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08/07/2026

Jean Tardieu, Jours pétrifiés

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Identité

 

Profonds orages

soleil secret

gestes des choses

actes du temps

je vous écoute

quand notre jour

se tait, quand notre pas

s’éloigne, quand

nous attendons.

 

Comme la branche

quand les oiseaux

ont fui

comme la vague

quand le rivage

disparaît

ô Gouffre ô Nuit

à ton silence

toute parole

se reconnaît.

 

Jean Tardieu, Jours pétrifiés,

dans Œuvres, Quarto/Gallimard,

2005, p. 261.

07/07/2026

Eduard Mörike, Poèmes

eduard mörike, poèmes, solitude, sonnet

Au bord de la forêt

 

En lisière du bois j’aime attendre le soir

Et dans l’herbe allongé écouter le coucou

Lorsque dans la vallée, apaisante berceuse,

Sa plainte monotone égrène ses deux notes.

 

C’est là que je suis bien, de la pire des plaies,

Des grimaces du monde, enfin hors de portée :

Me conformer à lui ici m’est épargné,

Je peux faire à mon gré et suivre mon idée.

 

Et ces gens distingués s’ils savaient seulement

Le plaisir du poète à gaspiller son temps

Ils finiraient, qui sait, par m’envier.

 

Car mon sonnet jaillit, en festons empressés

Et tout seul, dirait-on, veut sortir de mes mains

Cependant que mes yeux paissent dans les lointains.

 

Eduard Mörike, Poèmes, bilingue, traduction

Nicoles Taubes, Les Belles Lettres, 2010, p. 148.

06/07/2026

Eduard Mörike, Poèmes

 

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Chant d’un amoureux (avant 1838)

 

Mon cœur, avant l’heure, dès l’aube,

M’éveille pour penser à toi,

Quand jeunesse voudrait dormir !

 

Minuit, mon œil est clair et vif,

Plus alerte que les matines :

Toi, penses-tu à moi le jour ?

 

Un pêcheur, lui, se lèverait,

Jetterait au fleuve sa nasse,

Puis le cœur gai, vendrait sa pêche.

 

Au moulin, le garçon meunier

Se démène en un train bruyant :

Comme j’envie son dur travail !

 

Mais moi, hélas ! qui ne fais rien

Je gis sur un lit de tourments,

Le captif d’une enfant gâtée.

 

Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,

traduction Nicole Taubes, Les Belles

Lettres, 2010, p. 106.

Eduard Mörike, Poèmes

 

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Chant d’un amoureux (avant 1838)

 

Mon cœur, avant l’heure, dès l’aube,

M’éveille pour penser à toi,

Quand jeunesse voudrait dormir !

 

Minuit, mon œil est clair et vif,

Plus alerte que les matines :

Toi, penses-tu à moi le jour ?

 

Un pêcheur, lui, se lèverait,

Jetterait au fleuve sa nasse,

Puis le cœur gai, vendrait sa pêche.

 

Au moulin, le garçon meunier

Se démène en un train bruyant :

Comme j’envie son dur travail !

 

Mais moi, hélas ! qui ne fais rien

Je gis sur un lit de tourments,

Le captif d’une enfant gâtée.

 

Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,

traduction Nicole Taubes, Les Belles

Lettres, 2010, p. 106.

Eduard Mörike, Poèmes

eduard mörike, poèmes, solitude

              Ermitage

 

Ô monde, laisse-moi en paix !

De vos amours je n’ai que faire,

Laissez-le, ce cœur solitaire,

Se délecter de son tourment !

 

Ce que je pleure je ne sais,

C’est un mal qu’on ne connaît pas ;

C’est toujours à travers les pleurs

Que je vois le bon soleil clair.

 

Souvent et presque à mon insu,

Palpite en moi la joie,

Dissipant la langueur qui pèse

Avec délices sur mon cœur.

 

Ô monde, laisse-moi en paix !

