berceuse,
Sa plainte monotone égrène ses deux notes.
C’est là que je suis bien, de la pire des plaies,
Des grimaces du monde, enfin hors de portée :
Me conformer à lui ici m’est épargné,
Je peux faire à mon gré et suivre mon idée.
Et ces gens distingués s’ils savaient seulement
Le plaisir du poète à gaspiller son temps
Ils finiraient, qui sait, par m’envier.
Car mon sonnet jaillit, en festons empressés
Et tout seul, dirait-on, veut sortir de mes mains
Cependant que mes yeux paissent dans les lointains.
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue, traduction
Nicoles Taubes, Les Belles Lettres, 2010, p. 148.
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06/07/2026
Eduard Mörike, Poèmes

Ermitage
Ô monde, laisse-moi en paix !
De vos amours je n’ai que faire,
Laissez-le, ce cœur solitaire,
Se délecter de son tourment !
Ce que je pleure je ne sais,
C’est un mal qu’on ne connaît pas ;
C’est toujours à travers les pleurs
Que je vois le bon soleil clair.
Souvent et presque à mon insu,
Palpite en moi la joie,
Dissipant la langueur qui pèse
Avec délices sur mon cœur.
Ô monde, laisse-moi en paix !
De vos amours je n’ai que faire,
Laissez-le, ce cœur solitaire,
Se délecter de son tourment !
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
traduction Nicole Taubes, Les Belles
Lettres, 2010, p. 110.
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Eduard Mörike, Poèmes

Chant d’un amoureux (avant 1838)
Mon cœur, avant l’heure, dès l’aube,
M’éveille pour penser à toi,
Quand jeunesse voudrait dormir !
Minuit, mon œil est clair et vif,
Plus alerte que les matines :
Toi, penses-tu à moi le jour ?
Un pêcheur, lui, se lèverait,
Jetterait au fleuve sa nasse,
Puis le cœur gai, vendrait sa pêche.
Au moulin, le garçon meunier
Se démène en un train bruyant :
Comme j’envie son dur travail !
Mais moi, hélas ! qui ne fais rien
Je gis sur un lit de tourments,
Le captif d’une enfant gâtée.
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
traduction Nicole Taubes, Les Belles
Lettres, 2010, p. 106.
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Eduard Mörike, Poèmes

Chant d’un amoureux (avant 1838)
Mon cœur, avant l’heure, dès l’aube,
M’éveille pour penser à toi,
Quand jeunesse voudrait dormir !
Minuit, mon œil est clair et vif,
Plus alerte que les matines :
Toi, penses-tu à moi le jour ?
Un pêcheur, lui, se lèverait,
Jetterait au fleuve sa nasse,
Puis le cœur gai, vendrait sa pêche.
Au moulin, le garçon meunier
Se démène en un train bruyant :
Comme j’envie son dur travail !
Mais moi, hélas ! qui ne fais rien
Je gis sur un lit de tourments,
Le captif d’une enfant gâtée.
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
traduction Nicole Taubes, Les Belles
Lettres, 2010, p. 106.
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04/07/2026
Eduard Mörike, Poèmes

Mal du pays
Tout s’altère à chaque autre pas
Qui m’éloigne de mon aimée ;
Mon cœur ne veut plus avancer.
Par ici, le soleil est froid,
Tout, ici, me semble étranger,
Même la fleur au bord de l’eau !
Tout prend ici ce que je vois
Un autre air, un visage faux.
J’entends l’eau vive murmurer :
« Viens me voir garçon malheureux :
J’ai moi aussi des myosotis ! »
- Ils sont, c’est vrai, beaux en tous lieux
Mais pas aussi beaux que là-bas !
Partir, oh oui, partir !
J’ai trop de larmes dans les yeux !
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
traduction Nicole Taubes, Les
Belles Lettres, 2010, p. 41.
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03/07/2026
Eduard Mörike, Poèmes

Au petit jour
Mon œil sans sommeil brûle encore
Quand déjà le jour va paraître
À la fenêtre de ma chambre
Mon esprit s’agite, égaré,
Tiraillé, assailli de doutes,
Halluciné par des fantômes.
- Cesse donc, mon âme angoissée
Cesse enfin de te tourmenter !
Réjouis-toi ! Ici et là
Déjà s’éveillent les matines.
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
Traduction Nicole Taubes, Les
Belles Lettres, 2010, p. 24.
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02/07/2026
Eduard Mörike, Poèmes

Bien une heurette avant le jour
Tandis que je dormais encore
Bien une heurette avant le jour ;
Sur l’arbre, devant ma fenêtre,
Tout bas l’hirondelle a chanté,
Bien une heurette avant le jour.
‘Écoute ce que j’ai à dire !
J(accuse ici ton bon ami :
Sache que tandis que je chante,
Il est auprès d’une autre fille
Bien une heurette avant le jour !
Ô douleur, ne m’en dis pas plus !
Plus un mot ! je n’en sais que trop !
Envole-toi ! quitte ma branche !
Adieu cœur vain et vain amour !
Bien une heurette avant le jour.
Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,
traduction de l’allemand Nicole Taubes,
Les belles lettres, 2010, p. 13-14.
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11/12/2025
Giorgio de Chirico, Poèmes
Mélancolie
Lourde d’amour et de chagrin
mon âme se traîne
comme une chatte blessée
— Beauté des longues cheminées rouges
Fumée solide
Un train siffle. Le mur
Deux artichauts de fer me regardent.

