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07/05/2026

Bernard Noël, L'oiseau de craie

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douleur     bonheur

c’est un oiseau de craie

que ton visage

 

la montagne se déchire

 

je dis     caverne

et l’eau d’autrefois

bat dans les feuilles

 

sueur d’images

nous avons les dents vertes

              *

la vie remue

on creuse des tunnels sous la peau

 

j’aime la grotte et l’ongle

la lampe renversée

l’espace qui écoute

 

mais tu marches

tu marches en toi si loin

 

Bernard Noël, L’oiseau de craie, dans

Les Plumes d’Éros, Œuvres, I, P.O.L,

2010, p. 37 et 38.

 

06/05/2026

Bernard Noël, Poèmes pour en bas

                 

bernard noël, poèmes pour en bas, étreindre

 

                     I

 

temps de mystère à fleur de peau

dans le fou rire des aisselles

les yeux font reluire un message

sous un ruisseau de chevelure

la langue lèche la pliure

à petits coups de mots muets

puis pousse la porte des dents

puis roule dans la bouche nue

parmi des jambes de silence

une aile velue se déplie

amour de la touffe et des lèvres

dans la rude ruée d’un râle

partout les poils de la lumière

et le dessus dessous jeté

un bruit de cœur où fond l’oreille

à la vie la vie qui se dresse

dans le creux par elle creusé

 

Bernard Noël,Poèmes pour en bas, dans

Œuvres, I, Les Larmes d’Éros, 2010, p. 327

05/05/2026

Bernard Noël, Des formes d'elle

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               I

 

vivre dis-tu

                  c’est la venue

d’un mystère il s’empare.

de nous tu vois cette ombre

sur le corps

                  tu vois

ce fantôme en dessous

la matière a besoin

de matière

                   ce besoin

est notre infini

                    ma langue

touche en toi une serrure

intime

                    tu fais de moi

un moi par-dessus les morts

par-delà les vivants

 

Bernard Noël, Des formes d’elle, dans

Les larmes d’Éros, Œuvres, I, P.O.L,

2010, p. 279.

                       

04/05/2026

Bernard Noël, L'été langue morte

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le monde n’est pas fini

et quand le vent se lève

notre visage est différent

l’amour défait l’amour

pour devenir plus que lui-même

qui va mourir

sait que la beauté est inexorable

je regarde ton souffle

tu t’évapores

l’obscur du temps est un ongle

derrière l’œil

il faudrait tenir sa langue

jusqu’au commencement du monde

la lumière est terrible

la mer ressasse

tu cherches un point parmi le jour

le présent est sans but

sans contour

et le sommet des pierres

ne connaît pas leur ombre

ce qui m’arrête

n’est que moi

(…)

Bernard Noël, L’été langue morte, dans

Les Plumes d’Éros, Œuvres I, P.O.L,

2010, p. 87.

Bernard Noël, L'été langue morte

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le monde n’est pas fini

et quand le vent se lève

notre visage est différent

l’amour défait l’amour

pour devenir plus que lui-même

qui va mourir

sait que la beauté est inexorable

je regarde ton souffle

tu t’évapores

l’obscur du temps est un ongle

derrière l’œil

il faudrait tenir sa langue

jusqu’au commencement du monde

la lumière est terrible

la mer ressasse

tu cherches un point parmi le jour

le présent est sans but

sans contour

et le sommet des pierres

ne connaît pas leur ombre

ce qui m’arrête

n’est que moi

(…)

Bernard Noël, L’été langue morte, dans

Les Plumes d’Éros, Œuvres I, P.O.L,

2010, p. 87.

04/03/2023

Bernard Noël, Monlogue du nous

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Nous avons perdu nos illusions et chacun de nous se croit fortifié par cette perte. Fortifié dans as relation avec les autres. Nous savons cependant que nous y avons égaré quelque chose car la buée des illusions nous était plus utile que leur décomposition. Nous oublions ce gain de lucidité dans son exercice même. Nous n’en avons pas moins de mal à mettre plus de raison que de sentiment dans notre action. Nous aurions dû depuis longtemps donner toute sa place au durable, mais la séduction s’est toujours révélée plus immédiatement efficace.

