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11/01/2018

Jean Tardieu, Une Voix sans personne

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                         Pouchkine

 

   La parole amoureuse élit domicile à la sandale des nomades. Elle court dans l’avoine sans fin.

Vers le soir la passion du feu compense un clair marteau de cloche. Le vent gonfle la fureur du bronze.

   Soudain l’éclair du couteau des étoiles ! Un violon sur les rochers d’ébène annonce le printemps de la mort.

 

Jean Tardieu, Une Voix sans personne, Gallimard, 1954, p. 109.

Jean Tardieu, Une Voix sans personne

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                         Pouchkine

 

   La parole amoureuse élit domicile à la sandale des nomades. Elle court dans l’avoine sans fin.

Vers le soir la passion du feu compense un clair marteau de cloche. Le vent gonfle la fureur du bronze.

   Soudain l’éclair du couteau des étoiles ! Un violon sur les rochers d’ébène annonce le printemps de la mort.

 

Jean Tardieu, Une Voix sans personne, Gallimard, 1954, p. 109.

28/12/2013

Jean Tardieu, Une Voix sans personne

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             Les femmes de ménage

 

Le ciel c'est moi Je sais que mes pauvres étoiles

par le chagrin du temps longuement attendries

vieillissent par degré Ce sont elles que je vois

silencieuses anonymes les genoux pleins de poussière

tôt le matin laver l'escalier quand je viens

accrocher aux murs gris de l'éternel Bureau

mon avare sommeil mes réserves de songe

à l'arbre qui vieillit aussi dans le jardin

'ai dit cent fois j'ai dit mille fois : je connais

j'ai dit : je sais je me souviens c'était hier

tout l'espace ! Ma vie est là dans vos ramures

ma vie est là dans les dossiers ma vie est là

qui s'en va par le téléphone et qui me parle

ma vie est là dans les portes ouvertes

sur le crépitement des lampes le soir

 

                                                          Ah oui

vieilles vieilles étoiles, blancs cheveux poussière

femmes de pauvre ménage de l'aube

puisque c'est moi qui vous le dis je vous protège

nous vieillissons ensemble J'ai compris je sais tout

d'avance car le ciel c'est moi Il faut attendre

et se taire comme tout se tait, je vous le dis.

 

 

Jean Tardieu, Une Voix sans personne, Gallimard, 1954, p. 15-16.

17/10/2011

Jean Tardieu, Une Voix sans personne

 

 

Jean Tardieu, Une voix sans personne, le monde immobile

 

Contre-point-du-jour

 

 

Alors alors

encore ? Alors

toujours dans le jour

mon petit ? Toujours dans le

petit jour du dernier

du dernier jour du condamné

à mort le petit jour ?

 

Toujours dans le

petit jour du condamné à mort

je suis j’étais

je suis j’étais le grincement

de poulie du gosier

dans la gorge coupée

par le pourquoi comment du printemps

 

À mort le petit jour du premier lilas

du pourquoi comment du pourquoi pas

de la gorge pourquoi de la gorge coupée du printemps

du grincement de la poulie du printemps

de la nuit de la gorge coupée

du petit jour du lilas de la mort

de la mort de pourquoi comment

 

Et pourquoi pas toujours ?

Et pourquoi pas toujours j’étais je suis

toujours j’étais toujours j’étais

toujours tiré tiré tiré tiré vers le petit jour

par le pourquoi comment

du gai toujours du gai printemps

 

toujours mon petit toujours !

 

 

   Le monde immobile

 

   Puits de ténèbres

   fontaine sourde

   lac sans éclat

 

   présence épaisse

   battement faible

   l’instant est là

 

   rien ni personne

   une ombre lourde

   et qui se tait

 

   j’attends des siècles

   rien ne résonne

   rien n’apparaît

 

   sur ce tombeau

l’espace bouge

c’est ma pensée

 

pour nul regard

pour nulle oreille

la vérité.

  

 

Jean Tardieu, Une voix sans personne, Gallimard, 1954, p. 26-27 et 38-39.