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09/12/2014

Bilhana, Poèmes d'un voleur d'amour

Bilhana, Poèmes d'un voleur d'amour, Cachemire, amante, étreinte, séparation, mort

illustration pour Poèmes d'un voleur d'amour

 

48

 

Encore aujourd'hui

Il me souvient

Dans les jeux de l'amour

De ce combat qu'elle livrait,

Les mains nues,

Dans l'union, de ses étreintes,

Du sang

Sur ses lèvres qu'avaient meurtries mes dents

Et sur sa chair qu'avait blessée mes ongles

Et de la tyrannie qu'elle exerçait sur son amant.

 

 

49

 

Encore aujourd'hui

Comment pourrais-je

Endurer la séparation d'avec ma bien-aimée

La plus accomplie d'entre les amantes ?

Ô mes frères, je vous le dis

À ma détresse la mort seule peut mettre un terme.

Qu'elle me cueille au plus vite !

 

Poèmes d'un voleur d'amour [XIème s., Cachemire], attribuées à Bilhana, traduit su sanskrit par Amina Okada, Connaissance de l'Orient, Gallimard / Unesco, 1988, p. 64-65.

 

06/07/2013

Maurice Benhamou, Tréfonds du temps — éditions Unes (2)

 

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                 I

 

Gorge de nuit

buveuse d'étoiles.

 

Pourrons-nous jamais

concevoir

ce qui se passe ?

 

Se voiler.

Elle se voile,

la face des mots.

Éplorée

elle pleure

plongeant au fond des nuits.

 

Nuit qui anéantis

notre ardente attente

de la nuit.

 

Le corps de l'espace

s'étire

indéfiniment

élargissant nos plaies.

 

Voici

de tout son long

le nuit

exaltant la lunule de l'ongle.

 

Nuit rêche

dans la bouche.

 

Proche

ce qui n'a pas de nom.

.

Mais au Noir

le regard n'atteint pas.

Des barbelés d'étoiles

l'accrochent et le déchirent.

 

Inaccessible

entre les cordes du jour

fut aussi le visage de l'aimée.

 

Quelle voix de personne

dans l'épaisse forêt de la nuit

appelle

frémit

selon les souffles anciens

de la terre furtive ?

[...]

 

Maurice Benhamou, Tréfonds du temps, suivi de

Trait-fond, encres de chine de Jean Degottex,

éditions Unes, 2013, p. 9-10.

Les éditions Unes, fondées par Jean-Pierre Sintive en 1981,

ont été reprises par François Heusbourg en 2013.

17/05/2013

Paul Celan, La Rose de personne [Die Niemandsrose]

Paul Celan, La Rose de personne [Die Niemandsrose], Martine Broda, amante, nom

Avec toutes les pensées je suis sorti

hors du monde : tu étais là,

toi, ma silencieuse, mon ouverte, et —

tu nous reçus.

 

Qui

dit que tout est mort pour nous

quand notre œil s'éteignit ?

Tout s'éveilla, tout commença.

 

Grand, un soleil est venu à la nage, claires,

âme et âme lui ont fait face, nettes,

impératives, elles lui ont tu

son orbe.

 

Sans peine,

ton sein s'est ouvert, paisible,

un souffle est monté dans l'éther,

et ce qui s'est nué, n'était-ce pas,

n'était-ce pas forme, et sortie de nous,

n'était-ce pas

pour ainsi dire un nom ?

 

 

Mit allen Gedanken ging ich

hinaus aus der Welt : da warst du,

du meine Leise, du meine Offne, und —

du empfingst uns.

 

Wer

sagt, dass uns alles erstarb,

da uns das Aug brach ?

Alles erwachte, alles hob an.

 

Gross kam eine Sonne geschwommen, hell

standen ihr Seele und Seele entgegen, klar,

gebieterisch schwiegen sie ihr

ihre Bahn vor

 

Leicht

tar sich dein Schoss auf, still

stieg ein Hauch in den Äther,

und was sich wölkte, wars nicht,

wars nicht Gelstalt und von uns her,

wars nicht

so gut wie ein Name ?

 

Paul Celan, La Rose de personne [Die Niemandsrose], traduction de Martine Broda, Le Nouveau Commerce, 1979 [1963], p. 31 et 30.

01/12/2012

Jude Stéfan, Disparates

Jude Stéfan, Disparates, amour, amie, amante


Elle

 

elle allait en bottes, yeux en amande,

anneaux aux oreilles, surgissant au

grenier et penchée, Gitane abandonnée,

sauvage et sévère, aux jambes de balle-

rine, éprise du bleu, tentures, châles,

gants, soudain un furtif baiser, courait

à la mer au loin s'y aventurant, grimpait

aux arbres, dérobait des bagatelles, jouait

à la belote contrée, sifflait son chat,

attaquait la carambole, faubertait son

pavé, grugeait ses noix, frottait des pommes

à son coude, « ma beauté » à son oreille, un

peigne écarlate, gênée des tourterelles

et du sumac, effrontée, téméraire, palpée

sous tous les pores, impérieuse, ni rosée

ni perle, ni nymphe ni soleil, mais chair

même, peau, amie amante épouse, un bienfait

une chance. Elle

                     qui m'eût tué

                     qui me voulait

 

Jude Stéfan, Disparates, Gallimard, 2012, p. 108.