 

Bernad Noël, Monologue du nous, P. O. L, 2015, p. 7-8.

10/09/2022

Bernard Noël, La Chute des temps

bernard noël, la chute des temps, présent, beauté, vent

Dispersé

 

le parfois

les petites pattes du présent

l’abîme sur les talons

 

la chose de la chance

fait du front

ô grands yeux

 

un passant parmi les livres

et les douceurs

la beauté désastreuse

 

comment écrire : c’est ça

voici le mot vent

il ne souffle rien

 

que souffle le vent

la main touche l’air

et s’envole

 

Bernard Noël, La Chute des temps,

Poésie/Gallimard, 1993, p. 149.

04/01/2022

Bernard Noël, L'Oiseau de craie

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L’Oiseau de craie

 

douleur.    Bonheur

c’est un oiseau de craie

sur ton visage

 

la montagne se déchire

 

Je dis    caverne

et l’eau d’autrefois

bat dans tes feuilles

 

sueur d’images

nous avons les dents vertes

 

la vie remue

on creuse des tunnels sous la peau

 

j’aime la grotte et l’ongle

la lampe renversée

l’espace qui écoute

 

mais tu marches

tu marches en toi si loin

 

Bernard Noël, L’Oiseau de craie, dans

Œuvres, I, Les Plumes d’Éros, P. O. L,

2009, p. 37-38.

03/01/2022

Bernard Noël, Poèmes pour en bas

bernard noël, poèmess pour en bas, mystère

 Poèmes pour en bas

 

I

 

temps de mystère à fleur de peau

dans le fou rire des aisselles

les yeux font reluire un message

sous un ruisseau de chevelure

la langue lèche la pliure

à petits coups de mots muets

puis pousse la porte des dents

puis roule dans la bouche nue

parmi des jambes de silence

une aile velue se déplie

amour de la touffe et des lèvres

dans la rude ruée d’un râle

partout les poils de la lumière

            1. le dessus dessous jeté

un bruit de cœur où fond l’oreille

ô la vie la vie qui se dresse

dans le creux par elle creusé

 

Bernard Noël, Poèmes pour en bas, dans

Œuvres, I, Les Plumes d’Éros, P. O. L, 2009, p. 327.

 

 

02/01/2022

Bernard Noël, Le poème des morts

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Le poème des morts 

1

Une ombre qu’est-ce qu’une ombre

 et cette porte en est-elle une ou pas

son battant ici n’a jamais battu

de l’autre côté l’inverse du nôtre

on jette là-bas l’encrier la palette

un peu de poussière et des silhouettes

la main va par là et ne touche rien

la tête se fâche et expédie l’œil

qui plante aussitôt sa vue à l’envers

il voit le noir la parole posée

le vieil Osiris sa pauvre balance

le passé qui pond du bel avenir

le temps qui mange du jour et renaît

ainsi sans façon les métamorphoses

toute réalité est transitoire

le présent met à cuire la mémoire

et le latent s’en trouve tout nouveau

(...)

 

Bernard Noël, Le poème des morts,

Fata Morgana, 2017, p. 25.

06/01/2021

Bernard Noël, L'été langue morte

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L’été langue morte

 

Chant I

 

le monde n’est pas fini

et quand le vent se ève

notre visage est différent

l’amour défait l’amour

pour devenir plus que lui-même

qui va mourir

sait que la beauté est inexorable

je regarde ton souffle

tu t’évapores

l’obscur du temps est un ongle

derrière l’œil

il faudrait tenir sa  langue

jusqu’au commencement du monde

la lumière est terrible

la mer ressasse

tu cherches un point parmi le jour

le présent est sans but

sans contour

et le sommet des pierres

ne connaît pas leur ombre

(...)

