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14/12/2016

John Clare (1793-1864), Poèmes et proses de la folie

                John Clare, poèmes et proses de la folie, terre, rêve, temps, lieu

                        Je sens que je suis

 

Je sens que je suis je sais seulement que je suis

Que je foule la terre non moins morne et vacant

Sa geôle m’a glacé de sa ration d’ennui

A réduit à néant mes pensées en essor

J’ai fui les rêves passionnés dans le désert

Mais le souci me traque — je sais seulement que je suis

J’ai été un être créé parmi la race

Des hommes pour qui ni temps ni lieux n’avaient de bornes

Un esprit voyageur qui franchissait l’espace

De la terre et du ciel comme une idée sublime —

Et libre s’y jouait comme mon créateur

Une âme sans entraves — comme l’Éternité

Reniant de la terre le vain le vil servage

Mais à présent je sais que je suis — voilà tout

 

John Clare, Poèmes et proses de la folie de John Clare, traduction

Pierre Leyris, Mercure de France, 1969, p. 81.

17/01/2013

John Clare, Poèmes et proses de la folie de John Clare

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           J'ai caché mon amour

 

J'ai caché mon amour étant jeune et farouche

Jusqu'à ne plus souffrir le bourdon d'une mouche

J'ai caché mon amour pour ma détresse amère

Jusqu'à ne plus souffrir la vue de la lumière

Je n'osais pas jeter les yeux sur son visage

Mais par monts et par vaux je laissais son image

À chaque fleur des champs c'était un baiser pour

Dire adieu encore une fois à mon amour

 

C'est au plus vert du val que je l'ai rencontrée

La jacinthe des bois s'emperlait  de rosée

Et la brise perdue baisait ses yeux d'azur

L'abeille aussi baisait et s'en allait chantant

Un rayon de soleil se frayant un passage

Mit une chaîne d'or à son col éclatant

Celée comme le chant de l'abeille sauvage

Elle est demeurée là tout le long de l'été

 

J'ai caché mon amour aux champs et à la ville

Jusqu'à être un jouet pour la brise gracile

L'abeille me semblait ressasser des ballades

Et la mouche rugir en lionne irritée

Il n'est pas jusqu'au silence qui ne prît langue

Et qui ne me hantât tout le long de l'été

L'énigme qui laissait la nature impuissante

N'était pas autre chose qu'un amour secret

 

 

               I hid my love

 

I hid my love when young till I

Couldn't bear the buzzing of a fly

I hid my love to my despite

Till I could not bear to look at light

I dare not gaze upon her face

But left her memory in each place

Where'er I saw a wild flower lie

I kissed and bade my love good bye

 

I met her in the greenest dells

Where dewdrops pearl the wood bluebells

The lost breeze kissed her bright blue eye

The bee kissed and went singing by

A sunbeam found a passage there

A gold chain round her neck so fair

As secret as the wild bee's song

She lay there all the summer long

 

I hid my love in field and town

Till e'en the breeze would knock me down

The bees seemed singing ballads o'er

 The fly's bass turned a lion's roar

 And even silence found a tongue

 To haunt me all the summer long

The riddle nature could not prove

Was nothing else but secret love

 

John Clare, Poèmes et proses de la folie de John Clare, présentés et traduits par Pierre Leyris, suivis de "La psychose de John Clare" par Jean Fanchette, Mercure de France, 1969, p. 103-105, 101-104.

 

 

 

 

29/06/2011

John Clare, Poèmes et prose traduits par Pierre Leyris

 

                        Bruits de la campagneJohn_Clare.jpeg

 

   Le froissement des feuilles sous les pas dans les bois et sous les haies.

   Le craquement de la neige et de la glace pourrie dans les allées cavalières du bois et les sentiers étroits et sur chaque chaussée de rue

   Le bruissement ou plutôt le bruit de ruée au bois lorsque le vent mugit à la cime des chênes comme un tonnerre

Le froufrou d’ailes des oiseaux chassés de leur nid ou volant sans qu’on les voie dans les buissons

Le sifflement que font en volant dans les bois de plus grands oiseaux tels que corneilles faucons buses etc

Le trottinement des rouges-gorges et des alouettes des bois sur les feuilles brunes et le tapotement des écureuils sur la mousse verte

La chute d’un gland sur le sol le crépitement des noisettes sur les branches des noisetiers quand elles tombent mûres

Le frrrout de l’alouette des champs qui se lève du chaume — Quelles scènes exquises les matins de rosée quand la rosée jaillit en éclair de ses plumes brunes

 

 

                Solitude

 

There is a charm in solitude that cheers

A feeling that the world knows nothing of

A green delight the wounded mind endears

After the hustling world is broken off

Whose whole delight was crime —at good to scoff

Green solitude his prison pleasure yields

The bitch fox heeds him not birds seem to laugh

He lives the Crusoe of his lovely field

Whose dark green oaks his noontide leisure shield

  

                   Solitude

 

Il y a dans la solitude un charme heureux

Un sentiment dont le monde ne connaît rien

Un vert délice que chérit l’esprit blessé

Une fois retranché de ce monde brutal

Dont la joie criminelle est de railler le bien

Sa verte geôle lui procure du plaisir

La renarde ne le fuit pas les oiseaux rient

Il vit en Crusoë de son champ dont les chênes

Abritent vert foncé son méridien loisir 

 

John Clare (1793-1863) : portrait par William Hilton en 1820. 

 

John Clare, Poèmes et proses de la folie de John Clare, présentés et traduits par Pierre Leyris,, suivis de La psychose de John Clare par Jean Fanchette, Mercure de France, 1969, p. 47-48 et 90-91.