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15/09/2012

Tristan Corbière, Les amours jaunes

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        À la douce amie

 

Ça : badinons — J'ai ma cravache —

Prends ce mors, bijou d'acier gris ;

— Tiens, ta dent joueuse le mâche...

En serrant un peu : tu souris...

 

— Han !... C'est pour te faire la bouche...

— V'lan !... C'est pour chasser une mouche...

Veux-tu sentir te chatouiller

L'éperon, honneur de ma botte ?

— Et la folle-du-logis trotte...

Jouons à l'Amour-cavalier !...

 

Porte-beau ta tête altière,

Laisse mes doigts dans ta crnière...

J'aime voir ton beau col ployer !...

Demain : je te donne un collier.

 

— Pourquoi regarder en arrière ?

Ce n'est rien : c'est une étrivière...

Une étrivière ... et — je te tiens !

 

.....................................................

 

Et tu m'as aimé... — rosse, tiens !

 

Tristan Corbière, Les amours jaunes, dans Charles Cros

Tristan Corbière, Œuvres complètes, Bibliothèque de

 la Pléiade, Gallimard, 1970, p. 763.

22/03/2011

Tristan Corbière, 2 poèmes des Amours jaunes

 

 

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I Sonnet avec la manière de s’en servir


 

Vers filés à la main et d’un pied uniforme,

Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton,

Qu’en marquant la césure, un des quatre s’endorme…

Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.

 

Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;

Aux fils du télégraphe : — on en suit quatre, en long ;

À chaque pieu, la rime — exemple : chloroforme,

— Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.

 

— Télégramme sacré — 20 mots. — Vite à mon aide…

(Sonnet — c’est un sonnet —) ô Muse d’Archimède !

— La preuve d’un sonnet est par l’addition :

 

— Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède

En posant 3 et 3 ! — Tenons Pégase raide :

« Ô lyre ! Ô délire ! Ô… » — Sonnet — Attention !

 

Pic de la Maladetta — Août.

 

 

Le crapaud

 

 

Un chant dans une nuit sans air…

La lune plaque en métal clair

Les découpures du vert sombre.

 

… Un chant ; comme un écho, tout vif

Enterré, là, sous le massif…

— Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre…

 

— Un crapaud ! Pourquoi cette peur,

Près de moi, ton soldat fidèle !

Vois-le, poète tondu, sans aile,

Rossignol de la boue… —Horreur !

 

… Il chante. — Horreur !! — Horreur pourquoi ?

Vois-tu pas son œil de lumière…

Non : il s’en va, froid, sous sa pierre…

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . .

 

Bonsoir — ce crapaud-là c’est moi.

 

Ce soir, 20 juillet.

 

 

Tristan Corbière, Les Amours jaunes, dans Charles Cros, Tristan Corbière, Œuvres complètes, édition établie (pour Tristan Corbière) par Pierre-Olivier Walzer, avec la collaboration de Francis F. Burch pour la correspondance, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1970, p. 718 et 735.