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25/05/2015

Sylvia Plath, Arbres d'hiver, précédé de La Traversée

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                     Premières heures

 

Vide, je renvoie l’écho du moindre bruit de pas,

Musée sans statues, grandiose avec ses piliers, portiques, rotondes.

Dans ma cour jaillit et puis retombe une fontaine

Au cœur de nonne, aveugle au monde. Des lys de marbre

Exhalent leur pâleur comme du parfum .

 

Je m’imagine avec un vaste public,

Mère d’une blanche Nikê et de plusieurs Apollon aux yeux nus.

À la place, les morts me blessent de leurs attentions, et il ne peut   [rien arriver.

Comme une infirmière muette et sans expression, la lune

Pose une main sur mon front.

 

Sylvia Plath, La Traversée, dans Arbres d’hiver, traductionFrançoise Morvan, précédé de La Traversée, traduction Valérie Rouzeau, Poésie / Gallimard, 1999, p. 119.

08/05/2014

James Sacré, Donne-moi ton enfance

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    La campagne de ton enfance. On la voit qui s'en va loin : au-delà de grands oliviers qui sont comme un geste du tems. Cette campagne est une belle étendue de lumière et de champs cultivés tenue dans la hauteur et relevée sur ses bords en collines qui sont déjà de la montagne.

   Tu montres, on ne distingue pas bien, un endroit où ton grand-père t'emmenait, cheval et l'eau d'une fontaine à ramener à la maison. Sur le plat le cheval tire sa tête de côté, dis-tu, mais une fois dans la pente l'effort remet tout son corps dans le droit du chemin.

   J'ai le sentiment d'être dans un endroit pour lire un monde sans secret sinon celui, donné là devant, dans la lumière. Tu n'as presque rien dit parce que sans doute

   Il n'y a rien à dire. Ce qui s'étend devant ton enfance jusqu'à ce geste des oliviers vient nous toucher.

   On a l'impression de comprendre mieux comment vivre est à la fois de l'espace et du temps.

 

James Sacré, Donne-moi ton enfance, Tarabuste, 2013, p. 101-102.

18/12/2011

Paul Celan, La Rose de personne, traduction Martine Broda

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... Bruit la fontaine

 

Vous couteaux aiguisés de prière,

de blasphème, de prière,

de mon

silence.

 

Vous mes paroles, qui vous estropiez

avec moi, vous

mes paroles droites.

 

Et toi :

toit, toi, toi,

de vérité chaque jour plus vraie

écorché, mon plus-tard

des roses — :

 

Combien, ô combien

du monde. De

chemins.

Aile, tu es béquille. Nous — —

 

Nous chanterons la chanson d'enfant, celle,

entends-tu, celle

avec les « hom », avec les « mes », avec les hommes, oui, celle

avec la broussaille, avec

la paire d'yeux, qui restait prête là-bas :

larme-et-

larme.

 

 

... Rauscht der Brunnen

 

Ihr gebet-, ihr lästerungs-, ihr

gebetscharfen Messer

meines

Schweigens.

 

Ihr meine mit mir ver-

Krüppelnden Worte, ihr

meine geraden.

 

Und du :

du, du, du

mein täglich wahr- und wahrer-

geschundenes Später

der Rosen — ;

 

Wievel, o wievel

Welt. Wievel

Wege.

 

Krücke du, Schwinge. Wir — —

 

Wie werden das Kinderlied singen, das,

hörst du, das

mit den Men, mit den Schen, mit den Menschen, ja das

mit dem Gestrüpp und mit

dem Augenpaar, das dort bereitlag als

Träne-und-

Träne.

 

Paul Celan, La Rose de personne (Die Niemandsrose), édition bilingue, traduction de Martine Broda, Le Nouveau Commerce, 1979, p. 61 et 60.