J’avais un but. Le pavillon ne claque plus
— Bonheur, bonheur, je te cherche —
Un petit vieillard si doux chantait doucement
une chanson d’amour.
Le chant se perdit dans le bruit
de la foule et des machines
Et me chants et mes larmes se perdront aussi
dans les cercles horribles
ô éternité.
Giorgio de Chirico, Poèmes Poesie, présentés par
Jean-Charles Vegliante, Solin, 1981, p. 25/
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06/11/2025
Emily Brontë, Poèmes
Il devrait n’être point de désespoir pour toi
Il devrait n’être point de désespoir pour toi
Tant que brûlent la nuit les étoiles,
Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,
Que le soleil dore le matin.
Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes
Ruissellent comme une rivière :
Les plus chère de tes années ne sont-elles pas
Autour de ton cœur à jamais ?
Ceux-ci pleures, tu pleures, il doit en être ainsi ;
Les vents soupirent comme tu soupires,
Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin
Là où gisent les feuilles d’automne
Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort
Ne saurait être séparé :
Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,
Du moins jamais le cœur brisé.

[Novembre 1839]
Emily Jane Brontë, Poèmes, traduction de Pierre Leyris,
Poésie / Gallimard, 1983, p. 87.
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08/02/2025
Jules Supervielle, Poèmes

J'ai pris le matin
J’ai pris le matin dans ma promenade
Comme en un filet ;
Mes mains sentent bon le soleil nomade
Le gazon mouillé.
Je l'ai bien saisi, le matin qui cligne ;
Le voici vivant,
Comme le poisson au bout de la ligne,
Vif et s’incurvant.
Je t’apporte ici la claire harmonie,
Des prés jaune verts ;
Dans l’alcôve encor si mal définie
Aux yeux inexperts ;
Et je veux vider, comme une corbeille,
Sur ton lit défait,
Mon cœur bourdonnant du chant des abeilles
Et de la forêt.
Jules Supervielle, Poèmes, dans Œuvres poétiques complètes,
Pléiade / Gallimard, 1996, p. 67.
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13/12/2024
Oscar Wilde, Poèmes

La tombe de Shelley
Comme des torches éteintes près de la couche d’un malade,
De maigres cyprès veillent la pierre que le soleil décolore,
La petite chouette y a établi sa demeure
Et le rapide lézard comme un joyau pointe sa tête.
Là où s’embrasent les calices des coquelicots,
Dans la chambre tranquille de cette pyramide,
Un Sphinx antique se tapit dans la pénombre,
Noir gardien de ce lieu de plaisir des morts.
Ah ! qu’il est doux de reposer dans le sein
De la Terre mère accomplie de l’éternel sommeil,
Mais pour toi bien plus douce une tombe inquiète
Dans la caverne bleue des profondeurs peuplées,
Ou bien là-haut, où les hautes nefs sombrent dans la nuit
Comme les rochers escarpés brisés par les vagues.
Oscar Wilde, Poèmes, traduction Bernard Delvaille,
Pléiade/Gallimard, 1996, p.10.
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10/12/2024
Oscar Wilde, Poèmes

Impressions
Le jardin
Le calice fané du lis tombe
Sur l’ombre du pistil doré
Et, dans les bouleaux de la lande,
Roucoule un ultime ramier.
Le tournesol à crinière de lion,
Noir et flétri, penche sur sa tige
Et, dans les allées du jardin venteux,
Volettent les feuilles mortes.
Les blancs pétales des blancs troènes
Forment des boules de neige,
Et les roses tombent dans l’herbe
Tels haillons de soie cramoisie.
Oscar Wilde, Poèmes, traduction Bernard
Delvaille, dans Œuvres, Pléiade/Gallimard,
1996, p. 17-18.
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09/12/2024
Oscar Wilde, Poèmes

Désespoir
Les saisons avec elles amènent leur ruine,
Au printemps le narcisse apparaît
Qui ne se fane avant que n’ait rougi la rose
Et, à l’automne, fleurissent les violettes
Et le frêle crocus trouble alors la blancheur de la neige ;
Puis, les arbres dénudés reverdissent,
Comme font les gris labours sous les pluies de l’été
Et renaissent les primevères qu’un enfant cueillera.
La belle vie ! dont le flot amer et avide
Monte à nos pieds et sombre dans la nuit
Pour revêtir des jours qui ne reviendront plus !
L’ambition, l’amour, brillantes rêveries,
Nous les perdons trop vite, et ne trouvons plaisir
Que dans quelques fragments de souvenirs enfuis.
Oscar Wilde, Poèmes, traduction Bernard Delvaille, dans
Œuvres, Pléiade/Gallimard, 1996, p. 8-9.
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20/07/2024
Constatin Cavafy, Poèmes

Les fenêtres
Dans ces chambres obscures où je passe
des jours qui m’oppressent, je rôde de long en large
cherchant à trouver les fenêtres — Lorsqu’il s’en ouvrira
une, ce me sera une consolation —
Mais il n’y a point de fenêtre, ou c’est moi
qui ne puis les trouver. Peut-être en est-il mieux ainsi.
Peut-être la lumière ne serait que nouvelle tyrannie.
Qui sait quelles choses nouvelles elle ferait surgir…
Constantin Cavafy, Poèmes, traduits par Georges Papoutsakis, Les Belles Lettres, 1977, p. 37.
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Constantin Cavafy, Poèmes

Mélancolie de Jason, fils de Cléandre : Poète en Commagène ; 505 ap. J.C.
Vieillissement de mon corps et de ma figure —
c’est une blessure d’un effroyable couteau.
Je n’ai plus d’endurance.
A toi je recours, Art de la Poésie,
qui, tant soit peu, te connais en remèdes :
tentatives d’assoupissement de la douleur,
par l’Imagination et par le Verbe.
Blessure d’un effroyable couteau —
Art de la Poésie, apporte tes remèdes,
pour endormir — pour quelque temps — la douleur.
Constantin Cavafy, Poèmes, traduction Georges Papoutsakis, Les Belles Lettres, 1958, p. 153.
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