De vos amours je n’ai que faire,

Laissez-le, ce cœur solitaire,

Se délecter de son tourment !

 

Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,

traduction Nicole Taubes, Les Belles

Lettres, 2010, p. 110.

05/07/2026

Paysages en Périgord

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Photos T. H.

04/07/2026

Eduard Mörike, Poèmes

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             Mal du pays

 

Tout s’altère à chaque autre pas

Qui m’éloigne de mon aimée ;

Mon cœur ne veut plus avancer.

Par ici, le soleil est froid,

Tout, ici, me semble étranger,

Même la fleur au bord de l’eau !

Tout prend ici ce que je vois

Un autre air, un visage faux.

J’entends l’eau vive murmurer :

« Viens me voir garçon malheureux :

J’ai moi aussi des myosotis ! »

- Ils sont, c’est vrai, beaux en tous lieux

Mais pas aussi beaux que là-bas !

Partir, oh oui, partir !

J’ai trop de larmes dans les yeux !

 

Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,

traduction Nicole Taubes, Les

Belles Lettres, 2010, p. 41.

03/07/2026

Eduard Mörike, Poèmes

                             eduard mörike, poèmes, angoisse

            Au petit jour

 

Mon œil sans sommeil brûle encore

Quand déjà le jour va paraître

À la fenêtre de ma chambre

Mon esprit s’agite, égaré,

Tiraillé, assailli de doutes,

Halluciné par des fantômes.

- Cesse donc, mon âme angoissée

Cesse enfin de te tourmenter !

Réjouis-toi ! Ici et là

Déjà s’éveillent les matines.

 

Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,

Traduction Nicole Taubes, Les

Belles Lettres, 2010, p. 24.

02/07/2026

Eduard Mörike, Poèmes

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Bien une heurette avant le jour

 

Tandis que je dormais encore

Bien une heurette avant le jour ;

Sur l’arbre, devant ma fenêtre,

Tout bas l’hirondelle a chanté,

Bien une heurette avant le jour.

 

‘Écoute ce que j’ai à dire !

J(accuse ici ton bon ami :

Sache que tandis que je chante,

Il est auprès d’une autre fille

Bien une heurette avant le jour !

 

Ô douleur, ne m’en dis pas plus !

Plus un mot ! je n’en sais que trop !

Envole-toi ! quitte ma branche !

Adieu cœur vain et vain amour !

Bien une heurette avant le jour.

 

Eduard Mörike, Poèmes, bilingue,

traduction de  l’allemand Nicole Taubes,

Les belles lettres, 2010, p. 13-14.

 

 

 

 

01/07/2026

La Fontaine, Fables, VIII, 24

 

la fontaine, fables, éducation

                  L’éducation

 

Laridon et César, frères dont l’origine

Venait de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis,

À deux maîtres divers échus au temps jadis,

Hantaient l’un les forêts, l’autre la cuisine.

Ils avaient eu d’abord chacun un autre nom :

                  M     is la diverse nourriture

Fortifiant en l’un cette heureuse nature,

En l’autre l’altérant, un certain marmiton

                  Nomma celui-ci Laridon :

Son frère, ayant couru mainte haute aventure,

Mis maint Cerf aux abois, maint Sanglier abattu,

Fut le premier César que la gent chienne ait eu.

On eut soin d’empêcher qu’une indigne maîtresse

Ne fit en ses enfants dégénérer son sang :

Laridon négligé témoignait sa tendresse

                  À l’objet le premier passant.

                  Il peupla tout de son ignorance :

Tournebroches par lui rendus communs en France

Y font corps à pat, fuyant les hasards,

                  Peuple antipode des Césars.

On ne suis pas toujours ses aïeux ni son père :

Le peu de soin, le temps, tout fait qu’on dégénère :

Faute de cultiver la nature et ses dons,

Ô combien de Césars deviendront Laridons !

 

La Fontaine, Fables, VIII, 24, édition Jean-Paul

Collinet, Pléiade/Gallimard, 1991, p. 577.