 

Bernard Noël, L’été langue morte, dans

Les Plumes d’Éros, Œuvres I, P.O.L, 2010, p. 87.

22/07/2020

Bernard Noël, Le Mal de l'espèce

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                                    Le Mal de l’espèce

 

......Elle envoya des recommandations : il s’agissait de les suivre avec ponctualité. Elle exigeait que le désir soit préservé à l’extrême et outré autant que possible. Elle comptait sur ta volonté pour qu’ainsi soit ouverte dans la limite une brèche qui, certes, ne la romprait pas mais la repousserait encore et encore jusqu’à l’illusion de l’avoir dépassée. Elle aimait, tu l’as tout de suite compris, l’au-delà, c’est-à-dire cette région que nous portons à fleur de peau et que, pourtant, nous ne savons pas envahir pour nous abandonner simplement à la floraison du bonheur. Elle écrivit donc avec précision qu’elle attendait beaucoup de réserve le premier jour — une réserve passionnément tendue et qui, sûrement, aurait pour effet de créer un appétit beaucoup  plus vif que la précipitation vers le plaisir.

 

Bernard Noël, Le Mal de l’espèce, dans La Comédie intime, Œuvres IV, 2015, p. 289.

21/07/2020

Bernard Noël, Qu'est-ce qu'écrire

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                             Qu’est-ce qu’écrire ? III 

Il y a ce mouvement que je n’arrive pas à fixer.

Dans la vie courante, ce serait un élan qu’un geste traduirait. Il n’est  pas moins présent dans le corps, et cependant il y demeure insaisissable, comme toujours en train de fuir devant. Devant quoi ? Devant ce qu’il ouvre ou attire ou entraîne. Il laisse le goût de sa trajectoire sans laisser une trace : un goût que j’essaie sur un sens puis l’autre sans réussir à le percevoir clairement. C’est... me dis-je en décidant de mettre un nom dessus pour en finir, mais le nom glisse et se dérobe. Il s’agit d’une germination instantanée qui précède une activité si mince, si rapide qu’elle a tout juste eu lieu pour s’effacer.  En vérité, je devrais ne pas l’avoir même remarquée.

 

Bernard Noël,  Qu’est-ce qu’écrire ? III, dans La Place de l’autre, Œuvres III, P.O.L, 2013, p. 213.

20/07/2020

Bernard Noël, De Gauche, autrement

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                                    De gauche, autrement

Depuis toujours, la pensée politique est orientée vers la prise du pouvoir, et par conséquent vers sa conservation. Cela s’exprimait autrefois par l’hérédité du pouvoir absolu. La succession démocratique a introduit la relativité — jusqu’à quel point ? Et l’instauration du pouvoir économique ne rétablit-elle pas le pouvoir absolu, mais masqué ?

Le comble du génie politique est de faire admettre à l’opprimé la nécessité de son oppression. Le chômage remplit très bien cette fonction. Rien n’est plus terrible dans l’Histoire que d’y observer la permanence d’un complexe de servilité, qui a toujours permis l’exploitation consentante de la majorité. La logique de cette permanence aboutit à ce pouvoir économique intelligent, brutal et universel.

 

Bernard Noël, De gauche, autrement, dans L’Outrage aux mots, Œuvres, II, P.O.L, 2011, p. 387.

19/07/2020

Bernard Noël, Des formes d'elle

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Des formes d’elle

 

         I

 

vivre dis-tu

                  c’est la venue

d’un mystère il s’empare

de nous tu vois cette ombre

sur le corps

                   tu vois

ce fantôme en dessous

la matière a besoin

de matière

                   ce besoin

est notre infini

                           ma langue

touche en toi une serrure

intime

           tu fais de moi

un moi par-dessus les morts

par-delà les vivants

 

Bernard Noël, Des formes d’elle, dans

Les Plumes d’Éros, Œuvres I, P. O. L,

2009, p. 279.