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11/05/2019

Bernard Vargaftig, Distance nue

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Cailloux murs pivoines

Et l’ombre

Des sorbiers

N’est plus qu’un mouvement

 

L’aveu me fait face

Accourir

Était

Une page muette

 

Paysage comme

Sans rien

Déchirer

L’air touchait où je tremble

 

Où les chiens se jettent

Où dans l’aube

Les places

Ont le nom d’un instant

 

Bernard Vargaftig, Distance nue,

André Dimanche, 1994, np.

26/01/2019

Bernard Vargaftig, Le monde le monde

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L’horizon touche les herbes

À nouveau pas un nuage

 

Et tant de souffle qu’espère

L’écho dans l’emportement

 

Tout ressemblait à la suite

Amandiers hâte calanque

 

Après l’avoir oubliée

L’inclinaison et l’été

 

Comme étonné sous ton cri

Et pitié inavouable

 

Et parfum embrasé où

Aucun mot n’est épargné

 

L’éblouissement sans ombre

Ne se referme jamais

 

Bernard Vargaftig, Le monde le monde,

André Dimanche, 1994, p. 65.

29/08/2014

Franco Loi, Cinq poèmes

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Moi j'embrasse le temps, et lui il m'emmène,

c'est comme ça que fait le vent quand il te respire

et on croit respirer de son souffle à lui.

Maudite conscience de l'histoire,

air des gens morts dans le rêve,

mensonge qui te fait croire que ce serait la vie

et c'est ce rien là qui passe dans la mémoire,

patience ennemie du temps,

buée sans regarder du souffle sur le miroir.

Oh lumière déjà ombre quand nous la voyons,

douleur de l'être pareille à l'air qui se connaît.

Moi je regarde et ne regarde pas, je tâte le silence,

reflet du rien qui depuis le rien fait écouter.

 

Franco Loi, Cinq poèmes, traduit du milanais avec l'aide de l'auteur par Bruna Zanchi et Bernard Vargaftig, dans Europe, janvier-février 2002, n° 873-874, p. 281.

14/06/2012

Bernard Vargaftig, Distance nue

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Saisissement et souffle

Un mur bruissait

Les dahlias toujours un geste

Et l'échelle appuyée

 

Brindilles dispersion

Mouvement orge

Prairie l'écho avec l'ombre

Que le vent oubliait

 

L'étreinte

Et l'avalanche près du

Pommier quel mot

Vient s'effacer en moi

 

Quand soudain le virage

Était le même et cela

Dans la durée

Si furtive s'éloigne

 

Craint appelant comme

Dans le vertige

Les bouquets et l'éclaircie

Sans cesser de trembler

 

Bernard Vargaftig, Distance nue,

André Dimanche, 1994, n. p.

05/02/2012

Franck Venaille, C'est nous les modernes — Bernard Vargaftig

franck venaille,c'est nous les modernes,bernard vargaftig

 

                  En hommage à Bernard Vargaftig, 1934-2012

 

   imgres.jpegIl existe une profonde obsession du langage chez Bernard Vargaftig. On peut estimer qu'elle est double et vise, d'abord, les termes qu'il n'utilisera jamais, ensuite ceux qui, de livre en livre, forment l'ossature même de son écriture. Dans Trembler comme le souffle tremble, le texte est si dense que l'on peut imaginer que les mots laissés à la porte sont légion et attendent plus ou moins calmement que l'on fasse appel à eux. On découvre également que craie — enfance — tremblement — rue reviennent régulièrement dans l'énoncé, l'accompagnant de leur rythme et de leur cadence récurrente. D'ailleurs, ce que nous dit ici Vargaftig, n'est pas nouveau. C'est une voix que l'on retrouve de livre en livre. Voix sortie de l'enfance douloureuse et inquiète. Chant d'amour. Travail acharné sur le langage afin de le rendre toujours plus poétique, c'est-à-dire respectant des lois et des règles strictes et immuables. Cette fois-ci nous sommes, me semble-t-il, à l'épicentre de l'énigme qui accompagne tout travail créatif. Quelque chose a été oublié mais quoi ? Quelles sont les causes profondes de ce tremblement de l'écriture qui est tout le contraire d'une maladresse, mais le signe que la vie, de l'intérieur, anime le langage et le fait vibrer. Mais aucune réponse n'est apportée à notre questionnement. À nous de lire et de le faire bien. La thématique est donc connue. Alors d'où vient cet étrange bonheur de retrouver ce que l'on pressentait ? C'est que, d'une manière assez obsessionnelle, Vargaftig continue à bouleverser le sens et le rythme de l'énoncé poétique. On est pris par ce chant qui sourd de la page, ce chant qui ramène à autrefois, avant que l'enfant découvre la peur (non pas métaphysique mais bien réelle) née de la présence des occupants nazis. Depuis des années, Vargaftig compose ses poèmes comme un artiste plasticien (Boltanski ?) peut fabriquer des objets avec de la terre. Il prend. Il soupèse. Il ajoute ou rejette jusqu'à ce que la nudité du vers apparaisse et éblouisse le lecteur. Car chez Vargaftig, il y a d'abord le vers, lumineux, sous toutes ses formes, et qui s'affirme comme tel. Ce n'est pas un poète honteux d'entendre sa poésie chanter. Il suffit de l'écouter lire pour comprendre que ce n'est pas de lui que naîtront les travaux de sape entrepris contre la « forme » poésie. L'écoutant, j'entends un lyrique s'exprimer, tenir compte des blancs, des silences, des retraits qui sont nombreux dans l'écriture et lui donnent ce ton inimitable. Cet homme, que je connais depuis 1962 mais que je n'avais jamais revu est fidèle à une musique des mots venant disait-on de la poésie française du 16e siècle et de l'Europe centrale. Il existe chez Vargaftig, une manière d'imposer sa voix, sa voix brisée, secrète amie que l'on n'oublie jamais, sa voix d'écorché. Quand nous nous sommes retrouvés, quarante ans plus tard, nous avons parlé, longuement, avec le maximum de précision, et cela sur un banc, face à un fleuve. Tout pouvait s'arrêter. Mais tout a repris. Je viens de relire Trembler comme le souffle tremble. Le livre dit également la présence de la peur, du danger, de la détresse. Ce sont là des données difficiles à affronter. La force du poète Vargaftig est là : il peut faire face avec ses armes qui portent un nom : le poème.

 

Franck Venaille, C'est nous les modernes, Poésie Flammarion, 2010, p. 185-186.

30/01/2012

Bernard Vargaftig, Distance nue ; Dans les soulèvements

 

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24 janvier 1934 - 27 janvier 2012

 

Je t'aime

Les grèves se détachent

Et les brindilles

Où même déchiré

Ton nom est en moi

 

La dispersion

Un mot sur les jardins

déjà cela

Qu'un rossignol emmène

Que commencement

 

A murmuré

N'oubliant aucune ombre

Immense comme

L'aveu dans chaque pierre

Me voit vaciller

 

Bernard Vargaftig, Distance nue, André Dimanche,

1996, np.

 

 

 

Qu'il y a de vent et d'oiseaux

La violence de ton nom va m'emporter

Et je reconnaissais combien tout à coup

C'était l'aube sous la langage

 

Quel tremblement quand la désolation craque

Les rapidités se rapprochent

L'éclaircie l'énigme que frôle

Un pas d'oubli l'espace dans l'attirance

 

Ce qui n'est jamais effacé

Chancelant où la stupeur s'arrête immense

Et ne recouvre rien comme en moi je me

Fuyais face au consentement

 

Bernard Vargaftig, Dans les soulèvements, André Dimanche, 1996, p. 40.