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04/07/2018

Jean-Pascal Dubost, & Leçons & Coutures

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Agnès Rouzier

 

Fait est que l’appel au mot pour durer — dire, dire, encore — fait souffler un vent de force Panique à l’élan insensé et infiniet de mystérieuse Nature d’écrire et par tel devis que les  trouvailles et les termes non soupçonnés levés comme des lièvres sans gîte contrecarrent l’exaltation angoissée qui soutient les forces contraires de la désécritude, et de cette grande Folie —

 

Jean-Pascal Dubost, & Leçons & Coutures II, isabelle sauvage, 2018, p. 16.

19/05/2018

Agnès Rouzier, Le fait même d'écrire

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     Lettre à Magda von Hattinberg

 

L’enfance — qu’était-ce donc ? Qu’est-ce que c’étaitl’enfance ? Peut-on poser à son propos d’autres questions que celle-là, perplexe, — qu’était-ce — cette façon de brûler, de s’étonner, de ne jamais pouvoir faire autrement, de sentir la douce, la profonde montée des larmes ? Qu’était-ce ?

 … Cette enfance qui n’avait aucun refuge en dehors de nous….

 … Quand nous la vivions nous ne la connaissions pas, nous la consommions sans savoir son nom, et de ce fait même nous l’avions toute entière, inépuisable ; plus tard les choses prennent des noms qu’elle ne doivent pas dépasser et laissent, par prudence, à moitié vides.

… Autrefois encore mineurs, nous vivions tout, je crois que nous vivions totalement la terreur, la pire terreur, sans savoir que c’en était, et totalementla joie, sans deviner qu’il y en eût une, trop riche pour nos cœurs (elle nous faisait trembler, mais nous la prenions telle quelle) — et peut-être l’amourtout entier(Penser que je l’ai suune fois — quand l’ai-je désappris ?)

… et maintenant avec nos visages encombrés d’extériorité nous demandons qu’était-ce ?

 

Agnès Rouzier, Le fait même d’écrire, Change / Seghers, 1985, p. 249.

 

24/02/2018

Agnès Rouzier, Le fait même d'écrire

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La folie

 

Folie ?

Approche de la folie.

Seulement approche.

Lorsque la folie est, elle n’est plus.

 

La folie existe : la folie n’a pas d’existence.

 

C’est dans le pont jeté du rôle qu’est la jubilation du fou.

 

Quels lieux assigner à la folie ?

Quel point strictement repérable ?

Le regard que nous portons sur elle n’est que distance.

Nous ne la parlons pas.

Nous ne la voyons pas.

 

Et maintenant tu dis : légende. Nous ne parlerons plus que de la légence.

 

(Peut-on faire qu’écrire soit entendre et voir ?)

 

Agnès Rouzier, Le fait même d’écrire, Change / Seghers, 1983, p. 159.

10/01/2016

Agnès Rouzier, À haute voix, dans Change

   Tout vouloir dire et ne pouvoir rien dire, quand on dit. Cette distance invincible qui fait effectivement que la parole ne serait valable que si elle pouvait être, en même temps, une forme de fête. Parce que quand on écrit, elle est fête, ou faite pour la fête, très exactement, oui, faite pour la fête. Mais la fête n’arrive jamais. Alors l’écriture est silence, et c’est dans cet intervalle : être faite pour la fête et ne devenir que silence, qu’il faut la situer, comme si dans cet intervalle le silence devenait : une fête, une sorte de fête, une fête, difficile de trouver le mot : ce n’est pas défaillant, ce n’est pas triste, une fête à part, une autre fête, une fête qui est redoublement du silence, peut-être que le silence, alors, devient quelque chose d’insolent, je ne sais pas. Je ne comprends pas bien. Je crois qu’il serait très important de définir, de chercher à comprendre ce que peut contenir cette forme de silence, ce qui le rend possible, ce qui rend cette parole-silence possible.

 

Agnès Rouzier, ‘’À haute voix’’, Change, ‘’La machine à conter’’, n° 38, octobre 1979, p. 75.

24/02/2015

Agnès Rouzier, À haute voix

 

                        

                Agnès Rouzier, À haute voix, change, écrire, silence, lyrisme

                             À haute voix

 

À haute voix.

Le lyrisme.

 

Les anges. Les monstres. Ce qu eles anges de Rilke peuvent avoir de monstrueux. « Car le beau n’est rien d’autre / que le commencement du terrible. »

 

Ne pas oublier ces moments où je ne peux plus écrire.

 

Étrange silence.

 

C’était parler des mots contenus dans la gorge. Le « travail de la mort », le « travail du deuil » sont inclus dans la voix lyrique. Quelque chose qui commence, qui chante, mais qui ne s’inscrit nulle part.

 

Toute belle voix est, effectivement, pour moi, une voix de silence.

 

Le lyrisme. Cerner à nouveau le lyrisme, sa manière, cerner le moment où il commence et où la défaite est déjà là, mais triomphe et défaite se mélangent, où triomphe est comme un triomphe du corps, le triomphe d’un instant, le triomphe et la préparation d’une chute. C’est cela qui est important.

 

Agnès Rouzier, À haute voix, dans Change, "La machine à conter", octobre 1979, p. 71.

02/03/2013

Agnès Rouzier, Le fait même d'écrire

Qu'importe la chambre, — si ce n'est tout entier le temps — qu'importe la chambre ? Pouvait-on même dire : refuge ? (Je effacé par nous mais recevant de cet insistant pluriel sa légèreté principale. Je s'écoutant rire). Qu'importe la chambre, hors les autres cellules qui l'écrasent, l'enserrant, l'entourent, la protègent, qu'importe la chambre hors ces escaliers qu'il faut monter pour l'atteindre, qu'importe la chambre si ce n'est cette île, en plein ciel, portée par d'autres îles, et ce personnage anonyme qui y accède (mettons qu'ils se souvienne de ... ou de tout autre). Qu'importe ce faisceau de questions hors cette clôture que nul ne déchiffre, mais que chacun touche et parcourt. Voici que le vent a tourné et que la plage oblique vers un autre espace : la mer impatiente. Jadis chaude, maintenant glacée, frangée d'une même route, même rangée d'immeubles, glacée : roulé en boule dans un creux de sable, un chandail abandonné. Qu'importe la chambre — ou salle à manger — et nous le revoyons dans la petite cuisine — je vous en prie il faut le délivrer — dans la petite cuisine en désordre — mais toujours le bocal de cornichons au sel, à moitié vide — devant le bol de café au lait (odeur et couleur écœurante, bord ébréché) qu'importe, si nous l'effaçons il se crée — ici bougeant, ici dormant, homme, paysage, et ville, et machine, et fleuve, insecte ou vague, ici endormi et plus dense, de tout son corps pesant attiédi de sueur et d'odeur nocturne (au plus fort), ou bien éveillé les pieds nus après la douche, dans le plaisir infiniment fragile de l'été, avant d'avaler — aliment complet et réminiscence — un verre de lait glacé, ô mères... Qu'importe la chambre, et ce récit qui le délivre, l'enserre : le roi dit nous voulons. Et toi, penché, tu te souviens : moi-je (ou bien la rue, la pluie, les courses, le matin fatigant, et les oranges que l'on transporte déjà fades).

 

Agnès Rouzier, Le fait même d'écrire, Change / Seghers, 1985, p. 30-31.